Après l'opéra, et se dirigèrent vers le centre-ville. Sur l'ordre d', la voiture s'immobilisa devant un établissement dont l'enseigne portait l'inscription « Chez Charles ». C'était une boulangerie prisée, d'ordinaire bondée, mais ce soir-là elle était vide. en avait loué l'exclusivité pour la soirée. Le chiffre d'affaires de la boutique était tel qu'il avait fallu une somme considérable pour la monopoliser quelques heures.
Ttubeog ttubeog.
et s'avancèrent vers la boulangerie Charles, et jeta un regard curieux à la boutique silencieuse.
« L'as-tu préparé pour moi ? »
« Oui. La foule ne me dérange pas, mais je pense qu'il est plus aisé de se détendre ainsi, tous les deux. »
La plupart des aristocrates envoyaient leurs domestiques acheter le pain dans les boulangeries réputées pour le déguster dans le confort de leur demeure. Une apparition soudaine du prince héritier devant la foule aurait causé un sacré tumulte. avait longuement réfléchi à cette sortie, et ne parvint pas à réprimer son sourire.
« Je ne m'attendais pas à ce que tu portes tant d'attention aux détails. »
« La dernière fois que nous sommes allés à l'opéra, tu as loué un restaurant entier. »
« Eh bien, j'ai toujours voulu faire de mon mieux pour toi. »
sentit la chaleur lui monter au visage face à l'aveu désinvolte de . Elle était totalement dépourvue, et tenta d'apaiser sa poitrine brûlante en saisissant précipitamment le bras de pour l'entraîner dans la boulangerie.
« Entrons. On ne peut pas admirer le pain avant de l'avoir goûté. »
suivit l'élan d', et son regard se posa sur leurs mains entrelacées. Il sourit, et se couvrit le visage de son autre main.
Ttalang—
Un doux tintement retentit lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur. S'étalait devant eux un vaste buffet de pains et de pâtisseries divers. lâcha la main de et saisit une pince et un plateau.
« Prends ce que tu veux. Pour ma part, j'aime les croissants, les gâteaux à la crème et les cheesecakes, là-bas. »
acquiesça, mais au lieu de s'écarter de son côté, il se contenta de suivre et déposa sur son propre plateau les mêmes mets qu'elle choisissait. Après avoir sélectionné tout ce qu'ils souhaitaient goûter, ils s'assirent tous deux à une table.
« Tu as pris toutes les choses qui correspondaient à mes goûts. »
« Je suis plus curieuse de savoir ce que tu aimes manger. »
ne sut que répondre et se contenta de hocher la tête. Étrange… un frisson lui parcourut à nouveau le cœur.
Elle préleva une délicate bouchée de cheesecake à la fourchette et la porta à sa bouche. Le fromage se dissolut en une texture lisse et veloutée sur sa langue, et comme elle souriait, lui rendit son sourire. Après avoir fini le cheesecake, elle décida de passer au gâteau à la crème qui faisait saliver.
Soudain, la main de jaillit, dérobant un peu de chantilly au coin de sa bouche. Puis il lécha la crème sur ses doigts.
« … ! »
se figea et fixa , les yeux écarquillés. Il la regarda en retour et sourit comme un prédateur satisfait.
« Cette crème est la meilleure d'ici. »
rougit jusqu'aux racines des cheveux.
Plus tard dans la nuit, ils se retrouvèrent au bord d'un lac tranquille. avait fait déposer des dizaines de bougies flottantes sur l'eau, mais l'effet était encore plus saisissant vu de ses propres yeux. L'eau était immobile comme un miroir, reflétant la douce lueur des bougies et les étoiles scintillantes sur le ciel d'ébène. contempla le lac avec une stupeur visible.
« Mon épouse semble déterminée à m'impressionner ce soir. »
« Je suis ravie que cela te plaise. Bien… voudrais-tu faire une promenade ? »
acquiesça, et ils entreprirent une douce marche dans l'air frais de la nuit. On entendait par instants le clapotis de l'eau sous le vent.
« … Par où commencer ? »
Elle ne put s'empêcher de se demander par où débuter. Devait-elle lui dire quand elle avait commencé à l'aimer ? Ou dire qu'elle voulait être avec lui même sans contrat ? Ses pensées s'entrelaçaient sans structure particulière. Son cœur battait si fort qu'elle craignait qu'il ne jaillisse de sa cage thoracique. avala sa salive, puis’ouvrit la bouche pour parler.
« Caril… »
Elle se demanda s'il remarquerait son hésitation.
« Dis-moi, mon épouse. »
ferma les yeux de toutes ses forces.
« Pour être honnête— »
Sseeeeg !
Elle n'acheva pas sa phrase. Un sifflement aigu fendit l'air, et attrapa vivement contre lui pour se jeter sur le côté.
Swig ! Swig ! Swig !
En un instant, des douzaines de flèches transpercèrent le sol exactement là où ils se tenaient une seconde plus tôt.
Les têtes de et d' se tournèrent d'un même mouvement vers la provenance des flèches, et ils virent des dizaines de silhouettes sombres surgir de l'obscurité vers eux. Elle le sut par intuition dès qu'elle les vit.
« Danger ! »
Elle remonta la jupe de sa robe et dégaina la dague attachée à sa cheville. réagit aussi promptement, porta ses doigts à sa bouche et siffla fort.
« Hwiiig ! »
Un bruit semblable à un roulement de tambour résonna sur le sol, et le grand cheval noir de galopa vers eux. Les gardes du corps de , également conscients de la menace, jaillirent de leurs cachettes pour faire face aux assaillants. Ils étaient hautement qualifiés, mais il apparut bientôt de façon dévastatrice qu'ils étaient en infériorité numérique. Dix hommes de contre une soixante-dizaine apparente.
Chang ! Chaang !
Les deux camps s'entrechoquèrent, et un combat acharné s'engagea entre les assassins et les gardes impériaux. L'un des gardes cria en direction de .
« Fuyez, Votre Altesse ! »
grimaça, mais les assassins étaient trop nombreux pour qu'il puisse rester. Une embuscade d'une telle ampleur était presque attendue en temps de guerre, mais c'était inédit en plein cœur de la capitale. Si c'avait été le cas, il ne serait pas sorti avec seulement dix gardes.
Il n'y avait pas le temps d'y songer maintenant, cependant. était avec lui. sauta sur son cheval et tendit la main.
« Vite, mon épouse. »
saisit vivement la main de et se hissa sur le cheval. Tandis que les gardes leur gagnaient du temps, ils devaient s'enfuir le plus vite possible et espérer l'arrivée rapide de renforts. L'un de leurs chevaliers serait parti alerter le palais de l'attaque. Le cheval portant le couple s'élança.
Tadag, tadag, tadag !
Les sabots du cheval tonnèrent sur le sol, et un cri rauque s'éleva depuis l'ennemi.
« Attrapez-les ! Le prince s'enfuit ! »
Les gardes impériaux retinrent les forces ennemies de leur mieux, mais leur nombre était trop faible. Les assassins seraient bientôt aux trousses de . pressa son cheval au maximum de sa vitesse.
« Ils sont probablement après moi. Je te déposerai quelque part hors de vue, alors va au palais impérial et ramène des renforts. »
« Ne dis pas de bêtises. »
Elle refusa net, et déchira immédiatement la jupe de sa robe pour ne pas entraver ses mouvements. Elle aurait aimé avoir une arme convenable, mais comme toujours, le danger survenait sans prévenir. fronça les sourcils en apercevant les mollets lisses d'.
« Pourquoi ne m'écoutes-tu pas ? »
serra la dague dans sa main, sa seule arme.
« Je ne te quitterai pas. »
Elle ressentit soudain un frisson glacé lui parcourir l'échine. C'était exactement comme la fois où elle avait sauvé pour la première fois. Il aurait dû mourir alors.
Elle serra les dents. Si elle perdait ici, elle ne s'en remettrait pas. Même si elle n'avait pas besoin de lui pour sauver sa famille, sa sécurité restait sa priorité.
Les yeux d' brillèrent d'une détermination farouche, et elle se cramponna au large dos de .
« Il y a quelque chose que je ne t'ai pas encore dit. Alors ne te blesse pas avant que je le fasse. »
« Ta sécurité importe plus que la mienne. »
ne manqua pas l'inquiétude dans sa voix, mais elle sourit.
« As-tu déjà oublié ? Je suis ton épée la plus acérée. »
Tadadadada !
Elle entendit les chevaux des assassins gagner sur eux. tourna la tête pour regarder en arrière, puis murmura à l'oreille de sur un ton d'avertissement.
« Si tout tourne mal, laisse-moi en premier. Tu sais que je peux tenir plus longtemps que les autres chevaliers. »
« … C'est ridicule. »
Carlisse se contenta de pousser son cheval plus vite encore. Les assassins à leurs trousses ne les rattraperaient pas aisément, mais ils avaient de vraies armes en main, ce qu' n'avait pas.
« Merdum ! Caril, des flèches ! »
Au cri urgent d', vira brutalement sur la gauche.
Swiiig !
Plusieurs flèches sifflèrent à leurs côtés. aurait pu riposter si elle avait eu son arc, mais elle n'avait maintenant qu'une petite dague. Le mieux qu'elle pût faire était d'en abattre un en la lançant, et elle jugea préférable de la garder au cas où. se retourna vers , tout en gardant un œil sur les assassins qui les poursuivaient.
« On ne peut compter que sur ton talent de cavalier maintenant. »
« Je ferai de mon mieux. »
lui criait la direction des flèches venant de l'arrière, et esquivait immédiatement pour les éviter. Une erreur de l'un ou l'autre aurait des conséquences mortelles, mais ils étaient en parfait synchronisme, comme s'ils s'étaient entraînés ensemble. Pour l'instant, la vue perçante d' et la capacité de à chevaucher comme un fou les maintenaient en vie.