« Ce n'était pas moi, ce n'était pas moi ! »
Les cris de « Selena » semblaient résonner encore à mes oreilles. Même sur l'échafaud, Selena hurlait son innocence. Bien que, pourquoi aurait-elle encore clamé son innocence à pleine voix, dans cette situation sans espoir… impossible… et si elle n'avait vraiment pas empoisonné son mari ?
Oui, ce devait être un malentendu ou une fausse accusation. Elle était probablement innocente.
[Toujours à parler ? Dégage.]
Bien sûr, malgré ce visage angélique, il déversait des paroles dures comme un diable dès qu'il ouvrait la bouche. Et bien que ma colère montait un peu à chaque fois, il n'était pas question que je le tue pour ça !
Dans sa vie précédente, c'était une personne de nature douce qui ne pouvait même pas tuer un seul insecte tant elle en avait peur. Vraiment, quel genre de malentendu a conduit à la condamnation de Selena comme coupable du meurtre de son mari ? Il semblait que cela se soit produit contre son gré.
En tant que duchesse sans pouvoir, je restais simplement assise, abasourdie, sans d'autre choix que d'attendre ma mort. Pire encore, c'était une mort par pendaison.
[J'ai entendu dire que vous aviez perdu la tête, êtes-vous vraiment folle ?]
Je souriais avec abattement en me rappelant ce qu'avait dit Amoide. Comme il avait l'habitude de faire des remarques venimeuses chaque fois qu'il me voyait, je ne ressentais même plus de douleur.
Depuis deux semaines, depuis que j'ai tout réalisé, je m'efforce de ne pas me retourner. Pour qu'ils puissent rire autant qu'ils veulent.
Que ce soit le ricanement glacial de Camilla ou sa remarque sarcastique, ou même l'hostilité voilée et les moqueries des servantes… C'était encore préférable à avoir le cou passé à la potence.
Alors, j'ai réfléchi pendant ces deux dernières semaines. Comment éviter cette mort vaine ? Comment survivre en sécurité et vivre paisiblement dans ce monde ?
Le beau visage, qui gémissait avec agitation, scintillait devant mes yeux. Mon mari beau mais malade. Ma seule bouée de sauvetage. La seule personne qui pouvait me sauver de cette mort terrible. La condition nécessaire et suffisante pour ma vie sûre et tranquille.
Quand je pensais au visage de ma bouée de sauvetage, j'avais l'impression que tout autour de moi s'illuminait. Il avait vraiment un tel visage. Dans l'obscurité totale, son visage était comme une bougie qui émettait de la lumière et éclairait les alentours. C'était ce genre de personne.
[Dégage.]
Ah, bien sûr, son caractère était execrable.
[Quels que soient tes efforts, tu n'obtiendras pas de moi ce que tu veux. N'en rêve même pas.]
Ouais, je n'en rêverai pas. Pas la peine de t'inquiéter.
J'acquiesçai en le jurant pour moi-même. Mon but est de garder ma tête parfaitement attachée à mon corps. (Note : encore une fois, elle veut dire qu'elle veut éviter d'être pendue)
En fait, combien de nuits, ces deux dernières semaines, ai-je rêvé que je me débattais pour respirer avec le nœud coulant serré autour du cou ? La simple idée me donne des frissons. Je ne veux plus revivre ça, pas même en rêve.
« Je vais quitter ce manoir vivante, coûte que coûte. »
Alors, moi, « Selena », j'ai décidé.
Je vais sauver mon mari et survivre !
*****
« Où suis-je ? »
Tout autour était sombre.
« J'étouffe, »
Je ne pouvais pas respirer correctement. Quand j'ai essayé de prendre une grande inspiration, j'ai senti quelque chose collé à mon nez. Je pouvais sentir la texture du tissu rêche.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Ce n'est qu'alors que j'ai réalisé que mon visage était recouvert de quelque chose qui ressemblait à un tissu. Comme le tissu noir couvrait tout mon visage, les alentours étaient sombres. Mais pourquoi ce tissu me couvre-t-il le visage ?
« …… »
Soudain, la peur m'a saisie.
« Bonjour, y a-t-il quelqu'un ici ? S'il vous plaît… ça… ugh. »
Je sentais quelque chose m'étrangler le cou. Une fine corde ou quelque chose de similaire était nouée autour de mon cou. La corde tirée fermement me serrait presque le cou, me laissant à peine assez de place pour respirer.
C'était vraiment difficile de respirer. J'avais la tête qui tournait et c'était difficile de tenir mon corps stable. J'ai essayé d'enlever le tissu qui me couvrait le visage avec mes mains, mais mes deux mains étaient solidement attachées derrière mon dos.
« Uh… Uh… » Je me tortillais à chaque respiration douloureuse qui s'échappait de ma bouche.
Puis j'ai réalisé. Sous mes pieds. Quand j'ai réalisé sur quoi je me tenais, j'ai senti des frissons me parcourir l'échine.
(Note : eh bien, je me demande un peu pourquoi elle a eu froid en ayant peur, alors voici ce que j'ai trouvé : essentiellement, l'anxiété et la peur peuvent nous faire hyperventiler et par conséquent notre sang circule moins efficacement. Le flux sanguin est aussi dirigé vers nos organes plus gros qui sont plus cruciaux pour la survie, et ainsi nos extrémités se retrouvent avec des sensations de froid. Donc la peur peut vous faire sentir des frissons.)
La fine et frêle planche sous mes pieds pouvait casser à tout moment. En bougeant, je sentais qu'elle tremblait fortement. Une peur extrême s'emparait de chaque centimètre de mon corps.
« Ne t'inquiète pas, tu ne vas pas mourir tout de suite. » Quelqu'un a chuchoté près de mon oreille. « Je vais m'assurer que tu souffres la douleur de mourir très lentement. »
Boum. Une fois encore, la corde autour de mon cou a été tirée violemment. Cette fois, elle a été serrée jusqu'à ce que je puisse à peine respirer.
Néanmoins, je ne me sentais pas du tout mourir. Comme j'étais sur le point de mourir, la corde a cessé de se serrer. Je ne pouvais ni respirer ni bouger librement, pourtant je ne pouvais pas mourir, même en étant étranglée lentement.
Au bout d'un moment, j'ai soudain senti mon corps flotter. Avec une sensation particulière d'apesanteur, j'ai regardé en bas. Alors je l'ai vu. Un corps et une tête qui étaient à peine reliés par un seul morceau de chair. C'était même difficile de dire qu'ils étaient « attachés ». C'était le mien… le visage de « Selena ». (Note : pfiou, j'ai eu la chair de poule en traduisant ça 😣)
*****
« Aaaaaah ! »
J'ai hurlé en me redressant d'un bond.
« Aaaaah, aaaaaaaaah ! »
J'ai tendu les bras et les ai agités au hasard dans l'air. Mes mains n'étaient retenues par rien et bougeaient librement. Mon corps n'était pas attaché et je pouvais respirer librement. En réalisant ce fait, j'ai ressenti un immense soulagement.
« Houff… houff. »
J'ai enfin repris mes esprits après avoir inhalé l'air profondément dans mes poumons.
« Ici… mais où est-ce……… »
Hors d'haleine, je regardai autour de moi avec méfiance. C'était sombre mais pas aussi étouffant qu'avant. Mon corps était recouvert de soie douce, pas d'un tissu grossièrement tissé. La texture douce sur mon corps me ramenait progressivement à la réalité. Ce n'était qu'un rêve.
« Qu'est-ce que c'est que ça……… »
Alors que ma tension retombait, j'ai eu la tête qui tournait. Mon corps était trempé de sueur. L'endroit du lit où j'étais allongée était humide. Mon vêtement de nuit était complètement trempé aussi. Mes cheveux en désordre collaient à mon front et à mes joues mouillés de sueur.
Clic.
« Madame la duchesse, y a-t-il un problème ? »
J'ai entendu la voix de Rona, suivie d'une lumière vive qui emplissait la pièce.
Rona écarta les rideaux et s'approcha de mon lit. « Avez-vous fait un autre cauchemar ? » Comme elle s'était bien habituée à cette situation, elle vérifia immédiatement mon état.
« Rona… » murmurai-je, hébétée. « Mon cou… est-il attaché ? »
« Pardon ? …ah, oui. » Rona me regarda, déconcertée, et observa attentivement mon cou.
« Mon cou… est-il vraiment attaché ? » Je n'avais pas le courage de toucher mon cou. C'était trop vivide… le visage misérable de « Selena » avec son cou seulement rattaché au corps par un seul morceau de chair.
« Oui, il est solidement attaché. »
« Vra-vraiment ? » demandai-je à nouveau en serrant la main de Rona.
« Oui. Madame la duchesse peut essayer de le toucher vous-même. » Rona leva ma main et la porta autour de mon cou.
Après être restée stupéfaite un instant, je pus bientôt pousser un long soupir quand mes doigts effleurèrent mon cou mince.
Toc. Toc.
Au bout de mes doigts, je sentis une pulsation forte. C'était la preuve que je suis vraiment encore en vie. Bien que mon pouls fût assez rapide à cause de mon choc, j'en étais reconnaissante. « Merci le ciel… »
Plic. Plic.
Goutte à goutte, des larmes commencèrent à tomber de mes yeux et tombèrent sur mes mains. Et bientôt, j'éclatai en sanglots. Combien de cauchemars ai-je faits maintenant ? Je préférerais ne rien me rappeler de ma vie précédente ni du roman… Sans raison, pourquoi les souvenirs reviennent-ils soudain et me torturent-ils sans cesse ?
« Mais pourquoi suis-je ici ? » C'était ma chambre. Je me souvenais être sortie de la chambre d'Amoide après l'avoir soigné. Mais j'ai ouvert les yeux pour me retrouver sur mon lit. J'avais même été changée en vêtements de nuit. Je fronçai les sourcils car il semblait que mes souvenirs étaient sens dessus dessous.
« Oh, est-ce que Madame la duchesse ne se souvient de rien du tout ? »
« De quoi me souvenir ? » J'avais l'impression de devenir bête. Je venais de me réveiller d'un cauchemar où j'étais pendue, et je n'étais pas encore complètement remise de mon choc. Tout me faisait si peur.
« Après que Madame la duchesse est sortie de la chambre du duc, je suis allée préparer le thé, et quand je suis revenue, Madame la duchesse était déjà effondrée dans le couloir. J'ai appelé quelqu'un pour porter Madame la duchesse dans votre chambre. Cela fait déjà une journée. » Rona m'expliqua point par point en me tenant fermement la main.
« Une journée… » Cela voulait dire que j'étais restée évanouie toute la journée. « …Je vois. » Je me calmoi progressivement. Ma gorge me brûlait. J'avais dû hurler fort puisqu'on aurait dit que j'avais avalé une poignée de sable et qu'il était coincé dans ma gorge. Ça faisait mal. « Tousse-tousse. »
Me voyant tousser sans arrêt, Rona apporta rapidement un verre d'eau et me le tendit. Je l'avalai cul sec d'un trait. Alors que l'eau fraîche coulait dans ma gorge, je parvins enfin à reprendre pleinement mes esprits.
« Hum… Madame la duchesse… »
J'entendis une voix prudente à côté de moi. « Quoi ? »
« Madame cherche Madame la duchesse. »
« Même si elle sait que je suis restée évanouie toute la journée ? »
「……Oui. Elle veut que j'amène Madame la duchesse dès que Madame la duchesse se réveille…… » Se sentant coupable, la voix de Rona diminua progressivement… ce n'était pas sa faute, pourtant.
Camilla y allait vraiment fort avec moi. Vraiment. Je n'arrive pas à croire qu'elle me traite encore comme ça alors qu'elle sait que j'ai passé une journée entière dans les vapes.
« Est-ce que Madame la duchesse va bien ? Dois-je juste dire à Madame que Madame la duchesse ne se sent pas bien ? Peut-être que Madame la duchesse pourra la voir demain à la place… » Rona semblait lire mon humeur.
« Non. Dis-lui que je la verrai bientôt. » Je repoussai la couverture qui me recouvrait. « Puisque tu tiens tant à voir le visage de ta belle-fille, je vais te le montrer. »
À cet instant même, je me levai et posai le pied par terre…
(Note : je déteste les cliffhangers mais ce chapitre s'arrête là, que puis-je faire~~~)