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Skeleton Knight in Another World

Chapitre 179

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Chapitre 179

Chapitre 179

Chapitre 179/20090%~14 min de lecture2 626 mots

Le ciel avait déjà largement viré à l'ocre quand, enfin, je parvins à transférer le dernier chariot de ravitaillement venu du royaume de Roden, pour le confier aux soldats qui m'attendaient côté Nordan, et je fis un grand cercle avec les épaules, comme pour marquer la fin d'une corvée.

« Hmm, plus que l'usage répété de la magie de transfert, c'est la répétition sans fin de la même tâche qui est éprouvante. »

Tout en marmonnant ce monologue, je portai le regard sur un paysage qui n'avait plus rien à voir avec celui de la journée.

Le jardin intérieur du château, encore paisible en plein jour, débordait à présent de soldats et de fournitures dépêchés depuis Roden, et des tentes de fortune avaient été dressées un peu partout.

Qu'une armée étrangère cantonne dans l'enceinte même où circulent les membres de la famille royale aurait constitué un scandale en temps normal, mais l'urgence commande et l'efficacité prime.

D'ailleurs, Rodan étant voué à une chute certaine sans ces renforts, une éventuelle trahison de la part de ces troupes étrangères ne changerait pas grand-chose à la donne.

Et ce ne sont pas seulement les soldats de Rodan qui occupent le château.

Sur un autre terrain de l'enceinte, des guerriers elfes s'affairaient à installer leur campement, donnant à l'ensemble des allures de camp retranché.

Le moral des troupes semblait au beau fixe ; une fièvre palpable, cette excitation propre à la veille d'une bataille, flottait dans l'air.

Au milieu d'eux, je progressais, et chacun me saluait d'un signe de tête ou d'une inclination en me croisant.

Je me surpris à penser que j'étais devenu une célébrité, sans pour autant éprouver le moindre regret.

Il y a en moi le vœu de voir le monde idéal de mes rêves fantastiques : humains, hommes-bêtes, elfes et nains vivant ensemble. Si le pouvoir d'y œuvrer repose entre mes mains, je ne saurais choisir de ne pas l'employer.

── Rien de plus.

À mon arrivée dans ce monde, l'étrangeté de mon corps m'avait poussé à viser l'invisibilité ; pourtant, je n'avais pas su détourner les yeux devant qui souffrait sous mes yeux, et c'est aussi pour cela que j'en suis là.

Vivre retiré du monde, en ermite, sans liens avec autrui : peu d'êtres en sont capables.

Exister dans le monde tout en s'en retrancher est une gageure bien plus ardue qu'il n'y paraît.

Alors que je ruminais ces pensées, une voix féminine familière me hêla par‑derrière, et je me retournai.

« Merci pour votre peine, Ark-dono. »

C'était Chiyome, déjà sur place depuis la mi‑journée.

Au milieu des soldats humains, elle affichait sans complexe ses oreilles et sa queue de femme-bête, faisant osciller cette longue queue noire en s'approchant.

« Chiyome-dono. Avez-vous pu rejoindre Goemon-dono ? »

À ma question, elle secoua discrètement la tête.

Devant cette réponse, je levai les yeux vers le ciel où le soleil déclinait, l शाम s'approchant.

Bien du temps s'était écoulé ; son absence laissait présager un contretemps.

Tout en posant la main sur mon menton, inquiet de n'avoir toujours pas de nouvelles de Goemon et des siens, je vis Chiyome dresser ses oreilles de chat et plonger dans les miennes ses prunelles d'un bleu limpide.

« S'il n'y a pas de nouvelles d'ici demain, j'irai les chercher jusqu'à Delfrent. Ark-dono, vous… »

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase que l'atmosphère alentour bascula brutalement en agitation. Chiyome, sentant le changement, balaya les alentours du regard.

« Qu'est-ce que c'est que ça ?! »

Un cri jaillit, et tous les regards se portèrent simultanément vers le ciel ; entraîné par ce mouvement, je relevai la tête vers l'espace bigarré où tombait la nuit.

Au‑delà de la capitale Soria, loin à l'est, deux ombres noires se dessinaient.

Elles filaient droit sur la capitale à une allure soutenue, grossissant à vue d'œil jusqu'à ce que nul ne puisse ignorer la véritable nature de ces silhouettes colossales : la cour du château bascula dans le tumulte.

Deux dragons géants.

Tous deux immenses, mais celui qui ouvrait la voie, glissant majestueusement dans les airs, surpassait son suivant d'au moins le double.

Le dragon de tête arborait deux cornes et un revêtement d'écailles noires ; ses deux larges ailes portaient des motifs ondoyants d'un bleu‑violet, et l'extrémité de sa longue queue semblait renvoyer la lumière du couchant.

Pourtant, bien que je le voie pour la première fois, une impression de déjà‑vu me tirailla.

L'autre, plus petit, ne laissait place à aucun doute : écailles bleutées, quatre grandes ailes dorsales, deux paires de cornes de chaque côté de la tête. Je l'avais croisé maintes fois, croisé le fer avec lui.

Le roi dragon Wiliafim.

Seigneur du gigantesque arbre couronné du dragon qui s'enracine au‑delà de la chaîne du Vent‑Dragon, il était conduit droit vers nous par un autre dragon roi, vraisemblablement, dont le corps dépassait le sien de plus du double.

« Ce colosse, ne serait‑ce pas Ferufivisurotte-dono ? »

Je ne l'avais jamais vue sous sa forme draconique, mais l'aura qu'elle dégageait en forme humaine se retrouvait chez ce roi dragon ; l'hypothèse s'imposa d'elle‑même.

Sans doute Ferufivisurotte avait‑elle enrôlé Wiliafim comme atout militaire.

Wiliafim, roi dragon, voue à sa consœur Ferufivisurotte une fascination que nous connaissons tous deux ; elle a pu s'en servir.

« Un allié des plus rassurants s'ajoute à nous. »

Chiyome, les yeux levés vers l'est, partageait mon sentiment en battant de la queue.

J'acquiesçai, songeant que la pression de l'armée de morts‑vivants allait s'en trouver allégée, mais les soldats autour de nous étaient totalement déstabilisés par l'apparition des deux rois dragons au‑dessus de la capitale.

Certains saisissaient leurs armes, d'autres tentaient de fuir avec leurs bagages, d'autres encore appelaient au calme en attendant les ordres.

Contrairement aux elfes, les humains n'ont guère l'habitude de croiser des rois dragons.

Alors que je commençais à réfléchir au moyen de calmer ce tumulte, une fanfare nette, d'un rythme régulier, retentit depuis le château, se répétant à l'identique.

Les soldats, l'entendant, affichèrent une perplexité visible, s'échangèrent des regards, et même ceux qui avaient brandi leurs armes les abaissèrent, hésitants.

Le mouvement gagna du terrain et la confusion commença à se résorber.

Cette trompette servait visiblement à transmettre des ordres simplifiés aux troupes.

Bientôt, les deux rois dragons réduisirent leur descente, soufflant un vent violent au sol, et se posèrent lentement dans un secteur de l'enceinte du château.

Là où ils atterrirent, c'était le campement des elfes.

Arian et le grand ancien Fungus devant les accueillir, je me dirigeai vers là‑bas en invitant Chiyome à me suivre.

« Allons‑y nous aussi. »

Mais Chiyome, au lieu de me regarder, braqua la tête dans une autre direction, oreilles dressées.

« Ark-dono, j'y vais pour l'accueil ; avancez sans moi. »

Et elle s'élança, se faufilant dans la cohue des soldats, disparaissant en un instant.

Sa réaction laissait penser qu'elle avait capté un signal de Goemon et des siens.

Mes sens sont affûtés, yet ils ne valent pas l'acuité sensorielle des hommes-bêtes.

J'attendis un moment à l'endroit où elle avait disparu ; ne la voyant pas revenir, je quittai à mon tour les lieux pour gagner le secteur elfique.

L'espace où stationnaient les guerriers elfes était un peu plus étroit que celui des renforts de Rodan ; non point par mépris de la part de Nordan, mais simplement du fait du volume de matériel apporté par l'armée rodanienne.

Le centre de leur campement avait été laissé vide dès le départ pour accueillir un roi dragon, mais deux géants y trônaient à présent, rendant l'endroit fort exigu.

Celui qui devait être Ferufivisurotte frôlait les quatre‑vingts mètres de long ; sa masse imposait une présence écrasante à mesure qu'on s'en approchait.

Pourtant, à notre approche, les deux corps massifs se mirent à rétrécir visiblement, et en moins de cinq minutes ils avaient entièrement repris forme humaine.

Au cœur du groupe elfique se tenaient maintenant deux silhouettes.

L'une était Ferufivisurotte elle‑même, celle avec qui j'avais croisé le fer dans l'arène de Maple ; elle agitait nonchalamment sa longue queue en spirale, longue comme sa taille, dont l'extrémité en cristal d'épée s'enfonçait dans le sol.

Elle rejeta en arrière ses cheveux bleu‑violet, promena lentement ses yeux de la même teinte sur l'assistance, et son regard m'accrocha.

À ses côtés se tenait la forme humanoïde de Wiliafim : près de quatre mètres de haut.

Mais cette apparence n'était humaine que par la silhouette ; à première vue, c'était une tout autre créature.

Sa tête n'était pas humaine, mais bien celle d'un dragon, et sa peau était couverte d'écailles gris‑bleu.

Contrairement à leur forme draconique, c'est Wiliafim qui, humanoïde, dépassait Ferufivisurotte de près du double ; rien que par cette métamorphose, l'écart entre les deux était saisissant.

« Ark-han, j'suis ben en retard, toutes mes excuses. Pardon, hein. »

C'est par ces mots et un sourire que Ferufivisurotte m'accueillit. Au moment où je franchissais les rangs elfiques pour la rejoindre, Arian surgit d'un autre côté, escortée de cinq personnes.

Derrière elle : le grand ancien Fungus et l'ancien Dylan, représentants de l'armée elfe ; le prince Secto, commandant les renforts de Rodan ; le roi Asparuf de Nordan et sa fille, la princesse Liil.

Arian, qui tenait Ponta contre elle, me fit un léger signe de tête avant de tourner son attention vers les deux rois dragons.

« Merci pour votre peine, Ferufivisurotte-sama. Et vous aussi, Wiliafim-sama. »

Aux mots d'Arian saluant leur long voyage, Ferufivisurotte répondit par un sourire et un petit geste de la main.

« T'es la sœur d'Ibin, non ? Arian, c'bien ça ? J'me suis dit que plus on est de fous, plus on rit, alors j'l'ai embarquée avec moi, ça vous va ? »

En disant cela, elle fit une mimique. Wiliafim, pour sa part, tenta de réduire son imposante stature et s'inclina raide, d'un mouvement sec.

Puisqu'un roi dragon daigne descendre sur le champ de bataille des humains, une attitude hautaine n'aurait rien eu d'anormal ; mais celui qui a accepté la proposition de sa bien‑aimée se trouve dans une position particulière.

Malgré son allure impressionnante, il dégageait l'air d'une recrue à sa première campagne.

« Si Wiliafim-dono prend part au combat, c'est un secours inestimable. Ce retard vient‑il du fait que vous l'ayez récupéré en faisant un détour par la chaîne du Vent‑Dragon ? De Maple jusqu'ici, c'est déjà diablement rapide, ceci dit… »

Je glissai un coup d'œil à Wiliafim, si différent de d'habitude, et pointai sa présence comme cause du retard évoqué par Ferufivisurotte.

De Maple, traverser la grande forêt du Canada, franchir la chaîne du Vent‑Dragon, repasser par le site du sanctuaire et recroiser la chaîne pour atteindre Nordan : je ne connais pas la distance exacte, mais vol direct ou non, le trajet est considérable.

Le boucler en une demi‑journée en fait, hors transfert, le moyen le plus rapide de ce monde ; les membres de la famille royale humaine en restaient bouche bée.

« Ben, c'notre faute : on s'est trompés de chemin, de pays même. Y'a qu'à réfléchir, on connaît pas la géographie des pays humains. »

Elle le dit avec un rire insouciant.

Partis plein d'entrain, ils s'étaient fourvoyés, ce qui explique l'heure ; sans erreur, ils seraient arrivés encore plus vite.

Le pays où ils ont atterri par mégarde ne peut être que Rodan.

Le roi de Rodan traitait un dossier quand je suis passé en journée ; s'étaient‑ils vraiment perdus ?

À ses mots, le grand ancien Fungus, d'ordinaire si expansif, s'inclina avec une politesse minutieuse, puis se tourna vers Wiliafim, dont le corps surpassait le sien, pour lui adresser ses salutations.

« Le voyage fut long, Ferufivisurotte-sama. Et vous, Wiliafim-sama, la petite‑fille Arian nous a conté votre venue. Votre concours aux côtés de Ferufivisurotte-sama nous honore profondément. »

Fungus releva la tête, le visage éclairé.

« U, umu. Enfin, si c'est à la demande de Ferufivisurotte-dono, je prêterai ma force avec joie s'il y a quoi que ce soit à faire. Hahaha. »

D'ordinaire hautain, Wiliafim semblait désemparé face à l'idole de son cœur présente devant lui.

Sa réponse un peu gauche, son rire sec en découvrant ses crocs sous son museau draconique trahissaient son manque d'habitude des relations mondaines.

Je détournai les yeux de lui pour observer, derrière mon heaume, les visages de Ferufivisurotte et de Fungus face à face.

Leurs expressions ne laissaient filtrer aucune arrière‑pensée lisible.

Derrière Arian, le prince Secto affichait lui aussi une mine complexe, tendant l'oreille à l'échange.

Une fois les présentations des deux rois dragons achevées sans accroc, un bref silence s'installa ; le roi Asparuf le rompit pour proposer de gagner l'intérieur du château.

« Pour secourir notre pays dans sa détresse, vous apportez une aide si nombreuse ; au nom de la nation, je vous exprime ma gratitude. Nous avons préparé une salle de conseil à l'intérieur pour discuter de la suite ; continuons là‑bas. »

« Honnêtement, ça fait longtemps que j'ai pas volé si loin, j'suis crevée. Y'a pas un coin où poser mes fesses ? »

Aux paroles du roi, Ferufivisurotte s'étira longuement, approuva la première, s'apprêta à marcher ; puis, comme frappée d'une idée, elle se retourna vers l'ombre géante derrière elle.

« Wili-han, avec ta taille t'seras à l'étroit, alors toi tu restes là à garder la maison, d'accord ? »

Elle leva les yeux vers Wiliafim, me lança un regard en coin, et prit la direction du château.

Quant à Wiliafim, condamné à la garde par sa bien‑aimée, il baissa son long cou, l'allure ostensiblement abattue.

Le château est assez vaste pour l'accueillir tel qu'il est, mais le mobilier, dimensionné pour des humains, lui serait inmaniable ; la consigne était sensée.

Le roi Asparuf ouvrait la marche, suivi de Fungus, du prince Secto et des autres ; de la file, Arian s'extirpa, Pon tu contre sa poitrine, et vint à ma rencontre en trottinant, la tête tournée de côté.

« Ark, où est Chiyome‑chan ? Elle a dit qu'elle venait t'accueillir par là, non ? »

Devinant ce qu'elle cherchait, je lui rapportai ce qui s'était passé.

« Ah, Chiyome-dono est venue me voir, puis elle est partie en disant qu'elle allait accueillir quelqu'un. Elle a dû sentir l'arrivée de ses camarades. Peut‑être Goemon-dono. »

Au moment où j'achevais, Pon tu, qui dormait paisiblement contre Arian, poussa un cri, grimpa sur ma tête et piailla de nouveau, comme pour signaler quelque chose.

« Kyun ! Kyun ! »

« Qu'y a‑t‑il, Pon tu ? Tu as trouvé quelque chose ? »

Tandis que je l'interrogeais, une silhouette familière apparut au coin de mon champ de vision.

Même dans la foule bigarrée du campement, impossible de le rater : plus de deux mètres trente, un corps taillé dans le roc, enveloppé d'un shinobi shozoku noir intégral.

Sur son crâne, les oreilles de chat attestant de son clan ; ses cheveux argent et noir, motif sabre, achevaient de le rendre saisissant.

L'un des six ninjas du clan Jin‑shin : Goemon.

Et à ses côtés, Chiyome.

« Chiyome-dono ! Goemon-dono ! Heureux de vous voir sains et saufs. »

« Nn… »

À mes mots, Goemon répondit par une légère inclination.

Toujours aussi peu loquace.

Pendant que je le regardais, Chiyome prit les devants pour livrer l'information ramenée du pays voisin.

« Goemon a rapporté des nouvelles de Delfrent. La situation est extrêmement grave : la capitale de Delfrent semble déjà tombée. »

Goemon confirma d'un geste grave de la tête.

Ainsi, les capitales des deux pays encadrant Nordan — Delfrent et Salma — étaient tombées ; Nordan se retrouvait prise en tenaille.

« Il ne nous reste plus beaucoup de temps. Emmenons Goemon-dono auprès du roi. »

Ma proposition fut accueillie par des hochements de tête unanimes.

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