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Shards Of A Broken Glass Slipper

Chapitre 13

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Chapitre 13

Chapitre 13

Chapitre 13/1519%~11 min de lecture2 126 mots

« Connaissez-vous Madame de Chatou ?

Je baissai la tête sur les paroles de l'homme. Je clignai des yeux de façon exagérée, feignant l'incompréhension comme si je ne saisissais pas ce qu'il disait. Je brûtais de savoir pourquoi il me demandait soudain si je connaissais « Marianne de Chatou », mais je ne pouvais pas répondre sur-le-champ.

Marianne de Chatou est une prostituée. Son vrai nom est « Marianne Bon-Tange », et avant que le comte de Portes-Félix ne l'adopte et ne l'introduise au palais, elle vendait son corps à des nobles dans le quartier chaud des ruelles de la rue de Phillyonne.

C'était une prostituée si célèbre que le nom de « Marianne Bon-Tange » était cité pour désigner la fleur rouge des nuits de Phillyonne.

Bon-Tange entra dans le quartier chaud à l'âge relativement tardif de dix-huit ans et devint la meilleure prostituée en une seule semaine de réception. Ses talents de chambre étaient innés, si bien que tout homme brûlait de coucher avec Marianne Bon-Tange.

Était-ce la raison ? Dans le soir trouble où tombait l'obscurité, la boutique était bondée de gens apportant toutes sortes de richesses et guettant devant la chambre de Marie Bon-Tange.

Parmi eux se trouvait le comte de Portes-Félix. Les ancêtres du comte s'étaient contentés de gérer les terres locales, mais lui, homme ambitieux, voulait entrer en politique et s'emparer du pouvoir.

Le comte comprit que l'Empereur était un grand libertin, une figure vulgaire qui convoitait les femmes, et chercha une belle femme à l'esprit vide pour le manipuler et devenir le plus noble des nobles. Et la personne qu'il découvrit fut la prostituée « Marianne Bon-Tange ».

L'Empereur fut totalement captivé par le charme de la jeune femme amenée par le comte de Portes-Félix. Les talents de chambre qu'elle avait appris pour débuter dans le demi-monde n'avaient rien de comparable à ceux des autres femmes.

Le beau visage de Marianne Bon-Tange, sa silhouette voluptueuse et son comportement charmant étaient un délice nouveau qu'on ne pouvait goûter ni chez l'Impératrice, ni chez les autres jeunes dames nobles surannées.

Aussi l'Empereur voulut-il faire de Marianne Bon-Tange sa maîtresse pour qu'elle continue de le divertir, et s'efforça-t-il d'effacer son passé ténébreux pour elle.

Ainsi, il offrit à Marianne Bon-Tange un château dans la région de « Chatou » et mit de l'ardeur à en faire la « marquise Marianne de Chatou » pour la lancer dans le monde.

Même l'Empereur, souverain suprême, n'avait pas l'audace de faire d'une femme portant le nom de « prostituée » sa maîtresse.

En tout cas, par suite, on se mit à appeler la prostituée Marianne Bon-Tange « marquise Marianne de Chatou ». C'était chose fort honteuse dans la société aristocratique, réputée pour sa fierté excessive.

« Était-ce une question indiscrète ?

« Oui. C'est une question indiscrète, voire embarrassante. J'ignore pourquoi le jeune maître m'interroge sur ma connaissance de la marquise de Chatou.

L'homme répond à mes mots. Sa voix est indifférente, nulle émotion n'y perce. C'est aussi banal que de demander le nom d'un oiseau de passage.

« J'ai eu l'occasion de vous entendre la mentionner. Disons donc que j'ai été vivement intéressé ? C'est pourquoi j'ose demander, bravant l'indiscrétion.

« Pourquoi ?

À mes mots, l'homme tord les lèvres et offre un sourire sinistrement sombre. Il a l'air méchant et vicieux, comme une hyène déchirant sa proie. C'est un sourire sauvage qu'on peine à croire sorti de ce beau visage.

« Il y a toujours des bêtes qui convoitent des os portant encore de la chair.

Il se rabaisse lui-même en s'appelant « bête », comme s'il était devenu un homme lubrique en quête de pouvoir. Mais je ne prends pas ses paroles au pied de la lettre. Il vaut bien mieux qu'une mouche pullulant autour du cadavre du pouvoir.

Sa posture élégante, son ton, et le comportement imprégné de prévenance envers les femmes sont trop raffinés pour qu'on les qualifie de « bestiaux ».

Surtout, le « mépris » et le « dégoût » qui brillent dans ses yeux bleus sont des émotions qu'on ne saurait ignorer. Aussi, je chuchotai délibérément sur un ton badin, comme en chantant, et répliquai à ses mots.

« Quel dommage. Je n'ai aucun lien avec la marquise. Je n'ai usé que d'un petit stratagème.

« Un stratagème ?

« Le propriétaire de cette boutique est si hautain qu'il ne daigne même pas regarder qui n'est pas une personnalité. Il a dit qu'il ne sortait les bonnes pièces que lors de la visite d'une personne éminente. J'ai donc simplement fait semblant d'en être une. Pour obtenir l'objet que je voulais.

« Juste pour un article de papeterie ? Vous dites que vous acceptez que votre honneur soit sali par la honte ?

Je secouai la tête, niant ses paroles.

« Non. Lui et moi avons fait quelque chose qui nous profitait à tous deux. J'ai obtenu l'objet que je voulais, et lui pourra vendre de la nouvelle papeterie en la présentant comme un article prisé par Madame de Chatou, ce qui lui vaudra un gain financier considérable.

« Quelle infamie ! Savez-vous que vous faites là ce que seul un escroc ferait ?

« Je ne crois pas que vous soyez le mieux placé pour parler, jeune maître, qui non seulement a écouté mes paroles à la dérobée, oubliant votre pudeur, mais m'a aussi suppliée de vous mettre en relation avec Madame de Chatou. C'est exact. Je ne le nie pas. Ce que j'ai fait est un acte d'escroc. Alors, y a-t-il un problème ? Pas seulement moi, mais tout le monde vend le nom de « Madame de Chatou ». Dois-je vous donner un exemple approprié ?

La lubricité de Marianne de Chatou était si notoire dans le monde que des recueils de poèmes et de littérature la raillant se vendaient en cachette.

Des poètes éminents aux libertins qui prenaient plaisir à soulever les jupes des femmes, en passant par les gens du peuple d'origine humble, il n'était personne qui ne cite son nom pour la couvrir d'opprobre.

L'homme garda le silence à mes mots. Lui non plus n'avait dû jamais vivre sans entendre des moqueries liées à Marianne de Chatou, il connaissait donc bien le sens de ce que je voulais dire. C'est pourquoi il était devenu un muet qui avait avalé du miel.

Je brûlais donc de curiosité. Pourquoi il m'avait abordée et m'avait demandé si je connaissais « Marianne de Chatou ».

Je pensai déjà que notre collision relevait aussi de son « plan ». Sinon, il n'aurait pas pu me séparer si facilement de Marie et du chevalier.

Quand ma réflexion alla si loin, la faveur que j'avais pour la voix envoûtante de l'homme me parut s'effacer. Je le regardai donc d'un œil méfiant et priai pour que Marie et le chevalier sortent vite de la boutique.

« J'ai commis une indiscrétion à votre égard. Je ne sais comment m'en excuser.

L'homme le dit. Pourtant, quand il prononce le mot « faute », son expression est d'une grande sérénité. Agacée par cette attitude, je m'emportai comme une enfant, oubliant ma dignité.

« Comment pouvez-vous effacer l'indiscrétion déjà commise ? Disons qu'elle a été compensée par la considération que vous m'avez témoignée.

Alors il saisit ma main et y dépose un baiser léger sur le dos. Et il se présente avec un sourire captivant qui ferait chavirer n'importe qui.

« Je suis Théodore de la famille Vitraice.

« Je suis Sissae de Bischwartz.

À mes mots, une lueur étrange paraît dans ses yeux. Peut-être surpris que la femme qu'il tenait soit une personne inattendue, il dit poliment sans effacer le sourire de ses lèvres.

« Ainsi, vous êtes cette demoiselle dont on parle.

Je répliquai sur un ton coquet.

« Alors vous devez être quelqu'un qui n'a même jamais entendu de rumeurs.

« Cela ne se peut pas. Les ombres cachées derrière le rideau sont plus sombres. Les gens ont toujours peur de quelque chose qui rôde dans l'obscurité. C'est pourquoi ils n'essaient pas de découvrir quelle vérité les attend au-delà. Ainsi, personne ne peut savoir.

« Avouez-vous être une personne dangereuse ?

« Si c'est le cas, secoueriez-vous cette main que je tiens ?

« Non. Je la tirerai vers moi. Je n'ai pas peur du danger. Les seules choses que je secoue sont celles qui ne me profitent pas.

À mes mots, l'homme éclate de rire. C'est le premier sourire « sincère » qu'il me montre. Après avoir ri de bon cœur un moment, il cesse bientôt de rire, se penche et m'embrasse sur la joue.

Et il murmure d'une voix douce à mon oreille, raidie de surprise par ce contact soudain.

« Votre parfum est comme le néroli (parfum d'orange). Vous êtes la première femme à me faire ressentir une telle agréable sensation. Mais aujourd'hui, notre relation s'arrête ici. Le temps qui passe est si cruel et sans cœur que mon cœur en souffre. Aussi, j'attends avec impatience de vous revoir un jour, demoiselle Bischwartz.

C'était comme le mouvement d'un acteur de théâtre. Si je n'avais pas entrevu l'élégance et la fierté arrogante dans ses gestes inconscients, j'aurais pris l'homme pour un grand comédien.

Après avoir fini de parler, il me salua avec des gestes d'une exagération surprenante. C'était si excessif que c'en était ridicule, au point que les passants me lancèrent un coup d'œil.

Se demandant quelle grande femme recevait un tel déploiement.

Et comme si c'était un signal, Marie et le chevalier, dont on n'avait pas vu l'ombre tant que l'homme et moi parlions, s'extirpèrent difficilement de l'entrée de la boutique pour venir vers moi. Leurs visages pendaient comme du chou bouilli, comme si l'expérience d'avoir été emportés par la foule avait été terrible.

« Demoiselle ! J'étais vraiment inquiète.

« Ça va ?

Je reçus à peine leurs salutations et cherchai Théodore Vitraice, qui s'était dérobé derrière eux.

Mais comme un mirage dans le désert, il avait disparu. C'était un mouvement si rapide que je crus à de la magie. Vraiment, en un clin d'œil.

Ce fut une rencontre qu'on aurait pu négliger aisément, mais pour une raison quelconque, j'eus l'impression qu'on s'était joué de moi, si bien que je serrai fortement les lèvres.

C'était la première fois que je subissais un tel manque de Manners : poser autant de questions qu'on veut et disparaître sitôt sa curiosité satisfaite, si bien que je restai complètement sans voix.

En revivant dans ma tête la conversation que j'avais eue avec lui, je craignis d'avoir commis une maladresse et de lui avoir donné un moyen de me nuire.

J'étais encore une jeune fille qui n'avait pas débuté dans le monde, il fallait donc prévenir à l'avance les rumeurs qui pourraient nuire à la famille.

Bien qu'une mauvaise réputation se fût déjà collée à cause de la mère qui avait séduit le beau-père. Pourtant, je refuse tout titre supplémentaire au-delà de celui-là.

Ce dont j'ai besoin, ce n'est pas le tempérament vulgaire de femme fatale que tout le monde imagine, mais un caractère caméléon, à la fois charmant et vaguement dangereux, une attitude froide ancrée inconsciemment qui attire.

Aussi, l'affichage d'une amitié avec Madame de Chatou devait-il se faire petit à petit, comme le bas d'une robe que mouille la rosée.

Il n'y avait aucune raison d'instiller la méfiance chez tous au sujet de l'existence de « Sissae de Bischwartz ». Il suffisait d'une action prudente avec une question glissée dedans — « J'ai entendu dire qu'elle a une amitié considérable avec Madame de Chatou ? Est-ce vrai ? » — pour qu'ils n'osent pas agir à la légère, ne pouvant en être sûrs.

Ce qui m'inquiétait, c'est que Théodore Vitraice avait l'air d'avoir déjà débuté dans le monde, et je craignais qu'il ne colporte des ragots sur moi pour plaire aux autres dames qui fréquentaient le salon.

Un homme amoureux, un homme avide de conquérir le cœur d'une femme, est plus dur et plus tenace que le fer martelé au marteau, ce sont des escrocs qui inventent des histoires qui n'existent pas.

Alors, rien ne garantit qu'il ne dirait pas ces mots pour faire une blague et attirer l'attention de tous !

'Je suis allée au Souffle de Mille Anges l'autre jour, et j'ai rencontré cette demoiselle dont on parle. Elle était, oh mon dieu, vraiment la fille des rumeurs. Là, avec un sourire vague, et un gentilhomme aux yeux de quelqu'un piégé dans un labyrinthe, il y a de fortes chances que ce que je pense soit la même chose. Bref, il y avait un goût vulgaire difficile à décrire. Alors, respectons-la tous dans notre imagination avec dignité et courtoisie. N'est-ce pas le cœur bienveillant et honorable que nous pouvons avoir ?'

La seule idée me donne le vertige.

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