« C'est ici, l'armurerie ? »
« Oui. Il y en a d'autres, mais on dit que c'est la boutique la mieux achalandée de la ville. On n'y trouve pas seulement des armes : il y a aussi des armures et des boucliers. »
Guidé par Tena, arriva devant une échoppe à l'enseigne ornée d'une épée et d'un bouclier, au coin d'une rue.
« Oh ? Mais dites-moi, monsieur .
Il y a bien une épée et une armure dans votre Boîte à Objets, non ?
Est-il nécessaire d'en racheter ? »
« Non, je préfère ne pas me servir d'une épée dont j'ignore la provenance, sauf en dernier recours.
Et quant à l'armure... elle non plus n'est pas utilisable. »
« Croâ. »
L'armure de cuir contenue dans la Boîte à Objets n'avait rien de particulier en elle-même, c'était un article tout à fait ordinaire ; mais elle avait complètement changé après qu'Anri lui eut conféré sa bénédiction, la veille au soir.
[Cotte d'Écailles du Dragon Mauvais]
[Cotte tissée dans les écailles d'un antique dragon mauvais.]
[D'une légèreté qui dément sa résistance, elle ne peut être percée par une lame ordinaire.]
[Elle offre en outre une haute résistance aux magies telles que les souffles.]
[Cependant, la revêtir expose à être manipulé, car elle est emplie de la rancune et de la malveillance du dragon mauvais, et l'on se met à attaquer sans distinction ceux qui vous entourent.]
La probabilité qu'un objet soit maudit par la bénédiction relevait du pile ou face ; et comme on le voit, le résultat fut bel et bien une malédiction.
Ils l'avaient tout de même emportée, enfermée dans la Boîte à Objets, mais elle est inutilisable et ne fera sans doute qu'occuper de la place.
Elle est également bien trop dangereuse pour qu'on la revende à la légère.
Comme avait lui-même consenti à ce qu'Anri accorde sa bénédiction à ses objets, il n'entendait pas lui reprocher le résultat ; mais la grosse somme qu'elle avait préparée devait tout de même tenir un peu du dédommagement.
« Au fait, si vous ne pensiez pas que j'achèterais une arme, pourquoi m'avoir conduit ici ? »
La question venait de traverser l'esprit de .
Si elle n'avait pas prévu qu'il aurait besoin d'une arme, Tena n'avait aucune raison de songer à le mener chez un armurier.
« Eh bien, je voulais moi-même acheter un bâton, mais la raison principale est d'y rencontrer quelqu'un.
Dame Anri lui a demandé ce matin de venir ici. »
« Quelqu'un ? »
« Oui, la personne qui va entraîner monsieur . »
« Hein ? »
poussa un cri de stupeur en entendant cela pour la première fois.
« Euh, il s'agit de devenir son élève ? »
« Oui. L'entraînement en autodidacte a ses limites, et dame Anri a dit qu'il y avait beaucoup à apprendre d'elle, d'autant qu'elle sait aussi employer la magie de lumière.
Nous l'avons contactée hier soir, et elle a pu venir parce qu'elle se trouvait par chance dans les environs.
Comme on m'a dit qu'elle serait dans cette boutique toute la journée, j'ai convenu de l'y retrouver. »
« Je vois.
Eh bien, entrons vite, puisqu'elle nous attend peut-être. »
« D'accord ! »
Poussant la porte, tous deux entrèrent dans la boutique.
L'intérieur était rempli d'armes de toutes sortes, alignées. Comme pour donner raison à Tena qui la disait la mieux achalandée de la ville, elles semblaient fort nombreuses.
Chaque type d'armure était pourtant exposé avec ordre : rien n'y faisait désordre.
« Hmmm... Ah, elle est là ! »
Tena, qui cherchait des yeux la personne en question dans le magasin, annonça la nouvelle en désignant une direction.
Quand regarda du même côté, il y avait là une femme d'une allure étonnamment nette.
« Madame Orlaine. »
Au salut de Tena, la femme qui examinait un arc accroché au mur se retourna.
Avec ses cheveux mauve clair qui descendaient un peu au-dessous des épaules, elle avait quelque chose d'évanescent.
Mais il suffisait de regarder ses yeux pour comprendre son erreur.
La forte volonté que portaient ces pupilles montrait clairement qu'elle n'était pas l'être fragile que son allure laissait supposer.
Cela se voyait aussi à son armure légère et à l'arc qu'elle portait dans le dos, lequel dégageait une aura terrifiante.
Elle paraissait à peu près de l'âge de , ou un peu plus âgée, mais l'atmosphère qui se dégageait de son équipement disait la guerrière chevronnée, aux longs états de service.
« Ah, mademoiselle Tena. Bonjour. »
« Oui, cela faisait longtemps ! »
La femme s'approcha de et de Tena, et les salutations furent échangées.
« Et ce monsieur... ? »
« Oui, c'est monsieur .
Monsieur , voici l'héroïne, madame Orlaine. »
« Je suis . Enchanté de vous ren... une héroïne ? »
s'était présenté à la suite de Tena, mais un mot de sa présentation lui arracha un cri de surprise.
Orlaine, avec son allure soignée, aurait mieux passé pour une religieuse que pour une héroïne.
« A... ahaha... J'ai reçu la bénédiction de la , et je porte pour le moment le titre d'"Héroïne de l'Arc Sacré". »
« Ayant accepté la demande de dame Anri, elle assistera monsieur dans son entraînement. »
« Oui. Je suis spécialisée dans l'arc, mais je sais aussi employer la magie de lumière dans une certaine mesure.
Je pense pouvoir vous aider à acquérir quelques bases, alors comptez sur moi. »
« De même, je compte sur vous ! »
saisit la main qu'Orlaine lui tendait et lui donna une franche poignée de main.
« Au fait, j'aimerais régler la question de l'arme et de l'armure de monsieur avant d'entrer dans le donjon. »
« Je vois. Eh bien, je vais lui choisir quelque chose. »
Tena, jugeant qu'il était plus sûr de laisser Orlaine choisir, puisqu'elle connaît personnellement bien les armes et possède une longue expérience d'aventurière, décida de la consulter pour l'équipement de .
Orlaine s'en chargea bien volontiers.
« Commençons par les armes, voulez-vous ?
Avez-vous un souhait particulier quant au type d'arme ? »
« Hmm, un souhait, vous dites... »
, embarrassé par la question d'Orlaine, ne put que grommeler.
Pour un lycéen japonais qui n'avait jamais rien eu à voir avec les armes, aucune image ne s'impose quand on l'interroge sur un type d'arme.
« En pensant à l'épée qui se trouve dans la Boîte à Objets, l'épée ne serait-elle pas ce qu'il y a de mieux, tout compte fait ? »
« L'épée qui se trouve dans la Boîte à Objets ? »
Orlaine releva la suggestion de Tena d'une voix intriguée.
Voyant cela, et Tena lui expliquèrent ce qu'était l'« Épée remise au destin » rangée dans la Boîte à Objets.
« Je vois, j'ai bien compris la situation.
En ce cas, une épée à une main fera une bonne arme.
Et dans ces conditions, une armure légère conviendra mieux comme protection. »
« Pour l'arme, soit, mais pourquoi pour l'armure ? »
« Parce qu'il serait dommage de ne pas se servir d'une épée unique aussi précieuse.
Il est dangereux de ne compter que sur elle, mais bien employée, elle peut se révéler très efficace.
Avec une épée ordinaire pour équilibrer, que diriez-vous d'un style à deux épées, l'Épée remise au destin servant à renverser la situation d'un seul coup ?
Si vous optez pour le style à deux épées, une protection du côté léger convient, car l'agilité devient primordiale. »
« Je vois. »
approuva ces mots.
Il n'avait pas l'intention de se servir de l'« Épée remise au destin » sans savoir ce qui en sortirait, mais l'idée qu'elle pouvait être efficace comme arme secondaire était convaincante.
« Eh bien, dans cette direction, je vous prie. »
« Oui, entendu. »
Sur son hochement de tête, Orlaine se mit à examiner les épées exposées.
« Alors, je vais jeter un œil aux bâtons. »
« Ah, entendu. »
Tena laissa la situation à Orlaine et se décida à choisir son propre bâton.
Quand elle revint, un moment plus tard, son choix fait, apparut sous une tout autre allure.
Vêtu d'une armure de cuir noir légère, aux pièces de métal argenté placées aux seuls endroits importants, il portait deux épées visiblement croisées derrière les reins.
Lui qui, sans musculature apparente, avait l'air jusque-là un peu peu fiable, ne détonnait plus du tout : il était devenu un aventurier comme les autres.
« Waouh, cela vous va bien, monsieur . »
« Croâ. »
« C'est... c'est vrai ? Merci. »
la remercia en se grattant la joue, rougissant sous le compliment de Tena.
« Tena, avez-vous trouvé votre bâton, de votre côté ? »
« Oui, je me suis décidée, même si j'ai un peu hésité. »
Sur ces mots, Tena souleva légèrement le bâton qu'elle tenait pour le montrer à . C'était une simple tige surmontée d'une gemme bleue.
« Bon, si nous réglions la note pour sortir de la boutique ? »
« Ah, oui. Entendu. »
« Oui, allons-y. »
Une fois la note réglée, ils marchaient tous les trois dans la ville.
« Où voulez-vous passer ensuite ? »
« J'aimerais préparer les herbes médicinales, mais inscrivons d'abord monsieur à la guilde des aventuriers. »
« La guilde des aventuriers, donc. »
« Entendu. Allons directement à la guilde, elle est tout près. »
Sur ces mots, tous trois portèrent leurs pas vers la guilde des aventuriers.