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Resetting Lady

Chapitre 157

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Chapitre 157

Chapitre 157

Chapitre 157/19879%~8 min de lecture1 553 mots

Raymond enchaîna en balbutiant quantité de choses sans queue ni tête, si envahi par l'émotion qu'il en tremblait. Les larmes coulaient le long de ses joues comme si le temps s'était arrêté, et il était si épuisé qu'il ne tenait plus sur ses jambes. Pourtant, il relevait la tête vers le visage de Carynne, la serrant toujours fermement d'un bras.

De l'autre main, il porta ses doigts à sa joue et la caressa. D'une voix rauque, il parla.

— Carynne, d'abord, il faut bouger. On ne peut pas rester ici longtemps.

— Oui, d'accord.

Alors que Carynne acquiesçait, Raymond la souleva et l'emporta dans ses bras. Il jeta un coup d'œil par la fenêtre, mais se détourna bien vite pour se diriger vers l'escalier.

— Mieux vaut descendre doucement.

— Tu enfonces des portes ouvertes.

Carynne songea aux conséquences de leur chute à cette vitesse, la dernière fois. Ça avait fait un mal de chien. Ce n'avait même pas été une mort instantanée. Bien qu'elle fût morte peu après, Carynne frissonnait encore au souvenir de chaque os de son corps brisé.

Même pour quelqu'un comme elle, si familiarisée avec la mort, la douleur restait une chose à laquelle elle ne pouvait s'habituer.

— Carynne. Carynne ?

— Oui.

— Ça va ?

Mais là, tout de suite, Raymond la tenait. Carynne cligna des yeux. Elle va bien. À présent, il y a quelqu'un qui se souvient d'elle, même après sa mort.

Elle regarda l'homme qui la portait dans ses bras. Cet homme qui la connaît, qui l'aime et la comprend.

Le seul au monde.

— Monsieur Raymond. Il y a quelque chose que je rêvais de faire.

— Vas-y, quoi que ce soit.

— Je peux te pincer à chaque fois que tu fais une blague nulle ?

— Mes blagues étaient donc si nulles ?

Il parut un peu surpris. Elle répondit sans détour.

— Oui.

— J'essaierai de faire mieux.

— Oui, fais-le.

Carynne rit, mais sa gorge se serrait étrangement. Raymond la portait, mais elle avait l'impression d'être bien trop haut.

— Euh, je peux marcher.

— Je ne peux pas te porter jusqu'en bas ?

— Ce n'est pas que ce soit interdit, mais…

Elle pensa qu'il vaudrait mieux qu'elle marche sur ses deux jambes. Dans ses bras, Carynne sentait les vibrations de chacun de ses pas tandis qu'il descendait l'escalier en colimaçon. Elle n'ajouta rien.

Bien que Raymond souriât, ses yeux, eux, étaient rouges et gonflés. Elle se résigna à se laisser porter. Il avait l'air si pressé de le faire.

— J'ai toujours voulu faire ça.

Raymond la serra plus fort en disant cela.

— Toi, vivante.

Le bruit de ses pas continua. Mais pas longtemps. La montée n'avait pas donné cette impression, pourtant le temps semblait filer plus vite à deux dans la descente.

Les murs de l'escalier en colimaçon ne renvoyaient que l'obscurité, et tourner ainsi sans fin donnait un peu le tournis, mais rien de tout cela n'avait d'importance maintenant.

Ce ne fut qu'au bas de l'escalier que Raymond rouvrit les lèvres. Il hésitait légèrement.

— Carynne.

— Oui.

— Je crois qu'il vaudrait mieux que tu fermes les yeux.

— Pourquoi ?

Carynne tourna la tête. Une odeur métallique distincte flottait. Elle comprit instantanément ce qu'il voulait dire, vu les taches de sang sur les murs.

Il avait été impossible à Raymond de négocier diplomatiquement, en premier lieu. L'odeur du sang était écrasante.

Raymond rapprocha doucement la tête de Carynne contre sa poitrine.

— Je suis désolé.

Pourtant, ses excuses ne s'adressaient pas aux personnes qu'il avait tuées — elles étaient pour Carynne. Désolé pour l'odeur. Ça doit te déranger. Rien que cela.

Cette puanteur caractéristique était partout. Tous les gens ici étaient morts. Parmi eux devait se trouver le duc ou l'enfant. Il aurait été naturel de demander : Comment as-tu pu tuer un enfant ? Mais avait-elle vraiment le droit de le dire ?

Non.

Se blottissant plus profond dans l'étreinte de Raymond, Carynne répondit.

— C'est bon.

Raymond était toujours de son côté. Et Carynne du sien. À présent, elle n'avait plus à réfléchir à la façon dont Raymond réagirait aux différents scénarios qui pourraient survenir. Quoi qu'elle fasse, il la comprendrait. Quoi qu'il fasse, elle, aussi, le comprendrait.

Honnêtement, Carynne était bien plus coupable que Raymond. C'est elle qui avait tué pour son propre plaisir. Raymond le savait aussi. Pourtant, le voilà qui s'excusait auprès elle d'avoir tué des gens parce que l'odeur la dérangeait.

Ici et maintenant, Carynne n'avait besoin que d'une seule chose.

Elle ferma les yeux. C'était sa courtoisie à lui.

Tandis que Carynne restait lovée contre lui, Raymond passa devant les corps étendus au sol.

Elle entendait le sang gicler indistinctement sous ses chaussures.

— Je vais bien.

Son chevalier ne serait plus le même qu'avant. Quelque chose avait dû radicalement changer à cause d'elle. Le Raymond qui ne se souvenait de rien du passé ne pouvait pas être le même que le Raymond actuel qui avait gardé ses souvenirs.

Mais peu importait qui il était, Carynne ne pouvait s'empêcher d'aimer Raymond. Plus il se sacrifiait pour elle, plus elle l'aimait.

Raymond déposa Carynne au sol devant le cheval qui les attendait. En fait, quelque chose la tracassait depuis la descente des escaliers.

— Tiens. Il y a quelque chose sur ta joue.

— Merci.

Quand Carynne lui tendit un mouchoir, Raymond le prit et s'essuya la joue brutalement. Ce qui la gênait, c'étaient ces légères traces sur son visage.

— Attends.

Carynne leva la main et essuya une fois de plus la joue de Raymond du bout des doigts. À ce geste, Raymond ferma les yeux et accepta son contact. Ce n'était rien, pourtant la sensation était saisissante pour une raison quelconque. Carynne retira sa main immédiatement.

À cet instant, même le simple fait de le regarder lui parut un peu étrange.

— Est-ce que j'en ai sur le visage, moi aussi ? demanda-t-elle.

— Non, il n'y a rien. On voyage à cheval, pas en voiture. Te sens-tu assez bien pour ça ?

Carynne baissa les yeux vers sa cheville et sa taille. Il n'y semblait pas y avoir de problème.

— Je vais bien, mais où allons-nous ?

— Chez moi.

— Ah.

La maison de Raymond n'était pas parfaite, mais elle était assez jolie. Exactement ce à quoi on s'attend d'un manoir historique de baron.

Bien qu'elle ne fût pas aussi somptueuse que le palais, elle était au moins plus splendide que la maison d'hôtes que la comtesse lui avait offerte auparavant. Et surtout, Raymond était parfait en ce qu'il n'imposait aucune restriction aux dépenses de Carynne.

Les jours passés dans cette maison étaient emplis de paix et de tranquillité. Jusqu'ici, la période qu'elle était autorisée à y séjourner n'avait été que brève, mais cette fois, elle pourrait en profiter à partir du printemps.

Donc, elle va chez lui à cette période de l'année. Tant de changements étaient arrivés à Carynne jusqu'ici, et c'était tout bonnement incroyable. Bien sûr, un miracle s'était produit, donc il n'était pas étrange que cela arrive aussi.

— Monte d'abord, Carynne.

Raymond la hissa en selle. Elle se glissa vers l'avant, et il monta derrière elle.

Assis ainsi ensemble, Carynne demanda.

— J'aimerais partir en voyage. On ne peut pas voyager un peu d'abord ?

Carynne était un peu déçue que ses plans aient été complètement contrecarrés. Dans cette boucle, elle avait été si décidée à partir en voyage, un voyage qu'elle n'avait jamais fait auparavant.

— Ah… Je suis désolé, Carynne. Il va falloir que tu me laisses du temps pour ça.

— Du temps pour quoi ?

— Remettons ce voyage à l'année prochaine.

— Quel intérêt de le reporter si loin avec une vie aussi courte que la mienne ?

Tout comme elle le disait, sa vie était vraiment courte.

— Je veux aller voir l'océan cet été. Je ne peux pas ?

Elle fut un peu surprise de s'entendre geindre. Tiens. Elle fait la gamine. Carynne se sentit un peu embarrassée tandis qu'il la calmait doucement.

— Carynne.

Tout en donnant de l'éperon au cheval, Raymond parla d'un ton affectueux.

— J'aimerais que tu restes à la maison pendant environ un an. C'est quelque chose pour quoi j'aurais besoin de ta compréhension, mais même si tu es contre, je n'écouterai pas. Et il faudra que je pense à contacter ta famille aussi.

— Oui, mon père doit être inquiet.

— Mais j'ai peur que tu repartes et que tu meures hors de ma vue.

— Bon, même si je suis devant toi, je mour… Oh, ne pleure pas. Mon Dieu.

Carynne regarda derrière elle distraitement, mais dut s'arrêter en plein milieu de sa phrase car Raymond était sur le point de pleurer à nouveau.

On dit que les larmes sont l'arme la plus puissante de toute femme, mais c'est pareil pour les hommes.

En tout cas, je préparerai tout cette année. Sois patiente encore un an. Après, on ira où tu voudras. Que ce soit la mer, la montagne, ou même un pays étranger. Où tu veux. Mais pas avant la fin de cette année.

— Mon Dieu, Monsieur Raymond. Tu ne sais pas que les hommes obsédants ne sont pas populaires ? Tu songes peut-être à m'enfermer dans ta chambre ?

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