« J'étais au palais ? »
« Madame de Châteauroux vous a fait sortir du palais, mademoiselle. Elle s'inquiétait parce que vous n'alliez pas bien et que vous ne vous remettiez pas. Mais ce n'est pas la vraie raison. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? Marie, combien de jours s'est-il écoulé depuis que je suis entrée au palais ? »
« Cinq jours. Cela fait cinq jours, mademoiselle. »
Surprise par ces mots, j'essayai de me redresser d'un bond, mais je gémis sous le vertige qui m'envahit. Marie s'empressa autour de moi, me soutenant.
« J'étais malade ? »
« Oui. Vous étiez très malade. Votre fièvre ne baissait pas, et ce fut peu s'en fallut un désastre. Elle a fini par tomber ce matin, et on vous a renvoyée à la maison. »
« Marie, peux-tu m'apporter de l'eau ? »
« Oui. »
Marie versa de l'eau de la bouilloire sur la table de chevet et me la tendit. Je bus, cherchant à cacher mon trouble.
Donc, j'étais allée au bal et le prince héritier m'avait traînée sur la terrasse, n'est-ce pas ? Et la rambarde... ? Un frisson soudain me parcourut. Je m'enlaçai les bras et tremblai.
Pourquoi le mot « rambarde » éveillait-il une telle peur ? J'eus l'impression que tout le sang s'évacuait de mon corps.
Je demandai un autre verre d'eau à Marie. Ma tête battait la chamade, tout me semblait pesant. Réfléchir droit devenait difficile.
Mais je devais réfléchir. Pourquoi Chatou m'avait-elle renvoyée sans me soigner ?
Traiter une invitée de la sorte, c'était se jeter de la boue au visage.
Compte tenu de l'affection qu'elle m'avait témoignée, connue de tous, cet incident frisait le scandale.
Cherchait-elle à rompre avec moi ? Mon origine la mettait-elle mal à l'aise ?
Je reposai la question à Marie, la regardant d'un air inquiet tandis qu'elle examinait mon teint.
« N'as-tu pas dit tout à l'heure qu'il y avait une vraie raison ? »
« Hein ? Oui. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce lié au fait que je suis rentrée au manoir sans être tout à fait remise ? »
Ses yeux s'allumèrent, et elle baissa la voix. Comme si personne ne devait l'entendre, elle parla sur le ton étouffé d'un chuchotement.
« Madame de Châteauroux s'est rendue à un bal sans la permission de l'Empereur et s'est fait prendre. L'Empereur s'est mis en colère, a ordonné à Madame de Châteauroux de rester chez elle et a fait entrer une autre femme dans sa chambre. Et le lendemain, il a tant aimé cette femme qu'il lui a donné un titre et l'a comblée de trésors. »
« Une femme ? »
« Oui. On dit que cette femme est une courtisane comme Madame de Châteauroux. Mais elle est plus jeune et plus belle. C'est une beauté si séductrice qu'elle a complètement captivé l'Empereur. »
« D'où tiens-tu ça ? »
Marie me regarda avec circonspection, intimidée. Puis, comme si elle n'y pouvait rien, elle s'exécuta sous mon regard insistant.
« De la servante qui vous a ramenée... enfin, de la servante de Madame de Châteauroux. Ai-je fait quelque chose de mal ? »
Bon sang. Je soupirai, posant la main sur mon front. Si Marie, cloîtrée dans le manoir des Bischwartz, en était informée, c'était déjà une rumeur qui ne l'était plus.
La réputation de Madame de Châteauroux s'effondrait à nouveau. Elle n'avait donc plus l'énergie pour s'occuper de quelqu'un comme moi. Elle allait perdre la faveur de l'Empereur, alors qu'importait un jouet ?
Je commençais à peine à tisser un lien, mais ce n'était qu'une vieille ficelle. J'en restai si bête que je ne trouvai pas un mot. Je fis signe à Marie de me recoucher.
« Voulez-vous manger quelque chose, mademoiselle ? »
« Non, je veux me reposer. »
« Alors changez de vêtements. Vous avez beaucoup transpiré. »
« Oui, faisons ça. »
« Ah, mais mademoiselle. Je n'ai jamais vu ces boucles d'oreilles. Mais pourquoi n'y en a-t-il qu'une ? Et je n'ai jamais vu cette épingle à cheveux non plus. Est-ce Madame de Châteauroux qui vous les a données ? »
Je portai la main à mon oreille. Dès les mots de Marie, je sentis un poids familier sur l'une d'elles. En retirant la boucle pour l'examiner, je reconnus celle que j'avais perdue au premier bal.
L'épingle était celle que j'avais portée au second bal, et c'était étrange qu'elle soit encore là. La servante de Chatou n'aurait pas soigné mes cheveux et mes vêtements pendant qu'elle me soignait. Je lui demanderais la prochaine fois que je la verrais.
« Que dois-je en faire ? »
« Garde-les précieusement pour que je puisse les reporter. »
« Oui. »
Faisons encore une sieste. Si je dors un peu plus, mes idées seront plus claires. Alors j'aurai la force de revenir sur ce passé qui ressemble à une énigme. Pour l'instant, je suis trop confuse pour quoi que ce soit.
Je me recouchai donc et fermai les yeux. Je me dis que je pouvais bien les fermer le temps que Marie m'apporte de nouveaux vêtements. Oui, je dormirai un moment, puis je réfléchirai à Chatou, et je remonterai le fil du temps qui m'échappe...
Mais pourquoi avais-je pleuré ? J'éprouvais une drôle de sensation, comme si j'avais oublié l'essentiel.
Qu'avais-je fait pendant ma maladie ? Mais personne ne me répondit.
*
En apparence, l'emploi du temps officiel de Madame de Châteauroux était terminé. Quand la rumeur se répandit dans la capitale, on clama que la faveur de l'Empereur l'avait enfin quittée.
Une concubine qui fréquente en secret des bals lubriques sans la connaissance de l'Empereur mérite d'avoir la tête tranchée.
Elle avait été aimée trop longtemps.
La plupart des gens s'en réjouirent et accueillirent la nouvelle avec satisfaction. Elle s'était conduite en sauvage si longtemps qu'elle comptait plus d'ennemis que d'alliés pour la plaindre et la protéger.
J'appris que l'Impératrice était la plus ravie. Après tout, combien avait-elle souffert de Chatou ? Elle aurait aimé la traîner comme une chienne et la rosser à mort.
Bref, même si son emploi du temps officiel était clos, elle conservait sa liberté de mouvement.
Les petites réunions mondaines — thés, opéras, promenades dans les jardins du Palais Impérial — restaient tolérées officieusement.
Beaucoup se demandèrent donc si c'était vraiment une mesure proche de l'assignation à résidence. Peut-être l'Empereur voulait-il afficher sa clémence en faisant preuve d'un peu de générosité envers la concubine qui l'avait comblé jusqu'ici.
Ce n'était donc pas une punition, mais une restriction minime. Comme mettre une laisse pour un temps.
Ainsi, si Madame de Châteauroux avait simplement baissé la tête, s'était tenue à l'écart, et avait accepté cette situation humiliante avec plaisir, elle aurait peut-être conservé l'attention de l'Empereur un peu plus longtemps.
Mais cette femme lucide envisagea la perte de la faveur impériale sous un autre angle, et elle fut très en colère.
Marianne avait croisé tant de clients volages quand elle vivait comme courtisane — ses habitués la quittaient souvent pour d'autres courtisanes — qu'elle ne croyait pas, au fond, à la sincérité des hommes.
Cela valait aussi pour l'Empereur, surnommé le soleil de l'Empire, si bien qu'elle avoua dans une lettre avoir su, dès son entrée au palais, que ce jour viendrait.
Étonnamment, Chatou traita la perte de la faveur de l'Empereur comme la perte d'un client. Ce fut un geste d'une grande sagesse, bien supérieur aux pleurnicheries d'un enfant.
Sinon, elle aurait aiguisé ses ongles et se serait ruée sur la nouvelle courtisane, vu son caractère qui la poussait à railler l'Impératrice.
À l'origine, les hommes sont des sots qui quittent vite leur amante actuelle quand apparaît une femme plus jeune à la chair plus fraîche.
De plus, ce sont des porcs gloutons qui croient que manger le même ingrédient cuisiné différemment est un délice. Ils ne peuvent donc s'empêcher de s'intéresser à un nouveau met, même ingrédient, mais cuisiné autrement.
Surtout, la capitale de l'Empire regorgeait de femmes prêtes à retrousser leurs jupes et à écarter les cuisses pour gagner la faveur de l'Empereur. Non, même des hommes qui connaissent un peu les hommes sont prêts à remuer du croupion pour obtenir le pouvoir.
Le défilé des nouvelles femmes et de la faveur n'avait donc rien d'étonnant. Ce n'était qu'une question de moment et de circonstances.
Très, très malheureusement pour Madame de Châteauroux, la femme qui venait de séduire l'Empereur était une « courtisane » du même métier qu'elle.
Cette pauvre sotte ne supportait pas qu'il existe quelqu'un de plus habile qu'elle dans sa profession.
Qu'y a-t-il de plus rageant que de se faire ravir le client le plus généreux par une femme du même métier ? C'était une question de fierté du bas-ventre.
[Si c'avait été une jeune aristocrate coincée incapable de faire autre chose que réciter l'étiquette, je ne serais pas si furieuse. C'est juste une nouvelle lubie à rire. Mais celle qui me surpasse est une courtisane, juste une courtisane, est-ce possible ? Aucune femme n'a jamais rendu Sa Majesté physiquement plus heureux que moi ! Ha, sa chair fraîche devait être si tendre qu'elle en était collante ?]
Les mondains tournèrent bientôt leur attention vers la nouvelle favorite de l'Empereur. Selon les rumeurs, c'était une femme très sensuelle, au petit corps d'oiseau, mais ses talents de séduction étaient extraordinaires.
C'est pourquoi on chuchotait joyeusement qu'en une seule nuit, on lui avait donné un château dans une région appelée Flandre, et qu'on l'appelait la Baronne de Flandre.
« Pourquoi les hommes aiment-ils tant les jeunes filles ? Ils sont comme des imbéciles qui ne connaissent pas les vraies femmes. »
La plainte de quelqu'un parvint facilement aux oreilles des femmes. C'étaient toutes des épouses dont les maris avaient été volés par de jeunes maîtresses.
Mais les aristocrates convenables étaient ravis de la situation. Oh ! Quoi de plus passionnant que le scandale de l'Empereur ?
On espéra donc que Madame de Châteauroux, cette femme vulgaire, écumerait comme une chienne et se ruerait sur la Baronne de Flandre pour l'attraper par les cheveux.
Une bagarre de chiennes bien sensuelle et érotique, où la robe tombe entièrement et les seins nus sont exposés, était le duel le plus féroce que les hommes désirassent.
Ce serait encore mieux si la jupe remontait jusqu'aux cuisses et laissait voir les bas blancs. Encore plus amusant si elle avait les cheveux en bataille et souffle comme une truie. Quel gentilhomme de quel titre a dit cela ?
Bref, puisque j'étais officiellement dans la position d'amie de Madame de Châteauroux, je demandai poliment à lui rendre visite pour la consoler.
Mais la sotte Chatou refusa violemment et griffonna une lettre où toute la grammaire était fausse.
La réponse qu'elle m'envoya était si chaotique que je ne trouvai pas un endroit où l'encre n'avait pas bavé.
En outre, elle m'importuna en y consignant toutes les insultes contre la Baronne de Flandre, comme si elle allait jeter même la dignité minimale qu'elle devait avoir en tant que « femme » à présent.
Fondamentalement, les lettres sortant du Palais Impérial étaient inspectées de près par les serviteurs de l'Empereur. Les futilités — c'est-à-dire des choses comme ses lettres — étaient traitées par une organisation composée de gens dont la langue était plus légère que des plumes.
Cela allait donc devenir un potin mondain. Je la brûlai vite, mais ce qu'ils ont dû penser en la voyant, oh, rien que d'y songer c'est affreux. Je soupirai à la migraine qui m'attendait.