« Bienvenue, Mira-sama. »
« Hum, je suis de retour. »
Juste au moment où le soleil se couchait, quand Mira rentra à la tour, Mariana vint immédiatement l'accueillir. Elle semblait en train de préparer le dîner. Depuis la pièce flottait un parfum qui enchanterait l'estomac.
Quand Mira souleva Luna qui accourait vers elle, Mariana commença discrètement les préparatifs du bain. Le fait que Mira préfère se baigner avant le repas était déjà bien assimilé. C'est pourquoi la préparation du dîner progressait également en tenant compte de ce créneau, une rigueur absolue.
Depuis son retour à la tour jusqu'à aujourd'hui, elle n'avait pas pris une seule fois de bain seule. C'est peut-être pour cela que Mira retira ses vêtements avec une aisance habituée. Pourtant, elle n'arrivait toujours pas à regarder directement le corps nu de Mariana. Lorsque des sentiments autres que la convoitise s'immisçaient, une conscience de ne pas vouloir les faire deviner se mettait inexorablement en marche.
« Ailleurs, j'aurais pu regarder à volonté », songea Mira en repensant aux diverses femmes qu'elle avait croisées dans maintes salles de bain, et elle sourit amèrement face à l'étrangeté de la chose.
Un bain incroyablement spacieux pour une salle de bain privative. Y trempant lentement dans une eau tiède, Mira et Mariana observaient Luna qui, profitant de l'espace, s'entraînait à nager.
« Voilà. Je pars demain. Je vais encore m'absenter un moment, mais je donnerai des nouvelles quand je pourrai. »
Chaque jour, la nage de Luna progressait un peu. Tout en observant cette croissance, Mira annonça la nouvelle. Demain, elle se rendrait à Nirvana pour chercher Meilin.
« Compris. Il faudra donc préparer un bento. »
Blottie contre Mira, Mariana avait les yeux légèrement tristes, mais elle y insuffla une énergie qui balaya cette peine. Elle comprenait bien le sens de la mission que portait Mira.
Ce bento qui serait prêt demain deviendrait sans doute un mets d'exception particulièrement somptueux.
« Ça, c'est quelque chose à laquelle j'ai hâte. »
Mariana, qui connaissait déjà parfaitement les plats préférés de Mira, y mettait du cœur. Ce serait sûrement plus délicieux que n'importe quel festin mangé n'importe où. Alors que Mira trépignait d'impatience, une voix « Kyui ! » retentit devant elles pour réclamer quelque chose.
C'était Luna. Elle avait embarqué dans le seau de bain en forme de bateau acheté l'autre jour, faisait étalage d'un talent de barreur remarquable, et s'était approchée des deux femmes en fixant Mariana d'un regard plein d'attente. Apparemment, elle espérait que, sur cet élan, le repas de demain devienne une version spéciale.
« Compris. Je préparerai un mélange spécial pour Luna. »
La technique de supplication de Luna, ses yeux ronds humides, avait une mignonnerie qui fit capituler Mariana elle aussi.
« Luna aussi aura droit à un festin. C'est une bonne chose. »
Mira, qui était la deuxième à avoir capitulé, ne put s'empêcher de soulever Luna pour lui frotter la joue. Mariana regarda simplement les deux avec un doux sourire.
Une fois sorties du bain, elles enfilèrent des robes de chambre amples. Puis, assises sur le canapé du salon, elles jouèrent avec Luna pendant une bonne dizaine de minutes. Sur la table était dressé un repas encore plus somptueux que d'habitude.
« Oh ! Aujourd'hui, c'est encore plus luxueux que d'habitude ! »
En plat principal, un hamburger steak généreusement garni de fromage, sans compter les nombreux plats où l'équilibre viandes-légumes et les couleurs étaient superbes. Il y en avait même qui demandaient une préparation anticipée pour être prêts à cette heure, des mets d'une complexité remarquable.
« Oui, j'ai sélectionné les ingrédients avec encore plus de soin que d'habitude. »
Mariana le dit avec une assurance non dissimulée. Ce festin semblait être une œuvre dont elle était particulièrement fière.
À partir de ce dîner, Mira repartirait en voyage. Grâce au contact venu de Salomon au petit matin, Mariana l'avait pressenti. C'est pourquoi elle avait pu préparer ce banquet d'exception.
Y étaient insufflés à profusion des vœux pour la sécurité de Mira. Pas seulement l'équilibre nutritionnel. Basé sur le feng shui selon lequel le son du métal chasse les mauvaises influences, toute la vaisselle était en métal. Et bien d'autres éléments de ce genre étaient disséminés ça et là.
De plus, en regardant à nouveau la pièce, la disposition des petits objets différait du matin. Tout, dans cette chambre, contenait les pensées de Mira.
Pour le feng shui, Mira n'en avait entendu parler que brièvement par Salomon. Mais même sans comprendre, les sentiments se transmettaient étrangement bien. Croisant le regard de la statuette de grenouille posée discrètement à l'entrée, Mira jura en son cœur de rentrer le plus tôt possible, tout en jetant un regard furtif à Mariana.
Après le dîner, s'écoula simplement un temps doux. Tout en veillant sur Luna qui jouait dans le bac à sable, Mira et Mariana profitèrent du thé post-prandial et bavardèrent de leur journée.
Ce ne fut que des propos sans importance.
Quand Mira raconta qu'au château royal les servantes avaient achevé une nouvelle tenue, Mariana pouffa : « Elle vous allait à ravir. »
Quand Mariana dit que lors d'une sortie shopping avec Luna sur la grande artère, cette dernière avait mis un temps fou à choisir son fruit de goûter, Mira rit : « Luna est une gourmande, après tout. »
C'était devenu leur routine depuis le retour de Mira à la tour. Petits riens, choses qui les avaient un peu interpellées, les sujets n'avaient pas de règle, pas vraiment de chute non plus.
Pourtant, ces moments anodins étaient agréables, et même précieux.
« Ah, peu après, j'ai croisé quelqu'un qui cherchait Mira-sama. »
Mariana en parla comme si elle s'en souvenait tout à coup, sur le chemin du retour après avoir acheté une grappe de raisin. Qui cela pouvait-il bien être ? demanda Mira. Mariana, elle aussi intriguée, avait cherché à en savoir plus sur cette personne.
« Cette personne a dit être chargée de vente pour une compagnie nommée Grimoire Company. Elle est venue demander l'autorisation pour faire une carte de Mira-sama, ou quelque chose comme ça… »
Le but de l'individu était clair. Mais Mariana ne semblait pas saisir ce que « faire une carte » signifiait. Contrairement à elle qui penchait la tête perplexe, Mira, elle, eut une intuition en entendant cette explication.
« Ce serait peut-être… »
Elle ouvrit sa Boîte à objets et sorti la carte qu'elle y avait laissée. Oui, la carte de « Legend of Asteria » qui avait été le point de départ pour connaître le Voleur Fantôme Fuzzy Dice.
« C'était bien ça ! »
Au coin de la carte de Fuzzy Dice tenue en main, « Grimoire Company » était bel et bien inscrit. En s'en apercevant, Mira sourit avec audace, songeant qu'après Dunbalf, c'était enfin son tour de faire ses débuts en carte. Et si la carte était forte, l'intérêt pour l'Invocation monterait en flèche, songea-t-elle.
Mais elle partait dès demain, pas le temps de chercher ce commercial ni de traiter avec lui.
« Ce commercial donc… »
C'est pourquoi, en montrant la carte à Mariana, Mira lui expliqua : les personnages utilisés dans « Legend of Asteria », ce qu'est un jeu de cartes, et quel était le but du commercial.
« C'est ça… Du coup, pour Mira-sama… »
Nombre d'aventuriers célèbres, de figures historiques, de héros, tous ceux qui ont vraiment existé dans ce monde sont reproduits en cartes pour s'affronter dans une simulation stratégique sur table. Et parce qu'ils prennent des personnes réelles comme modèles, leur autorisation devient nécessaire.
Une fois comprise la chose, Mariana acquiesça, et en même temps le jeu de cartes l'intrigua. En regardant la carte que tenait Mira, elle murmura avec admiration : « Avec ça, on se bat ? »
« Ça plaît pas qu'aux enfants, les adultes aussi en raffolent. Si la carte de moi se met à briller, l'attention pour l'Invocation va grimper en flèche, c'est sûr. »
Cela pourrait aussi aider à la renaissance de l'Invocation. Sur cette pensée, Mira demanda à Mariana de transmettre son accord si elle recroisait ce commercial.
« Compris. Je le lui transmettrai. »
D'après ses recherches, le commercial se montrerait ces jours-ci vers midi du côté de la Guilde des Mages. Mariana dit qu'elle irait le voir à ce moment-là, ajoutant avec un air intéressé : « Mira-sama aussi, vous devenez une carte comme ça. »
« Au fait, pour le Voleur… comment Lastraida-sama a-t-elle donné son accord ? »
« …En effet, c'est vrai. »
La carte de Fuzzy Dice que tenait Mira. Son existence prouvait que le commercial avait obtenu l'autorisation. Peut-être y avait-elle pensé tout à coup, Mariana le murmura, et Mira, elle aussi, se dit « tiens, c'est vrai » en penchant la tête.
Quand le Voleur Fantôme Fuzzy Dice apparaît, c'est le jour de l'avertissement. Il n'y a pas de temps pour négocier une carte. Pourtant elle existe, donc il a dû réussir à obtenir l'accord par quelque moyen.
Quel stratagème a-t-il utilisé ? Mais la nuit s'écoulait paisiblement. Mira et Mariana échangèrent maintes hypothèses, aucune ne les satisfaisant pleinement.
Finalement, elles décidèrent de vérifier la réponse quand Lastraida reviendrait, et passèrent à discuter des effets de la carte de Mira. Si, après avoir donné l'autorisation, la carte s'avérait inutilisable, cela nuirait à l'image de l'Invocation.
Peut-on demander des effets précis ? C'est incertain, mais Mira et Mariana, en lisant ensemble la notice des règles de « Legend of Asteria », laissèrent libre cours à leur imagination : « Et si c'était ça ? Et si c'était comme ça ? »
Au passage, pour les cartes des Neuf Sages sauf Luminaria, dont on ne peut obtenir l'accord personnel, c'est Salomon qui l'avait donné. En s'en apercevant, Mira allait plus tard presser Salomon sur les marges, mais c'est une autre histoire.
La nuit s'était bien avancée, l'heure du coucher approchait. Veille du départ pour Nirvana, dernière nuit. Faute de Cléos, l'entraînement spécial n'avait pas eu lieu, aussi Mira et Mariana, ainsi que Luna, passèrent-elles un moment rien qu'à elles, comme un couple. Elles bavardèrent à satiété, rirent à satiété, jouèrent à satiété, partagèrent à satiété un temps doux, et même une fois au lit, continuèrent à échanger sur mille sujets jusqu'à sombrer l'une après l'autre dans les rêves.
Vint ainsi le matin du départ. Quand Mira s'éveilla, Mariana n'était pas à ses côtés comme d'habitude, et à la place, le bruit plaisant des préparatifs du matin parvenait faiblement de la cuisine.
« Oh, Luna aussi est déjà levée. Tu es matinale. »
Alors qu'elle ouvrait les yeux, encore engourdie de sommeil, Luna vint se blottir contre sa poitrine en quête de câlins. Mira la serra contre elle, la caressa, et resta un moment à somnoler dans la douce atmosphère matinale.
Luna savait-elle qu'elles ne se verraient plus un moment ? Elle était plus câline que jamais, et avant de s'en rendre compte, Mira était fondue, à jouer avec Luna sur le lit.
« Bonne fille, bonne fille. »
« Kyuii ! »
Quand elle l'étreignit et lui frotta la joue à outrance, Luna poussa un cri joyeux. Ce faisant, les dernières traces de sommeil s'envolèrent, et Mira se redressa enfin.
Juste à cet instant, la porte de la chambre s'ouvrit et Mariana y fit paraître son visage.
« Bonjour, Mira-sama. »
« Hum, bonjour. »
« Kyui ! »
C'était un moment matinail en apparence anodin, mais qui paraissait étrangement spécial. Aidée par Mariana, Mira s'habilla vite, fit ses besoins avec Luna, puis s'installa à table. Elle savoura un petit-déjeurant gorgé d'affection.
Ce jour étant celui du départ, le menu comportait plus de plats caractéristiques qu'à l'accoutumée. Tous étaient exquis, et y semblaient glissés des vœux pour la sécurité du voyage.
Le petit-déjeuner à trois ― deux humaines et une bête ― s'acheva, et enfin commencèrent les préparatifs pour le départ vers Nirvana. Ceci dit, l'essentiel était prêt depuis la veille, il ne restait qu'une vérification finale.
« Vêtements de rechange : OK. Carte d'aventurière : OK. Fonds de route… on aurait pu être un peu plus généreux, ceci dit. »
Cette fois, elle avait reçu deux millions de rifs de Salomon. Sans dépenses folles, de quoi vivre largement jusqu'à la fin du tournoi. Mais Mira, qui comptait déjà dilapider, râla que ce n'était pas assez, tout en rangeant les éléments vérifiés dans sa Boîte à objets.
« Et le bento : OK. »
Ce que Mariana avait préparé en se levant tôt, ce n'était pas que le petit-déjeuner. Il y avait là une quantité de bentos qui semblait couvrir une semaine. De plus, pas un menu en double, et même les desserts étaient prévus, une rigueur absolue.
« Ça, c'est quelque chose à laquelle j'ai hâte ! »
Dîner et bentos, varier les menus pour ne pas lasser, c'est un travail plus harassant qu'il n'y paraît. Mais pour Mariana, le temps passé à y réfléchir était lui aussi un moment de bonheur. Devant Mira qui rangeait les bentos un à un en savourant son bonheur, Mariana sourit à son tour, ravie.
« Bon, le dernier point : le porte-bonheur de Luna, OK. »
Une petite peluche de Luna, faite par Mariana avec les doux poils bleus que Luna mue. Fabriquée avec la fourrure du Pure Lapin, symbole de chance, c'est le porte-bonheur ultime, bourré de l'amour de Mariana et de Luna.
Mira le reçut de Luna, admirant : « C'est drôlement ressemblant », et le glissa précieusement dans sa pochette.
Les préparatifs de départ étaient ainsi terminés. Mira vérifia une dernière fois la pièce. Les petits objets disposés selon le feng shui par Mariana, le bac à sable fraîchement installé pour Luna, cette chambre familière qui change à chaque retour.
Vu la durée du tournoi, le prochain retour ne serait pas avant deux mois minimum. Comment aura-t-elle changé d'ici là ? Mira s'en réjouit un peu d'avance, grava l'instant dans ses yeux, et quitta la pièce.
« Bon, je pars. »
Devant la Tour d'Invocation. Après avoir invoqué Garuda, juste avant de monter dans le wagon, Mira se retourna, serra fort contre elle Mariana et Luna venues la voir partir. La chaleur qu'elle sentit alors était douce, et pourtant lui donna une vitalité immense.
« Oui, bon voyage. »
« Kyui kyui ! »
Dans les bras de Mira, Mariana baissa légèrement les yeux. Mais plus aucune tristesse n'y habitait. Elle croit que Mira reviendra, c'est certain. Ses yeux qui se rouvrirent débordaient d'un amour qui poussait Mira en avant.
C'est sans doute pour cela. L'étreinte de Mira et Mariana ressemblait à une sœur voyant partir sa cadette, et aussi à une femme voyant partir son mari.