« …Qu'est-ce que c'est que ça. »
Carynne fixa à nouveau le visage de Tom.
Tom la fixa en retour. Il n'était pas en colère, ni ravi. Il affichait une expression différente de l'action hardie qu'il venait de manifester.
L'instant où Carynne vit cette expression, elle se découragea. Pourquoi ? Pourquoi fais-tu cette tête ? Alors pourquoi as-tu fait ça ?
« …Je, ne… »
…comprends.
Carynne ne pouvait pas saisir ce qui venait de se passer.
« Euh, heu, ouais. Je pige pas. T'es pas le protagoniste et… je pige vraiment pas. Toi, je veux dire, Tom n'aurait pas dû faire un truc pareil ici. Jusqu'à présent, c'est juste… je t'ai comblé de mes faveurs, je t'ai donné mon admiration, tu étais le tremplin de mon amour. »
Par dégoût d'elle-même, Carynne se referma sur elle-même.
C'est ça.
Au fond, Carynne ne considérait pas Tom comme important. N'agissait-elle pas sous l'impression de ce qu'elle croyait qu'une héroïne de roman ferait, c'est pour ça qu'elle avait sauvé Tom ?
« Ça ne va pas ? »
Son obsession dégoûtante pour la vie. Dès qu'elle vit comment il s'était brûlé la bouche, Carynne eut un pressentiment.
Cette fois encore, pour ses péchés, Tom allait mourir. Et comme c'était une conclusion plausible… Carynne en fut aussi convaincue.
Carynne était prête à se donner la mort.
« Je ne suis pas seulement décidée… »
Elle s'en réjouissait.
Est-ce que ça ne lirait pas comme une bonne progression, aussi ? Un scénario cliché. Une histoire de bien et de mal. Une histoire remplie de vengeance pour ses parents. L'histoire de tuer le tueur fou et d'atteindre enfin le bonheur.
Vivant péniblement une vie pleine de menaces et de moqueries, le garçon a commis un acte maléfique qui le mènerait à guérir progressivement… Mais un an seulement, c'était trop court. Si l'histoire était plus longue, un autre méchant apparaîtrait-il à l'avenir ?
Carynne se le demanda.
« Si tu… allais tuer quelqu'un, je pensais que ce serait moi. »
« …… »
À cause de sa langue sectionnée, il ne put que gémir et émettre des bruits, mais cela suffisait au garçon pour exprimer sa colère. Tom utilisa tout son corps pour montrer sa rage. En ayant observé toutes les méchancetés de Carynne, il en était venu à la connaître. Il avait percé sa folie et sa conviction.
« …Tu as trouvé comment me baiser. »
Carynne détourna son regard de Tom pour le porter sur le cadavre de son père. Le visage de l'homme autrefois beau était grotesquement déformé. Il avait dû se préparer à sa propre mort maintes fois, mais pas à ce genre de fin.
« Avec ça, es-tu satisfait ? »
Elle était curieuse. Était-il satisfait de ça ?
Les expériences passées de Carynne étaient, au final, extrêmement limitées. Carynne repensa à Tom tel qu'il était dans le passé. Tom était un gamin des rues dont le père était un violeur. En tant qu'héroïne, Carynne avait élevé Tom. Le garçon était mort finalement, mais sa mort était décrite avec un tel détail dans le roman.
« …Est-ce qu'on peut utiliser ce genre de dispositif de scénario ? Tu vises le qualificatif de "révolte du personnage secondaire", un truc comme ça ? Tu préfères ce genre de progression ? Tom. Thomas. Dis-moi. Qu'est-ce que t'en penses ? Ce que tu viens de faire, est-ce un acte de trahison du personnage secondaire rebelle dans le 「 roman 」 ? »
« …… »
Mais il n'y eut pas de réponse. Tom était muet. Parce qu'il avait sacrifié sa propre voix pour sa vie. Et à cet instant même, le silence de Tom était sa vengeance contre Carynne.
« Dis…-moi… »
Pourtant, Tom refusa de répondre, ne fit même pas un signe de tête ou une réaction.
Alors, il la fixa droit dans les yeux et releva les coins de ses lèvres.
Haha. Carynne laissa échapper un rire désespéré.
On aurait dit qu'on lui avait giflé le visage. Carynne ne trouvait aucune autre analogie à ce qu'elle ressentait à présent.
« Cette vie ne se passe pas comme je l'attendais. »
Carynne avait espéré changer de personnage.
Alors, pour comprendre l'histoire entièrement, elle devrait aussi essayer de comprendre ce garçon qui la regardait avec une telle peur dans les yeux mais qui avait tué le seigneur du fief comme ça. Si elle y arrivait, elle pourrait soulager cette lourdeur qui lui pesait sur l'estomac.
« Mais honnêtement, ça n'a pas d'importance. »
« ……! »
Juste à cet instant, elle sentit une présence.
Merde.
Carynne remarqua que quand Tom était parti en courant, il avait laissé la porte ouverte. Il se foutait d'elle jusqu'au bout.
Elle plissa les yeux vers la porte ouverte.
Là, elle vit une chevelur blond délavé. Il n'y avait qu'une seule personne avec cette couleur de cheveux dans tout le manoir. Face à cela, Carynne soupira et s'approcha de la porte, pensant que c'était peut-être une chance que ce ne soit qu'Isella.
Ce scénario s'était produit maintes et maintes fois. C'était la première fois que la mort du seigneur du fief était l'œuvre de Tom, mais ce n'était pas la première fois que le seigneur du fief mourait. De plus, ce n'était pas la première fois qu'Isella était témoin de la mort du seigneur du fief.
C'était encore écrit dans l'histoire. C'était gérable. C'était une histoire qui restait dans les limites de son contrôle.
Carynne marcha vers la porte.
Elle devrait encore travailler. Carynne visualisa dans son esprit une expression normale. Un visage qui conviendrait à cette scène. Ne pas rire. Ne pas se fâcher.
Elle fit un pas de plus.
Maintenant, elle avait le visage d'une fille sous le choc qui avait vu la mort de son père. Elle ébouriffa ses cheveux. Elle frotta autour de ses yeux pour estomper son maquillage. Des larmes coulèrent naturellement sur ses joues.
Un pas de plus.
À Isella, Carynne récita les répliques habituelles.
« I-Isella… Qu'est-ce que je fais ? Mon père, m-mon père… »
Puis, le dernier pas l'amena au seuil.
Carynne écarta la porte davantage, et là se tenait Isella. Les larmes de Carynne ruisselèrent abondamment. Et Isella —
« Ah. »
Un soupir suffit.
Avec ce soupir,
Carynne réalisa qu'Isella ne la croyait pas.
Et Isella, elle aussi, réalisa que Carynne l'avait remarqué.
─────
En soupirant, Verdic sortit sa pipe de sa poche de manteau. Il la bourra et l'alluma. De la fumée s'éleva tandis que son humeur s'assombrissait.
« C'est si dur d'élever une fille. »
Il aurait eu plus facile s'il avait eu une fille aussi bien élevée que Carynne Hare. Verdic aimait Isella de tout cœur, mais son comportement ce soir-là allait trop loin.
« …Merde. »
C'était par le mariage de sa fille avec Raymond qu'il obtiendrait les droits d'exploitation du diamant de la mine d'Helaion, garantis. Rien qu'à penser aux nombreux contrats et échéances que sa vient de piétiner, il avait déjà mal à la tête. La transaction déjà compliquée s'était encore plus embrouillée.
Non, n'était-elle pas déjà fichue ? La comtesse essaierait de fouiller dans les moindres défauts de Verdic ici. En premier lieu, n'était-elle pas déjà gentille avec Carynne Hare alors qu'elles ne se connaissaient ni n'étaient affiliées ? Verdic se sentait misérable du fait qu'Isella ait giflé Carynne juste devant la comtesse.
« …Pourquoi se préoccuper de tant de choses inutiles. Cette gamine devrait savoir quand reculer. Même dans cet endroit… »
Une fois sa colère retombée, ce fut l'amertume qui s'installa. Il voulait donner à Isella que de bonnes choses. Isella demandait pourquoi on ne lui donnait pas sa part et se plaignait, mais sincèrement, Verdic ne voulait pas le lui donner. Isella n'avait aucune once de modération.
Était-ce peut-être le privilège d'une fille ? Le sale boulot et la violence, c'est l'affaire des hommes. Isella n'avait pas à y tremper les pieds.
Verdic le croyait et n'en doutait pas.
Une femme n'avait qu'à porter de beaux vêtements, écouter de la musique, admirer de beaux hommes, pleurer, et élever ses propres enfants le moment venu.
« Comment diable Selena a-t-elle élevé Isella. »
Reprochant sa femme, Verdic baissa sa pipe. Lui et sa femme avaient, d'une manière ou d'une autre, réussi à vivre ensemble assez bien pendant de nombreuses années. Elle avait donné naissance équitablement à un fils et une fille et fermait les yeux sur les maîtresses de son mari. Elle était toujours connue comme une épouse sage.
Mais Isella était différente. Elle était sujette à la jalousie et se plaignait beaucoup. Après qui diable Isella tenait-elle ?
« …Haa. »
Verdic ferma les yeux et pressa son front qui battait. Prévoyant d'acheter une nouvelle femme dès son retour, il verrouilla fenêtres et portes, puis referma les yeux une fois de plus.
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Isella se forçait désespérément à réfléchir. Et maintenant ? Que devait-elle faire ? Elle s'était fait prendre. Elle s'était fait prendre.
« …Isella. »
« C-Carynne. Le s-seigneur du fief est m-mort… »
Exprime tes regrets. Pense qu'elle est une pauvre fille. Allez, pense qu'elle est à plaindre. Si je ne le pense pas du fond du cœur, je serai démasquée !
« O-Oh, Carynne… C'est une cho…se te…rrible. »
Ce n'est pas possible. Ma voix tremble.
Isella essaya de forcer son visage à esquisser un sourire, mais son corps ne bougeait pas comme elle voulait.
Carynne, elle, fut celle qui lui sourit. Son sourire était si naturel. Carynne répondit.
« Qu'est-ce que c'est, mademoiselle Isella. »
« Q-Quoi ? »
« Tu es une renarde rusée, toi. »
Carynne n'hésita pas. Le chandelier d'argent qu'elle avait caché derrière sa manche épaisse fut dégainé, visé précisément sur la tempe d'Isella.
« AHHHH ! »
« Depuis quand regardes-tu ? »
Avec un sourire ironique, Carynne s'approcha.
« Chut… Tu fais trop de bruit. »
« AHH ! AAAAHHH ! AAAAAAAHHHH ! »
« Je t'ai dit que tu faisais trop de bruit. »
Les dents blanches de Carynne brillaient dans l'obscurité. Un rire détestablement dégoûtant retentit. Ce rire ressemblait au bruit qu ferait un insecte retourné. Sous la belle apparence de cette fille, la folie se tortillait.
Isella devait reculer. Elle parvint à éviter un coup sur un point vital à cet instant grâce à sa nervosité. C'était à cause de cette énergie nerveuse qu'elle ne pouvait pas agir correctement, mais c'était aussi grâce à cela que sa vie fut épargnée. Isella s'enfuit immédiatement.
« Au secours ! Quelqu'un ! AAHH ! »
Carynne courut après Isella.
« Isella ! Un instant ! »
« AHHHHH ! »
Isella disparut en un instant.
« Ça ne prendra qu'un instant, però… »
Ce sera fait en une seconde. Ha, quel gâchis. Tout ça en pleine nuit, et pour quoi.
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