« Alors, le numéro 1000 me poursuit déjà ardemment. C'est ça ? »
« O-oui… »
J'ai acquiescé en fixant ces yeux qui tremblaient d'anxiété.
« Tu ne me mens pas, hein ? »
« Non ! Certainement pas ! Jamais ! »
Ces yeux, qui tremblaient d'une magnitude de 3,0 jusqu'à présent, se mirent soudain à vibrer avec l'intensité de 9,0.
Comme je ne possédais pas l'outil qui limitait l'usage de la magie comme par le passé, j'ai fait en sorte que la batte en métal se tienne entre le numéro 1 et 17 comme mesure temporaire pour les empêcher de s'enfuir.
Oh, et au fait, la raison pour laquelle le numéro 17 réagissait ainsi… Chaque fois que je doutais de ses paroles, la batte en métal lui agrippait ostensiblement l'épaule, voilà pourquoi !
« Hum… Tu ne mens pas ? »
« Oui, chef ! »
Juste à côté d'elle se trouvait une sublime blonde… dont la véritable identité était celle du héros de l'Ordre de la Nature, le guerrier responsable d'avoir battu un dragon ancien à mort. Tout comme le numéro 17, ses yeux tremblaient sans cesse tandis qu'il acquiesçait à mes questions.
Oh, et notez que la batte en métal avait aussi sa main posée sur l'épaule du héros.
« Je vois… »
Tout « grâce » au héros, l'un des chevaux, Blackie, avait disparu.
Quel soulagement d'avoir retrouvé Brownie, ce qui permettait de remettre la calèche en route. Mais avec cette configuration, notre vitesse de déplacement allait chuter, et je n'y pouvais pas grand-chose.
Penser qu'on subirait une perte de mobilité alors qu'on était si pressés !
Tout ça était la faute de ce héros insidieux.
« Est-ce que je devrais juste ficeler ce type et l'expédier au royaume de Neidon… ? »
« Oui, instructeur. Je t'en prie, fais-le. »
Si c'avait été n'importe quel autre moment, il aurait paniqué et farouchement résisté à ma proposition, alors pourquoi ? Était-ce parce que la batte en métal se tenait à côté de lui ?
Le héros a vraiment dit qu'il préférait être envoyé au royaume de Neidon.
« T-t-toi ?! Tu veux t'enfuir tout seul ?! Traître ! »
« Ça n'aurait pas arrivé si tu avais fait ton putain de travail ! »
« Iiik ?! Si tu ne m'avais pas appelé, toi seul aurais crevé, et basta ! »
Tous deux se remirent à se chamailler, alors je claquis des doigts.
La batte en métal intervint. « Ma petite sœur joue dehors en ce moment, alors… Grande sœur ? Grand frère ? Vous pouvez fermer vos gueules un petit moment ? »
« Oui. »
« Ah, oui… »
Sinon, je vous ferai taire moi-même~
La batte en métal, debout entre mes deux anciens disciples, susurra cela en enlaçant leurs épaules. Ce qui fut d'une efficacité redoutable pour leur fermer le clapet automatiquement.
La batte en métal a enfin pu… euh, assouvir son envie la nuit dernière. J'ai jeté les deux anciens disciples effondrés comme des cadavres dans la calèche ensuite. Puis, on a réussi tant bien que mal à récupérer Brownie pour remettre l'attelage en route – c'était à l'aube aujourd'hui.
Je n'avais aucune idée de qui pourrait surgir derrière nous, alors j'ai mené la calèche à fond jusqu'à entendre un duo d'homme et de femme hurler depuis l'intérieur du véhicule.
Bon, ce serait à peu près une réaction normale si on voyait la tronche de la batte en métal dès le réveil.
Cependant, réveiller ma fille dormeuse en faisant ça ne pouvait être toléré, alors je me suis assuré de les « réchauffer » correctement à ma manière.
…Évidemment en faisant appel aux services de la batte en métal, bien sûr.
Ça a fait des merveilles, et maintenant, les deux avec la bouche solidement clouée étaient assis dans le fond de la calèche. J'ai demandé à ma fille de sortir un peu avec le chat et Kkokko pour faire un bonhomme de neige ou quelque chose ensemble.
Je n'étais pas un père assez terrible pour faire assister ma précieuse fille à une séance d'interrogatoire, voyez-vous.
L'interrogatoire en lui-même se passa sans encombre.
Mes deux anciens disciples étaient terrorisés par l'entité appelée « batte ». Il n'y avait que deux de ces petites « filles » dans ce monde, mais celle qu'on avait ici était la reine du monde des battes, la batte en métal. Mes disciples le comprenaient très bien, et c'est pourquoi ils ont tout avoué sans rien cacher.
Bien sûr, il pouvait y avoir des mensonges cachés dans leurs mots.
D'après leurs témoignages, ces deux-là étaient finalement les subordonnés de la princesse impériale.
Comme une collectionneuse tordue, la princesse impériale récupérait mes anciens disciples un par un, me glissant un frisson dans le dos. J'ai même brièvement éprouvé de la pitié pour mes disciples d'avoir fini par travailler pour cette princesse impériale malgré l'abondance d'autres emplois disponibles…
Puis je balayai ce sentiment de pitié d'un revers de main en me souvenant que tous ces types fonçaient ici pour me capturer.
Honnêtement, je n'avais aucune idée que cette femme avalerait Yugrasia tout entier.
Les étudiants ont dû se réjouir que les cours du soir aient pris fin. Mais quel coup de massue ça a dû être pour eux quand les cours du soir ont recommencé à la nouvelle année ?
Et selon Nermia numéro 17, qui a été mutée dans cette académie, Rein tabassait les gens bien trop fort avec la batte en bois.
Si j'avais été à leur place, j'aurais abandonné le titre d'aristocrate ou l'honneur de la famille ou peu importe pour errer dans le monde comme un ninja fugueur.
— Tu ne fais pas déjà ça, par contre ?
— Mais bien sûr.
L'armée personnelle de la princesse impériale semblait devenir plus puissante de jour en jour. Pouvait-elle vraiment désirer le genre de force de combat qui lui permettrait d'établir sa propre nation et de mener une guerre de conquête victorieuse ?
D'après ce que m'avait dit le numéro 17, il semblait que Yugrasia était devenue encore plus forte que quand j'en avais la charge.
Sérieusement, quoi… Même à mon époque, cette académie avait un invocateur de rang divin et un maître d'épée, vous rendez-vous compte ?
Mais cet endroit est plus fort maintenant ?
C'était pas déjà au niveau d'une organisation secrète déterminée à conquérir le monde ? Exact, c'est plus du niveau d'une simple académie !
— Maître, qui est responsable d'avoir semé les graines de tout ça, au juste ?
— … Moi.
Tsk.
Si je travaillais encore là-bas comme professeur, je roulerais maintenant dans les collines d'« incitations » incroyables.
Les parents des étudiants qui ignoraient la vraie situation de l'académie – non, probablement totalement désintéressés de base – seraient venus me voir avec plein de sacs d'argent, me demandant d'aider leurs gamins à entrer dans « cette académie incroyable ! »
Repenser à quand j'ai dû fuir de là sans même récupérer mon investissement initial me serrait le cœur.
— Mais grâce à ça, tu as rencontré ma petite sœur, maître.
— Eh bien, c'est le seul réconfort que j'ai tiré de cette épreuve.
Si je n'avais pas rencontré ma fille dans cette montagne, elle aurait pu vraiment mourir à l'époque.
Une fille aussi adorable, une fille parfaite s'il en est, qui n'existerait plus dans ce monde ? Ce serait une perte monumentale pour cet univers… non, cette dimension tout entière.
Au point que tous les candidats potentiels au rôle de personnage principal existant sur ce continent devraient m'exprimer leur gratitude !
« Alors, qu'est-ce que je fais de vous deux… ? »
« … »
« … »
Même tandis que je continuais à nager au milieu de mille pensées, mes anciens disciples gardaient le silence. Parce qu'ils savaient pertinemment que ne pas dire un mot maintenant serait meilleur pour leur santé globale.
« Est-ce que je devrais les abandonner ici et partir ? »
Bien que faible, l'émotion de l'« espoir » flotta dans leurs yeux à cet instant.
« Ou est-ce que je devrais les emmener avec moi… ? »
Leurs yeux devinrent sombres en un instant.
« Non, attendez. C'est trop chiant, je pourrais juste les tuer maintenant pour assurer leur silence… »
Leurs yeux étaient maintenant… remplis d'espoir, à nouveau ?
Quoi ? C'est censé être le tour de la peur de voiler leurs yeux, vous savez ?
Attendez, est-ce que la mort pourrait être une solution plus porteuse d'espoir pour eux ? Est-ce qu'ils détestaient la batte en métal à ce point ?
— C'est à quel point ma classe est incroyable, maître.
— Non, c'est pas exactement une bonne chose, et c'est là le problème pour toi.
J'ai longuement grogné en remarquant la lueur d'espoir dans les yeux de mes anciens disciples.
Oh, disciples stupides. Ne vous ai-je pas appris à survivre quoi qu'il en coûte ? Vous pauvres idiots semblez avoir complètement oublié les enseignements de votre cher instructeur !
Même si la batte en métal vous tabassait, vivre dans ce monde reste bien mieux, non ?
— Mais c'est parce que je ne travaille pas sur toi, maître. Je suis à peu près sûr que les autres pensent différemment de toi.
Bien sûr que tu ne travailles pas sur moi, et c'est comme ça que je peux dire des trucs comme ça.
Voyez-vous, cet homme m'a appelé ? J'avais plutôt confiance en moi sur le fait que dès que quelqu'un saisissait un instrument de torture, je chanterais comme un canari et je cracherais tout ce que je savais.
J'allais parler de toute façon, alors est-ce que ce n'aurait pas été plus malin de parler tant que mon corps était encore intact ?
— Même si c'est ta position, tu as martelé sans pitié dans la tête de ces gamins l'idée qu'ils ne devaient jamais divulguer de secrets, non ?
— C'est ce que l'organisation m'a ordonné de faire, après tout.
Je me suis contenté de faire ce que les supérieurs m'ont dit. Simplement, c'était à l'individu de décider s'il obéissait à ses ordres ou non !
— Mais tu les as « éduqués » en les tabassant avec ma première petite sœur, quand même !
— Ce n'est qu'en étant assez fort pour endurer un tel obstacle qu'on peut jouir de la vraie liberté, tu sais ?
— Dans ce cas, laisse-moi te demander ça, maître. Est-ce que quoique ce soit a déjà battu cette batte en bois avant ?
— Évidemment, personne n'y est arrivé.
D'abord, si tu pouvais endurer cet « entraînement », tu devenais totalement immunisé contre la torture, et il n'y avait aucune raison pour que je vienne après toi.
Bien sûr, tu changerais quand même de tune devant la batte en métal, ceci dit !
« Bon, alors. Vous avez maintenant deux options. »
J'ai baissé la voix, et pour la première fois depuis longtemps, je suis revenu à mon ton d'instructeur.
« Un. Vous m'accompagnez dans ma fuite. »
Vu la façon dont ces deux-là ont réagi au mot « fuite », il semblait qu'ils désespéraient de s'échapper de l'ombre de la princesse impériale.
D'après ce qu'ils m'avaient dit, il semblait qu'ils étaient à moitié contraints… Non, rectifions : ils ont été forcés sous la menace d'une arme à rejoindre l'organisation de la princesse impériale.
— Ils pèsent probablement le pour et le contre entre toi et la princesse impériale, maître. Et évidemment, la princesse impériale gagne largement.
— Des conneries ! Plutôt que de rester à côté d'une dingue comme elle, ce sera bien mieux d'accompagner une personne normale comme moi !
— Maître… Où as-tu jeté ta conscience ~ ?
Ma conscience ? Elle a toujours été dans mon cœur, évidemment. Et je vais vous le prouver, tout de suite !
« Deux. Vous pouvez repartir à condition de ne jamais révéler ma position à… »
« Je ne divulguerai jamais cette info ! »
« Oui, je le jure sur ma vie ! »
« Fut… ! » La batte en métal regarda les deux disciples répondre promptement et finit par éclater de rire pas dans sa tête, mais dans la réalité. « Fuhahahahat ! »
« « Hiiiieeek ?! » »
Les deux disciples tremblèrent comme des feuilles comme s'ils étaient terrifiés par ce rire. Mais j'avais autre chose à m'inquiéter qu'eux pour l'instant.
— Quoi, y a autre chose, maître ?
— Ouais. Mon pressentiment.
Huhuhu…
Bon, j'ai entraîné ces types sans pitié au point qu'ils fassent des cauchemars sur moi. Du coup, même moi je ne peux pas vraiment me qualifier de bon instructeur.
Même si… Même si c'est le cas !
— Comparé à la princesse impériale, je suis le normal ici !
Penser qu'ils l'ont vraiment choisie, elle, plutôt que moi !
Quelle paire de disciples décevants et exaspérants !
— Je le savais. C'est le fric, pas vrai ?! Ce doit être les salaires énormes de la cour impériale qui ont réussi à me séduire, moi ! Pour ces salaires, ils sont prêts à continuer à bosser pour cette femme !
— Euh, maître… ? Ces gamins sont des nobles, rappelez-vous… ? Pas n'importe lesquels, en plus, des nobles de haut rang ! L'une est la petite-fille du seigneur de la Tour de Magie tandis que l'autre vient d'une famille de Grand Duc, juste en dessous de la Famille Impériale en rang de noblesse ! Ils essaient juste de survivre à cette situation, vous savez ? Ce que vous leur avez appris.
— Mais, mais ! Réalistement, rester à côté de moi au lieu de la princesse impériale devrait être plus facile pour eux pour survivre, vous savez !
— Au vu de tout ce qui s'est passé autour de toi jusqu'ici, maître, c'est de la folie pure, mais pour la paix, disons que tu as raison. Même s'ils viennent avec nous, la princesse impériale te poursuivra quand même, non ? Donc, plutôt que d'être pourchassé par ce que tu appelles « calamité », ne serait-ce pas plus facile de vivre en se planquant quelque part au sein de ladite calamité ?
Quand la batte en métal contre-argumenta avec des mots qui sonnaient bien trop logiques, je réalisai qu'il devenait un peu plus dur de faire une réplique qui sonne malin.
Penser que son don de parole était aussi bon que le Tueur de Dragon qui avait eu son ego éveillé après avoir planté un dragon en plein cœur !
Est-ce que ça pouvait être la preuve qu'une arme à ego grandissait ?!
— C'est quoi ce set-up hyper détaillé, maître ??
— Ben, y a un truc, une histoire sur la recherche du fils de mon père. [1]
Encore une fois, ma batte en métal ne perdrait pas contre le Tueur de Dragon sous aucun aspect, ceci dit ! [2]
Tout comme cette arme, elle peut parler et même se transformer en humanoïde. Cependant, n'oubliez pas que notre batte en métal peut encore utiliser toutes les capacités contenues dans sa forme d'arme sous sa forme humanoïde, aussi !
— C'est évident ! Cette déesse est invincible et sans égale sous les cieux, après tout !
J'approuvai cette évaluation.
J'ai réussi à fuir et à vivre une vie relativement sans histoires jusqu'ici tout grâce à l'invincible batte en métal, après tout.
C'est pour ça que je devrais l'utiliser au maximum de ses capacités.
Je m'adressai aux disciples. « Je vois. Je comprends maintenant vos souhaits. »
Regardez-moi leurs yeux emplis d'espoir maintenant ?
Depuis l'aube des temps, les gens deviennent pleins d'espoir quand ils voient une possibilité. C'est la même chose dans la vie de tous les jours.
Par exemple… comme une poupée mignonne juste à côté de la sortie dans une grue, apparemment à portée de main. Ou, en augmentant un peu l'échelle… comme acheter un ticket de loto ; acheter des actions qui sont en hausse sur les marchés récemment ; ou acheter des Bi*coins après avoir entendu parler de leur valeur qui explose !
Je peux avoir cette poupée, je peux devenir un gagnant…
La valeur de l'action peut monter encore plus…
Les gens croyaient ça et devenaient pleins d'espoir. Les gens croyaient en ça, et c'est pour ça qu'ils défiaient les probabilités.
Personne en leur bon sens ne mettrait leur argent dans une grue que n'importe qui peut voir comme un gaspillage total. Personne en leur bon sens n'achèterait des actions d'une entreprise en ruine qui ne vaut rien. Et personne n'achèterait des pièces imaginaires sans valeur réelle qui ne peuvent même pas être converties en argent réel.
Mais les humains ont cette tendance à ne pas abandonner quand ils voient de l'« espoir » en quelque chose.
Tant que j'endure ça, tant que je surmonte ça… !
Si je fais ça, alors il y a de l'espoir pour moi !
Si un Dieu de l'Espoir avec une personnalité pourrie existait quelque part, ce type aurait grinçé des oreilles en regardant mes deux anciens disciples. Malheureusement pour eux, ma personnalité était juste trop gentille pour leurs attentes.
« J'ai considéré vos avis et… Vous deux m'accompagnerez désormais dans mon voyage ! »
— Euh, maître ? Ta nature, quoi maintenant ?
Fu-hahaha !
Regardez comme ma personnalité est merveilleuse !
J'étais différent de ces bâtards qui vous torturaient avec la lueur de l'espoir. J'ai parfaitement largué mes victimes dans l'abîme du désespoir dès le début pour qu'ils ne voient même pas l'espoir en premier lieu !
Me voici, leur enseignant la vérité de la vie : abandonner rend les choses faciles !
Où trouveriez-vous un meilleur, plus parfait professeur que moi dans ce monde !
— Comme prévu de mon maître… Je ne trouve nulle trace de personnalité gentille en toi ! Non, tu es si terrible que ça frôle le vraiment cool !
Ces deux paires d'yeux, remplies d'espoir à peine une seconde plus tôt, devinrent soudain vitreuses comme des yeux de poisson mort.
J'avais déjà tracé mes plans futurs sur comment utiliser ces deux-là quand j'ai annoncé mon intention.
Bon, alors. Mes chers disciples, allons vers un avenir plus radieux, voulez-vousuuu !
[1] : Ceci est une référence à un roman coréen ReadNovelFull intitulé… « Searching for My Father's Son », un roman fantasy romance publié en 2017. Je ne sais pas s'il a été traduit en anglais, ceci dit.
[2] : « Dragon Slayer » est le nom de l'épée à ego maniée par l'héroïne (personnage principal) de Searching for My Father's Son.