Il posa sa main tremblante qui tenait une pipe. Le pourtour de ses yeux était rouge.
Le monde s'effondrait. Même s'il hurlait ou s'arrachait la tête, la réalité resterait inchangée.
« …Monsieur Verdic, la comtesse souhaiterait vous parler de la cérémonie de fiançailles et de l'assemblée. »
« Sortez ! Laissez-moi tranquille ! »
Clac !
Verdic hurla en lançant l'encrier. Cependant, le domestique resta planté devant la porte. L'encre noire se répandit et s'infiltra dans le tapis. Le serviteur de cette femme continua de délivrer son message, à nouveau sur ce ton indifférent, depuis le seuil.
« La comtesse a dit que vous deviez la rencontrer. »
Il essuya ses propres larmes.
Cette putain de femme. Ma faiblesse a été découverte, et voilà le résultat. La cérémonie de fiançailles était imminente. Et ma fille. Lors de notre dernière conversation, je lui ai hurlé dessus.
L'expression de Verdic se déforma tandis qu'il prenait une grande inspiration.
« …Dites-lui que j'y serai dans un instant. »
La poitrine de Verdic était toute déchirée. Quelle chose terrible. Mais ce qui était encore plus terrible, c'était le fait qu'on ne lui accordait même pas assez de temps pour pleurer sa fille.
Les nombreux plans qu'il avait ourdis pour assurer le mariage d'Isella et de Raymond étaient tous réduits à néant.
Il se couvrit le visage de ses mains.
Verdic devait continuer à travailler. Il sortit un mouchoir et essuya l'encre renversée. Cependant, l'encre avait déjà pénétré la matière. Le mouchoir ne fit que se salir.
Les larmes de Verdic coulaient, par-dessus les taches d'encre.
C'était un luxe que de pouvoir seulement faire son deuil.
« Isella ! Isella ! Où es-tu ! »
« Milady… ! »
Verdic saisit l'épaule de la servante en pleurs.
« Ce n'est pas elles deux ? »
« Où est sa chambre ! »
« Les flammes sont trop fortes, impossible de retourner à l'intérieur ! »
« Écartez-vous ! »
Au milieu des flammes rugissantes, le manoir du seigneur de fief brûlait — le manoir que Verdic voulait mettre la main. Mais même s'il s'effondrait, cela n'avait plus d'importance. La fille de Verdic, Isella Evans, était encore à l'intérieur.
« C'est dangereux, Monsieur Verdic. »
« Sire Raymond… Seigneur Raymond… Sauvez ma fille, je vous en prie. »
Verdic agrippa le bras de Raymond. Il était prêt à conclure un marché pour tout l'or que l'autre voudrait. Il offrirait tous ses biens si on le lui demandait.
Cependant, le visage de Raymond.
« …Monsieur Verdic. Je ne suis pas quelqu'un qui peut éteindre des flammes. »
Là, sur le visage de Raymond, Verdic vit un faible sourire.
Ce n'était peut-être qu'un jeu de lumière. Il avait peut-être mal vu. Raymond ne le repoussa pas franchement. Mais il continua de parler.
« Je ne connais pas bien cet endroit. Il vaudrait mieux régler la situation par l'intermédiaire des serviteurs. »
Il avait raison. Raymond était un chevalier. C'était un soldat, et le seigneur de fief lui-même n'était pas là. La situation était telle quelle.
Mais… Mais.
Qu'advient-il donc du cœur d'un homme ?
Quand Raymond sortit du manoir avec cette fille dans ses bras, Verdic s'effondra au sol, les yeux grands ouverts.
Sa fille désirait cet homme tant, voulait tant se l'approprier, et pourtant celui qu'il ramenait était Carynne Hare, pas Isella. C'était quelque chose que Verdic ne pouvait supporter.
« Inutile, beau parleur de merde. »
Ce que Verdic avait donné à Isella était défectueux. C'est ce que Verdic pensait de Raymond — un chevalier inutile qui n'avait pas sauvé sa fille.
Celui qui avait ramené sa fille, c'était Dullan.
Cet homme lugubre avait été si humilié par Isella, pourtant il n'hésita pas à la sauver. Même si Isella était désormais dans le coma après avoir inhalé trop de fumée, même s'il y avait une énorme brûlure sur son cou et des ecchymoses sur tout son corps, elle était encore en vie.
« Mais… Il ne serait pas étrange qu'elle décède n'importe quel jour. »
Quand Verdic tenta d'étreindre sa fille, qui avait miraculeusement survécu, Dullan l'arrêta en disant que cela pourrait être trop d'effort pour elle. À la place, Verdic confirma qu'Isella respirait encore en approchant un doigt de son nez.
Dullan dit plus tard à Verdic qu'il resterait dans son manoir pour continuer à soigner Isella. Verdic remercia Dullan. Ils n'étaient pas en bons termes, mais il était prêt à séjourner dans leur manoir familial pour le bien d'Isella. Derrière son apparence, c'était véritablement un saint qui utilisait ses capacités médicales pour le bien.
« Ce n'est pas permis. »
« Il vaudrait mieux que vous restiez en retrait. Cela concerne Mademoiselle Isella. »
On entendit une bousculade dehors.
« Ouvrez la porte ! »
Au cri de Verdic, le prêtre vêtu de noir entra lentement.
« …Seigneur Dullan. »
Dites-moi qu'elle va bien. Dites-moi que mon enfant pourra sourire à nouveau.
Cependant, la nouvelle que Dullan apportait était dénuée de tout espoir.
« La situation est très grave, Monsieur Verdic. »
« J… Je vois. »
« Elle est encore en vie. Prions pour que Dieu lui accorde Sa grâce, Verdic Evans. »
« Tant qu'elle est vivante, elle se réveillera un jour. N'est-ce pas, Révérend ? »
Verdic regarda l'autre homme avec insistance, cependant l'expression de Dullan n'était pas bonne. Il parla lentement.
« Je ne peux pas vous donner… de réponse définitive. Je veillerai sur elle tout en restant à ses côtés. Moi aussi… je souhaite le meilleur. »
Mais il allait de soi que la situation d'Isella était critique. L'expression de Dullan se plissa légèrement.
« Merci beaucoup… sincèrement. Merci, Révérend. Je ferai un don à la paroisse. Et s'il vous plaît, disposez de tout ce dont vous pourriez avoir besoin ici, dans ma résidence… »
« …Très bien. »
Dullan regarda le sol un instant, puis il dit à Verdic.
« …Alors, m'accorderiez-vous une faveur ? »
Verdic était prêt à payer n'importe quoi, même si ce qu'il demandait était une fortune.
Cependant, ce qu'il demanda n'était rien de ce qu'il aurait pu prévoir.
─────
Sous la loi de succession, le siège de seigneur de fief échut à Dullan.
Au lieu du siège de seigneur de fief, la propriété était à l'origine destinée à Carynne Hare, cependant l'incendie avait détruit tous les biens qui devaient lui revenir.
Ce n'était pas une surprise pour Carynne. Cependant, cela aurait pu être un coup de tonnerre pour 「 Carynne 」.
« Ce ne serait pas une mauvaise chose pour vous non plus. De devenir ma fille adoptive. »
« …Je suppose. »
Son père mourut à nouveau cette fois-ci, et Dullan devint seigneur de fief. La différence d'avec avant, c'est que 「 Carynne 」 ne voulait pas épouser Dullan, alors elle entra dans la maison Evans en disant qu'elle serait la femme de chambre d'Isella.
Mais à présent, elle était là en tant que fille adoptive de la famille Evans.
Carynne parcourut des yeux les papiers devant elle. Il n'y avait aucune raison pour elle de refuser. Comme le disait Verdic, elle n'y perdrait rien. Mais s'il y avait une chose sur laquelle elle voulait chipoter.
« Je suis désormais Carynne Evans. »
Elle n'aimait pas la sonorité de ce nom. Comme s'il l'avait deviné, les sourcils de Verdic tressaillirent.
Même si elles étaient ruinées, Hare restait Hare et Evans restait Evans. Il y avait une différence dans leur rang social.
Carynne pouvait déjà imaginer ce que la comtesse Elva dirait à Verdic — qu'il était un marchand qui essayait d'acheter un pedigree avec de l'argent.
« Le nom de famille d'une femme n'a pas tant d'importance de toute façon. Quand vous vous marierez, votre nom changera pour celui de votre mari. »
Mais votre fille non plus n'aimait pas trop cette idée.
« …Je vois. »
Carynne prit la plume et signa son nom.
À présent, elle n'était plus Carynne Hare, mais Carynne Evans. C'était quelque chose qu'elle ne pouvait éviter même en essayant d'y réfléchir. Il n'y avait pas d'autre option qu'elle puisse envisager de toute façon.
« Comment se présente l'emploi du temps ? »
« Demain. Je convoquerai le nombre minimum de personnes, donc il n'y a rien de spécial à préparer. »
« Je suppose. »
Carynne eut l'impression de devenir un perroquet. Il n'y avait pas beaucoup de différence entre eux.
Verdic parla brièvement de l'emploi du temps de la cérémonie de fiançailles. À cela, Carynne se rappela la cérémonie de fiançailles d'Isella dans le passé — c'était au début de l'automne à l'époque, mais cette fois, c'était au début de l'été.
L'histoire allait-elle continuer comme ça ? Allait-elle épouser Raymond à nouveau ? Son amusement excitant était-il fini à présent ?
Caynne pensa que c'était un peu ennuyeux. Après tout ça, elle allait juste épouser Raymond ?
Cette fois encore, l'intrigue avançait fin trop bien.
Qu'elle épouse Raymond en tant que fille adoptive de Verdic était fin trop lisse et glissant.
Au point d'être agaçant.
« Vous pourrez porter les vêtements de ma fille, et à partir de maintenant, vous pourrez apparaître en société en tant que ma fille. Soit vous, soit ma fille — c'est-à-dire ma vraie fille… Puisque vous n'avez toutes les deux pas encore fait vos débuts officiels dans le monde. »
Et j'épouserai aussi le fiancé de votre fille.
Verdic ne semblait pas très heureux de ce genre d'histoire.
Carynne non plus.