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Shards Of A Broken Glass Slipper

Chapitre 67

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Chapitre 67

Chapitre 67

Chapitre 67/22130%~10 min de lecture1 975 mots

Heureusement, Madame de Chatou, ou plutôt Marieanne, ne trouva pas mon histoire ennuyeuse ou inconfortable. Bien au contraire, elle me fixa simplement, ses beaux yeux grands ouverts.

Un vague sourire flottait sur ses lèvres, plus rouges que des roses, et son visage doucement détendu devenait humides de rêverie, comme si elle revivait des souvenirs.

Surtout à la partie où je rossais un garçon turbulent, elle éclata de rire et hocha vigoureusement la tête.

« C'est ça, moi aussi je faisais ça. Ils essayaient toujours de me tripoter les fesses. Ils avaient de bien vilaines habitudes. Chaque fois, je hurlais et leur donnais un coup de pied dans les tibias. Je me sentais bien quand je les voyais sautiller en se tenant les tibias. Je ne mangeais qu'un pain d'orge par jour, mais je ne sais pas comment j'avais tant d'énergie à l'époque. Toi aussi tu étais forte, jeune dame ? Assez pour jeter d'autres garçons par terre ? »

« Quand j'étais petite, j'étais la plus forte de mon groupe. Alors, quand je me mettais en colère, je leur attrapais les cheveux. Je faisais des griffes avec mes mains, comme ça. Une fois que j'avais une poignée de cheveux et que je tournais la main, même les gamins les plus durs et les plus costauds n'arrivaient pas à s'en tirer facilement. »

« Oh, c'est une très bonne méthode. Pourquoi je ne l'ai pas su ? Je ne savais pas qu'il y avait un moyen si facile, et je me contentais de leur donner des coups de pied dans les tibias jusqu'à ce que mes pieds me fassent mal. Tu sais ce que c'est. Quand on marche en sabots, le gros orteil enfle et on ne peut plus le supporter. »

« Moi j'étais pieds nus. Je n'avais même pas l'argent pour acheter des sabots. Ma mère et moi, on se passait la seule paire de chaussures qu'on avait à la maison. C'était supportable jusqu'à l'automne, mais l'hiver, c'était trop dur. »

« Oh, c'est donc ça. »

Chatou traîna la voix, avec des regrets. C'était une scène de comédie, sa façon de lever la main comme si elle regrettait d'avoir touché une blessure, puis de la reposer sur ses genoux. Son sourire disparut, et son visage se remplit de pitié.

Je trouvais hilarant qu'une prostituée s'inquiète de mon enfance. Même si j'avais eu une enfance terriblement pauvre, comment aurait-elle pu être pire que de vendre son corps ?

Mais ce qui était clair, c'est que, contrairement aux rumeurs, elle avait une nature très gentille et pouvait comprendre et ressentir la douleur des autres, ne serait-ce qu'un peu.

Je souris doucement et exprimai ma gratitude pour sa pitié. Quand Chatou vit que j'affichais l'attitude de quelqu'un qui avait vaillamment surmonté son enfance malheureuse, son visage s'éclaira et elle continua à parler.

Le sujet qu'elle choisit fut le « jeu ». Le seul jeu que j'avais connu, c'était courir dans les rues, mais Chatou connaissait un nombre surprenant de jeux et semblait bien s'entendre avec les enfants.

J'avais regardé d'autres enfants jouer quand j'allais chercher de l'eau, autrefois, donc je compris assez bien ce qu'elle disait, et je m'insérai même à merveille dans la conversation.

Madame de Chatou parut assez satisfaite qu'on puisse communiquer. La chatte féroce que j'avais vue à notre première rencontre n'était plus nulle part, et le fait qu'elle baissait peu à peu sa garde pour commencer à s'approcher de moi en était la preuve.

Elle n'avait pas bougé de siège, mais son corps penchait si près de moi que sa poitrine était pleinement offerte à la vue, représentant clairement son humeur. Sa garde s'effritait.

Je fus surprise que ma conversation avec elle soit inattendument agréable et pas assez vulgaire pour me faire froncer les sourcils.

C'était étonnant que même elle, qu'on appelait la plus grande prostituée à la nature lubrique, ait encore un côté si pur.

Chatou, ou plutôt Marieanne, racontait son histoire les yeux brillants comme une jeune fille.

J'acquiesçai en réponse, et j'ajoutai parfois des interjections pour la louer. Chatou semblait de bonne humeur rien qu'à m'écouter.

Elle s'arrêta de parler pour boire un peu de thé, puis vint soudain s'asseoir à côté de moi et me prit la main fermement. Et elle dit d'une voix admirative, comme en s'exclamant :

« Que vais-je faire ? Je t'aime beaucoup, jeune dame. Personne ne m'a jamais écoutée sincèrement jusqu'à maintenant. Même Sa Majesté me regardait parfois avec des yeux agaçants. Mais pas toi. Tu ne trouves pas mes paroles drôles ? Tu ne les trouves pas vulgaires ? Tu ne les trouves pas superficielles ? Comment peux-tu si bien écouter ? »

« Parce que j'aime Marieanne. Est-ce offensant ? »

À mes mots, Marieanne se couvrit le visage de ses deux mains et secoua la tête.

« Oh. Offensant ? Comment peux-tu dire une chose pareille. Dis-m'en plus, parce que ça fait du bien. »

« Oui, Marieanne. Je trouve que tu es incroyable. Tu es la seule femme favorisée par l'Empereur, et la femme parmi les femmes qui mène les tendances de l'Empire. En fait, personne dans le monde ne pouvait imaginer un design aussi audacieux que Marieanne. C'est de l'innovation. C'est pour ça que je t'ai présenté Chouël. »

« Tu le penses vraiment ? »

« Bien sûr. La clairvoyance pour voir l'avenir et l'audace d'assumer tes choix, on ne les voit chez personne d'autre. C'est vraiment courageux. Tu ne penses pas ? Est-ce que je me trompe ? »

« Non. Tu as raison. Jeune dame Bischwartz, tu es la seule dans ce palais qui me comprenne vraiment. Oh, pourquoi n'es-tu apparue que maintenant ? Oh, je ne sais vraiment pas si je dois appeler ça une tragédie ou une comédie. »

« C'est une comédie. J'ose le garantir. »

« Sa Majesté avait raison. Il a dit que jeune dame serait une bonne amie pour moi. Sa Majesté est vraiment généreux, sage et intelligent. Je suis si heureuse que je n'arrive plus à respirer. Comment t'appelles-tu, déjà, jeune dame ? »

« C'est Sissae, Marieanne. »

« Je peux t'appeler Sissae ? »

Je souris et répondis d'une voix douce.

« Depuis le moment où tu m'as dit de t'appeler Marieanne, je suis toujours Sissae pour toi. »

« Oh, merci. Merci infiniment ! »

Bon sang. Cette femme est vraiment Madame de Chatou, la favorite de l'Empereur qu'on dit se moquer verbalement de l'Impératrice ?

Elle répétait le mot merci d'une voix nasillarde, comme si elle pleurait.

Je regardai ses mains, qui tenaient encore les miennes, et essayai de cacher mon expression gênée.

Si elle faisait semblant d'être une jeune fille innocente pour me mettre en confiance, elle serait vraiment une grande actrice.

Vu les rumeurs selon lesquelles la plupart des prostituées jouent divers rôles pour satisfaire leurs clients.

Bref, elle gazouillait comme un oiseau, et elle ne songeait pas à me lâcher les mains, qu'elle avait reprises avant de parler.

Mais notre temps était limité. Puisque Chatou était au centre du pouvoir en tant que favorite de l'Empereur, il y avait beaucoup de gens qui voulaient la rencontrer.

Il y avait plus d'une douzaine de visites prévues pour aujourd'hui seul. Quand une servante entrouvrit prudemment la porte pour annoncer que l'heure de l'entretien approchait, en récitant le nom d'un noble, Chatou fit la moue et se plaignit.

Mais elle ne pouvait pas annuler les rendez-vous sans raison valable.

« Tu viendras encore demain, Sissae, hein ? »

« Si Marieanne le veut. »

En fait, venir demain signifiait non seulement obtenir l'approbation de l'Empereur, mais aussi apaiser l'insatisfaction des nobles mécontents de cela, mais je fis semblant de ne pas savoir et lui donnai la réponse qu'elle voulait.

Marieanne fut si heureuse de juste ça qu'elle retira vivement une de ses épingles à bijoux pour la piquer dans mes cheveux, en souriant timidement.

« C'est pour commémorer notre amitié. Accepte-la, s'il te plaît. »

« Oui. Je l'accepte avec gratitude. »

« On se verra sûrement demain, hein ? »

« Oui. »

Si Sa Majesté le permet. Ces mots restèrent coincés dans ma gorge, mais je les avalai. Parce que je savais très bien que ce ne serait pas une rencontre facile.

Et comme prévu, ce ne fut qu'après une semaine que je pus la revoir, avec difficulté.

Ce ne fut possible que parce que Chatou avait fondu en larmes devant l'Empereur et l'avait servi avec zèle pendant une journée et une nuit entière.

Bref, pendant la semaine avant qu'on se revoie, je devins une personne populaire auprès de tout le monde.

J'étais au centre des rumeurs, et dès le jour où j'avais rencontré Chatou, je reçus des douzaines d'invitations de plus pour le thé.

Inutile de dire que Madame de Lavalier m'envoya une lettre de reproche. Celle de la jeune dame Dibenzel, c'était pour savoir ce qui s'était passé lors de l'entretien avec Chatou.

Selon les rumeurs, certains riaient de la rencontre entre elle et moi comme d'une alliance de gens de basse extraction, et d'autres se méfiaient de ce que la famille Bischwartz essayait de faire par l'intermédiaire de Chatou.

La plupart avaient peur de devenir comme le comte Félix. Pourtant, toutes ces précautions étaient inutiles, car bien que la famille Bischwartz portât le titre de comte, son influence était extrêmement faible comparée aux autres familles comtales.

Elle ne pouvait pas exercer un fort pouvoir politique avec la seule richesse gagnée par le commerce, et même les actions de leurs ancêtres précédents visaient à vivre mince et longtemps.

Même les autres familles qui entretenaient des liens d'amitié avec les Bischwartz étaientmostly neutres et passives, et décisivement, le cœur délicat et affectueux de mon père adoptif était trop faible pour remuer la jungle de la politique.

Heureusement que Madame de Lavalier exerçait une grande influence dans le monde et veillait sur lui, sinon il serait devenu une famille noble comme une autre.

À quoi bon avoir le chevalier de l'Ouïe Claire ? À quoi bon avoir une fille charmante que tout le monde loue ?

Mon père adoptif était un homme loin de l'ambition. Il était toujours sérieux et empressé à se conformer et à ne pas se fâcher.

Si je disais que faire entrer ma mère dans la famille et la défendre était le plus grand acte de rébellion de sa vie, ou plutôt montrer la dignité d'un comte, me comprendrais-tu ? Bien sûr, il reste un comte difficile et effrayant pour ceux qu'il emploie.

Bref, quand je revins de ma rencontre avec Marieanne, mon père adoptif m'appela discrètement dans son étude et me demanda délicatement si c'avait été difficile et de quoi on avait parlé.

C'était un acte dicté par la peur du regard des autres plutôt qu'un reproche d'avoir rencontré la prostituée de l'Empereur.

J'expliquai du ton le plus calme possible qu'il n'y avait rien de spécial et que j'essayais juste de lui faire plaisir.

Mon père adoptif n'eut pas tout à fait l'air de croire tout ce que je disais, mais il parut un peu soulagé par mes mots qu'il n'y aurait pas de gros problèmes.

« En tout cas, ma chère, j'espère que tu te souviens de ce qui est attaché à ton nom. »

« Bien sûr. Je me rappelle toujours qui je suis. Alors, je te le promets, je n'agirai pas à la légère. »

« Alors c'est bien. Tu dois être très fatiguée. Va te reposer. »

« Oui. »

Je m'approchai de mon père adoptif, l'embrassai sur la joue et chuchotai. N'en fais pas trop.

Que ces mots aient eu un effet ou non, son front plissé se lissa comme un tissu rigide fraîchement repassé.

« Merci. »

« De rien. Eh bien, on se voit au dîner. »

Je souris et saluai mon père adoptif. Et j'ouvris la porte en silence.

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