Je n'hésitai pas et m'avançai lentement vers lui sans baisser la tête. Son regard suivit chacun de mes pas. « Pourquoi était-ce si difficile d'agir ainsi avant ? » Je me tins près de la fenêtre et lui tendis la main.
À cause de la vive lumière du soleil, ses yeux bleus semblaient briller. Il se contenta de fixer ma main avec acuité. Puis il leva les yeux et croisa les miens.
…. C'est un peu dangereux. Derrière sa frange dorée et lisse, ses yeux bleus étaient aussi clairs qu'un lac. Bien que son teint fût pâle à cause de la maladie, son allure restait d'une beauté saisissante. Je décidai donc de graver cette image en moi. Si un jour ma colère se change en pensées meurtrières, je n'aurai qu'à regarder son visage. Ma colère disparaîtrait sans doute comme la neige fond au printemps.
« Amoide. » J'appelai à nouveau son nom. Combien de fois l'avais-je appelé depuis que j'étais entrée dans cette pièce ? Je répétais son nom comme si j'appelais mon chat ou mon chiot.
Il me fixa simplement en silence.
Étrangement, je ressentis un soulagement qu'au moins il ne m'ignore pas. Alors, je l'appelai encore. « Amoide. »
Comme s'il marmonnait, sa bouche bougea légèrement. Un mélange d'émotions se reflétait dans ses yeux plissés.
'Ah, c'est amusant.' Je souris intérieurement. Chaque fois que j'appelais son nom, je savourais la réaction inattendue qu'il montrait. C'était comme observer un beau chat arrogant qui frémissait des oreilles en bronzant au soleil, ignorant l'appel de son maître. Comme un sortilège. Je pensais qu'il se fâcherait que j'ose l'appeler si familièrement, mais ce ne fut pas le cas.
« Hem. » Je raclai ma gorge. « Comment vous sentez-vous ? »
« Comme vous le voyez. » Répondit-il à contre-cœur. Son ton agacé semblait dire : « Vous me voyez bien assis là, alors pourquoi me demandez-vous encore si je vais bien ou pas ? »
« Je suis ravie que vous ayez bonne mine. J'avais peur que vous ne puissiez toujours pas quitter le lit. » Je souri largement en soutenant son regard.
Au contraire, de fines rides apparurent entre ses yeux.
'Me détestez-vous à ce point de me voir sourire ?' … J'aurais voulu le demander, mais je me retins. Et j'en vins enfin au fait. « Amoide, voulez-vous faire une promenade avec moi ? »
Dès qu'il entendit mes mots, son expression changea brutalement, comme s'il observait un insecte bizarre.
Oh, ai-je trop forcé ? J'étais si absorbée par mes pensées sur mon plan que j'en avais oublié de faire couler la conversation naturellement.
Alors que j'allais rouvrir la bouche, il parla le premier : « Es-tu devenue folle, enfin ? »
Mon impression favorable à son égard s'effondra instantanément. « Non, pas du tout. » Répondis-je en souriant. Même s'il débitait des paroles plus dures encore, j'étais certaine de n'être ni choquée ni blessée. Le courage d'être détestée, le courage d'être détestée.
Note : « Le courage d'être détestée » est le titre d'un livre de développement personnel à succès en Asie, écrit par deux auteurs japonais.
Après me être répété ces mots une dizaine de fois, j'enchaînai. « Il fait beau aujourd'hui, allons nous promener. »
À cet instant, son expression changea subtilement, et ses lèvres bougèrent comme s'il essayait de dire quelque chose. « …O. »
« Pardon ? » Essayant d'entendre sa voix à peine audible, je penchai la tête et demandai. « Amoide, qu'avez-vous dit tout à l'heure ? »
Quand je le questionnai, il marmonna entre ses dents : « Quel genre d'absurdité encore… »
'J'en viens à bout.' Je répondis à sa voix basse par un sourire. « Ce n'est pas une absurdité. Je veux juste me promener avec vous. Nous sommes un couple marié, non ? »
« … Couple marié ? » Il fronça les sourcils aux mots que j'osais employer.
Ah, cette expression encore.
« Prétendez-vous que nous sommes un couple marié à présent ? »
« Bien sûr, nous sommes un couple marié, pas frère et sœur, n'est-ce pas ? »
Amoide parut rester sans voix face à ma réponse enjouée.
« Oh, mon Dieu, vous sentez-vous mal ? » Je regardai son expression et demandai avec tact.
« … Non, je vais bien. » Il agita la main et s'éloigna de moi.
« Vous en êtes sûr ? »
« Ouais, alors restez à distance. »
« Alors, venez vous promener avec moi. » Je l'importunai à nouveau.
« Je n'ai pas envie. »
Le voyant me rejeter sans hésiter, je retirai la main que je lui tendais auparavant. 'C'est sûr, bien sûr qu'il réagit comme ça.' Je ne m'attendais pas à ce que ce soit facile de toute façon. 'C'est bon. C'est vraiment bon. Je n'abandonnerai pas après un seul échec.'
« Dites-moi ce que vous tramez. »
« En fait, c'est un stratagème pour que vous retrouviez la santé. »
« Quoi ? »
Je vis de fines lignes apparaître sur son front. Sans m'en rendre compte, je tressaillis un instant. Néanmoins, je souri immédiatement pour paraître calme. « Cela signifie que votre corps est désormais entre mes mains. »
« Mon corps…. Qu'allez-vous en faire ? »
« Je viens d'obtenir la permission de votre mère. »
« Quelle permission ? »
Puisque nous avions repris le contrôle de nos émotions, il était temps de lui expliquer logiquement. « Amoide, vous devez recevoir une certaine quantité de soleil chaque jour pour être en bonne santé. »
« … » Il jeta un coup d'œil furtif à la vive lumière du soleil à travers la fenêtre et hocha légèrement la tête.
J'ajoutai vite : « Respirez l'air frais. Au lieu de ce parquet dur, foulez la terre et profitez des parfums des fleurs dehors. » 'Plutôt que de rester au lit à attendre la mort.' Le voyant ne pas bouger d'un pouce, j'essayai de l'encourager davantage : « Tous ces instants sont précieux. Plus tard, si vous mourez, vous ne pourrez pas… »
Devant son regard soudainement glacial, je changeai vite mes mots. « Il a plu la nuit dernière. La terre du jardin sent si bon. Les phytoncides s'en dégagent aussi des arbres… » À cet instant, je croisis le regard d'Amoide, qui me dévisageait de ses yeux froids. « Bref, c'est bon pour la santé. Ne restez pas enfermé dans la chambre et sortons dehors, d'accord ? »
Note : Les phytoncides sont des substances émises par les plantes et les arbres ; le terme désigne généralement l'arôme de la forêt. Cela relève de la sylvothérapie.
Me voyant le harceler avec insistance, Amoide se leva du rebord de la fenêtre avec une expression insondable. Je le regardais de haut tout à l'heure, mais une fois debout, j'eus l'impression de rapetisser. Et en un instant, tout devint sombre. Le soleil était-il déjà couché ?
« … »
Le soleil était encore haut. Cependant, ses larges épaules et son dos bloquaient toute la lumière. Sa silhouette se détachait davantage en contre-jour. Je savais depuis toujours qu'il avait une grande carrure, mais je le réalisai à nouveau en le voyant ainsi. Son visage était à peine visible à cause du contre-jour. Je sentis seulement qu'il me fixait.
« Vous avez dû vous presser. » Une voix calme rompit le silence.
'Mais de quoi parle-t-il ?' Je le regardai, confuse. « … De quoi ? » 'Vous presser ? De quoi ?' J'eus l'impression que la conversation n'avait pas de sens. Il devait y avoir un malentendu quelque part.
Ses paroles se mirent à me déferler dessus comme une pluie battante. « Pourquoi ne pouvez-vous pas le dire directement ? Depuis quand avons-nous une si bonne relation pour marcher bras dessus, bras dessous ? Ne le pensez-vous pas ? » Sa voix était tranchante comme un prédateur sauvage. Il me regarda comme s'il était désabusé du monde.
« Je… je… » Je voulais dire quelque chose, mais je ne pouvais pas ouvrir la bouche face à ce brusque changement d'atmosphère. « C'est pour votre corps. »
« Donc, vous me demandez de me promener juste pour ma santé ? »
Je hochai péniblement la tête plusieurs fois à sa question.
« Changez-vous de méthode maintenant ? » Un éclat de rire s'échappa de sa bouche.
« Que voulez-vous dire ? » Demandai-je à nouveau car je ne comprenais vraiment pas.
« Me donner un enfant. Je t'ai dit de ne pas dire à ta mère que je ne coucherai pas avec toi parce que je n'en demanderai pas plus. »
« … »
Je l'avais fait. Du moins, dans le manoir ducal, il semblait que lui et moi passions régulièrement des nuits torrides ensemble. S'il s'avérait que je n'étais pas différente d'avant mon mariage, la duchesse me renverrait sur-le-champ ce jour-là. Et cela couperait tout soutien financier pour mes cadets.
« Je l'ai fait, non ? Devrais-je simplement avoir un enfant à la place ? » Il fit un pas de plus vers moi.
Je restais plantée là, mais je me sentis intimidée à mesure que son imposant corps s'approchait. « Je… je… » La situation prenait une tournure inattendue. Avant que je ne comprenne ce qui se passait, je reculais déjà.
Toc. Un mur dur me heurta le dos. C'est lui qui m'avait poussée jusqu'ici. Il y avait un mur dur derrière moi et un homme aux yeux menaçants devant moi. « Euh, écoutez Amoide, je suis désolée. La prochaine fois… » J'essayai de me faufiler en me tortillant.
Mais à cet instant, je fus saisie par une paire de mains fermes. Ses mains sur mes épaules,
j'eus l'impression d'être plaquée au mur. Coincée entre lui et le mur, je levai les yeux vers son visage. La force qu'il exerçait sur mes épaules me fit douter qu'elle vînt d'un homme malade. 'Êtes-vous vraiment malade ?'
'Qu'est-ce qui lui prend, au juste ?' Je tremblais de peur comme une souris devant un chat. Ce n'était pas la première ni la deuxième fois qu'il me regardait avec un air agacé, mais c'était la première fois que je le voyais aussi en colère. 'Pourquoi ? Juste parce que je vous ai demandé de vous promener ?' Je ne comprenais pas cette situation. « Heu… Amoide, écoutez-moi. Je suis juste… »
« Quel complot as-tu ourdi avec ta mère, encore ? »
« Pardon ? »
« C'est probablement parce que je me suis effondré hier. »
'De quoi parle-t-il ?'
« Pourquoi ? Puisque il ne me semble pas rester beaucoup de temps à vivre, vous voulez faire un enfant tout de suite ? »
« N-non… » Je secouai la tête énergiquement.
Mais il ne semblait pas prêter attention à mes mots.
« Je ne veux pas dire… » À cet instant, j'essayai de lever la main pour l'arrêter. « Aïe. » La douleur lancinante m'arracha un petit cri.
Ce n'est qu'alors qu'Amoide desserra son étreinte.