Ils arrivèrent à Finlis peu avant le coucher du soleil.
Ils se glissèrent vers l'entrée juste à temps.
« Yo, Estel. Je pensais que tu ne rentrerais pas aujourd'hui. »
Un homme qui semblait être un garde posté à la porte aborda Estel sur un ton léger.
« Haa... haa... Moi aussi, j'ai failli abandonner, pensant ne pas arriver à temps. »
« Tu as l'air d'avoir pas mal couru... Mais c'est quoi ce gamin ? Il a une sale tronche. Qu'est-ce qui lui est arrivé ? »
« Des gobelins. »
« Tu as failli te faire tuer ? »
« C'est moi. »
« Hein, quoi ? Estel, toi !? »
Aux mots d'Estel, le garde écarquilla les yeux. Il n'avait pas imaginé une seconde qu'Estel puisse perdre face à de simples gobelins.
(Estel est donc une aventurière aussi forte que ça.)
La raison pour laquelle elle avait été dépassée par les gobelins cette fois-ci, c'était qu'ils formaient une horde massive.
La quantité l'emporte sur la qualité. C'est vrai sur Terre comme à Érgarde.
« Au final, qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Un peu, oui. D'abord, est-ce qu'on pourrait entrer ? Je suis complètement lessivée. »
« Ah, pardon de ne pas m'en être rendu compte. Alors, sorte ta carte de guilde. »
Estel glissa la main sur le côté de sa cuirasse en fer et en sortit une carte argentée de la taille d'une carte de visite.
« Vérifié. Et la tienne ? »
« C'est ça. Toru n'appartient pas au guilde, c'est ça ? Toru, tu as quelque chose qui prouve ton identité ? »
« Je suis parti d'un village sans nom avec juste les vêtements sur le dos, donc je n'ai rien pour prouver qui je suis. »
« Sans papier d'identité, le péage est d'un grand cuivre. »
En disant cela, le garde tendit la main.
Ce geste signifiait clairement qu'il fallait payer un grand cuivre.
Mais pour l'instant, Toru n'avait pas le sou.
(Si je ne peux pas payer le péage, je vais devoir dormir dehors ? Dans cet état lamentable ?)
Une sueur froide perla sur son front à cette pensée désagréable. Connaissant ou non les pensées intimes de Toru, Estel sortit d'un geste fluide un grand cuivre qu'elle déposa dans la main du garde.
« Un grand cuivre, pile poil. Bon, vous pouvez passer. »
Le garde serra la pièce dans son poing et s'effaça.
Voyant Estel s'engager d'un pas rapide dans la porte, Toru se hâta de la suivre.
« Wah... »
Devant le paysage urbain de Finlis, Toru ne put retenir une exclamation d'admiration.
Dès qu'on franchissait la porte, des maisons en bois à deux étages s'alignaient serrées jusqu'au fond.
Probablement à cause d'une réglementation, les murs extérieurs étaient peints en blanc et tous les toits étaient de couleur akane.
La rue était pavée de pierres soigneusement posées. Le long de celle-ci, des caniveaux étaient aménagés pour l'écoulement des eaux de pluie.
(Le niveau culturel est quand même pas mal...)
Toru, qui s'imaginait un Moyen Âge européen, écarquilla les yeux devant le niveau technique de Finlis.
La rue principale fourmillait d'activité.
Des étals s'alignaient le long de la voie, les marchands hélant les passants pour les attirer.
Devant les stands où s'entassaient des légumes colorés et des plats cuisinés servis dans de grands plateaux, les habitants de Finlis formaient une foule compacte.
Quelque part, la bonne odeur de graisse de viande qui grille flottait dans l'air.
(J'aimerais tout regarder ! Faire un tour gastronomique !!)
Curieux de savoir quels objets et quels mets étaient proposés, Toru trépignait d'impatience.
Mais s'il se mettait à vagabonder librement maintenant, il causerait du tort à Estel.
Toru réprima fermement sa curiosité bouillonnante.
« Estel. Pour l'argent de l'inscription, je te rembourserai plus tard, promis. »
« Ne t'en fais pas. Un grand cuivre, c'est peanuts. »
« Vraiment ? »
Toru inclina la tête sur le côté.
« Ah, c'est vrai, tu as dit que tu venais de la campagne. Tu as déjà vu de l'argent ? »
« Euh... »
Toru n'avait encore jamais vu la monnaie de ce monde. Mais s'il l'avouait, ne risquait-il pas de révéler qu'il n'était pas de ce monde ?
Toru choisit ses mots avec prudence.
« En fait, c'est... je n'ai encore jamais vu d'argent. »
« Bah, dans un petit village, on a rarement l'occasion d'utiliser de l'argent. C'est pas bizarre de n'en avoir jamais vu. »
« ... Ah, c'est vrai. Oui, c'est ça. »
Bon. On n'a pas trouvé ça suspect.
Toru souffla de soulagement.
« Dis, Estel. Où se trouve la guilde des aventuriers ? »
« Un peu plus loin. »
« Alors pendant qu'on marche, tu pourrais m'expliquer un peu la monnaie ? »
« Compris. »
Estel acquiesça et sortit une bourse de l'interstice de sa cuirasse.
Elle en extirpa trois types de pièces qu'elle posa dans sa paume.
« L'unité monétaire, c'est le gald. La pièce de cuivre vaut 1 gald, le grand cuivre 10 galds, la pièce d'argent 100 galds. Au-dessus, il y a la pièce d'or à 10 000 galds et la pièce de platine à 1 000 000 galds, mais à part les aventuriers de haut rang, les marchands et les nobles, personne ne les utilise. Il y a aussi la petite monnaie, mais c'est surtout pour l'argent de poche des enfants, ça n'a pas grande valeur. »
« Je vois. Qu'est-ce qu'on peut acheter avec une pièce de cuivre ? »
« Avec 1 gald, tu peux acheter juste une brochette de viande là-bas. »
Au bout du regard d'Estel se trouvait un stand qui faisait griller de la viande. Sur son enseigne, Toru put lire, en caractères qu'il ne connaissait pas, « Brochette de viande 1 pièce de cuivre ».
(Hé, la compétence <Langue> marche pas que pour la conversation, elle permet aussi de lire l'écrit !)
Il réalisa pleinement l'utilité de la compétence <Langue>.
La brochette ressemblait à des yakitoris. Toru aurait pu la manger en trois bouchées.
(Du coup, 1 gald, ça fait dans les 100 yens environ.)
Pièce de cuivre : 100 yens, grand cuivre : 1 000 yens, pièce d'argent : 10 000 yens. Toru comprit la valeur de la monnaie d'Érgarde.
Un roturier a besoin de 5 pièces d'argent par mois pour vivre.
Une arme coûte au minimum 10 pièces d'argent.
Les vêtements d'occasion partent de 3 pièces de cuivre, le neuf à partir d'une pièce d'argent.
Tout en écoutant Estel lui expliquer le coût de la vie de ce monde, Toru leva les yeux par hasard et aperçut un grand bâtiment.
Du toit d'une construction en bois émergeait un toit triangulaire en pierre.
« Dis, Estel, c'est quoi ce bâtiment ? »
« C'est l'église de l'ordre de Forserusu. »
« Hé... »
(Il y a donc une religion dans ce monde... Ce dieu autoproclamé, c'était pas Forserusu, son nom ?)
Toru détailla le toit.
Il le scruta pour voir s'il y avait un lien avec ce dieu, mais ne trouva aucune similitude.
« Toru, tu es croyant de Forserusu ? »
« Non, pas du tout. »
Probablement, ajouta-t-il en son for intérieur.
Même en interrogeant les souvenirs de Ridd, il n'obtint aucune réaction. Ridd n'avait pas l'air d'être croyant.
« Alors, un autre dieu ? »
« Un autre ? »
« Fufu, la protection et la gloire des six divinités d'Érgarde n'ont pas l'air d'avoir atteint ton village, hein. »
Devant la réaction de Toru, Estel ricana avec amusement.
Un moment plus tard, ils repérèrent sur la rue principale un bâtiment un peu plus grand que les autres.
« On est arrivés, Toru. Voici la guilde des aventuriers de Finlis. »
« Elle est pas mal grande, dis donc. »
La guilde des aventuriers de Finlis faisait la taille d'une salle de concert.
Le rez-de-chaussée était en pierre, l'étage en bois, une construction plus luxueuse que les autres bâtiments.
« Finlis est la plus grande ville de la région. Forcément, il y a beaucoup d'aventuriers et beaucoup de demandes. Pour tout traiter, un bâtiment de cette taille est nécessaire. »
Tout en parlant, Estel entra dans la guilde des aventuriers.
Toru, observant la queue de cheval d'Estel qui se balançait gaiement, pénétra à son tour dans la guilde.
« Wah... »
Le rez-de-chaussée de la guilde ressemblait à la réception d'un hôtel. Il y avait un comptoir d'accueil et un tableau d'affichage où étaient placardées les demandes.
Un peu à l'écart du comptoir, un bar était attenant. On y voyait déjà quelques aventuriers qui avaient entamé un banquet.
(C'est vrai que les aventuriers, c'est inséparable de la taverne.)
Tandis que Toru jetait des regards curieux vers le bar, les aventuriers qui s'y trouvaient s'étranglèrent en le voyant, les yeux ronds. Certains en recrachèrent leur boisson en toussant.
Sans prêter attention à ces réactions, Toru suivit Estel.
« Ara, Estel-san, bienvenue. »
Arrivés au comptoir, la réceptionniste de la guilde leur adressa un sourire chaleureux.
Pour des aventuriers qui viennent de finir une mission d'extermination éprouvante, ce sourire est la meilleure des récompenses. C'était une femme vraiment rayonnante.
« ... Estel-san, cet enfant ? »
La réceptionniste, Marie, devant l'Estel qui se présentait, s'efforça de composer son expression.
Ça faisait plusieurs années qu'elle était réceptionniste. Marie avait observé d'innombrables aventuriers.
Grâce à cette expérience, elle pouvait deviner la force de quelqu'un rien qu'en le regardant.
Le garçon qu'emmenait la novice Estel dégageait, aux yeux de Marie, une aura manifestement forte.
Son apparence couverte de sang ajoutée à cela fit que Marie, qui n'avait aucune capacité de combat, faillit littéralement s'effondrer.
Elle ne le montrait pas sur son visage, mais ses jambes tremblaient de tout leur bois.
« Ah, un petit truc. La demande est menée à bien, mais il y a eu un problème. »
« Un problème... »
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Un meurtre ? Un massacre !?
Marie paniqua intérieurement.
Mais elle camoufla ce trouble derrière sa fierté de réceptionniste.
« ... C'est lié à cet enfant ? »
« Non, en fait— »
« Ohoho, Estel-san. Vous êtes de retour bien tôt. »
Coupant la parole à Estel qui s'apprêtait à expliquer, une voix masculine visqueuse résonna depuis le fond du comptoir.