Ce n'est pas un mot que je devrais recevoir, il n'est vraiment pas à moi, alors pourquoi mon cœur bat-il si fort ?
« Je vous en prie, milady. Ayez pitié. »
La supplique subtile est d'une douceur fondante. Si Lustewin Halberd sait à quoi ressemble son visage pour moi en cet instant et s'en sert ainsi, c'est le plus grand escroc du monde.
Qui au monde pourrait ne pas avoir pitié de cela ? Je me suis retenue des dizaines de fois de tendre la main vers ce visage pitoyable. Je n'ai plus pu tenir.
Alors, j'ai décidé de fuir. Comme quelqu'un qui aperçoit une grosse bête, j'ai fait un pas en arrière timidement et me suis retournée pour courir.
Une main a saisi le châle qui avait glissé de mes épaules pendant que je courais, mais je l'ai secouée et j'ai couru à en perdre haleine.
Si je m'arrêtais ainsi, j'avais l'impression que je ferais ce qu'il veut. J'avais l'impression que je redeviendrais l'ancienne Sissae. Cette folle qui désirait désespérément l'affection d'un homme.
Non, je ne peux pas. Absolument pas !! Jusqu'où suis-je allée maintenant !! Avec quel cœur ai-je jeté le mouchoir !!
« Milady ? Y a-t-il un problème ? »
Marie me regarde avec des yeux surpris. J'ai marché d'un pas chancelant vers un grand miroir, sans la force de répondre.
Une fille au visage pâle s'y tient dans un état pitoyable. Son visage, déformé par le choc, a assez de misère pour susciter la pitié.
J'ai tendu la main avec difficulté et me suis appuyée contre le miroir. Le froid qui a touché mes doigts semble m'avoir ramenée à la raison.
« Milady ? Où avez-vous laissé votre châle ? Et la broderie sur laquelle vous travailliez ? »
J'ai appelé tranquillement Marie, qui s'apprêtait à sortir chercher les objets.
« Marie. »
« Oui, milady. »
« Allez demander à ma mère. Dites-lui que je regardais le mouchoir fini et que je l'ai laissé échapper par mégarde, qu'il s'est envolé dans le vent. »
« Oui ? »
Laissant Marie m'interroger, j'ai saisi un vase à proximité. Il contenait les fleurs que Michael Ayres m'avait offertes.
« Milady ? »
Alors que je desserrais l'emprise de la main qui le tenait, le vase a glissé et s'est écrasé au sol. Le bruit de la chute et les débris se sont éparpillés partout, finissant par étouffer même le cri de Marie.
Le sol, couvert de fleurs et d'éclats, était très collant, mais il possédait une beauté poignante à proportion.
J'ai ramassé un tesson imbibé d'eau et l'ai serré fort dans ma main. Je sentais le sang jaillir avec une douleur brûlante.
« Kyaaak. Milady !!! »
Marie accourt et m'ouvre la main. Le tesson gorgé de sang tombe au sol avec un bruit sourd. Je pose ma main sur l'épaule de Marie, décontenancée, et la calme.
« Dites-lui que j'étais désespérée et que je me suis blessée à la main en touchant le vase par mégarde, si bien que je ne pourrai plus broder pendant longtemps, il serait bon de prévoir quelque chose en conséquence. »
« C, ça va laisser une cicatrice…… »
« Alors Marie, ne fais rien. Tu as compris ? »
« Oui, oui. Milady, donc, je ferai ça, alors s'il vous plaît, arrêtons d'abord le saignement…… »
Peut-être alertées par le cri de Marie, la porte s'est ouverte en grand et Seril et Blan sont entrées. Elles m'ont regardée, moi et Marie, le visage pâle, et sont ressorties en courant.
Elles allaient sans doute chercher un médecin. Pendant ce temps, Marie déchirait un tissu pour l'enrouler autour de ma main. J'ai enduré la douleur qui montait et j'ai murmuré des mots dont je ne connaissais même pas le sens.
C'est l'épée de Roena. Elle n'est pas à moi. C'est quelqu'un qui ne peut pas être à moi.
Après avoir dit cela, j'ai eu l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement.
Ce jour-là, le médecin a diagnostiqué que je ne devais pas utiliser ma main pendant au moins un mois. Bien sûr, l'expression de ma mère s'est effondrée misérablement à ces mots. Me décevoir me faisait mal au cœur, mais j'ai feint de ne pas savoir.
Le lendemain matin, un panier contenant la broderie ratée avait été posé sur la rambarde de la terrasse. Mais nulle part on ne voyait le cadre de broderie aux armes de la famille Ayres. J'ai ordonné à Marie, perplexe, d'enlever le panier.
Quelques jours de plus passèrent, et la rumeur courut parmi les gens que Sissae de la famille Bischwartz avait envoyé un cadeau à Michael Ayres, et qu'il avait été si heureux de le recevoir qu'il avait souri radieusement comme une fleur, sans se soucier de son entourage.
Un autre mois passa, et mon corps et ma main furent complètement guéris, si bien que je rendis à nouveau visite au palais de Madame de Chatou sur son invitation.
Les regards qui me suivaient cette fois étaient très confortables, comme s'il était naturel que je vienne la voir. Ainsi, je n'ai pas eu à me raidir le dos jusqu'à en avoir mal.
Mais le traitement que je recevais restait celui de la fille favorite de Madame de Chatou. Cela a été clairement révélé par Chatou, qui a surgi dès que la porte s'est ouverte.
J'ai souri et salué Marian, que je n'avais pas vue depuis des mois.
« Vous allez bien, Marian. »
Et, la se refermant lentement derrière moi, j'ai pénétré dans la pièce. Serant sa main fermement.