Avant que l'expression de Carynne ne commence à se froisser, l'intendante ajouta vivement une chose, à titre d'excuse.
« Plus que quiconque, je crois que vous savez pourquoi, mademoiselle. »
« …C'est vrai. »
Bien sûr, Carynne connaissait la réalité de la situation mieux que l'intendante. Comparé à l'enquête sur la disparition d'une servante, il importait bien davantage de veiller au confort du prince Lewis dans cette résidence.
Même en une seule journée ici, à la capitale, plusieurs cas de femmes comme Donna disparaissaient. Très peu d'entre elles revenaient ne serait-ce que sous forme de cadavres. C'est le genre de monde où l'on vit.
Toc.
Carynne regagna sa chambre, dans l'annexe que la comtesse Elva avait mise à sa disposition.
Même s'il ne s'agissait que d'un bâtiment séparé, c'était un lieu de séjour fort luxueux, compte tenu de son origine comtale. Cet endroit n'était pas si mal.
Elle songea à Donna. Sa chambre n'était qu'à une courte distance de celle de Carynne.
Elle se dirigea ensuite vers un lieu où elle n'avait jamais mis les pieds.
Les servantes occupant cette chambre avaient changé au fil du temps. C'était Nancy qui y logeait le plus souvent. Parfois, c'était Sera. C'est la première fois que Donna y habitait.
Ce n'était qu'un caprice passager, mais Carynne pensait parfois à trancher la gorge de Donna un de ces jours. Elle y avait songé parfois après avoir étranglé Nancy.
Carynne n'appréciait pas le flux constant de confusion qu'on lui imposait. Elle avait l'intention de travailler dur dans cette vie — tuer, et tuer, et tuer encore. Elle voulait tester jusqu'où elle pourrait aller en évitant le regard de Raymond. Telle était la finalité de Carynne.
« Mais Dullan a tout gâché avec son stupide pari qui n'a même pas drôle. »
Le but qu'elle s'était fixé pour cette existence avait volé en éclats à cause de Dullan. Le divertissement de Carynne n'était devenu, en définitive, qu'une perte de temps. Même quelque chose d'aussi excitant que le meurtre.
La fin que Carynne avait souhaitée — elle valait moins que sa propre mort véritable.
Dullan avait mis un terme à la prochaine tentative de meurtre de Carynne, mais à présent, Carynne était de moins en moins enclin à maintenir ce pari.
Car l'amour de Raymond s'était finalement révélé identique à avant, inchangé. Cela aurait été plus intéressant s'il avait essayé de tuer Carynne, mais son amour immuable ravivait ses doutes.
Elle secoua la tête.
À cet instant, plus que Raymond ou Dullan, Carynne était curieuse au sujet de Donna. Tout comme la mort de Nancy avait montré quelque chose de nouveau à Carynne, quelles nouveautés pourrait-elle découvrir avec celle de Donna ?
D'ordinaire, les servantes doivent loger au manoir principal, cependant les servantes de Carynne la suivaient toujours où qu'elle aille. Nancy était considérée comme la médecin de Carynne, alors qu'en était-il de Donna ?
Criiic.
« Serait-ce si amusant s'il s'avérait que Donna est en réalité derrière les meurtres en série ? »
Elle ouvra la porte.
Et fut déçue.
La chambre de Donna n'était pas différente.
Carynne fixa le petit lit, la petite fenêtre, la petite armoire et le petit bureau — cette chambre ressemblait à n'importe quelle chambre de domestique. Juste ça. Une chambre comme celle-ci existait même au manoir Hare. Une chambre d'une banalité confondante.
D'ordinaire, les servantes partageaient une chambre à plusieurs, mais Donna était un peu différente. Comme elle était la servante d'une invitée, elle disposait d'une chambre à elle seule comme celle-ci. C'était une chambre un peu solitaire.
« Mais c'est encore mieux que la chambre de Monsieur Raymond. »
Elle examina la chambre temporaire de Donna. Elle différait de celle de Raymond, toujours organisée de façon à ce qu'il puisse partir sur-le-champ.
Ici, il y avait du maquillage, des vêtements et des fleurs.
Carynne s'approcha de la fenêtre.
« Des hortensias, hein. »
Elle inclina la tête en observant les fleurs. Il y en avait trop dans sa propre chambre de toute façon, alors si quelqu'un en réclamait, elle en donnerait volontiers une bonne quantité.
Donna avait mis un bouquet dans une bouteille en verre. L'avait-elle acheté avec son propre argent ? D'un côté, Carynne pensa que Donna dépensait son argent pour quelque chose d'inutile, mais elle remarqua alors quelque chose — les fleurs étaient encore fraîches.
« Avec des fleurs encore fraîches comme ça, n'est-ce pas la preuve qu'elle n'est pas partie depuis longtemps ? »
Mais n'était-ce pas déjà évident ?
Donna était encore là il y a quelques jours. Au fond de la bouteille d'eau — trop misérable pour qu'on l'appelle vase — il restait encore de l'eau. Mais Carynne ne pouvait rien en déduire de plus.
« Son bureau, je suppose ? »
C'était un petit bureau. Il y avait une autre tasse d'aspect grossier, mais elle était vide. Carynne supposa qu'il n'y avait en fait pas besoin que Donna en ait deux.
« Pas de journal intime, comme prévu… »
Elle chercha à voir si Donna avait un journal, ou quelque chose d'approchant, mais bien peu de gens tenaient un journal, à moins d'être des enfants. Les journaux sont un excellent moyen de connaître les pensées les plus intimes de quelqu'un, mais bien peu d'adultes consignent consciencieusement leur quotidien parce qu'ils sont occupés.
Carynne elle-même ne tenait pas de journal. Et elle n'était même pas si occupée que ça.
« …De toute façon, ça ne sert à rien pour moi puisque ça sera effacé. Ce n'est pas parce que je suis paresseuse. »
Maman a dû penser la même chose. Ah, je ne me plaindrai plus de ça à l'avenir, Maman.
Carynne rejeta nerveusement en arrière ses cheveux qui lui couvraient le visage, tout en s'excusant auprès de sa mère.
« C'est un peu bon marché… »
Elle se tourna vers le maquillage aligné sur une étagère. Maintenant qu'elle y pensait, Nancy mettait toujours du rouge à lèvres rouge — elle disait que le rouge était indispensable pour faire ressortir sa peau foncée. Carynne se fit une note mentale pour en acheter plus tard à la capitale pour Nancy.
« Bien sûr, dans la prochaine vie. »
Elle sourit à la pensée de Nancy, étouffant sous elle. Dans ses derniers instants, le visage de Nancy avait été un peu en désordre.
Carynne se regarda dans un petit miroir. Puis, elle fronça les sourcils face à elle-même, face à son visage que n'avait pas touché une servante.
Donna n'était pas là, elle devrait donc emprunter une autre servante plus tard.
Bientôt, elle se retourna et se dirigea vers le lit de Donna.
« Au final… je sais pas. »
Carynne s'affala sur le lit. Le cadre était étroit et le mince matelas dur. Allongée sur ce lit bon marché, sûr de provoquer des maux de dos à quiconque s'y étendrait, elle fixa le plafond.
Je le sais déjà bien.
C'est amusant ?
Je pense que c'est amusant.
Des gens, qui disparaissent.
C'est quelque chose qui n'est jamais arrivé auparavant.
Tout ce qui sort de la norme est une bonne chose. N'importe quel changement est amusant.
Non ?
« Aïe. »
Carynne changea de position sur le lit, se frottant le dos endolori. Qu'on dise ce qu'on veut sur ce lit bon marché, c'était tout de même trop.
Non, on dirait qu'il y a quelque chose qui se trouve en dessous.
Ça lui rappela un vieux conte. Il était une fois une princesse qui ne pouvait pas supporter la gêne causée par un minuscule pois posé sous les douze épais matelas sur lesquels elle était couchée — complets avec des couettes en plumes de canard par-dessus.
Mais ce sur quoi Carynne était allongée n'était pas un pois, et le lit de Donna n'était définitivement pas si épais. C'était un lit de servante après tout.
C'était quelque chose de bien plus gros qu'un pois…
Comme une boîte.
Quelque chose de cette taille n'aurait pas pu être mis là par erreur. N'importe qui grimacerait et se redresserait immédiatement à cause d'un truc de cette taille sous lui. Et même s'ils ne le voyaient pas, ils le remarqueraient sûrement dès qu'ils s'allongeraient une fois.
Elle se releva. Il y a quelque chose par terre sous le lit. Alors, elle allait le sortir.
Carynne attrapa le lit par son tissu. C'était un peu lourd, mais pas au point qu'elle ne puisse le soulever seule. Le cadre poussiéreux se mit à grincer, mais cela n'avait aucune importance. Quelque chose d'important était là-dessous.
« …Oh. »
Un coffre au trésor gisait là-dessous.
Carynne le tira vers elle, les yeux brillants.
« Un coffre au trésor ? »
C'était littéralement un coffre qui ressemblait à un coffre au trésor. Comme il était enveloppé de soie pourpre, Carynne arracha le tissu.
Une chose pareille jurait comme un cheveu sur la soupe dans une chambre de servante.
Quand le tissu eut été impitoyablement arraché, elle vit alors une boîte en bois brun clair.
Si elle l'ouvrait maintenant, qu'en sortirait-il ?
Carynne calma son excitation grandissante, un sourire tirant le coin de ses lèvres.
L'argent de Donna ? Un journal secret ? Non, probablement pas. Si c'était ce genre de choses, Donna les aurait emmenés avec elle en disparaissant.
Carynne s'attendait maintenant à ce que ce soit lié à elle-même.
Si Nancy était quelqu'un qui avait trafiqué les souvenirs de Carynne, alors peut-être Donna était-elle aussi liée à Carynne de manière similaire ?
« Ou si c'était en fait, bouuum ! Une bombe… »