« Dégage, tu te crois où pour venir ramper jusqu'ici ? »
« Ne pense même pas à t'approcher avant de crever. »
« C-c'est pas ça… »
« Quoi "c'est pas ça". C'est culotté de la part de celui qui a humilié notre vice-présidente en public. »
« Connard sans cœur. »
« Il y a des choses qu'on peut faire pour gagner, et d'autres qu'on ne peut pas. »
Je sentis leurs regards se poser sur moi comme sur une ordure, mais je ne pus que garder la bouche hermétiquement close.
Pour l'instant, j'étais l'incarnation même de la merde.
« Une seule… donne-moi juste une chance. »
« Casse-toi. »
Quoi que je supplie, les étudiants d'Arucia refusèrent de me laisser fouler leur terrain.
Honnêtement, même moi je ne m'aurais pas laissé entrer.
Parce que les seuls à connaître toute l'histoire étaient ces sales étudiants de Yugrasia qui avaient aussi participé à cet événement.
La majorité des étudiants de Yugrasia qui n'y avaient pas participé croyaient que j'avais vraiment dit ce que Risen avait dit à ma place.
Les étudiantes de mon académie me regardaient comme une ordure, et certains étudiants me regardaient avec respect.
Pour les filles, j'étais une merde qui avait abandonné sa femme pour une seule victoire ; pour les garçons, j'étais un héros qui avait même sacrifié sa femme pour gagner.
Quant à Risen, la cause de tout ça… il m'évitait de toutes ses forces en utilisant le plein pouvoir de Loki.
J'avais invoqué tous mes élémentaux et m'étais lancé sur lui avec la résolution de le tuer, mais Risen prenait ça tout aussi sérieusement que moi et glissa aisément à travers mon encerclement élémentaire, esquivant ci et là d'une façon dégoûtamment facile.
À la fin, je ne pus une fois de plus exiger la vengeance du sang…
Même quand je me pointai à la résidence d'Arucia pour supplier qu'on me pardonne, on me refusa froidement la porte, et je ne pus que m'en aller avec des pas sans vie.
« Est-ce… vraiment la fin ? »
J'entendais encore le cri d'Ari résonner dans mes oreilles.
Ce cri rempli de chagrin et de désespoir… et qui pourtant me demandait une dernière fois avec cet ultime espoir.
« Et si je m'infilitrais ? »
Alors que le cri d'Ari résonnait dans ma tête, j'arrêtai de marcher et me retournai vers Arucia.
Même si la majorité des étudiants, hormis ceux de Mercaria, étaient des nobles, même si leur équipement était ce qui se faisait de mieux en matière de toiles, une toile reste une toile.
Pour moi, qui avais expérimenté et inventé toutes sortes de moyens et méthodes pour m'échapper de l'étude de nuit de Yugrasia, il n'y avait aucune chance que quelques outils magiques puissent m'arrêter.
Tant que ces tentes n'étaient pas *Made In Black Anvil* !
« Allez, je vais juste passer par la brèche et chercher Ari ! »
Juste au moment où je scrutais les alentours pour déterminer la route de fuite optimale, j'entendis une voix familière derrière moi.
« …Tu vas jusqu'à commettre un crime maintenant, oppa ? »
« Re, Renya ? »
Renya ti Silgran.
Une amie d'enfance depuis tout petit, et la première fille qui m'ait avoué ses sentiments.
Elle n'était pas jalouse de mes autres amies d'enfance qui m'aimaient aussi, et au contraire, les aidait à se déclarer. Une fille au cœur si gentil me regardait maintenant les yeux humides.
« Tu… tu vas vraiment devenir un criminel toi aussi maintenant, oppa ? »
« N, non… je voulais juste voir Ari… mais je trouvais pas le moyen de la rencontrer, c'est tout ! »
« …Mais essayer de s'infiltrer reste un crime. »
« Kghhh… »
« Oppa… j'ai vu le match d'aujourd'hui aussi, mais tu n'agissais pas normalement. L'oppa que je connaissais n'aurait jamais fait un truc aussi pourri juste pour gagner ! »
Désolé, je suis tombé si bas que je peux vraiment faire les trucs les plus pourris qu'il faut pour gagner.
C'était juste que j'en faisais tout un plat parce qu'on parlait d'Ahri, pour être honnête si c'était le problème de quelqu'un d'autre, je serais en train de louer Risen là tout de suite.
Parce que Yugrasia, c'est ce genre d'endroit.
Même la jungle n'est pas aussi sauvage !
« C'est pas moi qui ai dit ces trucs hier… »
Bien que comme je pouvais pas le dire comme ça, je détournai d'abord le regard et le dis d'une voix regretée.
« Vraiment ? »
Et Renya me regarda avec des yeux déchirants en réponse à mes talents d'acteur beaucoup trop rodés !
« Ouais. C'est le vice-président Risen qui a dit ces trucs hier. Tu connais le Trickster ? Il a utilisé la capacité de Loki pour changer sa voix en la mienne. »
« Vraiment ? C'est vraiment pas oppa qui l'a fait ? »
« Bien sûr. »
Ce point au moins n'était pas un mensonge.
Grâce à ça, je pus hocher la tête sans tromperie, et quand je le fis, les larmes qui s'étaient accumulées au coin des yeux de Renya se mirent à couler librement.
« Merci le ciel… merci le ciel… Unni a tellement bossé pour se faire reconnaître avec oppa par son papa… »
Ça me fit mal au cœur de la voir pleurer si tristement, mais j'entendis un truc que je ne pouvais pas juste laisser passer.
« C'est censé vouloir dire quoi ? »
« Ah… »
À mes mots, les yeux de Renya s'élargirent, et sa bouche s'entrouvrit légèrement.
« Ah, c… ça… ah, c'est… si unni fait de son mieux au festival impérial… c'est, euh…. Si elle fait de son mieux… alors peut-être que le papa d'unni verra oppa sous un meilleur jour ? »
Renya ne sait pas mentir.
Elle est tellement, mais tellement nulle à mentir.
Au point où je me demandais si je devais pas l'inscrire à Yugrasia pour un stage intensif d'un mois.
Bien sûr, si elle le faisait, le moment où Renya rencontrerait le diable d'argent serait sans doute le moment où elle me larguerait, donc ça n'arriverait jamais !
Pendant que Renya me racontait ce qui était manifestement un mensonge, j'utilisai les talents d'acteur pratiques que j'avais appris à Yugrasia.
« Renya. »
« M, mm. »
Je baissai la voix, et fis en sorte que mes yeux paraissent le plus tristes possible.
Bien que ce n'était pas aussi bon que notre capacité à faire le mort pour tromper le diable d'argent, nos compétences pour avoir l'air le plus pathétique possible face aux professeurs qui nous bloquaient le chemin étaient assez bonnes pour qu'on survive en mendiant, même si toutes nos maisons s'effondraient.
« C'est… vraiment tout ? »
Dans un revirement complet par rapport à tout à l'heure, c'était maintenant moi qui regardais Renya avec des larmes aux yeux.
« Ah… c… c'est… »
Renya ne put soutenir mon regard et tourna la tête pour que je ne puisse pas croiser ses yeux.
« Renya… »
Mais c'était pas comme si j'allais permettre ça.
J'anticipai l'endroit où Renya tournerait la tête, et la forçai à continuer de plonger dans mes yeux embués.
« Uwuu…. Uw ? »
Comme mon visage entrait dans son champ de vision peu importe la direction où elle tournait, à la fin Renya baissa la tête en se tortillant.
Baisser la tête pour éviter mon regard n'était pas un mauvais coup.
Parce que si elle fait ça, elle ne peut pas voir mon visage à moins que je me baisse moi-même sous elle.
Et y'avait aucun moyen que je fourre ma tête en dessous dans une situation triste(jeu d'acteur) comme ça.
Donc son fait de baisser la tête pour éviter mon visage n'était pas un mauvais coup, pas du tout.
C'est-à-dire, si mon but avait été de lui montrer mon visage triste !
Fwoomf.
« O, oppa ?! »
J'entendis la voix surprise de Renya juste devant moi.
Mon attaque de prédilection : une étreinte surprise !
Renya avait baissé la tête pour éviter de regarder mon visage.
Et bien sûr, sans parler de mon visage, elle ne pouvait pas voir le reste de moi non plus.
Et quand sa vision était obstruée ?
Bien sûr, il faut y aller de l'attaque sournoise !
« Renya… je veux savoir. Qu'est-ce qui est arrivé à Ari ? »
« Fueee ? »
Et si l'adversaire ne tombe pas à la première attaque sournoise, on enchaine une deuxième, une troisième fois pour l'achever.
Le professeur Aruhan nous avait dit qu'une attaque sournoise n'avait aucun sens si on ne pouvait pas achever l'ennemi.
« Renya… je suis… triste. J'veux pas avoir à te faire mentir. »
« Mais… mais quand même… »
Alors que je lui chuchotais à l'oreille, le visage de Renya, déjà rouge, se mit à chauffer comme s'il allait exploser.
« Dis-moi, Renya… »
« C… c'est…. Uwuu… Unni m'a dit de pas le dire… »
Maintenant les larmes aux yeux, elle se tortillait dans tous les sens pour échapper à mon attaque, mais plus elle le faisait, plus elle s'enfonçait dans mes bras.
« Uwuu… quo, quoi le… »
Comme elle ne faisait que se rapprocher plus elle essayait de s'éloigner, Renya commençait à perdre pied.
« C'est la fin. »
« Tu vas… vraiment pas me le dire ? »
« Funyaaaaaaaahh ! »
Alors que je chuchotais et lui mordillais légèrement l'oreille, Renya finit par céder à ma dernière attaque, s'effondrant au sol les yeux pleins de larmes.
« O, oppa… sniff… est devenu pervers… »
Bien qu'elle en soit venue à un étrange malentendu.
Et peu de temps après.
« Et voilà ce qui s'est passé. »
« C'était donc ça. »
Ce que Renya me raconta tandis qu'on était assis sur l'herbe fut une longue histoire, mais facilement résumée ainsi.
Ari et moi se connaissait depuis tout petit, mais la différence de classe entre sa famille et la mienne était bien trop grande.
J'étais d'une famille de vicomte ordinaire.
En comparaison, bien que pas nécessairement célèbre, la famille d'Ari détenait le titre de Comte, une famille qu'on pouvait qualifier de haute noblesse.
À cause de ça, le père d'Ari détestait vraiment, vraiment que je traîne avec Ari.
Il y avait déjà une différence de classe entre nous, et le père d'Ari était quelqu'un qui traitait la lignée de sa famille comme ayant commencé comme chevalier baron et être montée jusqu'au rang de comte.
On disait aussi qu'il affirmait ne laisser ses filles épouser que quelqu'un qui avait appris l'épée, assez souvent pour que ça devienne presque une habitude.
Mais moi, j'avais seulement appris l'invocation !
Et en tant qu'invocateur qui ne savait qu'utiliser les esprits, j'étais complètement ignorant en matière d'escrime.
Dans une situation comme ça, Ari et moi étions devenus amoureux grâce à l'aide de Renya, et détestant cacher cette vérité, Ari avait fait de son mieux pour que son père me reconnaisse.
Peut-être que les efforts d'Ari avaient payé, son père lui avait dit directement que si Arucia gagnait le festival impérial de cette année grâce à ses efforts, il reconsidérerait notre relation.
Alors Ari s'était usée jusqu'à l'os jusqu'au début du festival impérial, et s'était améliorée !
Et le résultat final de ça fut…
« Elles se sont fait totalement détruire par Yugrasiaaaaaaaaaah ! »
Elle avait bossé aussi dur, et à la fin, Arucia était toujours à 0 points avec seulement 1 événement restant !
Pire, la raison pour laquelle elle avait perdu le dernier événement, c'était parce que son amant, la personne pour qui elle avait tant bossé, l'avait trahie !(même si c'était pas la vérité !)
« Unni… même après la fin de l'événement, elle a continué à pleurer. Quand je suis allée la voir avant que tu arrives, elle pleurait encore. »
« Urghh… »
Même si je n'entendais pas la voix triste de Renya, je pouvais presque voir Ari pleurer devant moi.
« Et dans cette situation, même si tu essaies de t'infiltrer pour la voir, unni voudra pas te rencontrer. »
« Mm. »
Elle avait tout donné, avait bossé comme une dingue pour que son père reconnaisse notre relation, mais c'était moi qui l'avais rejetée.
Même si c'était pas moi qui avais dit ces trucs, là, maintenant, c'était la seule façon pour Ari d'accepter le statu quo.
Est-ce qu'elle voudrait vraiment me voir dans cet état ?
Même si je m'infilitrais, est-ce qu'Ari m'accepterait vraiment ?
« Alors oppa, s'il te plaît, attend juste un peu. Jusqu'à ce qu'unni puisse guérir son cœur… tu peux pas juste attendre un petit peu ? »
C'était pas une mauvaise idée d'écouter Renya, qui proposait de faire médiatrice entre Ari et moi.
Parce que me pointer maintenant pourrait blesser Ari encore plus qu'elle ne l'était déjà.
Mais… mais !
« Non, j'attendrai pas. »
« N, non ! Même si, s'infiltrer c'est un crime ! »
« Je m'infiltrerai pas non plus. »
« Al, alors comment ?! »
Comme Renya était choquée par mon annonce, je balayai l'air triste que j'avais, et arbora un sourire forcé mais rayonnant.
« Une percée frontale. »
« Hein ? »
En voyant l'air stupéfait de Renya, je me relevai de ma position assise.
« Renya, où est la tente d'Ari ? »
« U, unni ? Unni est là-bas… ahh ! »
Renya pointa une tente du doigt, avant de réaliser ce qu'elle venait de faire et de retirer vite son doigt, mais la cible avait déjà été repérée !
« Je reviens vite. »
« O, oppa ?! »
Renya tendit la main à la hâte mais ne put m'attraper.
« Huhh ?! »
« Je t'ai dit de dégager… quoi ?! »
« Chopez-le, le président du conseil des élèves de Yugrasia essaie de s'infiltrer ! »
Avec la bénédiction de l'esprit du vent, je courus vite vers l'avant.
Y'avait aucun moyen que des étudiants d'Arucia puissent espérer rattraper mes compétences d'esquive qui avaient été forgées par l'étude de nuit.
« C'était celle-là ? »
Bang !
« Ari ! »
J'enfonçai l'entrée de sa tente.
« Ne, Nerkia ? »
Quand j'entrai en trombe, une Ari choquée se redressa sur son lit, et je vis ses yeux injectés de sang et gonflés.
Ses cheveux étaient aussi en ruine.
Il y avait encore des larmes au coin de ses yeux, et bien que ce soit un peu impoli de le dire, elle avait même de la morve qui coulait, ce que je n'avais pas vu depuis qu'on était gamins.
« N, n'entre pas ! »
Que ce soit parce qu'elle réalisait son état actuel, ou simplement parce qu'elle me détestait.
Elle hurla aigrement en se cachant le visage avec l'oreiller qu'elle tenait.
« Non. »
Y'avait aucun moyen que j'écoute ces mots.
« Va-t'en, va-t'en ! La victoire de Yugrasia est plus importante pour toi que moi. »
« C'est faux. »
« Mensonges ! Toi… quand je t'ai demandé de me montrer ton visage à ce moment-là, t'es même pas sorti… »
« C'était pas moi qui ai dit ça. »
« Mensonges ! Comment tu veux que je croie ça ! »
Alors qu'Ari me lançait son oreiller et me repoussait, je…
« Crois-moi. »
« Hhhph ?! »
Je lui volai ses lèvres.
« Qu, qu'est-ce que tu fais ! »
« Qu'est-ce que je fais, bien sûr que je t'ai embrassée parce que t'es trop mignonne ? »
« T'es vraiment Nerkia ? La Nerkia que je connais n'était pas ce genre de personnmmff ! »
Je bouchai immédiatement cette grande gueule qui continuait à dire des conneries.
Avec quoi ? Avec ma propre bouche, bien sûr !
« Puhaa… Ne, Ner… mmff ! A, attends ! Laisse, laisse-moi resp… mmm ! »
Et alors que je l'attaquais une deuxième, troisième, quatrième fois, je chuchotai à l'oreille d'Ari comme j'avais fait avec Renya.
« Je vais te faire croire que t'es plus importante pour moi que la victoire de Yugrasia, Ari… »
« Vrai… ment ? »
Alors qu'Ari détournait légèrement le regard avec le visage écarlate, j'embrassai doucement ses joues et chuchotai à son oreille.
« Oui… »
Et le lendemain.
« Venez m'affronter, Yugrasia ! »
Dès que le match commença, je déclarai immédiatement la guerre à Yugrasia.