Le temps se refroidissait progressivement sur le continent démoniaque. L'hiver arrivait. Le froid qui nous avait accueillis lors de notre première traversée depuis le côté humain du continent nous rattrapait à nouveau.
« Hmm... »
« Mon cher enfant, ne penses-tu pas que cet endroit est parfait ? »
Entretemps, ma fille et moi nous attelions à une tâche très importante pour commémorer nos deux ans sur le continent démoniaque.
« Non. La qualité du sol n'est pas bonne, papa. Ce terrain ne convient pas pour l'agriculture ! »
« C-cela veut dire que... ? »
« Exact ! Au suivant ! Allons voir la prochaine terre, papa ! »
Il ne s'agissait ni plus ni moins que de prospection immobiliè... euh, d'inspection de terres agricoles.
« Mais c'est déjà le quatorzième endroit qu'on visite... »
« Papa~ ! Tu as dit qu'on cherchait un bel endroit pour construire notre foyer pour la vie, non ? Un bon terrain nous épargnera bien des peines, tu sais ! »
Nous en étions arrivés au stade où je commençais à penser que prendre ma retraite ne poserait pas de problème majeur pour la gouvernance du continent démoniaque. Les cent rois démons que mon cher héros-disciple avait entraînés faisaient un travail remarquable pour en former de nouveaux. Les résultats obtenus jusqu'ici étaient tous très satisfaisants.
Chaque roi démon fraîchement promu ne pouvait évidemment pas diriger cent candidats comme l'avait fait le héros, mais ils parvenaient tout de même à en entraîner au moins trois par eux-mêmes. Voire cinq dans de bonnes conditions.
Cent rois démons devinrent bientôt cinq cents. Ces cinq cents rois démons gonflèrent ensuite à plus de mille en un clin d'œil proverbial.
Les livres d'histoire futurs dépeindraient probablement le héros comme... quelqu'un comme Abraham, je suppose ?
En tant que héros, il créa cent rois démons. Ceux-ci créèrent à leur tour d'autres rois démons, puis d'autres encore, et ainsi de suite...
« ...Bref, le continent démoniaque est entre de bonnes mains. »
Mm... Bien sûr. Même avec un seul roi démon, le continent démoniaque tournait déjà pas trop mal, non ? Avec mille rois démons désormais en place, ils devraient pouvoir faire face à n'importe quoi, y compris des trucs comme le Dieu Maléfique.
« Papa ! Allons au prochain endroit ! »
« D'accord, mon enfant. »
Ma fille cherchait un terrain fertile comme si elle faisait du shopping pour un joli sac à main dans un grand magasin. Elle ne se contentait pas de vérifier la qualité du sol, mais aussi le relief global : montagnes, rivières, routes environnantes.
« Le prochain, c'est... »
Ma fille monta dans la calèche pour consulter la liste des terrains qu'elle surveillait. Je me sentais pleinement satisfait de cette scène. Sérieusement, je ne sais pas de qui elle est la petite fille, mais elle a drôlement bien grandi !
La batte en métal grommela. « Tu sais, ma petite sœur a tes pires défauts, maître. »
« Uh-huh ! Prendre en compte chaque variable et possibilité, puis les examiner soigneusement ! Il n'y a pas de meilleure habitude au monde ! »
« Mais, maître ! As-tu oublié l'histoire du fragment de Dieu Maléfique ? Tu ne le "prends pas en compte", ce petit désagrément, ô mon cher roi démon ? »
« Ouais, je m'en fiche. »
Le fragment du Dieu Maléfique devait tout ravager dès son apparition, que ce soit du côté humain ou démoniaque du continent.
D'après Belegrea, ce « dieu » était le roi de tous les monstres. La magie ne marchait pas, et les attaques physiques étaient tout aussi inutiles contre cette créature.
Combien de quinquagénaires dans ce monde auraient envie de se battre contre un monstre capable de rayer un royaume ou plusieurs tribus de la carte dès qu'il pointe le bout de son nez ? Personne, je te le dis !
« Cette année touche à sa fin, non ? » Je regardai au loin. « J'avais toujours prévu de prendre ma retraite à cinquante ans en travaillant pour l'organisation maléfique, alors ça tombe bien. »
Bien sûr, c'était *mon* plan, pas celui de l'organisation. Ils ne m'auraient jamais laissé « partir à la retraite » en un morceau, surtout vu tout ce que je savais sur leurs affaires internes !
« Ohoh, donc... Maître, tu prévoyais de faire péter un "festival de feux d'artifice" bien explosif juste avant de partir à la retraite, c'est ça ? »
« À peu près. »
Depuis l'Antiquité, explosion rime avec art !
J'ai bosse comme un dingue pour l'organisation maléfique, alors le moins qu'ils pouvaient faire pour ma retraite, c'était de participer à ma démonstration de feux d'artifice !
« Ces pauvres oncles. Imagine, ils filaient un salaire de ouf à quelqu'un comme mon maître... »
« Hé. N'oublie pas que j'ai bossé comme un fou pour eux. »
Je pouvais jurer sur l'honneur que j'ai travaillé pour gagner ma vie.
« Maître, n'oublie pas que tu t'es aussi mis plein les poches sous le manteau. »
« C'est juste des revenus annexes. »
Qu'est-ce que ça changeait, tant que je ne piquais que des avantages que l'organisation ignorait ? Certes, certains de ces avantages incluaient par mégarde les sceaux de quelques familles nobles, et des gamines comme Ria ont dû infiltrer l'organisation pour les récupérer, mais... C'était pas juste un jour ordinaire dans une organisation maléfique, ça ?
Une organisation maléfique sans doubles ou triples espions dans ses rangs ne mérite pas son nom, non ?
« Le grand patron qui repose aux enfers doit t'attendre en pleurant des larmes de sang, maître. »
« Ça m'est égal, je suis immunisé contre les malédictions. »
Honnêtement, les malédictions inefficaces n'étaient pas le problème, mais mes jambes qui fatiguaient à force de marcher !
« Le prochain, c'est celui-ci, papa ! On y va ! »
« Bien sûr, bien sûr. »
Bien que son travail au Département Poulet l'ait un peu éclipsé, il ne fallait jamais oublier que ma chère fille gérait aussi l'agriculture. Elle était peut-être jeune, mais je lui faisais une confiance absolue sur ce genre de dossiers !
« Allez, on y va ! »
Je mis la calèche en route selon les indications de ma fille. Grâce au réseau routier bien entretenu, nous devrions atteindre notre prochaine destination en deux heures environ, mais...
« Attendez, s'il vous plaaaaît ! »
Mais Belegrea nous rattrapa à ce moment-là.
« Seigneur Maaaaarx ! »
« Tch ! Elle est censée être une roi démon, elle n'a pas du boulot ou quoi ? »
« Maître, c'est pas ce que tu dois dire ! »
« Ça m'est égal, vu que je vais partir à la retraite ! »
Les démons vivaient longtemps, mais moi j'étais juste un humain ! Puisque c'est mon vœu, vous pouvez pas me laisser prendre ma retraite en paix ?
« Ma chère fille ? »
« Ouais, papa ! »
Ma fille semblait avoir déjà fini ses préparatifs, vu que la situation s'était répétée plusieurs fois récemment.
« Continue, papa ! »
Sur sa voix énergique, je fouettai les chevaux encore plus fort.
Paf !
Au moment où les chevaux hennirent sous mes coups, le bruit d'une explosion parvint à mes oreilles.
Comme dans un combat d'objets de la série KamXn Rider, ma fille lança une sorte d'outil magique derrière la calèche et créa un écran de fumée sur la route.
« Dégagez ça ! »
« Oui, madame ! »
Mais Belegrea connaissait nos tours par cœur. Elle et ses compagnons utilisèrent la magie du vent pour dissiper l'écran de fumée en un instant.
« Cette fois, nous vous ramènerons coûte que coûte, Seigneur Marx ! »
« Vous me prenez à plusieurs, c'est ça ! Pouvoir constater que vous avez déjà ouvert les yeux sur la vérité de notre monde à ce point ! »
Se faire avoir cinq fois de suite avait visiblement aidé Belegrea à mûrir en tant que stratège.
« Kkyahck ?! »
« Hein ? »
La poursuite semblait lancée, mais pour une raison quelconque, Belegrea poussa un petit cri mignon et s'étala de tout son long. Alors qu'elle savait monter à cheval, au wyverne et même au griffon comme une pro !
« Hihihihi~ ! Je savais que ça arriverait, alors j'ai utilisé un outil magique pour rendre le sol glissant, papa ! »
« Oh, oooh ! Comme attendu de ma fille intelligente ! » Je restai bouche bée devant sa fière déclaration. Pas seulement un écran de fumée, mais aussi de la magie pour rendre le sol glissant ? N'avoir utilisé qu'un seul type d'outil magique jusqu'ici devait faire partie de sa stratégie.
Et ainsi, au milieu des chaotiques Hiiiiin !, les autres démons suivant Belegrea tombèrent tous de leurs montures.
« Mon enfant, prépare-toi ! »
« C'est déjà fait ! »
Mais il était encore trop tôt pour se détendre. Si on ne comptait que la vitesse pure, un maître d'épée était bien plus rapide que des chevaux. On avait failli se faire attraper la dernière fois en baissant la garde trop tôt, alors pas question que ça se reproduise !
Toujours est-il qu'on avait réussi à distancer tous ces poursuivants. Je jetai un œil en arrière et vis que Belegrea et ses copains avaient du mal à se relever.
La batte en métal fit un bruit de langue. « Elles peuvent juste utiliser la magie pour voler, ceci dit ? »
« Tomber de sa monture rend un peu difficile d'y songer, » dis-je.
« Ehng ? Notre petite Bele était si facile à avoir que ça ? » La batte en métal se demanda en penchant la tête de ci de là. Ça pouvait sonner comme un compliment à double tranchant, mais j'avais le sospicieux pressentiment que notre petite roi démon n'apprécierait pas une telle évaluation de la part de la batte en métal.
...Sans compter l'histoire de l'appeler « notre » petite Belegrea et « Bele », qui sonnait un peu comme « Bellend » dans la bouche de la batte en métal.
« Papa... ? Là-haut... »
« Mm ? »
Ma fille pointa son mignon visage par la petite fenêtre entre la calèche et le siège du cocher, puis pencha la tête. « On fait quoi pour ceux-là ? »
Je suivis son doigt pointé vers le ciel. « Euh... Hmm. On dirait qu'il faudra prévoir de l'antiaérien la prochaine fois. »
« Hiiing... Même si on n'a pas encore visité plein de propriétés... »
Là-haut... Ces créatures poussaient des cris bruyants comme une bande de goélands, mais c'étaient en fait des wyvernes. J'en comptai au moins dix qui volaient là-haut, donc on pouvait supposer qu'un minimum d'une vingtaine de démons les chevauchaient.
« ...Il faut continuer de fuir. »
« Mais, papa. T'as pas dit qu'il valait mieux se rendre vite ? »
« Mm... Oui, je l'ai dit. Mais ce n'est pas le bon moment pour abandonner ! »
« Pourquoi ? »
« Parce qu'on... a encore Aru ! »
« C'est ça ! On l'a ! »
« Je le savais ! C'est toujours moi qui dois vous sauver le cul !! »
Personne ne peut interrompre mon moment familial touchant avec ma fille ! C'est ce que je pensais, mais...
« ...Hein. Même moi j'y avais pas pensé. »
« Et moi non plus je peux rien faire, maîtreuuu. »
Ouais, c'est ce que je croyais, mais maintenant ça...
« Papa, c'est un de ces trucs, là ? On fait du raffut, elles lâchent prise, et on s'écraaaase ? »
« C'est exact, mon enfant. Et qu'est-ce que je t'ai dit de faire dans ce genre de situation ? »
« Je dois fermer ma grande gueule et rester tranquille ! »
« Oui, en effet. On ne peut tenter de s'enfuir que quand on est encore en vie, après tout ! » En disant ça, je regardai en contrebas. La calèche devait se trouver à deux ou trois mille mètres d'altitude. Si on tombait de cette hauteur, ce serait la mort instantanée, sans discussion. En d'autres termes, on ne pouvait pas se permettre de faire les malins ici. « ...La prochaine fois, je m'assurerai d'installer des systèmes de défense antiaériens dans la calèche ! »
Les wyvernes ne s'approchèrent pas de nous. Elles maintinrent des distances de sécurité et activèrent des sorts pour soulever notre calèche dans les airs, puis s'envolèrent avec nous en remorque.
Une fois à une altitude où la chute signifiait mort certaine, les wyvernes se rapprochèrent pour enchaîner notre calèche, puis commencèrent à monter encore plus haut.
Ouais, même moi j'aurais pas pu prévoir ce genre de stratégie.
« Cher. Roi. Démon... ! »
On nous ramena au château du roi démon.
Belegrea a dû penser que le temple du Dieu Démon abritait trop de mes alliés et m'a emmenée à son château à la place. Elle me fixa en grinçant des dents.
Je répondis avec nonchalance. « J'ai déjà démissionné de ce rôle, ceci dit ? »
« Sire ! Vous êtes le roi démon qui défend la volonté du Dieu Démon ! Vous ne pouvez pas partir comme ça, n'importe comment ! »
« Pourtant, le grand et noble Dieu Démon a... »
« Oui, elle t'a ordonné de continuer à travailler comme roi démon ! » Belegrea me coupa brutalement au milieu de ma phrase.
Je fus perplexe. « C'est ça ? »
« Oui, c'est exactement ça ! »
Quoi ? Ça n'a pas fait longtemps que le Dieu Démon m'a traité d'imposteur et envoyé des assassins, mais maintenant elle veut que je reste roi démon ? Une divinité ne devrait pas changer d'avis aussi vite, tu sais ?
— Mais maître, compte tenu de tout ce que tu lui as fait, ce revirement a du sens, quand même !
— Hé, toi. Je ne suis plus ton maître mais ton ennemi, non ?
— Eiii~, bien sûr que non ! Mon maître est l'humain le plus divertissant qui soit, après tout !
C'était quoi ça ?! J'ai l'impression que tu vas mettre la touche finale à un certain carnet au moment où je vais crever, vu comme tu t'amuses de l'humanité !
« Seigneur Marx, il s'agit de l'apparition du fragment du Dieu Maléfique. Malgré son emergence sur le continent humain, nous ne pouvons pas baisser la garde. Non, attendez ! Plus que tout... Oser traiter une créature aussi dégoûtante, aussi abominable, de roi démon... ! »
Je compris que Belegrea était vraiment furieuse, vu comme elle grinçait des dents. Bon, les humains utilisaient le terme « roi démon » pour désigner un monstre en furie, donc dans ce sens, ça me semblait un titre approprié. Ceci dit, je devais reconnaître que ce terme avait un sens totalement différent pour les démons.
« Les démons utilisent un autre nom pour désigner cette créature ? » demandai-je par curiosité.
« Bien sûr, Sire ! Comment les humains osent-ils utiliser le noble et sacré titre de roi démon pour qualifier un misérable fragment du Dieu Maléfique ! Les humains sont méprisables d'appeler l'apôtre du Dieu Maléfique "roi démon". »
Belegrea râla avec passion sur le fait que les humains piétinaient le titre sacré de roi démon. Cependant, n'étais-je pas humain ? Puisqu'elle traitait les humains de tous les noms infamants, cela ne voulait-il pas dire qu'elle m'insultait aussi ?!
« Bon, bon. Qu'est-ce que tu veux me dire ? »
Eh bien, puisqu'elle était maintenant une roi démon loyale choisie par le Dieu Démon elle-même, je décidai de passer gracieusement sur ses outrances.
« C'est évidemment à propos de l'apôtre du Dieu Maléfique, Sire. Selon l'oracle, cette créature maléfique est née dans les régions septentrionales du continent humain et voyage actuellement vers le Sud. »
« La région du Nord ? »
On dirait que l'eau de boisson du pays où je vivais était contaminée ou quelque chose comme ça. Regardons les preuves, voulez-vous ? D'abord, l'apparition soudaine des soi-disant Quatre Rois Célestes de la race démoniaque. Ensuite, mon ancien disciple, qui est aussi un héros, a surgi de nulle part pour fourrer son nez dans ma vie.
Ça ne s'est pas arrêté là ! Un dragon maléfique a pointé le bout de son nez pour kidnapper une princesse, et maintenant, on a même un apôtre du Dieu Maléfique sur les bras !
Mais à quel point vos eaux étaient contaminées, oh les royaumes de la région du Nord !
— Maître ? C'est quoi ce sentiment ? Mis à part l'histoire du Dieu Maléfique, on dirait que tous ces trucs sont de ta faute, d'une manière ou d'une autre ?
— N-non, attends ! Je ne suis pas responsable du dragon maléfique, non plus !
— Oh ? Mis à part ces histoires avec "maléfique" dans le nom, tu avoues que tous ces événements étaient de ta faute, alors ?
N-non, c'est pas vrai !
Ces Quatre Rois Célestes machin ont envahi le continent humain précisément parce que les troupes gardant la frontière ont foiré leur boulot. Et le héros m'a retrouvé parce que la fichue Déesse de la Nature lui a ordonné de le faire. Donc... Je suis totalement innocent ici !
Belegrea continua son rapport de situation entretemps. « L'apôtre du Dieu Maléfique a complètement anéanti le royaume où il est apparu en premier. J'ai appris qu'aucune âme n'a survécu dans la capitale de ce royaume. »
« Vous semblez bien au courant de l'actualité du continent humain. »
« Les affaires impliquant le Dieu Maléfique requièrent une action au niveau des ordres religieux, donc notre côté coopère avec les temples humains. »
Ohhh... Je ne savais pas ça.
« Le Dieu Maléfique est une entité dangereuse qui a failli détruire le monde entier, Sire. Les fragments de cette entité se sont réunis pour donner naissance à l'apôtre du Dieu Maléfique, et son unique but est de détruire tout sur son passage. »
« Et donc, vous dites que tout le monde doit coopérer pour protéger l'équilibre de ce monde ? »
« Oui, Sire. »
Honnêtement, je ne comprenais pas ce raisonnement. Humains et démons ne pensaient qu'à s'envahir mutuellement, après tout. Envahir le continent de l'autre, ce n'était pas la définition même de rompre l'équilibre du monde ?!
« Et selon les informations supplémentaires que nous avons reçues récemment, l'apôtre du Dieu Maléfique a corrompu les monstres de ses environs pour créer une armée, on ne sait trop comment. »
Belegrea conclut son explication en révélant que l'apôtre se dirigeait vers le continent démoniaque pour une raison inexplicable.
« L'apôtre du Dieu Maléfique, hein... ? »
Le premier mal depuis la création a souillé le monde et donné naissance au Dieu Maléfique — du moins, c'est ce que disait le livre d'histoire que j'ai lu à la bibliothèque impériale il y a des années. Le mal est contagieux. Pas limité aux différentes races, mais aussi aux animaux, aux monstres, et même aux esprits et aux dieux. Le mal souillait tout ce qui existait et les transformait en alliés.
C'était la raison pour laquelle le monde craignait le « mal ». Et pourquoi il détestait et haïssait le fragment réveillé du Dieu Maléfique.
Même ainsi...
« Je ne vois pas de raison de s'inquiéter, ceci dit ? »
« Pardon ? »
Je n'étais pas plus inquiet que ça au sujet de l'apôtre du Dieu Maléfique qui arrivait par ici.
« Sire, connaissez-vous un moyen de le vaincre ? »
« Pas vraiment. Cependant... »
Ria et le gamin héros avaient déjà quitté cet endroit et étaient retournés sur le continent humain. Certes, ils avaient juré de ne jamais révéler ma position actuelle, mais garder leur bouche fermée serait un ordre de taille tant qu'ils vivraient dans l'empire. Ce qui voulait dire...
« Je parie que la région frontalière grouille de l'armée de l'empire en ce moment même. »
« L'empire ? Vous voulez dire... l'Empire Karuan, réputé comme la nation humaine la plus puissante qui soit ? Mais, Sire... Même s'il s'agit d'eux... » Belegrea marmonna en fronçant légèrement les sourcils.
Mais je la coupai net. « Soyons honnêtes. Même s'il y a eu beaucoup de victimes et de destructions, un apôtre du Dieu Maléfique n'a jamais réussi à détruire ce monde, non ? »
« Eh bien, oui. C'est vrai... »
« Un petit apôtre du Dieu Maléfique vaincu qui n'arrive même pas à faire son boulot ne pourra jamais gagner contre l'empire, tu sais ? »
La Princesse Impériale était avec l'empire. Sous les ailes de ce monstre se trouvaient d'autres monstres occupés à en pondre encore plus.
— Mais maître, ce sont tes créations, quand même ?
D'accord, j'admets que c'est mon œuvre. Cependant, ils bossent tous pour la Princesse Impériale maintenant, donc la description de monstres sous l'aile d'un gros monstre n'est pas fausse, non ?
« Oubliez l'apôtre du Dieu Maléfique. L'armée de l'empire pourrait détruire le continent plus vite. »
Je croyais explicitement en la puissance de l'empire. Je croyais en la nation la plus forte du continent ! Et je croyais en l'armée de la Princesse Impériale qui vantait la plus grande puissance au sein de la nation la plus forte du continent !
Environ trois mois plus tard...
« L'apôtre du Dieu Maléfique a franchi la frontière ! »
J'eus une nouvelle occasion de graver au plus profond de mon cœur le sage dicton de nos ancêtres sur la façon dont une confiance mal placée peut revenir vous mordre les fesses.