Herag eut une idée soudaine : « Shenlan, y a-t-il de l'énergie magique sur la montre ? »
« Quatre pour cent d'énergie magique, signal détecté, souhaitez-vous l'absorber ? »
Il affichait un air perplexe : « Je me souviens avoir pompé l'énergie sur cet objet, pourquoi en reste-t-il encore quatre pour cent ? »
Une fois Shenlan passé à l'action, Herag vit surgir des centaines de points bleus sur le cadran, changeant et scintillant sans cesse.
« Shenlan, relève tous les changements de ces points et repère s'il y a un schéma. »
« Enregistrement en cours… »
Herag observa pendant de longs instants. Le cadran comptait mille points au total, chacun clignotant ; certains émettaient de l'énergie, d'autres non, composant une disposition différente à chaque fraction de seconde.
« Il faut bien qu'il y ait une information cachée quelque part… »
Pour les locaux, concevoir que l'information puisse se transmettre ainsi relevait du miracle. Herag, lui, avait bénéficié d'une formation académique et s'était orienté vers la cryptographie informatique à l'université.
« Les données des matrices de points sont intégralement saisies. Mille points, mille matrices distinctes. »
Shenlan avait enregistré chacune des dispositions dans sa globalité. Après un premier cycle de clignotement, les mille grilles repartaient systématiquement depuis la première.
À ses yeux, mille grilles distinctes s'alignaient paisiblement devant lui.
Il fixait ces chiffres et se demandait : 'Quel est donc le motif ici…'
« Shenlan, superpose ces grilles selon la méthode des pairs supprimés et des impairs conservés. »
Cette dite-méthode consistait à empiler toutes les matrices : la présence d'énergie sur chaque case dépendait de son caractère pair ou impair.
Pair équivalait à suppression de la case, impair à conservation, dévoilant ainsi la disposition finale.
« Traitement des matrices terminé. » Shenlan projeta la grille composite résultante.
Herag étudia l'affichage un moment avant de demander : « Shenlan, peut-on relier ces cases en un seul trait continu ? »
« Oui. Voici le parcours. » Shenlan anima un diagramme montrant comment enchaîner chaque case en un tracé unique.
« J'ai compris. Redirige l'énergie magique de mon corps le long de ce parcours unique pour connecter les points de la montre. »
N'ayant pas encore appris à manier son propre flux interne, il laissait Shenlan s'en charger.
Sous contrôle de l'assistant, l'énergie irrefluât dans la montre, partant du premier point pour se muer en une ligne sinueuse qui finissait par dessiner une image en un seul geste.
À l'instant précis où le tracé fut achevé, un flot d'informations envahit l'esprit d'Herag.
« Félicitations pour avoir résolu ma petite énigme ! Votre aptitude à la dénouer prouve votre sens de l'observation, votre rigueur et votre belle intelligence. Nous, à la Tour du Sixième Anneau, nous accueillerons avec joie des sorciers aussi brillants que vous. Vous pouvez désormais employer cette montre pour intégrer nos rangs. »
« De concert, je vais vous enseigner la Technique de Méditation Céleste, réservée exclusivement à la Tour. Bien sûr, si vous disposez déjà d'une méthode supérieure, conservez-la ; celle-ci ne sert que de référence complémentaire. Les techniques de méditation d'exception gardent toujours leurs spécificités. »
« Nicholas Carlos Camby, calendrier Radieux, année 1024. »
L'enseignement de la Technique de Méditation Céleste se fit également par flux informatif, neutralisant toute barrière linguistique et simplifiant grandement la compréhension d'Herag.
Une fois cette transmission reçue, il comprit enfin davantage sur les sorciers et les méthodes de concentration.
Elle exposait les principes concrets de la pratique, ainsi que quelques notions fondamentales sur la condition de sorcier.
Tous ceux qui appliquaient une technique de méditation sans être encore sorciers officiels portaient le titre d'apprenti-sorcier. On les classait du moins avancé au plus confirmé : apprentis de première, deuxième et troisième classe.
Chaque palier exigeait des critères précis et rigoureux concernant la puissance spirituelle. Passer au niveau supérieur nécessitait de toucher le seuil requis et de subir une cérémonie consacrée.
Pour les apprentis visant la seconde classe, ce rituel incluait généralement la prise d'élixirs magiques aidant à la percée.
Les écoles de méditation se multipliaient, proposant chacune des gestes variés, mais le principe fondamental restait inchangé.
Par la concentration, les pratiquants captaient l'énergie vagabonde circulant entre ciel et terre, qu'ils absorbaient puis transmutaient en mana propre pour nourrir leur puissance spirituelle.
Seuls ceux qui parvenaient à percevoir cette énergie libre détenaient le potentiel sorcier.
Quand Herag avait croisé pour la première fois cette « radiation énergétique inconnue », Shenlan avait sous-entendu qu'elle était compatible avec son organisme.
Seulement, il ignorait alors comment l'assimiler ou s'en servir, confiant le travail à Shenlan.
Le potentiel sorcier n'était pas uniforme : les esprits doués absorbaient plus vite, optimisaient leur usage et progressaient plus rapidement.
À l'inverse, ceux dont le don était faible restaient souvent coincés au stade d'apprenti de première classe, leur assimilation laborieuse freinant considérablement la montée en puissance spirituelle.
Herag ignorait le sien. Il ne disposait ni des moyens de faire un test, ni de repères pour l'évaluer.
« Remballer tout ça ne changera rien. Mieux vaut essayer cette Technique de Méditation Céleste. »
La méthode imposée par la Technique de Méditation Céleste était singulière : il fallait lever les yeux vers la voûte étoilée, choisir une étoile au hasard, puis l'étudier et se concentrer jusqu'à en faire émerger une représentation mentale.
Un premier cycle de contemplation mené à bon port marquait l'acte fondateur, posant le pied sur le seuil de l'apprenti de première classe.
Cette voie plafonnait à un niveau extrêmement élevé, offrant théoriquement un potentiel de progression infini.
Plus on arrivait à méditer sur d'étoiles nombreuses, plus sa puissance spirituelle s'intensifiait.
Dès qu'un certain nombre d'étoiles avaient été contemplées, elles formeraient une carte céleste dotée d'effets additionnels, mais cela ne regardait pas Herag pour le moment.
Sa seule priorité actuelle était d'achever la contemplation de la première étoile. Celle-ci deviendrait alors sa source primaire de mana, lui permettant d'y prélever de l'énergie lors de ses séances quotidiennes.
[Herag Merlin : Puissance 2,0 ; Agilité 1,6 ; Constitution 2,2 ; Esprit 2,5 ; Mana 55 %.]
Herag relut une nouvelle fois le panneau d'attributs, comprenant enfin le rôle véritable de la puissance spirituelle.
Si son corps n'était qu'un récipient pour le mana, cette puissance spirituelle en déterminait précisément le volume.
Plus elle était élevée, plus le stockage et l'exploitation du mana étaient aisés, influant directement sur la vélocité des incantations, la densité des sorts et autres paramètres.
« Alors, par quelle étoile commencer ? »
Herag leva les yeux vers la voûte céleste, parsemée d'astres différents de ceux de son ancien monde, invisibles à tout repérage familier.
Il sélectionna une étoile particulièrement lumineuse, qui paraissait aussi plus massive, et entama sa contemplation.
Herag observait attentivement cette étoile, suivant scrupuleusement les directives de la Technique de Méditation Céleste, tentant d'en graver les traits dans sa mémoire.
Au bout d'une nuit entière, il ouvrit les yeux. L'image stellaire commençait à se profiler en silhouette dans son esprit, mais souffrait encore d'imperfections.
« Quel dommage qu'il n'y ait pas d'herbe météorique pour accélérer les choses, sinon la progression irait plus vite. » Herag soupira.
Les méthodes classiques de méditation prévoyaient des élixirs d'accompagnement capables de fluidifier le processus et d'en booster l'efficacité.
La Technique de Méditation Céleste, elle, réclamait une plante spécifique : l'herbe météorique, qui se développait habituellement au contact des météorites retombées.