« Bonjour, Tôru. Tu es en forme dès le matin, hein ! »
« Ah, bonjour, Estel. »
Estel apparut depuis l'intérieur de l'auberge. Elle bâilla légèrement, puis se lava le visage à l'eau du puits.
Dehors, les cheveux d'Estel, qui étaient attachés à l'arrière de la tête, étaient maintenant lâchés et lisses.
Le soleil du matin illuminait ses cheveux. La lumière se reflétait en scintillements sur sa chevelure dorée.
Une femme qui se lavait simplement le visage. Rien que ce spectacle, et Tôru en resta sans voix, fasciné.
« Tôru, il fait encore beau temps aujourd'hui. »
« C'est vrai. »
« C'est un temps idéal pour former une équipe ! »
« Il n'existe pas de "temps idéal" pour ça. »
Sa façon de parler faisait penser à un banquet, pas à des compagnons.
Face à cette proposition d'équipe soudaine, Tôru laissa tomber les épaules, abattu. Elle n'avait toujours pas renoncé à former une équipe avec lui.
« …… Au fait, pourquoi moi ? »
« Parce que Tôru est digne de confiance ! »
Cette confiance inconditionnelle fait peur.
Si Tôru était un affreux scélérat, que comptait-elle faire ? Tôru s'inquiéta pour son avenir.
« J'ai l'œil pour juger les gens, moi ! »
Il n'y a pas de paroles moins dignes de foi. Tôru posa sur Estel un regard lourd de scepticisme.
Mais Estel ne doutait pas de ses propres mots. Même transpercée par le regard suspicieux de Tôru, elle restait parfaitement calme.
« Face à une horde de gobelins devant laquelle n'importe qui aurait fui à toutes jambes, Tôru n'a pas pris la fuite par peur de la mort. On dit que la vraie nature d'un homme ressort dans la crise. Ton attitude à ce moment-là suffit à mériter ma confiance. »
« Certes, on peut voir les choses comme ça, mais…… »
« En plus, Tôru. Les gens vraiment peu fiables ne repoussent pas ceux qui leur font confiance. »
« Ugh. »
Touché en plein cœur par les mots justes d'Estel, Tôru ne put émettre le moindre son.
Voyant Tôru rester sans voix, Estel pensa : « Encore un petit effort ? »
Il était naturel qu'Estel veuille former une équipe avec Tôru.
Tôru avait une force physique exceptionnelle. Pourtant, il ne s'en vantait pas, ne faisait pas le fanfaron.
Il était honnête en matière d'argent.
Une simple dette d'une pièce de cuivre, il l'avait remboursée sur-le-champ dès qu'il avait eu de l'argent.
À cet échange, on comprenait aussi que Tôru n'était pas capable de mentir aux gens.
Son visage n'était pas de ceux qui font tourner toutes les têtes, mais il n'était pas désagréable non plus.
Et contrairement aux hommes d'Éalgard, il ne regardait pas le corps d'Estel avec des yeux lubriques, ce qui était un bon point.
Estel s'était présentée devant Tôru dans une tenue délibérément sans défense, mais il n'avait pratiquement pas réagi.
Son absence de convoitise était telle qu'on se demandait : « Dans le monde de Tôru, les hommes n'ont-ils pas de libido ? »
Les humains sont des animaux. Puisqu'ils doivent laisser une descendance, avoir une libido est inévitable.
Mais pouvoir la réprimer ou non est le point le plus important quand on forme une équipe mixte.
Estel jugea que Tôru était le partenaire d'équipe idéal.
Jusqu'ici, Estel avait agi en solo, mais pas par attachement au solo.
Elle considérait que former une équipe était indispensable pour continuer comme aventurière.
Et là, un talent de premier ordre nommé Tôru était apparu.
Seul le fait qu'il soit un « égaré » l'inquiétait un peu, mais pour sa capacité de combat, elle n'avait aucune inquiétude ni insatisfaction.
Ne pas laisser passer cette chance, Estel était bien décidée à la saisir.
« Je veux absolument former une équipe avec Tôru. »
« Si c'est pour former une équipe, mieux vaut choisir quelqu'un de plus fort que moi, un simple égaré… »
« J'ai vu de mes propres yeux Tôru vaincre une horde de gobelins. Quoi qu'on en dise, je crois en ta force. »
Quelle réplique belle et puissante. Mais dite en face, elle n'en est que plus embarrassante. Tôru ne put s'empêcher de détourner le regard.
Tôru sentait que former une équipe pourrait sceller son avenir et celui d'Estel.
Mais pour un aventurier, une équipe n'est peut-être pas si spéciale que ça.
En continuant comme aventurier, on forme bien des équipes temporaires selon les demandes.
À ce moment-là, personne ne se prend la tête avec l'avenir.
Malgré tout, Tôru ne put se décider tout de suite.
Former une équipe, c'est assumer la responsabilité de la vie de ses compagnons.
Tôru ne savait pas s'il pouvait porter cette responsabilité sur ses épaules.
Il considérait Estel comme sa bienfaitrice. Il la trouvait bonne personne. Il n'y avait aucune raison de ne pas être heureux d'être invité avec de telles paroles.
Mais précisément pour cela, il ne pouvait pas répondre à la légère.
Acculé, Tôru choisit de botter en touche.
« …… Bon, ben, Estel. La réponse, ce sera pour une autre fois. »
« Ah, hey, Tôru ! »
Évitant l'invitation d'Estel, Tôru regagna sa chambre.
Il s'essuya le corps transpiré par l'entraînement, mit sa tenue en ordre et se dirigea vers la salle à manger de l'auberge.
Quand Tôru entra, Estel était déjà assise sur une chaise. Son petit-déjeuner était servi, mais elle n'y avait pas encore touché.
« Tôru, par ici ! »
Elle levait la main et l'agitait frénétiquement, mais Tôru l'ignora délibérément et s'assit dans un coin.
Devant cette attitude, Estel gonfla les joues, boudeuse. Elle prit son plateau, et d'un pas vif, vint s'installer à la table de Tôru.
« Tôru. Cette place est libre ? »
« Complet. »
Actuellement, à cette table pour quatre, Tôru était le seul occupé.
« Comment ça, y a plein de place ! »
« Si tu le sais, demande pas. »
« …… ! ♪ »
Tôru avait cru répondre sèchement, mais pour une raison inconnue, Estel afficha un air ravi et s'assit en face de lui.
« Hey, Tôru ! »
« Non. »
« J'ai rien dit encore !? »
Elle allait sûrement dire « Formons une équipe ! » . Sous le regard de Tôru, le regard d'Estel fila en biais.
À partir de là, Tôru et Estel discutèrent de choses sans importance en mangeant. Par moments, Estel amorçait « Formons une équipe… » , que Tôru étouffait net par une légère <Intimidation>.
Le petit-déjeuner consistait en pain noir, soupe salée et salade.
Le pain noir était extrêmement dur, au point qu'on risquait de s'ébrécher les dents en essayant de le mordre.
« …… Les gens d'Éalgard ont donc des mâchoires solides. »
« Non non. Moi non plus, je ne peux pas le manger tel quel. Voilà comment on fait. »
Estel trempa le bout du pain dans la soupe. Le pain noir ne devient mangeable qu'une fois ramolli par la soupe.
Tôru l'imita, trempa son pain avant d'y croquer. La dureté d'un instant plus tôt avait menti : le pain se coupa net.
« …… Hmm. »
Vu sa couleur noire, Tôru s'attendait à un goût typé. Mais contre toute attente, le pain n'avait presque pas de goût.
À l'opposé du pain sans saveur, la soupe était très salée. C'était une soupe faite pour être mangée avec le pain.
La salade avait l'aspect de simples mauvaises herbes. Tôru y goûta avec circonspection.
« …… Hmm. »
Contre toute attente, c'était le meilleur. Un léger amer, mais assez bon pour être mangé même par Tôru dont le palais était affiné au Japon. Avec une vinaigrette, cela deviendrait un plat de haut niveau.
« Dis, Estel. Ce petit-déjeuner, c'est la norme à Éalgard ? »
« En général, c'est pain et soupe seulement. Cette auberge est avantageuse parce qu'il y a la salade en plus. »
« Ah, bon… »
Tôru eut un instant l'impression : « Éalgard est-il pauvre ? » Mais au Japon aussi, le petit-déjeuner typique est pain et café. Pas si différent.
Le vrai problème, c'est le goût. Et les nutriments aussi. Du pain sans goût avec une soupe seulement salée. À peine une salade. Difficile de appeler ça un repas sain.
« Le pain est à volonté. Tu en veux un autre ? »
« …… Non, merci. »
« Quoi, faut bien manger pour grandir ! »
« Excusez-moi… »
C'était une gentille attention de la patronne, mais Tôru refusa poliment.
Son estomac n'était pas plein, mais son cerveau hurlait : « Je n'en veux plus. »
C'est normal.
C'était comme manger du pain détrempé dans l'eau chaude, saupoudré de sel.
Même affamé, on n'a pas envie d'en manger à satiété.
À ce rythme, il risquait de maigrir à vue d'œil et de s'effondrer.
Aujourd'hui, se procurer un bon repas devint l'un des défis les plus urgents pour Tôru.
Après le petit-déjeuner, Tôru ouvrit la fenêtre de sa chambre et s'échappa de l'auberge par là. S'il sortait normalement, il avait le pressentiment qu'Estel le suivrait sans fin.
En fait, sa compétence <Perception> captait une présence ressemblant à Estel qui attendait à l'entrée.
Tôru avait l'intention de se rendre à la boutique de magie qu'Estel lui avait indiquée hier.
Si possible, il voulait y aller seul, sans avoir à se soucier de qui que ce soit, pour examiner tranquillement les articles.
Tôru marcha en grignotant la viande séchée qu'il avait sortie de son <Entrepôt Dimensionnel>.
La viande séchée était meilleure que le pain noir et la soupe. Rid devait être un bon cuisinier.
« Je me demande quels sorts il y a. J'ai hâte, mais d'abord, est-ce que je peux utiliser la magie ? »
Tôru avait mis des points dans <Magie> et <Incantation Zéro> sur son tableau de compétences. Si on croit le tableau, ce n'est pas complètement impossible. Mais avoir l'aptitude est une autre histoire.
En plus, Tôru est un égaré.
Une existence qualifiée d'« inférieuse ».
« Sur Terre, il n'y avait pas de magie. Même avec des points alloués, je risque d'avoir du mal à l'utiliser. »
Tout en laissant son imagination vagabonder, il arriva à la boutique de magie qu'Estel lui avait présentée.
C'était un petit bâtiment en bois, tout modeste.
Les murs extérieurs étaient entièrement recouverts de plantes.
« Excusez-moi. »