« Ahahahaha, qu'est-ce que c'est que ça ? Non, vraiment. Qu'est-ce que c'est que ça ? »
Faire d'Ast mon majordome exclusif en valait toute la peine.
Avant qu'il ne devienne mon subordonné, je riais peut-être une ou deux fois par an. Peut-être.
Mais depuis qu'il est sous mon aile, je profite maintenant d'occasions de rire à gorge déployée comme celle-ci.
« C'est le meilleur matin de tous les temps ! Il n'y a jamais eu de journée plus divertissante dans ma vie que celle d'aujourd'hui ! »
C'est exact, aujourd'hui devait être l'une des journées les plus divertissantes de toute ma vie.
« Premier point, il semble que les félicitations s'imposent, Reia. Tu vas enfin te marier. »
« V-Votre Altesse… »
Un éclat de rire jaillit de ma bouche alors que je fixais les visages chiffonnés de Reia et d'Ast. Je ne pris même pas la peine de cacher mon amusement.
« C'est tellement divertissant, peu importe le nombre de fois où je le lis ! Il est écrit : "Nous souhaitons faire avancer les fiançailles de votre chevalier exclusif, Dame Reia lil Areis, avec votre majordome exclusif, Ast du Lilac". Je dois dire que le marquis Areis est vraiment quelque chose, d'accord. »
Qu'une simple lettre puisse m'amuser à ce point !
Quel divertissement inattendu.
« Votre Altesse, nous vous supplions de rejeter cette proposition. »
« Je devrais ? Mais pourquoi ? N'est-ce pas le "problème" de la Maison Areis et de l'individu nommé Ast ? »
« Tant que vous le rejetez, cette affaire sera réglée d'un seul coup, Votre Altesse. »
« Sir Ast a raison, Votre Altesse ! »
Tous deux me fixaient avec une telle désespérance sur leur visage.
C'est amusant. Tellement, tellement amusant ! Je ne peux tout simplement pas me permettre de rater cette occasion en or !
« Oh, ooooh ! Comme on s'y attend du couple du siècle ! Essayer de me faire pression en parfaite synchronisation ! »
Je commençai à les applaudir en riant à m'en tordre, ce qui rendit leurs expressions véritablement misérables et pitoyables.
« Alors, c'est pour quand la cérémonie de fiançailles ? Oh, attendez. Vous allez aussi organiser la cérémonie de mariage, n'est-ce pas ? Vous deux devez m'inviter, vous m'entendez ? Parce que je souhaite vous offrir ma bénédiction et mes félicitations pour votre avenir commun. »
« Votre Altesse… »
D'ordinaire, Reia aurait les larmes aux yeux à ce stade, mais du moins pour aujourd'hui, elle affichait un visage d'une gravité mortelle.
« Félicitations, Reia. Il semble que tes soucis vont être réglés pour de bon. »
« Non, je ne veux pas ça, Votre Altesse. Plutôt que d'épouser Sir Ast, je préférerais rester célibataire pour le reste de ma vie. »
« Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter une telle évaluation en premier lieu, et je ne sais pas pourquoi Dame Reia est celle qui la fait, mais quoi qu'il en soit, je partage son sentiment, Votre Altesse. Moi, épouser Dame Reia ? À moins que je ne sois encore célibataire à 78 ans, une chose pareille ne passera pas. Non. Utterment impossible ! »
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ?! Et en plus, c'est quoi cette étrange restriction de rester célibataire jusqu'à 78 ans ?! Ça veut pas dire que tu n'auras pas d'autre choix que de m'épouser quand tu auras 78 ans ? »
« Exact, Dame Reia. C'est pourquoi tu devrais attendre patiemment que j'aie 78 ans. »
« Je ne serai patiente pour rien du tout ! »
« Hiiik ?! Ça veut dire que tu vas me sauter dessus avant ça ?! »
« Tu essayes vraiment de te moquer de moi même dans notre situation actuelle, Sir Ast ?! »
« Mais, euh, j'étais totalement sérieux ? »
« Ça rend les choses encore pires, tu sais !!! »
« Ahahaha~ !!! »
Ces idiots essayaient-ils de me tuer en me faisant trop rire ? J'avais du mal à respirer tant mon rire débordait.
« Ahahaha, c'est le meilleur ! Je suis même en train de verser des larmes de rire, moi aussi ! Ça doit être la première fois que ça m'arrive ! »
Quand était-ce la dernière fois que j'ai versé des larmes de rire comme ça !
« Oui, envoyer le rapport de Reia à la Maison Areis était la meilleure décision que j'aie pu prendre. »
« Et confier à Sir Ast le soin de compiler mon rapport a été la pire décision de ma vie, Votre Altesse ! »
« C'est entièrement de ma faute, Votre Altesse. Je n'avais aucune idée que la famille de Dame Reia était aussi désespérée de la marier pour s'en débarrasser… ! »
Ast et Reia recommencèrent à se chamailler, et j'observai silencieusement leurs disputes animées.
D'un côté, nous avions Reia, qui était fièrement une maladroite. De l'autre, Ast, qui était fier d'être un salaud manipulateur.
Si tous les deux se mettaient ensemble et avaient un enfant… qui cet enfant ressemblerait le plus ?
Reia ? Ast ? Cet enfant pourrait-il être béni du talent de Reia pour l'escrime mais maudit de la personnalité d'Ast ?
Une véritable force de frappe au niveau d'un maître d'épée avec la personnalité d'Ast, était-ce ça ?
…N'était-ce pas, genre, au niveau d'une calamité ?
« Je vais y réfléchir encore un petit peu, d'accord ? »
« Votre Altesse, s'il vous plaît ! Vous devez rejeter cette proposition ! »
La situation du continent était déjà instable en raison de la guerre entre le royaume de Madesen et son voisin, Helkas.
Puisque j'ai réussi à m'amuser pleinement pour l'instant, je devrais au moins essayer d'empêcher la naissance d'une énième calamité.
« Bon, je vais juste la rejeter avec une excuse qui sonne bien. Cependant, tu ne dois pas venir regretter cette décision plus tard, Reia. Tu comprends ? »
« Pas ! En ! Un million d'années ! Votre Altesse, ça n'arrivera jamais ! »
Je ressentis un profond regret face à la fermeté apparente de la résolution de Reia, puis commençai à rédiger la lettre de refus au marquis Areis contenant ma déception.
« Mais Reia, ne vaudrait-il pas mieux attendre une semaine ou deux avant de prendre une décision hâtive ? »
« Non, Votre Altesse ! »
Sa réponse viscérale signifiait que je devais laisser tomber ma déception et terminer la lettre. « Tch. Bon. »
La pression inexplicable émise par Reia me força à terminer la lettre pour de bon. Une servante fut appelée pour remettre la lettre achevée.
D'ici demain, le marquis Areis devrait recevoir ma lettre détaillant à quel point j'étais déçue de refuser cette proposition de mariage.
C'est ce qui aurait dû se passer, mais ensuite…
Je dus demander à Ast pour être sûre. « Qu'est-ce que tu as dit avoir reçu, encore ?! »
« Une demande en duel, Votre Altesse. »
« M-menteur ! Est-ce que tu nous dis la vérité, Sir Ast ?! Tu as vraiment reçu une chose pareille ?! »
Ast avait dû passer à la cour impériale pour affaires officielles après le déjeuner et était revenu avec une demande en duel.
« Don… un duel pour la main de Reia, c'est ça ? »
« Oui, Votre Altesse. »
« Ton adversaire, c'est qui ? »
« Inattendu, ce n'est pas un chevalier, Votre Altesse. C'est le vicomte Pereis des Affaires étrangères. »
« Sois plus précis, Ast. Tu as sûrement fini de l'enquêter, non ? »
« Bien sûr. J'ai procédé à l'interrogatoire non seulement des servantes et dames de compagnie, mais aussi de plusieurs héritiers de familles nobles éminentes qui participaient à des réunions mondaines au palais pour acquérir toutes les informations pertinentes, Votre Altesse.
« Vicomte Pereis del Pyukhes. Âge, vingt-trois ans. Reconnu par les Affaires étrangères pour ses excellentes capacités. Même l'évaluation de ses pairs est bonne. Son seul point négatif, pour autant que je puisse en juger, est sa mauvaise vue qui l'a fait languir pour Dame Reia. »
« Il n'y a rien qui cloche chez moi, vous savez ?! »
La voix de Reia monta de plusieurs décibels, mais je décidai de l'ignorer complètement. Ce n'est pas important pour l'instant, après tout !
« Ast, dépêche-toi ! Va récupérer la lettre que j'ai donnée à la servante, tout de suite ! »
« Pas besoin, Votre Altesse ! » répondit Ast avec assurance.
Quelque chose d'incroyablement divertissant était sur le point de se produire ici, je ne pouvais donc pas me permettre de laisser tout se terminer avec ma lettre mal avisée comme ça.
« Je l'ai déjà récupérée, tu vois. »
« S-Sir Ast ?! »
« Bien joué, Ast ! »
Comme on s'y attend d'un homme à l'esprit vif et au temps de réaction encore plus rapide !
« Très bien. Quand aura lieu le duel ? »
« Cet après-midi, Votre Majesté. Nous avons convenu de nous rencontrer une fois nos devoirs respectifs terminés. »
« L'endroit ? »
« Bien que je n'aie pas pu demander votre permission, nous avons choisi d'emprunter le même endroit que lors de notre rencontre avec le grand-père du Ciel de l'Épée. »
« Excellente décision, Ast. Et maintenant, nous allons pouvoir assister à ce spectacle merveilleux rien qu'à nous deux. »
« Il semble, Votre Altesse. Fufufu. »
« C'est pas parfait, ça, Ast ? »
« Y-Votre Altesse ? Sir Ast ?! »
Ast et moi profitions tranquillement de l'air ahuri de Reia.
Je pris la parole la première. « Bon, on n'a rien d'urgent à faire, alors pourquoi on ne finirait pas vite fait et on irait direct au lieu du duel promis ? »
« D'accord, Votre Altesse. En tant que fiancé de Dame Reia, je ne peux certainement pas faire attendre un challenger potentiel ! »
La déclaration audacieuse d'Ast fit hurler Reia de désespoir. « C'est qui le fiancé de qui ?! »
#21 Leur situation : La situation d'un certain méchant.
« Hmhmhm, hmmhmm~~. »
Pendant que nous nous dirigions vers le lieu du duel, Dame Reia continuait de me lancer des regards profondément insatisfaits. Cependant, je n'y prêtai aucune attention. C'est parce que j'étais trop préoccupée à me remémorer les événements de ce matin.
Quelle expérience rafraîchissante c'était.
L'action de retirer son gant et de le jeter au visage de son adversaire ! La façon des chevaliers de réclamer un duel ! Kyah~ ! C'est pas trop cool, ça ?
Bien sûr, si ce gant m'avait été destiné, je ne l'aurais jamais laissé m'atteindre. En effet, j'aurais utilisé tout mon arsenal pour l'esquiver.
Chaque chevalier affilié à la cour impériale figurait parmi les tout meilleurs de tout l'empire.
Si je fais une erreur et me prends leur coup d'épée, je perds la vie, c'est certain. Quelles raisons folles aurais-je de me battre contre de tels génies, je vous le demande !
En plus de ça, la majorité des chevaliers ici étaient des génies qui avaient reçu une tonne de correction et d'ajout d'énergie magique depuis leur naissance.
Aucun n'avait encore atteint le royaume de « maître d'épée », mais il n'était pas nécessaire de recourir à l'aura d'épée pour vaincre quelqu'un comme moi.
Que ce soit l'aura d'épée ou le ki d'épée, mourir d'un coup était une certitude, après tout.
Mais au moment où j'ai vu qui était l'adversaire… non, plus précisément, au moment où j'ai reconnu le badge symbolisant les Affaires étrangères attaché à ses vêtements… !
Je me suis hardiment laissé toucher par le gant volant.
« Je vous demande un duel, Baron Ast du Lilac. Sir ! »
Mon cœur se mit à battre la chamade. Quelle pouvait bien être la raison pour laquelle cet homme me lançait un défi ?
Eh bien, en y réfléchissant, il devait y avoir pas mal de justifications. Cependant, la nouvelle la plus récente qui aurait pu la provoquer… !
« Si je sors victorieux de ce duel, sir, je vous ferai annuler vos fiançailles avec Dame Reia ! »
Oh, oooooh ! J'avais croisé les doigts, et mon vœu s'est réalisé !
Cet homme me défiait vraiment pour le droit à la main de Dame Reia !
« Compris, sir. »
« Vous êtes différent des rumeurs que j'ai entendues, Baron Ast… » L'expression de l'homme changea légèrement face à mon attitude respectueuse.
Bien sûr que je n'avais pas d'autre choix que d'être respectueux.
Voilà un homme qui pouvait très bien être le dernier rayon d'espoir pour ma chère collègue, après tout !
« Je suis le Vicomte Pereis del Pyukhes du Ministère des Affaires étrangères. Pardonnez-moi ma rudesse, j'ai entendu dire par les rumeurs que vous étiez un homme irrespectueux et sans honneur, sir. »
Il s'inclina légèrement la tête d'une manière élégante pour s'excuser, mais hum, son geste me donna l'impression d'être celui qui avait tort pour une raison quelconque.
Donc, c'est un agent des Affaires étrangères, hein ? Non, attendez une minute. Avant tout ça, d'où est-ce qu'il a entendu toutes ces rumeurs infondées ?
Serait-ce la faute de la Princesse impériale ? Juste comme je le pensais, est-ce que cette gamine était responsable de la propagation de toutes sortes de rumeurs désagréables à mon sujet partout ?!
Sans cette explication, ça n'avait aucun sens que quelqu'un comme moi, un citoyen respectueux des lois et bien élevé, souffre de telles rumeurs bizarres !
« C'est tout à fait correct. J'accepte vos excuses, Sir Pereis. »
Avec le mouvement vif comme l'éclair enseigné par l'organisation, je m'inclinai poliment pour accepter les excuses du vicomte.
Après cet échange, nous discutâmes de choses comme l'heure et le lieu du duel. Une fois qu'il fut parti, par contre, je me mis rapidement à faire le tour d'ici et de là pour rassembler des informations, puis confisquai la lettre de la Princesse impériale confiée à une servante pour la livraison. Comme ça, je devrais pouvoir prévenir tout accident imprévu.
Si le prétexte des fiançailles venait à s'évaporer dans la nature, ce vicomte, ou plutôt, pourrait bien simplement s'excuser auprès de moi et annuler le duel purement et simplement, après tout !
« Oh… »
« Hmm, Reia, il a l'air normal, en apparence du moins. »
« I-il devrait aussi l'être à l'intérieur, Votre Altesse… » se plaignit Dame Reia d'une voix basse.
Le coucher de soleil teinté de lueurs cramoisies nous baigna lentement.
Et celui qui fit son entrée avec un si magnifique coucher de soleil en fond fut le Vicomte Pereis. L'homme que j'attendais.
Il avait des traits faciaux beaux qui donnaient une impression favorable, tandis que ses cheveux bruns prenaient une lueur cramoisie grâce au soleil couchant derrière lui.
Si on excluait le point négatif de son languissement pour Dame Reia, il passait certainement pour un individu charismatique.
« Celui-ci a demandé un duel avec un subordonné direct vous servant sans préavis, Votre Altesse. Pour cela, j'offre mes plus sincères excuses, madame. »
« Nan, c'est bon. »
Le vicomte s'agenouilla sur un genou pour exprimer sa courtoisie du mieux qu'il put, mais la Princesse impériale fit simplement une expression qui disait à peu près : « J'ai compris, alors tais-toi et offre-moi quelque chose de bien sanglant ! »
« Ce serviteur est sincèrement reconnaissant pour votre clémence, Votre Altesse. Et aussi… Dame Reia ? »
« Y-yes ?! »
Même si elle avait l'excuse du cramoisi du couchant qui illuminait son visage, le teint de Dame Reia était encore noticeablement rougi. Elle se tortilla juste un peu en regardant le Vicomte Pereis.
« Je ne peux que… m'excuser auprès de vous d'avoir révélé mes intentions de cette façon, Dame Reia. »
« N-non, c'est bon… »
Bien sûr, c'était une scène plutôt romantique, mais humm. En regardant l'expression actuelle de Dame Reia, je ne pouvais m'empêcher d'avoir l'envie de la taquiner encore un peu.
Je dus me pincer la cuisse très fort pour empêcher mon rire de jaillir de ma bouche, mais il était impossible de dire combien de temps je pourrais tenir.
Et vu comme les lèvres de la Princesse impériale tremblaient si légèrement comme ça, elle semblait retenir son rire, elle aussi.
Une fois le duel fini, je ferais mieux de taquiner Dame Reia pour de bon.
« Et vous, Sir Ast. Mes excuses, mais Dame Reia… je la reprendrai ! »
La Princesse impériale poussa un souffle. « Oh, ohhhh ! »
Vraiment méritoire. De penser que tu puisses faire réagir cette petite princesse comme ça !
Un truc comme ça, c'est presque inédit, tu sais !
Beeeen, elle a fait un bruit similaire après avoir appris la nouvelle du mariage forcé de Dame Reia avec moi par la Maison Areis, mais quand même !
« C'est bon, sir. » Si on laissait cet homme tranquille, il continuerait à s'excuser sans arrêt jusqu'à la tombée de la nuit. Alors, je dégainai lentement mon épée et lui adressai la parole. « J'ai déjà accepté votre défi, alors il est temps pour nous de converser par lames interposées. »
« En effet, sir. »
Mon adversaire m'imita et dégaina calmement son épée aussi.
Bon, alors. À partir de maintenant, mon travail était de me battre à un niveau modéré et de faire semblant d'être un idiot sanguin qui répète à l'adversaire d'abandonner Reia. Et une fois que le cher vicomte contre-attaque avec une réplique profondément embarrassante ou deux, j'utiliserais cette réplique ringarde pour taquiner Dame Reia pendant le mois prochain ou plus.
Je veux dire, vraiment. Soyons sérieux ici. On parle du Ministère des Affaires étrangères. À moins qu'il ne soit un protagoniste, il n'y avait aucune chance que notre cher vicomte soit une existence puissante. Non ?
Il ne devrait pas y avoir d'événements inattendus comme un maître d'épée caché qui se révèle enfin ou quelque chose de dingue comme ça, non ?
« Hein… »
…C'est ce que je pensais, mais après avoir échangé quelques passes avec lui, je dus jeter mes plans par la fenêtre. Pas parce qu'il a soudainement libéré l'aura d'épée et s'est jeté sur moi, cela dit.
En fait, un seul coup d'épée du vicomte suffit pour que je réalise que… c'était un novice qui n'avait jamais manié une épée de sa vie.
L'instructeur de ma vie précédente ne m'avait-il pas dit ça ? Oubliez les gens qui sortent et brandissent leur épée occasionnellement, il y a des gens qui se font « brandir » par leur propre arme.
L'instructeur m'avait dit de ne jamais accepter ce genre de personnes même si elles souhaitaient apprendre l'escrime.
Si une personne se fait jeter par le poids d'une épée de taille normale et pas une massive grande épée, alors c'est un signe sûr du manque total de talent de cette personne, voyez-vous !
Bordel de merde, avec des trucs comme ça, les perspectives d'arracher une scène cool ou deux étaient aussi bonnes que inexistantes maintenant !
Dans ce cas…
« Vous pensiez vraiment pouvoir sortir victorieux contre moi avec seulement ce niveau de compétence, sir vicomte ? »
« Keu-heuk ! »
« Se jeter dans un combat sans espoir ! Comme c'est sot de votre part ! »
« Keu-euhk… Mais… mais… ! »
Tout en gardant ma puissance en échec pour que le vicomte ne perde pas prise sur son épée, je recommençai à activer mon fidèle Talk-no-Jutsu. « Mais ceci et mais cela, et alors ? »
« Je… je ne peux pas abandonner Dame Reia ! »
« Keu-euk ?! »
Quand nos lames se heurtèrent à peine, je fis comme si la force avait réussi à me repousser.
« Vraiment ? Tu ne peux pas abandonner ? »
« Je… je respecte trop Dame Reia ! »
Je jetai un coup d'œil furtif dans la direction de la Princesse impériale et de Dame Reia.
La petite princesse semblait avoir compris ce que j'essayais de faire, tandis que Dame Reia avait l'air de prier vu comme elle tenait ses mains nerveusement comme ça.
Elle priait probablement pour que je perde.
« Le respect ? Tu oses me défier avec quelque chose d'aussi pathétique ?! »
Je m'employai à lui taper sur les nerfs petit à petit. Pas encore. Juste le « respect » seul ne nous donnerait pas un résultat assez bon pour satisfaire tout le monde impliqué !
« Le respect… non, je, je suis amoureux de Dame Reia ! »
Le vicomte hurla cette réplique, puis m'attaqua avec son épée mais, euh, cette frappe était bâclée et partout à la fois.
Cependant, sa déclaration avait de la gueule, donc je devrais lui donner une note de passage, au moins.
« Keu-heuk ! »
Au moment où nos lames se heurtèrent à nouveau, je tordis légèrement mon poignet et laissai délibérément mon épée s'envoler dans les airs.
« …C'est ma défaite, sir vicomte. »
« Haletant, hou… hou… ouaouh… »
Même si nous ne nous étions pas battus si longtemps, le Vicomte Pereis transpirait encore à grosses gouttes en haletant lourdement. Malgré tout, j'admis ma défaite face à lui.
Il fixait son propre épée avec une incrédulité pure.
Quoi qu'il en soit, cela semblait être un défi insurmontable, après tout. Il n'avait aucun talent, pour commencer.
Toujours, tu devrais arrêter de fixer ton épée si béatement, tu sais ? Surtout en faisant une tête qui dit : « Depuis quand j'ai ce niveau de talent en moi ? »
Je veux dire, je t'ai ménagé tout ce temps, donc pour que tu ne t'en rendes pas compte ? Ça prend un talent spécial, d'accord.
« Ma… victoire… keu-euk… »
Le cher vicomte essaya de lever son épée et d'adopter une pose galante, mais il semblait avoir épuisé toute son endurance pour faire un truc pareil.
Il ne put même pas gérer le poids de l'épée et commença à tituber avant de s'effondrer.
« V-Vicomte Pereis ! »
En voyant Reia paniquée se ruer vers Pereis, je fus cruellement rappelée une fois de plus du fait simple que le fait d'être collègues de travail ne signifiait rien de nos jours.
« Ast, ce jeu d'acteur dans lequel tu as mis tout ton cœur et toute ton âme ? C'était magnifique. »
« Bien que ce fut plus dur qu'il n'y paraissait… grâce à ça, notre Dame Reia a maintenant de l'espoir pour son avenir, Votre Altesse. »
« En effet. Tu penses aussi ? »
C'était faible, mais je pouvais définitivement voir une aura rosâtre émaner du couple là-bas. La Princesse impériale et moi regardions cette scène se dérouler avec des expressions profondément fières sur nos visages.
Pereis del Pyukhes.
Le premier amant de Dame Reia et aussi son dernier, du moins selon mes souvenirs…
Et il était aussi le responsable qui a entraîné l'empire dans le théâtre de la guerre à l'échelle du continent.