« Sûrement… Il en avait l'air. Madame la duchesse a dû avoir bien du mal. » Rona marmonna.
« Oui, c'est vrai. » Dis-je en réalisant que Rona se tenait encore à mes côtés. J'avais vraiment dû me perdre dans ce bref flash-back. En repensant à cette nuit, mon humeur s'assombrit.
… Rona devint soudain silencieuse.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Comme prévu, Madame la duchesse et Monsieur sont destinés à être ensemble. »
« Quoi ? » « Pourquoi dis-tu ça tout d'un coup ? »
« Qu'est-ce que tu entends par destinés ? »
« Même si vous n'êtes attirés l'un par l'autre que physiquement au début, cela se transformera certainement en vrai amour par la suite. Comme dans un conte de fées, c'est si beau. » Serrant fort ses mains l'une contre l'autre, Rona continua le visage rayonnant. « En plus, c'était si touchant de voir une belle épouse veiller sur son mari malade avec le plus grand soin. »
Malgré mon air incrédule, Rona démêlait une fois de plus son propre conte de fées derrière mon dos.
« Hein ? » Je me tournai vers Rona, croyant avoir entendu quelque chose d'étrange dans son histoire. « Qu'est-ce que ce sera, plus tard ? »
« Le vrai amour. » Les yeux de Rona brillaient comme si elle avait embrassé une véritable religion.
À sa remarque embarrassante, je léchai machinalement mes lèvres sèches. « L'amour… Le vrai amour… » Plus j'y pensais, plus j'avais l'impression que ce serait impossible entre nous. « Amoide et moi ? Ça n'arrivera jamais. »
« L'amour… hum… » Il n'y en avait pas, entre nous, pour commencer. Lors de notre première rencontre, nous n'avions partagé aucune intimité physique. Cette nuit-là, je m'inquiétais pour la santé de mon mari, tandis qu'il m'aidait simplement à survivre.
À cet instant, ma conscience me piqua. Bien que je ne puisse pas dire la vérité à Rona. Jamais. Certainement pas. Je ne pouvais pas lui avouer que je n'avais pas encore passé ma nuit de noces avec mon mari.
« Maintenant, je peux enfin comprendre ce que Madame la duchesse essaie de faire. » Rona acquiesça d'un air grave.
« Qu'est-ce qu'elle a en tête ? » Par curiosité, j'allais lui demander ce qu'elle voulait dire, mais elle fut plus vite.
« Madame la duchesse va devenir une épouse dévouée pour Sa Grâce, n'est-ce pas ? C'est le pouvoir du vrai amour ! »
« Eh bien, quelque chose comme ça. » Je sentis qu'elle avait mal compris, mais cela n'avait pas d'importance. Depuis l'Antiquité, on dit que l'amour peut tout sauver. Il n'aurait donc rien d'étrange à ce que je me mette soudain à trop me soucier d'Amoide. C'était plausible d'utiliser « l'amour » comme prétexte pour m'impliquer auprès de lui, comme dans l'imagination de Rona. Cependant, la chose suivante qu'elle dit dépassait mon imagination.
« Madame la duchesse essaie d'être plus proactive pour concevoir un bébé, n'est-ce pas ? »
« … Quoi ? » Demandai-je bêtement, et je rougis immédiatement en comprenant ce qu'elle voulait dire. « Rona, tu vas trop loin ! » Je voulais seulement montrer une atmosphère amicale entre Amoide et moi, amenant les autres à croire que notre relation s'était améliorée. « On dirait que j'en ai trop fait. »
« Rona ! » J'essayai de lui couvrir la bouche en jetant un coup d'œil autour de nous.
« Ce n'est pas grave, Madame la duchesse. Ce n'est pas quelque chose dont il faut avoir honte. En fait, le nombre de nuits où Madame la duchesse partage le lit de Monsieur est trop faible pour concevoir un bébé… »
« Sérieusement, il n'y a pas moyen d'empêcher cette petite bouche de jacasser sans fin. »
« Puisque vous brûlez tous les deux de passion, Madame la duchesse et Monsieur devraient le faire plus souvent ! »
« Petit diable lubrique ! »
« C'est normal, Madame la duchesse. C'est quelque chose de naturel entre époux. » Rona était si excitée qu'elle continuait à débiter ses paroles.
Finalement, je décidai d'abandonner. « Ouais, c'est à toi de croire ce que tu veux. Ça n'a pas vraiment d'importance. Il me suffit que les autres croient que j'ai une bonne relation avec Amoide. »
« Madame la duchesse et Monsieur sont exactement comme les personnages principaux du roman que j'ai lu hier. »
« Quel genre de roman ? » Je plongeai dans ses yeux rêveurs et sondai prudemment.
« *La Duchesse qui refuse d'aimer*. »
« De quoi ça parle ? Pourquoi a-t-elle refusé ? » C'était la première fois que j'entendais ce genre de titre. Pour une raison quelconque, j'éprouvais un sentiment de déjà-vu. Quoi qu'il en soit, il semblait que les titres de romans dans ce monde ne différaient pas beaucoup de mon monde d'avant. Provocants et un peu clichés.
« C'est une histoire réconfortante ! Au début, les personnages principaux étaient liés par un contrat et ne partageaient que l'intimité physique. Cependant, au fil du temps, ils ont progressivement ouvert leur cœur l'un à l'autre et… »
« Donc, leur intimité physique les a menés à tomber amoureux l'un de l'autre ? » Demandai-je en réprimant mon rire.
« Oui ! » Ses yeux pétillaient comme s'il y avait des étoiles qui scintillaient à l'intérieur. « Bien qu'ils se disputaient assez souvent, ils avaient une bonne alchimie. La première nuit, ils ont même cassé le lit… »
« Le lit a cassé ? » En écoutant Rona, un gloussement m'échappa. « Impossible, il n'y a pas de telle chose. » Je lui tapotai légèrement le bras. « Tout est inventé. »
Je riais jusqu'aux larmes. Peu importe la force du protagoniste masculin, il n'y avait aucun moyen qu'il puisse casser un lit solide. L'auteur ne l'avait exagéré que pour rendre l'histoire plus intéressante. « Et c'est pour ça qu'il est dangereux d'apprendre ce genre de choses uniquement dans les livres. »
« C'est vrai, Madame la duchesse. Le protagoniste masculin est un chevalier exceptionnel, donc il est en pleine forme physique et a beaucoup d'endurance… Donc, il ne se fatiguait même pas la nuit. »
« Vraiment ? »
« Il pouvait même le faire “continuellement” pendant plusieurs jours… »
« Combien de jours… ? » Je ne pus m'en empêcher et éclatai de rire. « Rona, tout est inventé. Tu ne devrais pas croire que ça arrive dans la réalité. L'auteur exagère trop. »
« Pas du tout ! »
« Comment le sais-tu ? » Je sentis que quelque chose clochait en la voyant l'affirmer sérieusement. « Rona, ne me dis pas… toi et Robert… »
« Comment est-ce possible ?! Elle est encore gamine ! »
« N-non, pas encore. » Me regardant droit dans les yeux, Rona agita frénétiquement la main. « Le protagoniste masculin du livre est un chevalier. Monsieur est aussi un chevalier. Il est le Commandeur des Chevaliers du Soleil. Ce sont les meilleurs chevaliers de l'Empire. » Elle remit soudain sur le tapis l'histoire de la chevalerie d'Amoide. « Monsieur est un homme si incroyable. »
Pour une raison quelconque, j'eus un goût amer en entendant les mots de Rona. Amoide était le plus jeune commandeur de l'histoire de l'Empire, et il avait commencé à diriger le meilleur ordre de chevalerie à dix-huit ans seulement.
Les successeurs de cette famille avaient été les commandeurs des Chevaliers du Soleil pendant des générations. Ce n'était pas un poste héréditaire. Ils y étaient parvenus par leurs propres efforts, car seul le chevalier le plus fort était qualifié pour diriger le meilleur ordre de chevalerie.
« Monsieur possédait déjà une escrime exceptionnelle depuis son jeune âge. C'est pourquoi il est parvenu au poste de commandeur rapidement. »
« C'est exact. »
Néanmoins, il était en congé maladie de longue durée depuis qu'il était tombé malade. En d'autres termes, le poste de commandeur des Chevaliers du Soleil était vacant depuis cinq ans. Jusqu'à présent, c'était le marquis Deaz qui en assumait la responsabilité.
« Mais pourquoi parles-tu soudain de ça ? » Je lâchai la question qui me trottait dans la tête depuis un moment.
« L'endurance des chevaliers dépasse la normale ! Surtout les chevaliers avec une escrime excellente. Donc, si Monsieur est complètement guéri… »
« Arrête. » Je me hâtai de couvrir la bouche de Rona.
« Oh, je suis désolée. » Elle se couvrit la bouche et regarda mon visage. Mais bientôt, elle sourit avec malice. « Actuellement, Madame la duchesse ne partage le lit de Monsieur que certains jours. Mais quand Monsieur redeviendra en bonne santé, Monsieur probablement… »
« Arrête ! » Je bloquai ses mots en urgence. « D'où as-tu entendu ça, au juste ? »
« Toutes les servantes avec qui je travaille en parlaient. »
Mon dieu. Je me sentis soudain étourdie.
« Ne t'inquiète pas, Madame la duchesse. L'intimité physique est aussi importante que l'affection émotionnelle. »
« … Vraiment ? » Demandai-je, ayant déjà baissé les bras.
« Bien sûr ! Certains couples nobles n'ont même pas d'intimité physique pendant la journée, mais ils ne sortent même pas de leur chambre quand ils y entrent la nuit… Et c'est comme ça qu'ils ont eu trois enfants ! » Les yeux de Rona brillaient d'espoirs démesurés.
Je tentai de me détourner d'elle. Le grand tableau dans l'esprit de Rona. « Rona, je t'ai dit que ça ne marche pas comme ça dans la réalité… » Pourtant, ses yeux étaient si pleins d'espoir que je ne pus me résoudre à le lui dire. Plus important encore, c'était impossible parce qu'il fallait regarder le ciel pour cueillir l'étoile.
Note : Une expression coréenne qui signifie qu'atteindre un certain résultat nécessite des efforts, de la préparation, des opportunités ou des conditions adéquates.
Cependant, son malentendu n'était pas si grave, alors je décidai de ne pas le dissiper. « Ouais, à partir de maintenant, je jouerai la duchesse qui a du mal parce que son mari la tyrannise chaque nuit. »
« Oh non, j'ai dû perdre la tête. » Rona s'exclama soudain. « En fait, le docteur Raymond a dit qu'il viendrait rendre visite à Madame la duchesse bientôt. C'est pour ça que je cherchais Madame la duchesse… »
« Et je n'ai fait que parler de choses inutiles. »
« Oh mon dieu, la nuit de noces de Madame la duchesse n'est pas une chose inutile. Madame la duchesse y a même mis du cœur… »
« Mais pourquoi me cherche-t-il ? » Je coupai vite ses mots car il semblait que des choses inutiles allaient jaillir à nouveau.
« Peut-être parce que Madame la duchesse s'est effondrée la dernière fois. »
« J'étais juste trop anxieuse ce jour-là. » « Il semble que Camilla ait été vraiment inquiète de ce qui s'est passé la dernière fois. C'est compréhensible, puisque c'est un corps précieux qui portera l'héritier de cette famille. »
« Si Madame la duchesse est fatiguée, devrais-je juste lui demander de revenir plus tard ? »
« Non, ça tombe bien puisque j'ai aussi des questions à lui poser. » Après avoir obtenu la permission de Camilla, j'avais réussi à faire semblant d'être proche de mon mari d'une manière ou d'une autre. « Alors, il est temps de passer à l'étape suivante du plan. Enquêter sur la raison de la maladie d'Amoide. Puisque la cause est inconnue, je dois creuser un maximum d'informations auprès de son médecin. »
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« Comment se sent Madame la duchesse aujourd'hui ? » Après m'avoir saluée courtoisement, Raymond ôta son chapeau et s'assit face à moi à la table de thé.
« Je vais très bien, Raymond. Merci de m'avoir soignée quand je me suis effondrée la dernière fois. » Répondis-je avec un large sourire.
Me rendant mon sourire, il répliqua : « Je suis ravi que Madame la duchesse ait bonne mine. Puis-je vérifier l'état de Madame la duchesse un instant ? »
Je grinçai à ses mots. « Bien sûr. »
Raymond sorti un stéthoscope et commença à m'examiner attentivement. Pendant ce temps, je l'observai soigneusement. Raymond était un bel homme au regard chaleureux. Ses cheveux et ses yeux étaient tous deux bruns. Quand il parlait, il mettait toujours ses auditeurs à l'aise avec sa voix modérée et son ton calme.
Cependant, son expression douce disparaissait complètement pendant les traitements d'urgence. Chaque fois qu'Amoide s'effondrait, Raymond veillait toute la nuit sur son état avec le plus grand soin.
C'était peut-être pour cela que même Camilla le traitait respectueusement. Il était l'une des personnes en qui la méticuleuse Camilla faisait confiance et sur qui elle comptait.
« Et aussi… celui qui est le plus susceptible d'être étroitement lié à la mort d'Amoide. »