Aller au contenu principal

Shards Of A Broken Glass Slipper

Chapitre 70

Shards Of A Broken Glass SlipperShards Of A Broken Glass Slipper
Chapitre 70

Chapitre 70

Chapitre 70/22132%~11 min de lecture2 040 mots

« Mais, Mademoiselle !! »

Margo m'appelle comme si elle hurlait. Son visage est profondément marqué par la stupeur. Je fis semblant de ne pas l'entendre et continuai de parler.

« J'ignore de quelle affaire importante il s'agit, mais si cela vous tracasse tant, je m'en chargerai. »

« Ce n'est pas une tâche pour vous, Mademoiselle. »

« Je peux l'endurer pour la gouvernante en chef. Roena penserait de même, non ? Vous ne doutez pas de ma sincérité au point de refuser ma bienveillance, j'imagine ? »

Son visage tremblant offre un spectacle assez réjouissant. C'en est presque dommage de ne pas éclater de rire. Pauvre vieille, elle semble avoir compris que je tente de la faire passer pour malade afin de l'écarter de la scène.

Et que ses arguments ne pèseront pas lourd, puisqu'elle a déjà failli se trahir une fois auparavant.

En vérité, j'étais sincèrement reconnaissante à Margo de m'offrir l'occasion de cette situation. Je me demandais comment la coincer.

Qui aurait su que son mépris pour moi deviendrait une lance la menaçant ? Le seul regret, c'est qu'elle ne soit pas tombée et ne se soit pas blessée. Avec un corps si chétif, un os aurait pu se déboîter si facilement.

Je resserrai ma prise sur la main de Margo. Et, comme on se débarrasse d'un fardeau encombrant, je poussai son corps vers Roena.

Il était tout naturel qu'elle perde l'équilibre sous la brutalité de la traction. Son corps vieux et frêle vacilla à nouveau fortement, s'appesantissant sur Roena comme sur le point de s'effondrer.

Au milieu de la stupéfaction générale, seule ma voix résonna haut et clair.

« Oh, mais n'en faites pas trop. »

La signification de ses épaules faiblement tremblantes était clairement la colère et la honte. Une volonté farouche de ne pas reculer fit que Margo tint bon.

Mais, hélas, à cause de Roena qui lui tenait la main, Margo ne pouvait rien faire. Vraiment, rien du tout ! Elle ne put qu'avaler un léger soupir et écouter attentivement les mots que Roena lui murmurait.

La vue de l'ancienne gouvernante en chef écoutant et obéissant aux paroles d'une fille plus jeune qu'elle, une très jolie fille, évoquait un sentiment étrange.

Sa loyauté absolue envers la jeune dame qu'elle servait les séparait de leur entourage. Tous retinrent leur souffle et les observaient, anticipant les événements qui allaient suivre.

Au bout d'un moment, quoi que la jeune dame de la famille Bischwartz ait dit, Margo acquiesça et se redressa.

La façon dont elle lissa sa jupe de ses mains ridées, se recomposant, ressemblait presque à de la résignation. Au fond, la belle Roena semblait avoir choisi sa demi-sœur stupide, qui la faisait paraître supérieure, plutôt que la vieille servante qui lui était fidèle.

Ha, elle doit lui être bien précieuse, n'est-ce pas ?

J'avalai difficilement le ricanement qui montait. Le rapport de force ayant basculé, même les servantes autour savaient qu'elle n'avait d'autre choix que de suivre Roena et de quitter la scène.

Mais voir ce chien viverrin abandonner si facilement et garder le silence me donnait la nausée.

Malgré l'insistance absurde et les railleries, le fait qu'elle ne ripostât pas avec véhémence tenait sans doute à Roena.

Si j'étais venue seule, elle n'aurait pas accepté si docilement les insultes qu'on lui jetait. C'est pour cela que j'avais amené Roena.

« Alors Sissae, je te confie le reste. »

Roena me dit cela en tenant la main de Margo. Elle me regardait avec un visage presque en larmes, pâle comme un linge. Était-ce de la culpabilité d'avoir ignoré sa bienveillante gouvernante ? Une unique larme au coin de l'œil brillait tristement.

En effet, n'est-elle pas exactement la fille d'une famille qui a bâti sa fortune sur le commerce ? Cherchant à solder le prix de la conscience avec une seule larme. Elle n'est rien de moins qu'une voleuse.

Mais le problème, c'est que tout le monde ne pensait pas ainsi. La plupart verraient dans ses larmes le cœur affectueux de Roena, qui refuse de se quereller avec sa demi-sœur.

Je souris avec éclat et répondis : « Ne t'inquiète pas. » Et je m'écartai comme pour leur signifier de dégager.

Les misérables perdantes, sacrifiées à une logique déraisonnable et à des caprices, tournèrent le dos et quittèrent la scène.

Ne restaient plus que Blan, me regardant avec une lueur d'espoir, Marie et son groupe, ricanant face à la situation renversée, et le camp de Margo, aux visages déformés par l'incrédulité.

Je marchai lentement et m'arrêtai à l'endroit où se tenait la gouvernante en chef. Et j'ouvris la bouche, assez fort pour que tous m'entendent.

« Même si quelqu'un est soupçonné de failles morales, il est absurde de lui faire goûter une telle honte. Alors, tout le monde, retournez à vos occupations. »

« Et Blan ? »

Une voix chuchota faiblement. Cela venait du côté du groupe de Margo. Je tournai la tête pour identifier cette femme courageuse, mais tous évitèrent mon regard et firent mine de ne pas savoir. C'est alors que Marie s'avança en faisant du bruit.

« Mademoiselle vous a dit de faire votre travail, alors de quoi discutez-vous ? Si on vous dit de vous disperser, vous feriez bien de comprendre et de bouger vite. »

Je levai la main pour arrêter Marie. Et je passai tout le monde en revue, un par un, parlant d'une voix douce, comme pour les apaiser.

« Il ne me semble pas juste de juger arbitrairement ce qu'a fait la gouvernante en chef. Car cela blesserait non seulement elle, mais aussi le cœur de Roena. Il me paraît donc normal de décider plus tard de la punition de Blan. Qu'en pensez-vous ? »

Clairement, Roena, si bienveillante et douce en apparence, ne pourrait pas prendre de décision sur le sort de Blan et se soucierait des sentiments de Margo.

Comment pourrait-elle prononcer elle-même les mots qui chassent quelqu'un ? La Roena que nous connaissons n'est pas cette fille-là.

Cependant, elle ne pouvait pas non plus cautionner les agissements de Margo pour chasser Blan. Si j'intervenais pour défendre Blan, ce serait encore plus évident.

Elle ne ferait qu'hésiter et tergiverser, et à la fin, elle suivrait l'avis de la personne qui l'arrange et se déciderait.

Pour Roena, « l'arrangeant » était une situation où elle pouvait exhiber sa nature bienveillante et généreuse.

Quand je dis que je ne me débarrasserais pas d'elle arbitrairement, la plupart des servantes hochèrent la tête avec des airs compréhensifs.

Il en alla de même pour le groupe de Margo ; elles semblaient soulagées, bien qu'elles se demandassent pourquoi je n'agissais pas contre Margo.

« Alors, Blan, lève-toi. »

La prompte Marie s'approcha vivement de Blan et l'aida à se relever. Je fis signe à Marie et me mis en marche.

Certaines traînaient encore, incapables de se décoller du sol, peut-être saisies d'un vide face à la pièce qui se terminait si futilement pour une scène préparée si grandement.

Était-ce pour cela ? Le bruit de l'ourlet de la robe traînant sur le sol me semblait si fort. Et celui des pas de Marie et de Blan me suivant également.

Il n'y avait pas de douleur physique, mais le front de Blan était couvert de sueur froide, comme si elle avait été fortement pressée mentalement.

Après tout, même quelqu'un au tempérament audacieux aurait du mal à rester calme face à des gens hostiles.

Surtout, quelqu'un avec la personnalité de Blan aurait encore plus peur dans une situation où on la domine de force.

En d'autres termes, même sans crier ni piétiner, elle peut faire reculer l'autre assez rien qu'avec ses yeux. Tout comme Madame de Lavalier l'a fait avec ma mère.

Quand elle arriva dans la pièce, Blan faillit s'effondrer par terre. Marie s'agitait près de Blan, me regardant avec anxiété. Même si elle avait dit que c'était une voleuse et qu'elle ne l'aimait pas, elle semblait se soucier d'elle à sa façon.

Je dis à Marie de préparer du thé. Marie hésita à bouger, comme si elle avait des réticences, mais quand je refis signe, elle finit par s'en aller. Dans la pièce que Marie avait quittée, ne restèrent plus que Blan et moi.

« Impudente. »

Les épaules de Blan tressaillirent. Je continuai d'une voix froide.

« Quel droit as-tu de déverser de telles inepties ? Qu'allais-tu faire si tu ne restais pas tranquille ? »

« Mais vous êtes venue ici, Mademoiselle. »

Dit-elle en sanglotant. « Vous avez dit que vous m'aideriez. » Les larmes qui tombaient goutte à goutte mouillaient le sol. Celles qui tachaient le dos de sa main tremblante semblaient plus chaudes que de l'eau bouillante.

« Vous avez promis que des fleurs écloseraient. »

« Les pousses sont emmêlées dans une bande de mauvaises herbes, que veux-tu que j'y fasse de plus ? Je n'ai pas assez de mains pour arracher les mauvaises herbes, alors pourquoi m'en veux-tu ? Surtout, je ne t'ai jamais rien demandé. C'est toi qui as commencé. Mais j'ai fait preuve de miséricorde et je t'ai aidée, alors pourquoi me en veux-tu et me menaces-tu ? »

« Si je me fais renviquer d'ici, il n'y a nulle part ailleurs où je puisse travailler. »

« Tu veux dire qu'il n'y a pas d'autre travail où tu puisses gagner autant. »

« Oui. Qui donnerait du travail à une fille avec un tel scandale ? S'il vous plaît, s'il vous plaît, aidez-moi. »

Je ne répondis pas et gardai le silence. Car je savais que cet acte exercerait une forte pression sur Blan.

Blan gisait par terre, gémissant. Elle émettait des sons proches de sanglots et déversait des choses que je ne lui avais même pas demandées. C'était une lutte pour survivre.

Comme un chien blessé qui remue désespérément la queue pour ne pas être tué, elle se mit à supplier, m'étalant tout ce qu'elle avait.

« Vous ne me croirez peut-être pas, mais je n'ai rien dit. La gouvernante en chef ne cessait de m'interroger sur qui m'avait ordonné de le voler, mais j'ai dit que je ne l'avais pas volé. J'ai nié désespérément. Elle m'a menacée de me faire renvoyer du manoir et de ne pas m'en laisser sortir en un morceau, mais je n'ai pas cédé. Alors, Mademoiselle, s'il vous plaît, s'il vous plaît. Ne laissez pas la promesse que vous m'avez faite s'effriter comme du sable. »

Le corps de Blan, habitué à un revenu confortable, ses yeux, élevés au contact d'objets luxueux, et les doux fantasmes qu'elle nourrissait sur de beaux chevaliers suffisaient à faire d'une personne une lâche.

Elle ne semblait plus capable de rêver à une vie à se battre pour quelques pièces et à mâcher du pain sec. Ou, même si elle le faisait, elle l'aurait rejeté comme un cauchemar. La cupidité de voler l'épingle à cheveux d'une collègue en était la preuve.

« Comme je l'ai dit, ta punition sera décidée avec Roena. »

Bien que ce soit une chose fort indésirable. J'avalai les derniers mots en silence.

La porte s'ouvre et Marie entre. Je bus une gorgée du thé qu'elle me tendait. Marie roulait des yeux comme pour deviner ce qui s'était dit en son absence.

Je posai la tasse et continuai.

« En attendant, je pense que tu dois apprendre à te faire petite. Ferme cette bouche arrogante, cache ces mains sales, baisse les yeux vers le sol, et essaie d'apprendre à obéir. D'ici à ce que tu aies appris le mot "obéissance", les mauvaises herbes auront peut-être été arrachées. Ou peut-être pourras-tu m'aider à les arracher. Marie. »

« Oui, Mademoiselle. »

« Je veux que tu aides Blan. Je veux qu'elle connaisse l'humilité. Peux-tu faire cela ? »

C'est une sorte de bouclier. Cela atténuera une partie de ses souffrances. Marie acquiesça, le visage rayonnant de joie.

Je lui fis signe de partir. Marie sourit avec un air triomphant et saisit le bras de Blan, la tirant vers elle.

Blan, le visage ravagé par les larmes, continuait de s'incliner devant moi. Elle souriait tristement, comme soulagée rien que par cela.

C'était un visage d'une banalité confondante, où avaient disparu une partie de la méchanceté et du venin que j'avais vus lors de notre première rencontre.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.