« T'étais en vie ! J'avais trop envie de te voir ―― bu-gera-bo-gura !! »
L'homme écartait les bras et fonçait sur Estelle.
Estelle, sur le point de se faire plaquer, décalait légèrement son corps.
Elle esquivait l'étreinte de l'homme et, dans la foulée, lui balayait les jambes.
L'homme tombait magnifiquement, plongeant le visage le premier.
Jusqu'ici, une seconde.
Face à cet événement soudain, restait hébété.
Il ne parvenait absolument pas à suivre la situation.
« Ah, ça faisait longtemps que l'amour d'Estelle-chan n'avait pas été aussi lourd…… »
« C'est quoi, cet amour ? »
Estelle baissait la tête d'un coup sec.
« Euh… Estelle ? »
« Ah, désolé . C'est… mon père. »
Estelle faisait une grimace incroyablement dégoûtée et pointait du doigt l'homme qui gémissait en se tenant le visage.
Ce n'était pas le regard qu'on porte à son père.
« … ? Qui c'est, cet enfoiré ? »
Soudain, le père d'Estelle se relevait et fixait d'un regard perçant.
Ses yeux n'avaient rien à voir avec ceux de celui qui venait de dire « Estelle-chuwan ».
« E-Enchanté. Je m'appelle Mizusogi . »
« Hein ? Moi j't'ai pas demandé ton nom, connard. »
L'homme s'approchait encore et envoyait un regard meurtrier à .
Pure intimidation de voyou.
« Pourquoi un gamin qui sent encore le lait comme toi est là, hein !? »
« Père, arrête d'intimider mon camarade… »
« Ha !? Puisque t'es apparu avec Estelle-chan, tu… tu ne serais pas en train de… !? »
« Pa-Pas de malentendu. est mon camarade ! »
« Me voler ma fille chérie, je te pardonnerai pas !! Quelqu'un ! Apportez-moi mon bokken !! »
« Écoute ce qu'on te dit !! »
*Paf !* Estelle giflait son père de la paume.
(… C'est quoi, ce truc ?)
ne pouvait pas suivre les échanges entre Estelle et son père, il restait simplement bouche bée.
***
Le père parti en vrille, Estelle lui expliqua le déroulement des faits.
Son récit commençait au moment où elle avait décidé de devenir aventurière.
Il y a des mariages arrangés même chez les marchands.
À cause de ça, Estelle allait être mariée à un noble qu'elle ne connaissait même pas de vue.
Comme elle détestait ça, elle avait fui la maison.
Depuis petite, on lui avait lu des récits héroïques, et elle aspirait à devenir aventurière.
Une fois décidée, elle ne rentrerait pas à la maison tant qu'elle ne serait pas une aventurière correcte.
Même si c'était dur, elle ne se plaindrait pas.
Elle ne regretterait jamais le chemin qu'elle avait choisi.
Avec cette détermination, Estelle avait quitté le foyer.
Trois ans plus tard.
Estelle était devenue aventurière de rang D.
Le rang D, c'est déjà un vétéran.
Elle devait avoir accompli des actes à la hauteur de son serment.
C'est parce qu'elle le pensait qu'Estelle avait franchi le seuil de la compagnie Regulus pour la première fois depuis trois ans.
En entendant son histoire, était très surpris.
Il avait parfois senti une certaine élégance dans les manières d'Estelle, mais il n'imaginait pas que sa famille soit de rang à recevoir des propositions de mariage arrangé.
« Je te réintroduis. Voici mon camarade aventurier, . »
« Je m'appelle . Je suis redevable envers votre fille. »
« Tché ! T'as pas à l'appeler "votre fille" ―― aïe ! »
« Je te dis que c'est mon camarade. N'en fais pas un ennemi. »
Estelle assénait un coup sur la tête de son père sans discussion.
Pas l'attitude qu'on a avec son père.
Mais c'est ça, la distance entre Estelle et son père.
« Je suis Jack, le président de la compagnie Regulus. Yoroshiku. »
Jack intimidait de près.
La nuance de la salutation avait un petit côté gang de motards.
Jack tendait la main vers .
la saisissait et la serrait.
À cet instant,
« Nguooooo !! »
Jack serrait les dents, le visage devenu écarlate.
Comme s'il supportait une douleur atroce.
(Hein, c'est quoi ça ?)
Face au brusque changement de Jack, restait coi.
Au milieu de ça,
« Chii ! T'as de la poigne, on dirait… hum ! J'vais m'arrêter là. »
« Arrête tes conneries. »
*Paf !* Estelle tapait sur la tête de Jack.
« Désolé, . Mon père est comme ça depuis toujours… »
« O-Ouais. Enfin, c'est… un bon père, non ? »
La valeur d'un père dépend de chacun, de chaque famille.
Pour Estelle, Jack est un bon père (probablement).
La compagnie Regulus détient le statut de fournisseur officiel.
De plus, le fondateur Regulus a reçu du roi de l'époque la permission d'utiliser son nom comme nom de famille.
Jack était un marchand au sommet du royaume.
Un tel marchand n'est pas assez bête pour ne pas savoir où est sa fille fugueuse.
Pour un marchand, l'information, c'est la vie.
Un réseau d'information propre aux marchands couvre tout le pays.
Avec ce réseau, il aurait facilement su qu'Estelle était à Finlis.
Malgré ça, Jack ne l'avait pas ramenée.
Même si elle avait fait capoter un mariage arrangé qui engageait l'avenir de la compagnie Regulus.
C'est à quel point Jack aime Estelle.
Au point de privilégier l'avenir d'Estelle sur le sien et celui de la compagnie Regulus.
Ce sentiment, le comprend.
Il n'a pas de fille, mais il peut imaginer le cœur d'un père qui pense au bonheur de sa fille.
(Forcément, vu que mon âge d'origine est 32 ans.)
« Au fait, Estelle-chan. Tu viens pour quoi aujourd'hui ? »
« J'ai déjà 20 ans. Arrête avec le "-chan"… Aujourd'hui, je suis venue avec pour chercher des chaussures de combat. »
« … Tch. »
Jack, qui avait les yeux plissés de tendresse pour Estelle, changeait d'expression en un instant en regardant , affichant un mépris bâclé.
(Ça en devient drôle.)
Pour Jack, est un parfait inconnu, un daikon ―― non, un nuisible qui colle à sa fille chérie.
Le traitement bâclé, c'est normal.
, qui reçoit ce traitement bâclé, se dit qu'il peut faire confiance à Jack *parce que* son attitude est bâclée.
Plutôt qu'un marchand qui arrange son visage d'un sourire niais, quelqu'un qui montre franchement son attitude est plus facile à lire.
« Bon, ben, père. Nous, on retourne au magasin chercher des chaussures ―― »
« Attends un peuuuuu !! »
Jack hurlait pour arrêter Estelle.
Il sortait du bureau.
Peu après, il revenait en tenant une boîte en bois de luxe.
« Haa… haa… Si c'est des chaussures, j'crois que celles-ci iraient bien à Estelle-chan ! »
« C'est pour ça que je te dis d'arrêter avec le "-chan"… ―― »
Jack ouvrait la boîte, et Estelle retenait son souffle.
À l'intérieur apparaissait une paire de chaussures magnifiques, argentées, brodées de fils vert tendre.
(… Incroyable, je sens de la magie.)
De ces chaussures émanait une faible puissance magique.
Ce ne peuvent pas être de simples chaussures.
« C'est des chaussures faites en mélangeant de la fourrure de licorne et du mithril. Les broderies par-ci par-là utilisent du fil teint avec de la poudre de cristal d'esprit du vent. La solidité en chaussures de combat est au top.
En plus, ça sert d'outil magique. Si t'y injectes de la magie, ça flotte un peu. De la magie de vent jaillit des semelles. Comment utiliser cette lévitation, c'est là que se voit le talent d'aventurier. »
Jack expliquait le produit avec un visage de marchand professionnel, totalement différent d'avant.
C'est ça, sa vraie face.
Un sourire doux aux lèvres, mais des mots fermes.
Une confiance absolue dans son produit.
On se dit qu'acheter chez lui, c'est zéro risque.
« … Ça a l'air d'être un excellent article, mais combien ? »
« L'argent, faut pas. »
« Cependant, je suis venue en cliente. Je veux payer. »
« Non, faut pas. Si grâce à ça Estelle-chan évite de se blesser gravement, c'est amplement suffisant. »
« …… Têtu comme une mule. »
Vu que rien ne le ferait bouger, Estelle soupirait de résignation en lançant une pique affectueuse.
Et si moi aussi j'avais droit à quelque chose ?
s'agitait un peu et questionnait Jack.
« Euh… et mes chaussures ? »