« Tu ne crois tout de même pas être devenue la vraie femme d'Amoide ? »
« Alors, qu'est-ce que je suis ? »
« Quoi ? »
« Depuis que je suis arrivée dans ce manoir, Mère ne cesse de me rappeler que je suis la duchesse et l'épouse du duc Amoide. »
Camilla ne me traitait pas avec le respect dû à mon rang de duchesse. Puisque la maîtresse de maison agissait ainsi, les domestiques non plus ne me portaient pas beaucoup de considération, moi la nouvelle duchesse.
Devant moi, ils faisaient semblant de me respecter, mais dès que je tournais le dos, ils faisaient de moi leur risée. C'était prévisible, vu que je n'étais pas aimée de mon mari. Non, pour commencer, il ne m'avait même jamais reconnue comme sa femme.
« Même si notre mariage repose sur un contrat, j'ai encore le droit de m'occuper de mon mari. » Sa mort. Mon accusation montée de toutes pièces. Je dois les empêcher à tout prix.
« Raymond restera son médecin personnel. Même si je reprends la charge de veiller sur la santé d'Amoide, Mère en sera informée régulièrement de toute façon. Je veux simplement alléger son fardeau. »
J'avais l'impression que des épines pointues sortaient de mon siège. Je ne pourrais passer à l'étape suivante de mon plan que si Camilla acceptait ma proposition. Si elle la refusait maintenant…
« Tu as changé, n'est-ce pas ? On dirait que l'âme d'une autre possède ton corps… »
Je serrai les poings aux mots de Camilla. « Les gens changent tout le temps. » Ce n'est qu'à cette condition que nous pourrions survivre.
Camilla plissa les yeux en me regardant. Elle avait l'air de ne vraiment pas comprendre la situation. « Pourquoi fais-tu cela tout d'un coup ? »
La réponse était simple. Pour vivre. Je voulais vraiment vivre. Alors, tout autour de moi a commencé à me sembler effrayant. Malgré tout, j'ai décidé d'exploiter au maximum ce que j'avais. J'étais officiellement la femme d'Amoide, même si ce n'était qu'un mariage contractuel. J'étais la personne légitime pour m'occuper de lui et le protéger de près.
« Je n'ai aucune autre intention. Je veux simplement m'investir davantage pour atteindre notre objectif commun. » Un divorce parfaitement paisible. Se dire adieu en beauté, sans que l'une ou l'autre des parties n'ait à rendre de comptes.
Après avoir relu le contrat entre Camilla et moi encore et encore pendant ces deux dernières semaines, j'ai réalisé qu'il n'y avait qu'un seul moyen de le rompre sans enfreindre les clauses. Il fallait que Camilla l'annule de son propre chef. Si elle le faisait, elle ne me réclamerait pas la pénalité. Et pour que cela arrive…
« Il faut qu'Amoide redevienne en bonne santé. » Même si ce n'était pas moi, il y aurait beaucoup d'autres femmes prêtes à l'épouser une fois guéri. Il n'aurait qu'à choisir une noble dame d'une famille plus prestigieuse. Il n'aurait plus besoin de moi.
Je croisa le regard de Camilla. Un moment, ni Camilla ni moi ne dirent rien.
« … Nous verrons bien. »
Je poussai un soupir de soulagement intérieur quand Camilla donna à peine son accord.
« Tant mieux. »
« Mais si l'état d'Amoide empire ou si cela s'avère inutile, je ne laisserai pas passer. » Camilla ajouta d'une voix glaciale.
« Bien sûr que non. » Je ne m'attendais pas à ce que Camilla me donne volontairement l'entière autorité sur la santé de son fils. Quoi qu'il en soit, puisqu'elle m'en laissait la chance, je devais faire de mon mieux pour le sauver. C'était évidemment un pari, un pari périlleux où ma vie était en jeu. Si je réussissais, je pouvais sauver ma vie et mon argent, mais si j'échouais…
« N'y pensons pas. » C'était une sale manie que de commencer à envisager le pire avant même d'avoir commencé. Je soupirai intérieurement et répondis. « … Oui. »
Drouuu… La chaise racla le sol quand je me levai. « Puisque nous en avons fini avec ce sujet… je vais voir Amoide maintenant. »
Je regardai Camilla de haut en me relevant. Oh, c'était une sensation nouvelle. Le sentiment de regarder l'autre de haut, depuis une position supérieure, était vraiment différent. Bien que ce ne fût dû qu'à la différence de taille. Jusqu'ici, je n'avais jamais regardé Camilla sous cet angle, parce que je devais toujours baisser la tête devant elle.
« Qu'est-ce que tu regardes ? »
« Non, rien. » Au lieu de baisser la tête, je fixai le visage de Camilla droit dans les yeux. Je décidai de ne plus le faire. Parce que même si je le faisais, cela ne m'empêcherait pas de perdre la tête et de mourir.
Plutôt, mieux valait faire ce que je voulais. Puisque de toute façon, même si je le faisais, je n'aurais pas de gros ennuis. D'après l'histoire originale, Camilla commencerait à devenir vicieuse envers moi après la mort d'Amoide. Avant la tragédie, elle se contentait de m'ignorer, mais elle n'avait jamais eu l'intention de me nuire. Me fiant à cela, je décidai de sortir de la pièce. Avec la permission de Camilla de m'occuper de sa santé, il était temps pour moi de passer à l'étape suivante selon mon plan.
« Qu'a dit Madame ? Madame a-t-elle donné sa permission à Madame la duchesse ? » Rona enchaîna les questions dès que je fermai la porte et sortis, comme si elle allait devenir folle d'attendre ma réponse.
Je mis le pas légèrement au lieu de répondre.
« Madame la duchesse, où allez-vous ? » demanda Rona en suivant mes pas à la hâte.
« Où d'autre ? Je vais voir mon grand mari. »
« Voir le Maître ? »
« Ouais. »
Au même moment, nos pas résonnèrent dans le couloir.
« Pourquoi Madame la duchesse tout à coup… » Rona me regarda avec un air perplexe.
C'était normal. Jusqu'ici, je passais rarement du temps avec Amoide. Excepté les jours recommandés où nous devions partager le lit. Tout comme un étalon bien né qui doit transmettre ses gènes excellents aux générations futures. Autant que possible.
« Pourquoi d'autre ? Pour remplir mes devoirs d'épouse. »
« Pardon ? »
« À partir de maintenant, je vais devenir plus proche de mon mari… non, nous allons devenir un couple aimant. »
« Mon dieu ! » Rona sourit radieusement comme si c'était sa propre affaire. « Quelle excellente idée ! »
Cependant, son sourire radieux s'effaça au moment suivant. « Mais comment…… ? » demanda-t-elle avec un air perplexe.
Clac. *bruit des pas qui s'arrêtent net
« Il fait beau aujourd'hui. » J'arrêtai de marcher et regardai par la fenêtre. La vive lumière du soleil attira mon regard. « À partir de maintenant, je vais me promener avec lui régulièrement. »
*****
« Qu'est-ce qui amène Madame la duchesse ici ? »
Devant sa chambre, je tombai sur une servante qui me regarda durement. Je venais juste voir mon mari, mais étrangement, j'avais l'impression d'aller voir le chef de la mafia dans un donjon.
« Je suis venue voir mon mari. » Dis-je à la gardienne féroce qui veillait sur la chambre du boss.
« Le Maître se repose en ce moment. » Dit Emma sans sourciller. Elle ne semblait pas disposée à me laisser passer.
« Vraiment ? J'ai pourtant quelque chose à lui dire. »
« Le Maître déteste être dérangé par qui que ce soit pendant son repos. »
Elle avait l'air de ne pas vouloir laisser passer ne serait-ce qu'une aiguille, mais je ne voulais pas non plus reculer. Car derrière cette porte, il y aurait un monstre encore plus féroce qui m'attendait, alors je devais vaincre cette gardienne féroce sans trop d'efforts.
« Emma, je veux voir mon mari. Une femme est-elle considérée comme "n'importe qui" aussi ? »
« … » Les sourcils d'Emma se fronçaient de désapprobation, mais elle ne contredit pas mes mots.
« Je viens parce que je m'inquiète pour mon mari. Je me demande s'il est encore malade, alors je veux vérifier son état. »
Emma roula des yeux comme si elle réfléchissait un instant.
Finalement, je n'eus d'autre choix que d'ajouter. « Je dirai à Mère que vous me barrez le passage. »
« Madame… ? » La servante, qui se tenait les bras croisés, me regarda avec de grands yeux, choquée par mes mots.
« Tu n'as pas peur de moi du tout. Mais dès que je cite Camilla, tu te recroquevilles tout de suite. » C'était un coup bas, mais je n'y pouvais rien. Il semblait que je ne puisse compter que sur l'autorité de Camilla. « Mère m'a demandé de m'occuper de la santé d'Amoide. »
« Est-ce vrai… ? »
« Si vous ne me croyez pas, allez le lui demander vous-même. »
Emma se mordit les lèvres sans rien dire.
« Maintenant que vous le savez, écartez-vous. » Je poussai Emma et frappai à la lourde porte en chêne.
Toc, toc.
« Entrez. »
J'ouvris la porte et entrais quand la courte réponse fut entendue. Je levai immédiatement la main pour cacher mes yeux face à l'éblouissement soudain de la lumière.
Brille, brille. Une lumière massive me frappa. Le soleil était-il aussi brillant avant ? En regardant devant moi à demi-yeux, je pus voir la source de cette lumière.
……
Amoide était assis sur l'appui de fenêtre en me regardant. C'était l'une des fenêtres conçues avec un large appui pour qu'on puisse s'y asseoir. Et c'est exactement ce qu'il faisait. Mais pourquoi la vue de lui assis là ressemblait-elle à un tableau célèbre qu'on ne verrait que dans un musée ?
Sa posture assise semblait aussi assez confortable. Il posa sa main gauche sur sa jambe pliée sur l'appui de fenêtre. Pendant ce temps, son autre longue jambe était étendue confortablement.
Ses jambes étaient vraiment longues. Il me fallut un temps considérable pour déplacer mon regard du bord de son bassin jusqu'au bout de ses orteils. Les muscles modérés et les lignes étirées de ses longues jambes semblaient exceptionnellement masculins.
Dans l'ensemble, il était un peu mince mais sa carrure était extraordinaire. Même avec un tel corps, il était souvent malade. J'imaginais à quel point son estime de lui-même avait dû chuter.
« Pourquoi es-tu ici ? » Il fronça les sourcils en me regardant.
À cause de cela, je sortis rapidement de ma stupeur. « … »
« Qu'est-ce qu'il y a ? » Il ne semblait pas content de ma visite. Pour être exact, il paraissait méfiant envers moi. À moins qu'il ne se passe quelque chose ou pour une raison spéciale, j'étais quelqu'un qui ne s'approcherait pas de lui.
Il détesterait que je m'approche à quelques mètres de lui. Et il me fixerait avec méfiance, comme s'il craignait de tomber malade si je le touchais ne serait-ce qu'un tout petit peu. Sérieusement, qu'est-ce que j'avais fait de si mal ?
Tout à coup, je devins émotive et faillis éclater en sanglots, le nez bouché. Pourquoi avais-je vécu une vie si misérable ? Je l'avais épousé pour l'argent, mais j'avais mes raisons aussi. Tu n'avais pas à me haïr à ce point. C'était une vie si pauvre. Selena avait même été faussement accusée d'avoir tué son mari après avoir été maltraitée ainsi.
Je fis courageusement un pas en avant et ouvris la bouche. « Amoide. »
« … » Il me regarda, confus, comme s'il avait mal entendu.
Alors, je l'appelai à nouveau. « Amoide, que faisais-tu ? »
Son corps se tourna complètement vers moi. « Qu'as-tu dit ? »
« Que faisais-tu ? »
« Pas cette partie. »
« Amoide. Duc Amoide Efret. C'est ton nom. »
Un, deux. Je comptai en marchant vers lui.