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Shards Of A Broken Glass Slipper

Chapitre 109

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Chapitre 109

Chapitre 109

Chapitre 109/22149%~12 min de lecture2 332 mots

La jeune dame Roshan ne lâcha pas ma main avant que je ne réponde que je « comprenais ». Je crus qu'elle serait contrariée si je montrais de l'hésitation, mais elle parut plus calme que je ne l'avais imaginé.

Bien au contraire, elle m'encouragea, agissant avec l'entrain d'un garçon espiègle. Son obstination là où on ne l'attendait pas était fort surprenante.

Je hochai la tête à contrecœur, et seulement alors la jeune dame sourit largement, comme satisfaite. Et elle me salua aimablement de sa voix unique, répétant qu'elle me reverrait certainement la prochaine fois.

« Grâce à la jeune dame de la famille Roshan, je suis venue confortablement. »

Marie, dont le nez était devenu rouge sous le vent glacial en descendant de la calèche, s'approcha de moi et dit cela. Elle, qui avait pris place sur le siège du cocher, raconta que le cocher des Roshan était très gentil et ne cessa de lui parler, si bien qu'elle ne s'ennuya pas.

D'ordinaire, on s'enquiert de la jeune dame que l'on sert, mais lui ne le fit pas, ce qui la mit à l'aise.

« J'ai entendu dire que cette jeune dame est aussi gentille que Mademoiselle Roena, et il semble que ce soit vraiment le cas. »

À partir d'un certain moment, le mot « notre » avait disparu de la bouche de Marie. Il n'y avait plus que « Mademoiselle Roena ».

Le changement était si surprenant et amusant que je souris faiblement. Marie n'avait aucune idée de la raison de mon sourire.

« Mademoiselle ? »

« Il fait froid. Rentrons. Nous avons beaucoup à faire. »

Je la pressai d'entrer dans le manoir. Et dès que je fus dans ma chambre, je chassai toutes les servantes, Marie comprise, et verrouillai la porte. J'ordonnai qu'on ne me réveille pas avant le dîner, prétextant la fatigue.

Je jetai la robe négligemment par terre et grimpai sur le lit en chemise. Et je sortis précautionneusement le portrait du prince héritier.

Le prince héritier de l'Empire apparaîtrait sûrement au Colisée pour le tournoi d'escrime ou au bal de la Fête nationale.

Pour lui faire face sans détour, je devais surmonter ma peur. Ce serait très difficile à résoudre en peu de temps, mais c'était inévitable, je n'avais pas le choix.

« Je peux le faire. Oui, tout ce que j'ai à faire, c'est le regarder droit dans les yeux. »

J'avalai ma salive et déchirai l'emballage du portrait. D'abord la tête apparut, puis le front, puis l'œil… les yeux.

Instantanément, cela se superposa au regard qui m'avait entraînée dans l'abîme, à cette époque. Les yeux inorganiques qui ne reflétaient rien et le regard acéré qui semblait scruter quelque chose d'insignifiant se projetèrent sur le portrait et me fixèrent.

« Hein. Hou, hou, hou. »

Je me cris le poitrail et haletai. Mon dos était trempé de sueur froide par la peur. Rien qu'à y penser, je devenais incapable de bouger, comme une souris devant un chat.

« Pensons à de bonnes choses. Il a été gentil avec moi… mais c'est impossible. Même à ce bal, c'était un libertin lui-même. Et lors de notre rencontre au palais impérial ? »

Je frissonnai au sentiment glacial et caressai machinalement mes bras, recroquevillant mon corps.

Au bout d'un moment, je rassemblai à nouveau mon courage, mais je m'arrêtais sans cesse sur ses yeux. Penser que j'affrontais seule une bête terrifiante cachée derrière un beau visage me donna l'impression que tout le sang s'évacuait de mon corps. Mes doigts devinrent glacés.

« Je dois endurer. Ainsi, je ne détournerai pas les yeux le jour de la Fête nationale. »

Comme toutes les batailles, celle-ci exigeait aussi de ne pas laisser paraître la peur ancrée au plus profond de mon cœur. C'était le seul moyen de saisir l'initiative.

Pour tenir tête à un homme comme le prince héritier, je devais afficher une apparence parfaite sans révéler aucune faiblesse.

Je devais le faire pour survivre. Si je m'obstinais sur quelque chose qui ne marcherait pas, je ne ferais que répéter le passé malheureux. Ce n'était pas le genre d'homme à se montrer indulgent sous prétexte que j'étais une femme.

Mais si j'arrivais à endurer cela ? Si j'étais différente des autres femmes qu'on peut draguer en relevant leur jupe ? Si cela arrivait, s'il me témoignait du respect, je n'aurais peut-être plus à craindre les regards de la société.

Je pourrais voler l'avenir de Roena en tant que princesse héritière. Ah, pouvait-il y avoir un avenir plus parfait que celui-là ?

« Je pourrai la mépriser devant tout le monde. »

Et seulement alors je pourrais ressentir cette « pitié pour soi-même » dontMadame de Lavalier avait parlé. Je deviendrais mon moi complet.

Alors je ne pouvais pas m'arrêter là. Non, même si on me disait d'arrêter, je devais serrer les dents et aller jusqu'au bout. Tout comme j'avais désespérément essayé auparavant, m'usant à la tâche jusqu'à devenir un squelette décharné.

Alors je répétai l'exercice de fixer son expression sur le portrait encore et encore, jusqu'à ce que Marie et les autres frappent à la porte pour m'appeler au dîner.

Plus tard, Blan, qui entra après que j'eus ouvert la porta, dit avec un air inquiet : « Êtes-vous malade, Mademoiselle ? Regardez votre sueur froide. »

« Non. Ça ira si je bois un verre d'eau et me repose. »

« Mais vous vous reposez déjà. Voulez-vous que j'appelle le médecin ? »

« Ça ira si je me repose encore, n'appelez pas. »

Seril m'apporta de l'eau. Et elle demanda : « Voulez-vous que je vous apporte une bouillotte avec de l'eau chaude ? » Mon corps était déjà glacé par la sueur que j'avais versée.

Je lui dis de mettre la bouillotte dans la couverture, disant que j'irais me coucher juste après le dîner.

Une courte pratique m'avait laissée une sensation désagréable sur tout le corps, comme si j'avais veillé plusieurs nuits d'affilée. Ce n'était pas seulement que j'étais mentalement épuisée. J'avais l'impression que je m'évanouirais dès que je m'effondrerais.

Alors je mangeai à peine le dîner et me levai la première, prétextant un malaise.

Roena appela mon nom comme si elle avait quelque chose à dire, mais je feignis délibérément de ne pas entendre. Comme si je n'avais pas entendu parce que j'avais quitté la salle à manger trop vite.

Depuis que j'avais prononcé le mot « hypocrite », elle avait l'air visiblement déprimée chaque fois qu'elle me voyait. L'attitude de Roena, qui hésitait et s'arrêtait sans pouvoir m'approcher, faisait imaginer bien des choses à beaucoup de gens.

Elle agissait comme si elle ne pouvait pas le supporter à cause de moi. Elle ne le montrait pas ouvertement, mais ses expressions et ses mouvements étaient si subtils que n'importe qui pouvait facilement deviner.

Alors ma mère et bien d'autres me demandèrent s'il s'était passé quelque chose entre Roena et moi. Leurs esprits étaient déjà remplis de l'idée que Roena était la victime, sans même chercher à connaître la vérité.

Chaque fois que cela arrivait, mon estomac se retournait, mais je clignai des yeux comme si je ne savais rien et penchai la tête avec innocence.

« Eh bien, j'apprends encore, j'ai pu faire quelque chose d'impoli, mais je ne le saurais pas à moins qu'elle me le dise, non ? Alors j'aimerais que Roena me le dise clairement. Comme ça, je saurai ce que j'ai fait de mal. »

Mais Roena ne parvint pas à me critiquer directement, et elle se contenta de marmonner et de trouver des excuses ridicules en disant qu'elle était fatiguée.

Chaque fois que cela arrivait, je disais avec une expression très offensée : « Voyez ? Ce n'est rien. Mais je ne sais pas pourquoi tout le monde pense que je lui ai fait quelque chose. Je suis vraiment contrariée, » arrachant ainsi les excuses de Roena et les explications de ma mère.

« Parfois, je pense que les gens autour de nous essaient de dresser Roena contre moi. »

Il était tout naturel que le visage de Roena se durcisse à ma réponse, que je prononçai avec des larmes dans les yeux. L'expression de Margo, qui me fixait avec incrédulité, était aussi un spectacle que je ne pus m'empêcher de trouver drôle.

Était-ce pour cela ? Les actions du groupe de Margo contre le groupe de Marie devinrent excessivement sévères.

Elles ne se contentèrent pas de les faire trébucher et de ricaner, elles sifflaient comme des vipères et n'hésitèrent pas à en venir aux mains.

Un jour, vint me trouver Marie, les cheveux en bataille et haletante, et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire à cette vue.

Mais je ne pouvais pas continuer à tolérer ces bagarres physiques, alors j'allai voir ma mère et lui dis qu'il semblait que les servantes devraient commencer à comparer leur valeur, ne serait-ce qu'entre elles.

Il n'y avait pas longtemps que j'avais affirmé que « les gens autour de nous essaient de dresser Roena contre moi », il n'y avait pas de meilleur moment que maintenant.

« Les servantes se battent souvent. Surtout mes servantes sont prises pour cible. »

Ma mère fronça les sourcils à mes mots, comme si elle ne comprenait pas. Cela devait ressembler à : quelles sont ces sottises ?

« De quoi parlez-vous tout à coup ? »

« Vous souvenez-vous de tous les traitements injustes que j'ai subis quand je suis arrivée dans ce manoir ? Il semble que cela se reporte sur mes servantes. »

« Non, est-ce vrai ? »

« Oui. Si vous ne me croyez pas, appelez la gouvernante en chef et demandez-lui. »

Ma mère fit appeler Margo immédiatement avec un air courroucé. Peut-être se souvenant des larmes que j'avais versées le premier jour, son visage était blanc comme un linge.

Margo, qui entra dans la pièce, raidit son expression en me voyant là avec elle. Cette vieille blaireau semblait avoir une idée approximative de pourquoi ma mère l'avait convoquée.

Ma mère interrogea la vieille belette d'un ton glacial.

« J'entends dire que les servantes de Sissae se blessent beaucoup últimement. Savez-vous quelque chose à ce sujet ? »

« Parfois, les gens se blessent en travaillant. Je comprends l'inquiétude de la jeune dame pour les servantes, mais ce n'est pas quelque chose dont il faille tant s'inquiéter. »

Je repris naturellement les mots de Margo.

« C'est différent si c'est au point de devoir appliquer de la pommade et bander. J'ai entendu dire que les servantes de Roena cherchent toujours la bagarre. »

« Vous vous trompez, Mademoiselle. »

« Alors dites-vous que Marie ment ? Gouvernante en chef, je ne suis pas assez sotte pour ne pas faire la différence entre ces mensonges. »

« Elles essaient peut-être de profiter du bon cœur de la jeune dame. »

« Je l'ai vu de mes propres yeux. »

Les yeux de ma mère et de Margo s'écarquillèrent à mes mots. Je souris faiblement et continuai.

« Vous ne pensiez pas que je venais le dire à ma mère sur la seule parole de la servante, n'est-ce pas ? Je ne manquerais pas à ce point de discernement. »

Même la grande Margo ne put dire « c'est un mensonge » quand j'affirmai l'avoir vu. Car il n'y avait pas de preuve que je l'avais vu, mais il n'y en avait pas non plus que je ne l'avais pas vu. Donc même si elle était suspicieuse, il n'y avait rien qu'elle pût faire.

« … Que voulez-vous que je fasse ? »

Margo baissa la queue et demanda d'une voix polie. Elle semblait avoir réalisé qu'elle ne pouvait plus rien faire, et elle se rendait avec une rapidité surprenante.

Était-ce pour cela ? Les veines bleues gonflaient sur ses mains jointes, mais la voix qui en sortit était assez calme.

Ma mère me regarda comme pour me demander ce que je voulais faire. Cela signifiait qu'elle me remettait le pouvoir de décision. Je dis d'une voix tranquille, comme si je venais d'y penser.

« Il faut réduire les bagarres inutiles. C'est le travail de la gouvernante en chef de découvrir pourquoi. »

« Que comptez-vous faire de la servante que vous dites avoir vue ? »

Avant d'aller voir ma mère, j'avais dit à Marie de me donner le nom d'une des servantes de Margo qu'elle voudrait le plus rosser. Et j'avais fait amener cette personne par Seril et Blan.

« Je vais lui demander la raison moi-même. »

« Mais cela est indigne de la jeune dame. Vous devriez me laisser faire à ma place. »

« Ou bien devrais-je demander à mon père adoptif ? Mère, pouvez-vous faire cela ? »

Ma mère fronça les sourcils comme si elle était embarrassée, mais elle ne dit pas non. Et cela aurait mis une pression considérable sur Margo.

« Je ne resterai pas les bras croisés si quelqu'un s'en prend encore à mes servantes. »

« Très bien. Faites comme vous l'entendez. »

Ma mère me regarda avec une expression très inquiète. Mais elle ne s'opposa pas à ma décision et ne chercha pas à m'en dissuader.

Peut-être voulait-elle renforcer mon estime de moi-même même de cette façon, et elle supportait courageusement la pitié qui montait dans un coin de son cœur.

Je lui en fus si reconnaissante que je saisis sa main et criai merci.

Ma mère serra la main qu'elle tenait, comme pour répondre, et dit à Margo, affichant la dignité d'une comtesse.

« Gouvernante en chef, je sais combien vous travaillez dur pour la maison du comte, mais je sens aussi que le moral des servantes a été très dispersé últimement. J'espère donc que vous les dirigerez mieux en faisant de cet incident une opportunité. »

Margo répondit qu'elle comprenait les paroles de ma mère. Les épaules de la vieille belette tremblaient, comme si elle était contrariée et rancunière de s'être fait avoir sans pouvoir rien faire. Ma mère et moi fîmes semblant de ne pas remarquer.

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