Le « dragon ».
La forme de vie la plus puissante au monde, qui ne nécessite aucune explication supplémentaire.
Les humains qui s'autoproclament maîtres du continent, et même la race démoniaque, autoproclamée race la plus forte, tous fermeraient la bouche et prendraient la poudre d'escampette à l'apparition d'un dragon.
Et voici une bande de sans-gêne occupés à supplier leur semblable d'en chasser un. Même si cet humain était Sir Héros… !
« Nous vous en supplions ! »
Le problème, c'est que ces sans-gêne s'inclinaient profondément. Et celui qui menait la danse n'était autre que le prince de ce royaume, le premier dans l'ordre de succession au trône, s'il vous plaît.
En d'autres termes, un prince destiné à devenir le prochain souverain de cette nation s'occupait à baisser la tête en pleine vue de ses futurs sujets !
— Mais maître, si on parle de hiérarchie sociale, ton disciple n'est-il pas placé au-dessus du prince ?
— Non. Ce gamin est officiellement encore un roturier.
Dans des circonstances normales, le statut social du héros serait supérieur à celui d'un prince d'un petit royaume paumé comme celui-ci.
D'abord, la maison ducale de Raina, qui dirige un duché dans l'Empire Karuan, exerce une influence encore plus grande que ce royaume.
Ce royaume est si petit et si faible qu'il n'ose même pas envahir son voisin direct, le royaume de Belseruk, la nation la plus faible du continent.
Le hic, c'est que notre Sir Héros cache strictement ses origines de scion de la Maison Raina. Sa famille ne semble d'ailleurs pas pressée de le récupérer maintenant qu'il est devenu un héros de renom. Compréhensible, puisque la guerre de succession entre les frères a déjà été tranchée.
Du coup, la famille ducale a choisi de cacher elle aussi la vraie identité de Sir Héros ! Ce qui veut dire qu'il est connu comme un simple roturier pour l'instant !
Même là, le prince sous nos yeux s'inclinait.
« Nous vous en supplions, Sir Héros. »
Oui, on s'est fait avoir en beauté, cette fois.
Le groupe du héros a probablement cru que les nobles des environs voulaient présenter leurs respects au héros et sont venus au village.
Mais qui, dans son bon sens, aurait deviné que c'était un prince, de surcroît, et qu'il se mettrait à s'incliner !
« Votre Altesse, veuillez relever la tête. »
« Nous savons que c'est une demande effrontée, Sir Héros. Cependant… Pour mon cadet… ! »
Le héros faisait de son mieux pour ne pas montrer son trouble en priant le prince de se relever. Mais ce dernier ignora superbement la requête.
Pis, il insista avec encore plus d'ardeur, allant jusqu'à s'apprêter à s'agenouiller !
« Votre Altesse, vous me mettez dans l'embarras. »
« Je m'excuse pour mon attitude indécente, Sir Héros. Cependant, pour notre royaume et mon cadet, je… ! »
Le prince répétait ça depuis un moment.
À n'importe quelle autre époque, le héros aurait fait semblant d'hésiter tout en acceptant la demande. Mais notre adversaire potentiel, cette fois, c'était un dragon !
— Mais maître, s'il s'agit d'un dragon, on a Kkokko ici !
— Quoi ? Tu essayes sérieusement de comparer un nouveau-né de moins d'un an à un dragon ancien ?
— Dragon ancien ? Comment tu le sais, maître ?
— Je t'ai déjà dit qu'un dragon maléfique vivait dans le coin, non ?
— Aaaah… C'est vrai, cet insolent lézard surdimensionné qui ose utiliser deux syllabes du nom de cette merveilleuse déesse !
Les dragons ne disent jamais aux autres où ils vivent. Mais les autres races font tout leur possible pour découvrir où ils vivent.
Bieeen, provoquer un dragon par erreur peut rayer un petit royaume de la carte, après tout.
Et si les nations voisines font du bruit en disant que vous avez mis le dragon en colère pour rien, elles refuseront sûrement vos demandes d'asile plus tard.
Quand tout ça arrive, vous n'avez d'autre choix que de laisser le dragon vous voler tout ce que vous avez jusqu'à ce que d'autres dragons arrivent calmer leur congénère furieux. Mais ce n'est pas tout ! Ces autres dragons exigeront ensuite une compensation pour être intervenus, vous volant encore plus de votre richesse durement gagnée.
Même ainsi, mieux vaut se faire voler sa richesse.
Parce que ce seront d'autres dragons qui viendront médier pour vous, même si le processus prend un peu plus de temps que souhaité.
Mais notre problème, c'était l'identité du dragon vivant à proximité. Le dragon maléfique que même les autres dragons hésitent à affronter, Arcadia… N-non, attendez. Je voulais dire Arketai !
— … Maître, pourquoi j'ai l'impression qu'il vient de se passer quelque chose qui va me rendre malheureux ?
— C'est juste ton impression. Rien de plus.
J'avais mélangé les noms et pensé au mauvais cette fois. Mais la batte en métal l'a flairé comme un chasseur.
« Votre Altesse. Veuillez relever la tête pour l'instant et dites-nous toute l'histoire. »
« Ah, aaah… Merci, Sir Héros. »
Qu'est-ce que c'est que ça ? Le héros a juste demandé les antécédents, alors pourquoi le prince a l'air qu'on a déjà accepté la quête de raid sur le dragon ?
C'est… pas au niveau de ce vendeur d'assurance pourri qui m'avait appelé cette fois ?
Je l'avais définitivement éconduit… « en douceur », mais il insistait pour que je jette un « rapide » coup d'œil au contrat. Et quand je l'ai fait, il a soudain dit que j'avais consenti à adhérer à l'assurance ! Comme j'étais sidéré…
Quoi ? Vous voulez aussi apprendre à ce vendeur ce que veut dire le vieux dicton de la meule sans manche ? [1]
« Permettez-moi d'être bref, Sir Héros. »
Quoi ? Même la suite du prince est exactement la même que le vendeur d'assurance !
Ce type m'a appelé par téléphone sans prévenir, n'a même pas dit ce qu'il voulait, puis m'a demandé si on pouvait parler parce que ça ne prendrait pas longtemps ! Mais quand j'ai regardé l'heure, trente minutes étaient passées sans que je m'en rende compte !
« Cela s'est passé il y a environ six mois, Sir Héros. »
Et comme prévu, l'histoire du prince n'était pas brève du tout.
Non, attendez. Mon douloureux souvenir de ce jour… Cet appel de trente minutes avec le vendeur… Et le récit du prince a duré deux fois plus longtemps !
« Si vous me permettez de clarifier les événements jusqu'ici, Votre Altesse… Le Dragon Maléfique, Arketai, a entendu parler de la beauté mondialement connue de votre princesse et a envahi votre royaume, exigeant qu'on lui remette. C'est bien ça, monsieur ? »
« Oui, Sir Héros. »
Et notre brave héros, dans l'espoir d'aider les autres auditeurs, simplifia grandement le récit sincère d'une heure du prince.
« Le Dragon Maléfique, Arketai… »
Comme je le soupçonnais, le dragon qu'ils voulaient qu'on chasse était l'un des plus anciens des dragons anciens, Arketai, âgé de vingt mille ans !
— On ferait mieux d'abandonner. Personne en son bon sens ne voudrait défier un dragon ancien, après tout.
— Tu as raison, maître. Personne en son bon sens… Mais, euh, maître ?
— Quoi encore ?
— C'est ton disciple, alors est-il vraiment en son bon sens, je me demande ?
Là, tout de suite, un frisson glacial me parcourut.
Au moment où j'entendis la question de la batte en métal, les visages d'une dizaine de personnes surgirent soudain dans ma tête. On aurait dit qu'ils me faisaient un grand sourire en me faisant signe de la main.
— Bon voyage, instructeur…
Oui, je vais. Je vais profiter de mon voyage… vers la liberté !
« Ah, et Votre Altesse ? Ce gentleman est mon cher instructeur, mon mentor. C'est une personne importante, alors je voudrais que vous portiez une attention particulière à ses besoins, s'il vous plaît. »
Pourquoi la demande du héros d'accorder plus d'attention sonne-t-elle comme s'ils devaient me surveiller de près ?
Est-ce à cause de mon humeur actuelle ? Ça doit être ça, non ? Non ?
— Non, maître. Je pense qu'il vise ça depuis le début ?
— Toi aussi tu le penses ?
Le héros souriait, mais ses yeux demandaient définitivement de l'« aide » en ce moment.
Maudit royaume de pacotille ! Vous auriez dû régler le problème avant de demander l'aide du héros. Pourquoi faire tout un cinéma et m'entraîner dedans, moi aussi ?!
« Oh, oooh ! Je vois, donc ce gentleman est le maître de Sir Héros ! »
Nom d'un chien, le prince a déplacé sa cible du héros vers moi maintenant !
« Celui-ci s'appelle Naruan, Votre Altesse. »
« Monsieur, vous êtes le maître du Héros de Lumière, Swin ! Le seul espoir de notre royaume qui nous sauvera de notre heure la plus sombre ! En tant que tel, il n'est pas nécessaire d'être si formel avec moi, monsieur. »
Le prince parlait comme si on allait sauver son royaume, c'était sûr.
« Ce n'est pas vrai, Votre Altesse. Je ne fais qu'accompagner le héros pour l'instant, car nous sommes de vieilles connaissances, c'est tout. »
Et laissez-moi vous dire que j'adorerais mettre de la distance entre le héros et moi, là tout de suite.
J'avais si envie de m'éloigner du héros, et ce désir s'était encore intensifié avec l'introduction d'un dragon dans le mélange.
— Maître~ ? Même s'il y a un dragon ici qui t'appelle grand-père ?
— C'est bon tant qu'ils ont moins de dix ans !
Je crois qu'un héros peut définitivement affronter un dragon nouveau-né. Si la menace n'était que ça, je n'aurais pas eu de problème à attendre tranquillement dans la capitale du royaume.
— Ah, donc tu n'avais jamais prévu d'accompagner le héros, maître ?
— Eh bien, combattre un dragon, c'est fou, quoi qu'on en dise, après tout.
Bien sûr, gagner contre un dragon nouveau-né était amplement faisable, j'aurais pu attendre dans le royaume, pas de problème. Mais c'était devenu un rêve impossible puisque nous avions affaire à un dragon ancien de vingt mille ans.
Si une telle créature se mettait en colère, elle envahirait définitivement le royaume, c'est certain !
Et c'est pour ça que je prévoyais de fuir au bon moment, mais ensuite…
« V-Votre Altesse ! Le Dragon Maléfique a envahi le royaume ! »
« Qu'avez-vous dit ?! »
… Le fichu dragon a pris l'initiative le premier.
#3 Leur situation : La situation d'un certain héros
Assis dans la voiture à cheval qui faisait un bruit de cliquetis rythmique, je… me demandais vaguement.
Pourquoi suis-je assis ici ?
Quel est le but de mes actions actuelles ?!
C'est pour combattre un dragon, ça !
« Sir Héros. Pensez-vous qu'on puisse le faire ? »
Hill, assis à côté de moi, regarda mon visage avec inquiétude.
Tu me demandes si on peut le faire ?
« On ne sait pas encore, Hill. »
Bien sûr, c'est totalement impossible. Mais je ne pouvais pas le dire à voix haute.
Parce que le prince était aussi dans la même voiture que nous !
« Comme on s'y attend du maître de Sir Héros… Quel talent de cocher époustouflant. Même si nous allons si vite, on dirait que la voiture reste si stable… »
Peut-être que le prince voulait alléger l'atmosphère lourde et étouffante dans la voiture, car il se mit à louer l'instructeur de nulle part.
Certes, c'était bien une technique de conduite époustouflante.
L'instructeur a appris l'équitation auprès de la nation la plus forte du continent, l'Empire Karuan, et de la (feue) plus grande organisation maléfique, Hurlement, après tout !
« Oui, Votre Altesse. C'est une personne incroyable. »
Oui. Vraiment incroyable. Tellement incroyable que si je le ramène à l'empire, ils me récompenseront sûrement avec une compensation très belle.
Attendez, peut-être que ça dépassera le niveau de « belle » ? Pourquoi ai-je le sentiment que ça pourrait même rivaliser avec la somme réservée pour abattre un dragon ?
« … En tant que tel, mon instructeur jouera sans doute un rôle crucial dans cette entreprise de subjugation, Votre Altesse. »
« Est-ce vrai, Sir Héros ? »
Cette personne qui s'est présentée comme le prince a des expressions bien fleuries, non ?
Ce qui est l'un des traits caractéristiques d'un arnaqueur, selon mon instructeur !
Les arnaqueurs qui font semblant de compatir à votre histoire tout en redirigeant sournoisement la conversation vers la destination qu'ils désirent !
L'instructeur m'a appris que ces gens-là étaient les plus dangereux à surveiller.
C'est pourquoi je ferais mieux de déplacer l'attention sur mon instructeur, presto. « Oui, c'est effectivement une personne incroyable. Il était mon maître avant que je ne devienne le héros, mais même ainsi, ses enseignements m'ont sauvé la vie encore et encore, quelle que soit la situation. »
Je n'exagérais pas du tout.
Étonnamment, les choses que j'ai apprises de l'organisation maléfique m'ont beaucoup aidé pendant mon temps en tant que héros, surtout quand il s'agissait d'infiltration et de poursuite de cibles.
On pourrait dire que ces deux techniques étaient un must absolu pour tout héros.
La plupart des gens demandant l'aide de héros étaient des roturiers, tandis que la plupart du temps, leurs ennemis étaient des membres de la noblesse.
Les héros reconnus par les ordres religieux étaient aussi reconnus comme aristocrates de haut rang au minimum, quel que soit le royaume où ils allaient.
Mais c'était juste ça, une reconnaissance et rien de plus.
La reconnaissance n'apportait aucun avantage. Cela signifiait que si vous n'aviez pas de preuves pour étayer vos dires et que le noble en question niait tout, vous ne pouviez pas tenir ce noble pour responsable.
Les techniques que j'ai apprises dans l'organisation de méchants ont été utiles dans ce genre de situations !
En infiltrant, en récupérant toutes les preuves, puis en accusant les nobles après, l'affaire pouvait être réglée le plus indolore possible.
Voyez ? Comme ces techniques sont merveilleusement utiles, alors ?
Grâce à ça, il m'est devenu possible de gérer mes quêtes bien plus vite que la plupart des autres héros.
Bien sûr, Hill me rabâchait souvent que mes actions étaient illégales, mais chaque fois que ça arrivait, je lui disais ça.
Comment quelques lois minables concoctées par les humains pourraient-elles être plus importantes que la Grande Cause du héros choisi pour accomplir la volonté de la déesse !
Tout va bien, de toute façon. On n'a toujours pas reçu d'oracle me disant d'arrêter.
En plus de ça… j'allais avoir un affrontement avec un putain de dragon, tout grâce à mon boulot de « héros » !
« Le héros le plus fort, et l'instructeur le plus fort qui a entraîné le héros ! Avec ça, notre royaume de Neidon peut enfin respirer. »
Non, attendez ! Ne commencez pas à respirer déjà, bon sang ! Même si on rassemblait tous les héros du continent, on n'aurait toujours aucune garantie de vaincre le dragon ancien, vous savez !
Je misais tout sur une seule chose en ce moment.
Et c'était la batte en métal de l'instructeur. Si c'est ce truc, il pourrait vraiment abattre un dragon !
Même quelque chose d'aussi effrayant qu'un dragon est encore une créature vivante, donc il devrait hurler de douleur comme tout le monde. Donc, une fois que la batte en métal parvient à porter un coup, le dragon devrait s'effondrer au sol de douleur, j'en suis sûr !
C'est pour ça que ce combat était faisable tant que je pouvais emprunter les pouvoirs de cette batte en métal ne serait-ce qu'une minute !
… C'est ce que j'avais pensé une fois, tout le monde.
« … Combien de jours s'est-il écoulé depuis l'invasion du dragon, dites-vous ? »
« Cela fait dix minutes, Sir Héros. »
« Pas dix jours, mais dix minutes ? »
« Oui. »
Je fixai le château royal, le visage vide.
Parce que le château avait été détruit.
Même si l'échelle n'était pas comparable à celle de l'empire, ces murailles étaient censées protéger la famille royale de ce royaume. Pourtant, elles avaient été réduites de moitié.
« Pas effondrées, mais… on dirait que les murs ont été fondus. »
Je passai quelques minutes à fixer béatement les murailles fondues par le venin du dragon noir. Et puis, je portai mon regard vers l'extérieur du château lui-même, qui semblait avoir été légèrement entaillé sur l'un de ses murs.
« Sir Héros, le rapport dit que le dragon a envahi les appartements de la princesse et l'a enlevée. »
Hé, héhéhé. Même si la taille du dragon n'était pas si grande, penser qu'on doit maintenant combattre un dragon ravisseur de princesse capable de détruire un château en moins de dix minutes !
Pourrions-nous vraiment gagner même si j'arrivais à emprunter les pouvoirs de la batte en métal ?
« … Hein ? »
Juste au moment où mes yeux hébétés se détournaient des murailles fondues vers la batte en métal…
Je regardai à ma droite, à ma gauche, devant, et même derrière, mais… peu importe où je regardais, la batte en métal n'était pas là.
« Hill, où est mon instructeur ? »
« Pardon ? Sir Naruan… n'est pas là ? » Hill regarda rapidement dans la direction où la voiture aurait dû être, puis se mit à regarder autour de lui dans la panique, lui aussi.
« Ce n'est pas possible… ? »
« Encore ?! »
Juste au moment où nous fixions béatement le château royal royalement ravagé par le dragon, il semblait que mon cher instructeur avait pris une décision rapide.
La décision de s'enfuir… !
[1] : C'est un vieux dicton coréen. Imaginez une scène où vous êtes sur le point de moudre du grain avec une meule, mais la manche est introuvable. Vous vous sentez abasourdi/étourdi. D'où le dicton.