[Vice-présidente d'Arucia… Arietta rul Meirae ! Je t'aime tellement !]
« Il attire l'attention, c'est sûr. »
« C'est vraaaai… »
J'observais le festival impérial depuis une planque, grâce à un outil vidéo magique que j'avais embarqué à la hâte, et voilà qu'éclatait une déclaration publique.
C'était le genre de scène qu'on croisait de temps en autre dans ma vie d'avant, mais une première ici.
Dans ce qu'on appelle la haute société, les déclarations publiques ne quittent jamais vraiment les conversations des nobles, qu'elles aboutissent ou non.
Quel genre de brave héros prendrait le risque de s'humilier ainsi pour faire une déclaration publique ?
« Alors ça veut dire qu'le prés est un héros, à sa façon ? »
« Il l'est. Un héros incroyable, sans la moindre once de honte ! »
Ou alors un héros qui a plié l'échine devant l'archidémon maléfique, la batte en métal !
« Le prés est trop pitoyable s'il se fait rejeter comme ça… »
« Vrai, mais il va probablement se faire rejeter. Parce que c'est une étudiante d'Arucia, rien de moins, qu'il a lui-même détruite. En plus il drague la vice-présidente de leur conseil des élèves. C'est un match impossible. »
Mais au contraire, c'était la raison pour laquelle ça brûlerait encore plus fort.
Pourquoi Roméo et Juliette était-il si triste ?
Pourquoi, dans tant de dramas coréens, l'être aimé était-il en fait le fils ou la fille de l'ennemi juré des parents du protagoniste ?
Parce que l'amour est d'autant plus doux qu'il y a d'épreuves à surmonter !
Il allait donc de soi que Nerkia serait rejeté, c'était quasi certain, mais les histoires qui en découleraient n'en seraient que plus…
[Hiiii… Ne, Nerkia… qu'est-ce que tu dis en public comme ça… c'est gênant…]
« Quoi ? »
« Hein ? »
Mais la personne à qui on déclarait sa flamme, la vice-présidente d'Arucia, était rouge comme une tomate et ne savait plus où se mettre.
Pourtant, son expression était clairement celle d'une jeune fille amoureuse.
Tandis que je la regardais, le visage cramoisi de timidité, incapable de faire face à l'autre correctement…
« Putain. »
Je me mis instinctivement à chercher une lance en bambou.
C'est quoi, ce bordel ?
« Propriétaire, même si t'es un loser qui n'a même pas pu se marier, faire cette tête contrariée juste parce qu'un de tes élèves a une copine, c'est pathétique. »
« Non, c'est pas que j'ai pas eu de copine ! J'ai reçu des déclarations, moi aussi ! »
« C'est l'heure de la question d'Aru ! Est-ce que propriétaire veut sortir avec ces déclarantes ? »
« Ce ne sont pas des gens avec qui on pourrait ne serait-ce qu'imaginer sortir, à la base ? »
« Et donc c'est la défaite de propriétaire ! »
« Je peux pas nier ! »
Je désespérai face à ce sentiment de défaite écrasant.
Pourquoi aucune fille normale ne s'approchait de moi dans cette vie !
« Y'a aucune chance qu'une personne normale s'approche de quelqu'un qui a passé la moitié de sa vie dans une organisation maléfique. Même si elle le faisait, elle aurait de la chance de ne pas se faire poignarder dans le dos par propriétaire lors d'une mission. »
« C'était ça le problème depuis le début ?! »
Putain, pour penser que Howling, l'endroit que je croyais être le meilleur lieu de travail, interférait en fait avec ma vie amoureuse.
Maintenant que j'y repense, Sia, la princesse, ou cette dingue de Haute Elfe.
toutes les trois étaient des femmes que j'avais rencontrées en bossant pour Howling.
Tout ça, c'était la faute du vice-amiral…(1) je veux dire de Howling ! C'était la faute de Howling !
Bonne débarras, Howling !
« Je pense que propriétaire nie toujours que la faillite de Howling est sa faute. »
« Une organisation maléfique qui pourrit la vie amoureuse de ses employés, c'est bien fait s'ils coulent ! »
Dans un certain manhwa anti-héros(2), le boss de l'organisation maléfique encourageait activement ses subordonnés à trouver l'amour, mais Howling, lui, interférait avec la mienne. Bien fait s'ils ont coulé.
« Je pense que le boss de Howling va ressortir de sa tombe pour te tuer pour ça… »
Tandis que j'ignorais la batte en métal et continuais de fixer l'écran, le flirt saupoudré-de-sel entre Nerkia et la vice-présidente du conseil des élèves d'Arucia atteignait à nouveau des niveaux insupportables.
[Nerkia… Mais nous sommes des ennemis. Nous sommes destinés à nous battre !]
[Pourquoi… pourquoi notre destin doit-il être ainsi…]
[C'est bon, Nerkia. Nous sommes tous deux responsables de nos académies respectives… il n'y a pas d'autre choix… mais si tu oses faire dans la dentelle à cause de ça… je vais me fâcher ?]
[D'accord Ari. Je… kouh]
[Putain, ferme-la, connard !]
Et comme s'il ne pouvait plus le supporter, tout ce drame fut clos par l'attaque de Risen.
Bien joué, Risen !
La prochaine fois que tu as une raison de te faire taper par la batte en métal, je lui dirai de te frapper trois fois de moins !
[Koukk, c'était quoi ce… kouh ?]
[Meurs, meurs, meurs !]
[Tu crois aller où pour draguer l'ennemie ?]
[C'est pas parce que je suis jaloux, c'est pour remettre les idées en place à notre président idiot qui ne distingue pas ami et ennemi !]
À partir de Risen, les autres étudiants mâles se relayèrent pour piétiner Nerkia dans une coordination extravagante, et on aurait dit une organisation portant des cagoules estampillées FFF.(3)
S'il y avait une différence, c'était que les étudiantes passèrent très vite à l'action pour masquer la scène de violence.
[Wa, attendez ! Qu'est-ce que vous faites à Nerkia !]
[Arietta, c'est une affaire d'une autre académie. On ne peut rien y faire.]
[Exact. Yugrasia a les lois de Yugrasia.]
[Sûrement qu'ils ne vont pas tuer leur propre président ?]
La vice-présidente d'Arucia était sous le choc, et elle tenta d'arrêter les autres étudiants qui piétinaient Nerkia, mais les autres étudiants d'Arucia secouèrent la tête et la convainquirent d'arrêter.
Mais à voir leurs expressions, ils semblaient satisfaits de voir Nerkia se faire piétiner, si bien qu'on pouvait dire qu'Arucia et Yugrasia avaient fait la paix grâce à un seul couple.
Comme toujours, où qu'on aille, la brigade des solos existera toujours !
[Ri, Risen. C'était ton idée ! Tu as dit que c'était le meilleur plan !]
[Ouais, c'était. Parce que exactement comme mon cerveau de génie l'avait prévu, c'était le meilleur moyen d'attirer l'attention de tout le monde ! Mais tu aurais dû t'arrêter au premier couplet, jusqu'où tu vas nous frotter ça dans la figure !]
Et ainsi les coups de pied rageurs de Risen continuèrent jusqu'à la fin du match.
[Vi, Vainqueur Yugrasia ?!]
Bien que, malheureusement, ça n'ait pas duré très longtemps !
#4 Leur histoire : l'histoire de Risen de Roa
« Quoi ?! »
Le président du conseil des élèves d'Arucia observait tranquillement la violence scolaire de l'autre camp à travers leur mur humain, quand il fit soudain une tête choquée.
Tandis que je savourais son air abasourdi, au milieu des étudiants de Yugrasia tout aussi stupéfaits, je riais en vainqueur.
« Ahahaha ! Vous êtes des idiots ! Voici la puissance de la stratégie d'expert ! Au moment où cet imbécile a attiré votre attention, j'ai fait récupérer tous vos drapeaux par un étudiant spécialisé dans l'infiltration ! »
Cet événement était grosso modo l'épreuve « Capturez le drapeau » du jour 2, mais à bien plus grande échelle.
Bon, quelques règles supplémentaires avaient été ajoutées, mais la condition de victoire finale — capturer le drapeau — restait la même.
C'est pourquoi, quand le prés m'a demandé ce matin comment attirer l'attention sur lui pour survivre, j'ai immédiatement pondu ce plan.
« Pendant que tous vos yeux étaient attirés ailleurs grâce à la déclaration de notre putain de président, le match avait déjà commencé ! L'arbitre était déjà entré, l'épreuve avait débuté depuis longtemps ! Mais grâce à ce débile, pas une seule personne n'a fait attention aux mouvements de notre académie ! »
La personne que j'avais fait agir dans l'ombre était un invocateur de classe divine.
Comme on aurait pu se douter de quelque chose si j'avais disparu, j'ai confié ce rôle à la personne que j'avais repérée comme ma successeure potentielle si sa personnalité collait, l'amie de Lady Aris, Lady Siir ril Reia, et je lui ai fait accomplir une mission inconnue de tous.
« Voici la force du dieu Hermès ! Vous avez déjà perdu ! »
Loki avait dit qu'en termes de vitesse, Hermès était un dieu qui lui était comparable.
Comme les chaussures de Loki, Hermès possédait aussi une paire de chaussures capable de vol, et le plus important, c'était qu'Hermès était aussi le dieu des voleurs.
Quel successeur parfait !
C'est ce que j'avais pensé, mais malheureusement, cette personne n'était qu'une jeune noble ordinaire.
Yugrasia possédait une organisation unipersonnelle qui se targuait d'une longue et distinguée histoire.
Elle n'avait toujours pas les capacités pour être désignée comme la successeure de la chef des réunions de dames et messieurs de culture.
Je voulais lui léguer mon réseau d'informations et de distribution de mes clients fac— je veux dire, de mes clients, mais une jeune noble normale voudrait-elle faire une chose pareille ?
Du coup, pour y parvenir, je l'ai corrompue… non, c'est pas ça… teinte dans les ténèbres… non plus… j'ai fait de mon mieux pour la guider comme un bon senior !
Et ainsi mon plan pour lui apprendre le plaisir de prendre tout le monde de court… euh non, je veux dire le plaisir de remporter la victoire sans que personne ne s'en aperçoive s'est déroulé à la perfection !
Et bien que le plan original s'arrêtât là, grâce aux flirts salés de ce putain de prés, j'ai eu une nouvelle idée !
« Oui, tout ça était… ni plus ni moins que l'idée de notre grand président de Yugrasia, Nerkia ! Tu n'as été qu'utilisée, vice-présidente d'Arucia ! »
« Attends-mmpf ! »
Je savais que le prés essaierait de bondir dès que je dirais ça.
Du coup, j'appuyai mon pied sur son visage, pour être précis, droit sur la gueule.
« Vous pigez ? »
« Risen, tu… »
« Putain de salaud. »
« Mais le prés a dépassé les bornes. »
« Ouais, profitons de l'occase… pour faire marcher le prés sur le chemin des solos comme nous ! »
Tous les étudiants qui croisaient mon regard acquiescèrent.
Le pouvoir des étudiants de Yugrasia, capables de communiquer par les yeux seuls dans les moments cruciaux, venait de s'activer ici même.
« Gyahahaha ! Y'a aucune chance qu'il fasse une déclaration publique ici ! »
« C'est ça, tout ça c'est la stratégie de notre président ! Il est devenu la cible de votre agressivité et vous a tous bernés ! »
« Il ferait n'importe quoi pour la victoire, voilà le président du conseil des élèves de Yugrasia, le pire de tous, Nerkia ! »
« C'es… c'es… vrai… vraiment vrai ? »
De grosses larmes coulaient librement des yeux de la vice-présidente d'Arucia qui flirtait ouvertement il y a à peine quelques secondes.
« Ah… mmff… toi… aaah ! »
Bien qu'il ne pût la voir, Nerkia l'entendait, et il tenta de relever la tête à sa voix en larmes, mais on ne le laissa pas.
— Allez, Loki.
— Putain, merde. Je te le garantis. Sur tous mes contractants jusqu'ici, t'es le premier à utiliser ma Descente pour faire un truc pareil.
— Mais c'est fun, non ?
— Ouais, ouais ! Moi aussi j'en avais marre de mater ce couple nous frotter leur sel dans les blessures ! Alors je vais t'aider, contractant !
J'utilisai la Descente de Loki, une compétence que je n'avais jamais employée lors des précédents festivals impériaux, rien que pour briser un couple.
« C'était le cas. Tout faisait partie de mon plan. »
« Sanglots… mais moi… j'étais si heureuse… j'étais… vraiment heureuse ! »
« Désolé, mais je suis le président du conseil des élèves de Yugrasia. Pour la victoire… je suis Nerkia, un mauvais garçon qui peut même jouer avec ton cœur ! »
Je n'ouvris pas la bouche. Pourtant, une voix en sortit.
Et dans une imitation parfaite de la voix de Nerkia !
« — C'est le pouvoir qui a même swayé les dieux d'une seule langue, mon pouvoir, celui de Loki ! »
« — Absolument parfait, c'est mon invocateur ! »
« Nerkia… où es-tu ! Montre-moi ton visage ! Si c'est vrai… dis-le-moi en face ! »
« Je suis désolé, aussi mauvais homme que je sois… je ne peux pas te montrer mon visage maintenant. »
La langue de Loki et la mienne, non, pour être précis, la langue de Loki se mit à parler aussi suavement que si elle avait été enduite de graisse.
« Espèce de connard, tout ça c'est un… kouhk ! »
Un bref instant, le prés repoussa les étudiants qui s'étaient jetés sur lui avec une force surhumaine, avant de retomber sous les assauts des autres.
La vice-présidente Karen, en particulier, était très douée pour ça grâce à tout son entraînement à m'immobiliser.
Son talent pour enfoncer quelqu'un dans le sol instantanément frôlait l'art.
' achève-le. '
' Oui, madame ! '
Un instant, mon regard croisa celui de la vice-présidente, empli de soif de sang, tandis qu'elle passait son pouce sur sa gorge.
Maintenant que j'y repensais, la vice-prés était une solo elle aussi. Et une forever alone, qui plus est.
Grâce au taunt AOE de séduction du prés, une ennemie normalement redoutable était devenue une alliée fiable, et je demandai à Loki de finir le travail.
« Désolé, Arietta. »
« Nerkia ? Montre-moi ton visage ! Tout de suite ! Sinon… c'est fini entre nous ! »
« Mmfhhmm ! »
J'entendis les cris étouffés du prés en réponse à la voix de la fille pleine de colère et de rancœur, mais plusieurs personnes à côté du président lancèrent immédiatement des sorts de silence pour empêcher tout bruit de sortir.
« Désolé… »
Une voice qui gardait des traces de regret persistant.
Ça sortait définitivement de ma gorge, mais on avait vraiment l'impression que c'était le prés qui le disait.
« C'est impossible. »
Son apparence, alors qu'elle s'effondrait à genoux en sanglotant, était un peu pitoyable, mais avec ça, un couple avait disparu, et deux solos étaient apparus à la place.
C'est ce que j'avais cru.
Mais le lendemain, je réalisai que ma réflexion était à courte vue.
Lui, était un étudiant de Yugrasia… et la personne qu'on pouvait dire occuper la plus haute position parmi nous, étudiants.
Et cette personne… avait fui l'étude de nuit avant même moi, et était la toute première à avoir tenté de le faire !
Signifiant qu'il faisait semblant d'être normal, mais qu'il était en fait plus dingue que quiconque à Yugrasia !
Et lors du dernier jour du festival impérial, nous ressentîmes ce fait au plus profond de nos os.
« Venez m'affronter, Yugrasia ! »
Tandis que nous le regardions, trahir Yugrasia malgré son statut de président du conseil des élèves.