Je gisais mollement sur le lit, me félicitant d'avoir sauté le petit déjeuner pour mieux accommoder ma taille, parfaitement serrée par le corset.
La perfection d'une dame réside dans une taille fine, alors je serrai les lacets jusqu'à ce que mes côtes menacent de percer, me donnant le tournis.
« Je ne peux pas respirer. »
Je marmonnai, boudeuse, laissant échapper un soupir languide.
« Veux-tu que je le desserre un instant ? »
Marie demanda timidement, jaugeant mon humeur. Je fis un geste vague de la main et laissai ma tête retomber. Même répondre me demandait trop d'efforts.
Mon estomac continua de se tordre par la suite, si bien que je sautai également le déjeuner. Tout ce que j'avais consommé se résumait à du jus de citron vert et quelques morceaux de fruit. Tandis que ma taille semblait devoir se briser sous le corset, la pression de devoir attirer l'attention de Madame de Lavalier m'écrasait, coupant mon appétit.
Penser à l'humiliation et au mépris que j'allais bientôt recevoir d'elle me faisait tourner la tête, éveillant même une colère sourde en moi. Une obéissance sans histoire me était trop difficile. Marcher sur la corde raide entre l'arrogance et la soumission était une tâche d'une extrême délicatesse.
Parviendrais-je à m'empêcher de laisser échapper l'insulte « Poupée de pierre » ? Je souhaitais que ma maîtrise de moi soit plus lourde que le roc. Même si elle insultait ma mère devant moi.
Une ou deux heures plus tard, un domestique entra pour annoncer l'arrivée de Madame de Lavalier au portail principal.
Avec l'aide de Marie, je me levai de mon siège. Je revérifiai ma coiffure et ma tenue dans le miroir, puis descendis au premier étage, affichant une mine feinte de curiosité et de ravissement. Mon beau-père et ma mère, Roena, étaient déjà assis, m'attendant.
« Tu rencontres Tante pour la première fois, n'est-ce pas ? »
Roena me chuchota. Son visage brillait toujours autant, mais j'avais envie de vomir. J'avalai la bile qui me montait à la gorge et lui répondis.
« Oui. C'est pour ça que j'ai vraiment hâte. Je me demande à quoi elle ressemble. »
Ma mère se tenait près de mon beau-père, le visage si pâle qu'on aurait dit qu'elle allait s'évanouir. Son expression, comme si elle s'effondrerait au moindre souffle, paraissait incroyablement précaire.
On aurait dit une jeune fille face à un monstre. Sans le titre de maîtresse de la maison Bischwartz, elle aurait sûrement hurlé et fui.
Enfin, la porte s'ouvrit et Madame de Lavalier entra. Je faillis rire en la retrouvant inchangée, mais parvins à me retenir.
Éprouver du soulagement face à sa présence familière — mon moi d'autrefois m'aurait crue folle. Mais Madame de Lavalier était vraiment telle que je me la rappelais.
Ses cheveux, relevés à la perfection sans un cheveu qui dépasse, luisaient ; sa robe, qui enveloppait doucement sa silhouette fine mais généreuse, était d'une élégance absolue.
Sa peau était un peu pâle mais lumineuse, et ses lèvres, teintées d'un rose pâle, étaient serrées, dégageant une étrange impression d'autorité. Ses yeux, emplis de l'immensité d'un ciel bleu, dispersaient une aura glacée comme s'ils incrustés de glace, et sa voix, bien que basse, articulait avec clarté, chargée d'un pouvoir fort qui intimidait l'auditeur.
La canne d'émeraude qu'elle portait toujours exhalait une aura bleue profonde, comme l'épée d'un chevalier. Du geste anodin d'ôter ses gants à l'ordre de faire entrer ses bagages, le sang noble s'exhalait puissamment.
Alors que Madame de Lavalier passait près de ma mère, le dos parfaitement droit, j'aperçus l'image d'un chat fier la queue haute.
« Bienvenue, Sœur. As-tu fait bon voyage ? »
« Aucun problème. Merci pour votre sollicitude. »
Après une brève étreinte avec mon beau-père, le regard de Madame de Lavalier balaya Roena et moi. Roena était aux anges de revoir sa tante après si longtemps.
« Oh, oui. C'est Eniro. Ma petite chérie. Tu vas bien ? »
« Bienvenue, Tante. »
Roena, tenant légèrement le bas de sa jupe du bout des doigts, la salua d'un mouvement gracieux, vraiment comme une jolie alouette, comme l'avait dit Lavalier.
Sa robe adorable, ornée de nombreux volants d'un jaune pâle, rehaussait encore sa grâce, suscitant l'admiration de tous.
Le visage de Roena s'illumina d'un large sourire, sa joie de rencontrer Madame de Lavalier était indéniable. Cela arracha même un faible sourire à Lavalier.
« Tu dois être Sissae. »
Au moment où Lavalier prononça mon nom, j'avançai et offris mon salut. J'avais parfaitement calculé l'angle de ma révérence, la courbe de mes bras, le nombre de doigts tenant ma jupe, et le temps mis à me redresser.
Pendant que je la saluais, tout le monde retint son souffle comme par accord tacite. Et quand je me redressai pour croiser le regard de Lavalier, ils furent stupéfaits par le sourire qui illuminait ses lèvres.
Madame de Lavalier me regarda avec ce qui ressemblait à de la surprise.
« Tu n'es pas dépourvue d'intelligence. »
À son plus haut éloge possible, je répondis par un sourire radieux.
« Vous me flattez. »
Il va sans dire que tout le monde poussa collectivement un soupir de soulagement.