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Shards Of A Broken Glass Slipper

Chapitre 21

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Chapitre 21

Chapitre 21

Chapitre 21/15114%~11 min de lecture2 075 mots

Gagner les bonnes grâces de quelqu'un est une tâche incroyablement ardue. D'autant plus lorsque l'autre partie a atteint un niveau de maîtrise dans l'art de la flatterie.

Madame de Lavalier méprisait les doux mots comme de vaines vantardises, la flagornerie et l'adulation. Elle aimait l'honnêteté aussi inébranlable qu'un mur de forteresse et chérissait la pure chasteté blanche qui jaillit d'un cœur franc plus que n'importe quel joyau.

C'était dans l'ordre des choses, puisqu'elle régnait en reine sur le grand monde depuis plus d'une décennie. Elle avait dû entendre jusqu'à l'écœurement tous les embellissements que les mots peuvent exprimer. Il n'était pas étonnant qu'elle ne se lassât pas des désirs emmêlés qui s'accrochaient comme la boue.

Aussi, ce que je pouvais lui offrir, c'était un langage brut, pur. Même si cela me faisait paraître quelque peu rustre et inachevée.

Heureusement, mon attitude — révélant ma propre faille : que l'élégance affichée lors de notre première rencontre était le fruit d'un effort désespéré pour ne pas ternir la réputation des Bischwartz, et que mon vrai moi n'était pas différent d'une roturière — donna satisfaction à Madame de Lavalier.

Elle fut grandement satisfaite de constater que moi, la fille de sa mère, j'étais un diamant brut.

« Il reste encore de la marge pour progresser. »

Alors que tu relevais mon menton du bout de ton éventail, ton regard était plus acéré que celui d'un artisan expertisant un joyau. Était-ce cela, se sentir mise à nu par un regard ? La peur et l'impuissance qu'avait dû ressentir ma mère devinrent d'une clarté vive.

Au même instant, je ressentis un frisson. C'était la femme hautaine pour laquelle je languissais. Celle qui régnait en reine, gouvernait en tyran, et était vénérée comme une foi !

« Le sang qui coule dans tes veines est la vulgarité même. C'est une marque qui te suivra jusqu'au jour de ta mort. Tout le monde te montrera du doigt et rira. Certains oseront même se moquer de toi en face. Supporte. Avale-le avec douceur, car c'est l'humiliation que tu mérites à juste titre. Que la lignée craigne l'impureté et te rappelle sans cesse ce qui suit ton nom. Souffre, tombe, et désespère à répétition dans le dilemme de tes humbles origines et de la noblesse du nom Bischwartz. Ce n'est qu'après avoir enduré tout cela que tu pourras affirmer avec fierté qu'une mue a eu lieu. »

L'éducation de Madame de Lavalier, hier comme aujourd'hui, était la sévérité incarnée.

En me poussant rudement, elle cherchait à me faire comprendre la honte que charrie l'épithète « fille de ma mère ». Ce n'est qu'alors, croyait-elle, que je saisir le poids et la responsabilité qui accompagnaient le nom de Bischwartz.

Le fait que Madame de Lavalier m'ait prise volontairement sous son aile et m'ait éduquée tenait à ce qu'elle ne voulait pas ternir le nom de « Bischwartz ».

Sans quoi, elle ne m'aurait pas disciplinée avec une telle rigueur. Elle entendait redorer l'honneur de la famille, sali par ma mère, par mon existence.

Si elle ne pouvait garantir l'accueil que cela réserverait le grand monde, elle était résolue à empêcher tout nouveau déshonneur.

« Pour que tu deviennes une dame de noble naissance, tu dois retenir ce qui suit. Tes gestes doivent être comme des fleurs, ton visage doux comme une brise printanière, et tes paroles sucrées comme du miel quand tu t'adresses aux autres. Tes doigts doivent être agiles comme quand on joue d'un instrument, pourtant fluides comme l'eau, et tes pas aussi lisses que si de l'huile était appliquée sur tes semelles. Marcher en faisant du bruit est l'apanage des gens du peuple ! Ta taille doit être droite comme un arbre, pourtant souple comme un roseau, et tes bras aussi élégants que de la soie traînante au sol. »

Devenir une fille est naturel, mais devenir une femme demande un effort acharné.

Une fois décidé à m'instruire, les actes de Madame de Lavalier ne connurent aucune hésitation. Elle consacra tout son temps, hors le sommeil, à ma personne.

Rien n'échappa à sa main, depuis l'acte basique de marcher correctement jusqu'aux menus détails de l'inspiration et de l'expiration. Même le bref instant de tourner la tête, une fraction de seconde, s'exécutait sous la stricte direction de Lavalier.

Grâce à cela, même le nombre de plis formés par ma jupe quand je m'asseyais était sous son contrôle.

Madame de Lavalier me poussa à mes limites, au point que le mot « dur » venait à l'esprit. Chaque fois que j'imitais un geste, le mot « encore » était prononcé des centaines de fois. Pour certains gestes, j'entendis « encore » près de mille fois.

Inutile de s'étendre quand le simple fait de balayer une mèche tombant sur mon front fut répété soixante à soixante-dix fois.

Tout était sujet à correction. Madame de Lavalier fit preuve d'une acuité qui pointait non seulement les gestes maladroits que je montrais exprès pour elle, mais aussi des gestes si naturels qu'ils en étaient comme la respiration, et que je ne reconnaissais même pas moi-même.

Ce fut une grande chance pour moi. Si j'avais maîtrisé l'étiquette par mes expériences passées, je n'avais jamais atteint le niveau de maîtrise véritable que démontrait Madame de Lavalier, aussi ses corrections furent-elles d'un grand secours.

Madame qualifiait toute l'éducation qu'elle me donnait de « faire d'une bête un être humain ». C'était une formule quelque peu extrême, inhabituelle de sa part, mais son visage resta d'un calme et d'une sérénité parfaits quand elle la prononça.

La fierté qui la sous-tendait était si éclatante qu'elle écrasait tout le monde, arrachant même l'assentiment des autres.

Peut-être à cause de cela, certains chuchotaient : « Quelle doit être la conduite de Sissae de Bischwartz pour qu'elle parle ainsi ? » Les mots employés pour décrire une jeune fille à peine éclose étaient aussi grossiers que ceux d'un voyou.

Pourtant, le mot « bête » qu'utilisait Madame de Lavalier n'était pas une métaphore de mes actes. Il désignait les yeux immatures qui ne parvenaient pas à cacher leurs sentiments à mon égard.

C'était une moquerie élégante à l'encontre d'une lignée pitoyable qui se tordait violemment à l'entente des mots « sang impur », tout en essayant désespérément de le dissimuler, impuissante à faire quoi que ce soit.

« Contrairement à ta mère, tu possèdes une nature vive et alerte. De plus, tu as une patience qui ne va pas avec ton âge et tu agis intelligemment pour me plaire. Mais comment dois-je interpréter l'impudence que tu m'as montrée ? Je te préviens, ne la révèle pas à la légère. Il suffit d'avoir des épines sous la langue. Y a-t-il plus sot que celui qui laisse transparaître ses émotions par les yeux ? Alors, endure. Endure et endure encore. Il y a autre chose que tu peux faire, alors pourquoi te créer des ennemis inutilement ? »

Je tressaillis sous le regard acéré qui se posait sur mon dos et réprimai un rire. Parce que, à travers ce qu'elle disait, je comprenais enfin quelle arme je devais véritablement parfaire, et je ne pus m'empêcher de rire.

Le prédateur apprenait au serpent à utiliser ses crocs efficacement. Le serpent, ignorant à quel point ses crocs étaient acérés et son venin redoutable, comprit grâce au léopard que ses armes étaient plus puissantes que celles de n'importe quelle autre bête.

Sifflement, sifflement. Le serpent plissa les yeux et sourit avec satisfaction. Sa langue vibrante était aussi menaçante que s'il allait dévorer le prédateur devant ses yeux.

Cependant, le serpent, suivant le conseil de Lavalier, se retint et attendit une future opportunité. Avec un sourire dans les yeux, comme elle l'avait dit !

« Oui, tante. »

Car c'était indubitablement moi qui me tiendrais fièrement, un sourire triomphant aux lèvres, dans l'avenir.

Ainsi passèrent plusieurs jours.

Ce ne fut que lorsque Madame de Lavalier dit : « Tu es enfin à peu près présentable », que son objectif initial, l'« Exposition », fut organisée.

Ce festival pour artistes et inventeurs, offrant des occasions de découvrir et de parrainer des talents prometteurs, était le moment le plus chéri de Madame de Lavalier.

S'il s'était agi de la Lavalier d'autrefois, elle aurait assisté à l'Exposition avec Roena seulement. Roena, elle aussi, aimait apprécier l'art autant qu'elle.

Mais la Lavalier actuelle décida d'assister à l'Exposition, emmenant non seulement Roena mais aussi moi.

Pour elle, « présentable » signifiait pouvoir l'accompagner sans honte, et elle avait besoin d'une occasion de montrer au monde la bête qu'elle avait patiemment dressée.

« Il serait honteux pour une femme du nom de Bischwartz de ne rien connaître à la peinture. Aussi serait-il bon que tu élargisses tes horizons limités par une telle occasion. »

Comme elle le disait, je baissai la tête et acquiesçai en silence. Si je pouvais affirmer avec assurance un certain niveau de compétence en peinture grâce à mon expérience passée, je pensais qu'il importait de me montrer à moi-même Sissae, encore inexpérimentée.

Après tout, y a-t-il personne ou partenaire aussi attirant qu'un « diamant brut » que l'on peut modeler à sa guise ?

Cependant, si j'avais su que Lustewin Halberd figurait parmi les chevaliers qui m'accompagnaient à l'Exposition, je n'aurais pas si facilement accepté d'y aller.

Ah, pourquoi le cœur, bien qu'attaché à mon corps, est-il si peu enclin à bouger selon mes pensées et ma volonté ?

Je croyais avoir tout réglé en jetant le mouchoir, mais l'instant où son ombre croisa mon regard, mon regard vacilla inexplicablement. Mes doigts devinrent soudain glacés.

Incapable de contrôler mes lèvres qui séchaient rapidement et mes yeux qui tremblaient, je ne pouvais que respirer par à-coups. Je me demandais si la sueur qui glissait le long de ma colonne vertébrale provenait de la tension ou de la peur.

*

Autrefois, quelqu'un m'a dit.

Pour les nobles, l'art n'était qu'un accessoire pour exhiber leur beauté intellectuelle.

Il voulait dire : combien, parmi ceux qui prétendent aimer l'art, le comprennent vraiment profondément ?

Quelle fierté y a-t-il à acheter indistinctement des tableaux de styles semblables pour suivre la mode, à savourer des opéras aux mélodies populaires, et à faire venir d'inutiles meubles étrangers ?

Mais j'ose dire : quoi d'autre que l'« art » peut révéler notre raffinement ? C'est le seul moyen de se vanter de son élégance intellectuelle, de son goût sophistiqué, et de ses passe-temps uniques et nobles qui ne sauraient être comparés aux autres, au milieu de cette vaine vanité.

Surtout pour des gens comme moi, nous n'avons d'autre choix que de nous accrocher à l'« art ». C'est le seul moyen de prouver que nous sommes des gens qui ont leur place dans leur monde.

La salle d'exposition, où j'assistai avec Madame de Lavalier, était à la fois une exposition pour montrer le joyau que tu avais poli et une scène pour tester mon sens esthétique artistique.

Il n'est personne dans le grand monde qui ne connaisse Madame de Lavalier ! Aussi ma présence à ses côtés ne put passer inaperçue.

Dès notre entrée dans la salle d'exposition, Lavalier désigna plusieurs tableaux frappants et me demanda mon avis.

« Qu'en penses-tu, de ce tableau ? »

Elle savait que les gens autour de nous devinaient mon identité et chuchotaient toutes sortes de choses. Elle savait aussi qu'ils scrutaient et jugeaient chacun de mes mouvements.

C'est pourquoi tu avais l'intention de devancer leur arrogance en révélant la valeur de la bête que tu avais apprivoisée.

« C'est un beau tableau, paré de couleurs vives et éclatantes comme embrassées par la lumière. J'aime la façon dont la dame qui marche y est dépeinte avec délicatesse et élégance. Excepté le regret que la robe qu'elle porte ne suive pas la mode actuelle. Ce tableau a besoin d'être plus sensuel. Il aurait été bon d'y peindre des objets imprégnés d'un charme exotique. »

Ma réponse était assez simple. Je parlais honnêtement, telle qu'elle était, sans ajouter toutes sortes d'embellissements pour critiquer le style ou exprimer la philosophie profonde que le tableau contenait.

La connaissance profonde logée dans mon esprit et le sens esthétique né de mes expériences passées n'eurent jamais l'occasion de jaillir sur ma langue.

C'était tout naturel, la plupart des peintres exposant à la foire étant de nouveaux venus soigneusement sélectionnés parmi les académies. C'étaient de pauvres agneaux qui n'avaient d'autre choix que de peindre des tableaux adaptés aux goûts des nobles qui pourraient les parrainer. Alors, quel sens y avait-il à les critiquer !

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