Une fois qu'elle eut trié les objets arrivés au manoir, elle en dressa l'inventaire : vingt robes et cinq coffrets de bijoux. Pour éviter que les vêtements ne se froissent, on les déposa dans le dressing, et pendant ce temps ouvrit le troisième écrin. Elle passa le bout de ses doigts sur son front.
'…Je n'arrive pas à croire cet homme.'
Elle ne pouvait pas se permettre de paraître peu avantageuse au bal, mais les cadeaux de étaient excessifs. Tandis qu' ruminait son mal de tête, ne tarissait pas d'éloges en rangeant les robes.
« Regarde, grande sœur. C'est si beau. »
Elle s'extasiait devant les couleurs vives et les ornements détaillés, aux dessins uniques. Si elle aimait les robes de chez Anco Tailleurs, elles ne pouvaient rivaliser avec celles qui venaient d'arriver au manoir. Les robes du tailleur convenaient à n'importe quelle noble, mais celles-ci étaient de somptueuses tenues dignes d'une famille royale. Elles dosaient parfaitement le faste. Trop voyant aurait paru tape-à-l'œil ; trop sobre, trop simple ; mais l'esthétique de ces robes était un équilibre parfait.
L'une mettait la poitrine en valeur, une autre arborait un ourlet riche sur la jupe. , saisie par la variété, murmura avec émerveillement.
« …Si belles. On dirait qu'elles viennent du royaume de Freegrand, la terre sainte de la mode. »
ne répondit pas, ignorant l'origine des robes. Cependant, si avait croisé le royaume de Freegrand sur un champ de bataille, celles-ci étaient sûrement des butins de guerre. Il devait être d'une richesse extraordinaire pour avoir amassé tant de trésors par la guerre.
'…Devrais-je les lui retourner ?'
Le problème, c'est qu' et n'avaient rien d'autre à porter pour le bal. De plus, avait posé une condition en échange de ces robes.
– Quoi que je t'envoie, tu ne pourras rien dire contre.
devait deviner ses pensées.
« …Huuu. »
laissa échapper un soupir frustré. , qui s'imprégnait encore des cadeaux, vint bondissant vers .
« Alors qui t'a envoyé tout ça ? »
« Ah, eh bien… Il est si timide qu'il n'aime pas trop révéler qui il est. »
parvint à éluder la réponse et sourit raide, tandis que répliquait avec un visage rayonnant.
« Je pense qu'il t'aime bien ! »
« …Quoi ? Pas question. »
« Hein ? Comment tu le sais ? On n'envoie pas toutes ces robes à quelqu'un qu'on n'aime pas. »
n'y mettait aucune arrière-pensée, mais entrevit une nouvelle possibilité. Elle appréciait que soit si prévenant avec elle, mais elle n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle.
'…Sûrement pas.'
Quelle que soit la relation, il y a toujours un processus. Or, il n'y avait pas grand-chose entre eux deux. Au mieux, il semblait plus enclin à flirter avec d'autres femmes qu'à porter son choix sur quelqu'un comme elle.
Peut-être voulait-il s'acquitter d'une dette du passé ? choisit de pencher pour cette explication. Après un moment de réflexion, elle tourna la tête et vit la fixer d'un air solitario. caressa la joue douce de sa sœur.
« Tu es la seule dont j'ai besoin. »
« Ah, vraiment ? »
« Oui. Si reste avec moi comme ça maintenant, je n'ai besoin de rien d'autre. »
« Heeeu… »
devint écarlate en souriant, et ce spectacle tira si fort sur le cœur d' qu'elle sourit à son tour. Ce petit bonheur suffit. Elle n'abandonnerait jamais cette vie qu'on lui avait donnée.
désigna l'un des écrins de bijoux encore fermés.
« Est-ce que j'ouvre et je range ce qu'il y a dedans, aussi ? »
« Oui. »
Elle n'avait pas encore décidé quoi en faire, mais elles ne pouvaient pas se permettre de laisser de si chers bijoux traîner. ouvrit la boîte.
« Oh, grande sœur ! »
se tourna au son de la voix surprise de . Un collier orné d'un joyau rouge attira leur regard. Tandis que les autres coffrets regorgeaient de divers accessoires, celui-ci ne contenait qu'un unique collier spécial.
'…Où ai-je déjà vu quelque chose de semblable ?'
inclina la tête en observant l'objet vaguement familier. continua d'une voix tremblante.
« N'est-ce pas similaire au collier au diamant rouge qu'on a vu chez le joaillier, avant de partir pour la capitale ? »
« …Quoi ? »
, qui n'avait pas l'habitude d'être surprise, se retrouva une nouvelle fois stupéfaite en l'espace d'une seule journée. La bouche ouverte, elle se rappela le prix d'un diamant rouge aperçu chez le bijoutier. Cependant, le diamant rouge serti sur ce collier était bien plus gros. Elle ne s'imaginait pas porter une chose d'un tel coût autour du cou. Elle avait vécu sa vie précédente frugalement, et si elle essayait de profiter du luxe quand elle le pouvait, cela allait trop loin.
'Je ne sais pas quoi faire d'autre, mais je ne peux pas vraiment accepter ça.'
Après le départ de , noua un mouchoir rouge à la fenêtre. Elle n'en attacha pas plusieurs comme la fois où était en danger, mais…
Comme pour exprimer son embarras, elle en noua deux à la fenêtre.