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Reincarnated into Two Bodies

Chapitre 87

Reincarnated into Two BodiesReincarnated into Two Bodies
Chapitre 87

Chapitre 87

Chapitre 87/20044%~8 min de lecture1 592 mots

Ranette hésita après sa recommandation soudaine : « L'Homme à la cape bleue. » Elle cacha à nouveau son visage derrière le livre, le serrant comme un bouclier, ses yeux rouges jetant de temps à autre un coup d'œil par-dessus pour voir si j'avais réagi.

« "L'Homme à la cape bleue" ? De quoi ça parle ? »

Les doigts de Ranette se crispèrent sur le livre, et pendant un instant, je crus qu'elle allait se refermer sur elle-même. Mais elle marmonna : « C'est l'histoire d'un chevalier... avec une cape bleue... »

Ce monde... je le déteste.

D'après le titre, je supposai qu'il s'agirait soit d'une biographie d'une quelconque figure, soit d'un roman de fiction. Je m'approchai des rayonnages où était inscrit « fiction » sur une plaque dorée, et parcourus les dos des livres qui s'y trouvaient.

Je le trouvai et le saisis avec hésitation sur l'étagère du bas. « C'est celui-ci ? »

Je n'étais pas sûr que la fiction fasse partie de ma liste de lecture pour aujourd'hui. J'avais besoin d'informations exploitables pour asseoir ma position dans ce monde. Ceci dit, puisqu'elle avait pris la peine de le recommander, autant en profiter.

Ce livre ne pouvait pas être son unique favori. Pour me concilier ses bonnes grâces, je décidai de l'humorer un peu.

« Ça a l'air intéressant. » Je tins le livre d'une main et me tournai vers Ranette. « Tu as d'autres recommandations ? »

Ranette acquiesça lentement, l'air encore un peu incertaine. Elle se mit à avancer vers les rayonnages, me faisant signe de la suivre.

La petite pile de livres dans mes bras grossit régulièrement tandis que Ranette filait dans les allées comme un oiseau nerveux. Je ne savais ni comment ni pourquoi, mais elle devenait de plus en plus enthousiaste au fil du temps.

« C-c-celui-là, je pense qu'il te plaira ! » dit-elle avant de déposer un pavé de trois cents pages au sommet de la pile déjà massive que je portais.

Sans mes leçons d'étiquette sur l'équilibre, j'aurais enseveli Ranette sous ces tomes.

Je fus soulagé de constater qu'elle n'était plus aussi nerveuse qu'au début. Mais je devais être honnête : la collection qu'elle me constituait risquait d'être plus que je ne pouvais en porter.

« A-ah ! Comment ai-je pu oublier celui-ci ?! T-tiens ! » Elle lança un autre livre avec une précision remarquable au sommet de la pile.

« Euh... Ranette ? » tentai-je de lui parler à travers la tour de livres que je portais. « Non mais c'est un peu beaucoup, là — »

« Oh, celui-ci est parfait ! Tu devrais le lire aussi ! »

Elle n'écoute pas !!

À ce rythme, je finirais écrasé par la chose que j'aimais le plus au monde.

Je posai la tour de Babel sur une table voisine, poussant un soupir de soulagement pour ma vie. En y repensant maintenant, comment allais-je bien pouvoir lire tout ça ?

Ranette s'assit en face de moi, le visage encore à moitié masqué par un livre. Mais je sentais qu'elle m'observait de près, attendant visiblement de connaître mes impressions sur ses livres favoris.

J'étais coincé entre le marteau et l'enclume. D'un côté, je pouvais avaler la pilule et commencer à lire les livres qu'elle m'avait donnés. Mais alors, je ne pourrais pas lire ce que je voulais vraiment ici. Nous n'avions pas non plus toute la semaine, puisque Mère avait dit que nous partirions demain matin. De l'autre, je pouvais simplement décliner poliment son offre et lire ce qui m'intéressait vraiment.

...Mais quel genre de cousin serais-je si je la décevais comme ça ?

Je me motiva et me préparai à lire les recommandations de Ranette. Certes, je ne pourrais pas lire ce que je voulais, mais il y aurait toujours une prochaine fois ! Lui briser le cœur maintenant juste pour avancer plus vite serait contre-productif.

« Très bien, merci pour toutes ces recommandations ! Je vais commencer à lire alors. »

Je vis les yeux de Ranette s'illuminer. Ou était-ce simplement le reflet sur ses verres ? Dans les deux cas, elle avait l'air ravie, alors je me sentis un peu soulagé.

Je divisai la pile en deux, juste pour m'assurer qu'elle ne s'effondrerait pas comme une mauvaise partie de Jenga. Après avoir rangé les choses proprement, je pris le premier livre et commençai à lire. Je ralentis aussi intentionnellement ma vitesse de lecture pour donner l'impression que je lisais vraiment, vu que mes yeux étaient assez rapides. Je ne voulais pas que Ranette pense que je ne faisais pas attention à ses livres.

J'espérais que certains contiendraient des renseignements utiles.

Tous, sans exception, étaient des romans d'amour.

Mon cerveau mit du temps à traiter l'information. Il y avait forcément une erreur. Je feuilletai quelques pages, espérant ne faire que des hallucinations. Mais ça empirait à chaque page tournée. Certaines scènes devenaient même bizarrement torrides...

Ce... ce n'était pas possible.

Même L'Homme à la cape bleue ! Je croyais que c'était une histoire de héros, ou une biographie survoltée d'un chevalier renommé. Mais non, même celui-là était un roman d'amour ! C'était juste l'histoire typique d'une « princesse secourue » du point de vue de la princesse !

Mes yeux se portèrent sur Ranette, qui était maintenant perchée sur le bord de sa chaise, son visage à peine visible par-dessus le rebord du livre qu'elle tenait. Elle me fixait, dissimulant à peine qu'elle guettait ma réaction.

Je me retournai vers la table, farfouillant désespérément dans la pile à nouveau. Il devait bien y avoir quelque chose d'utile ici. Des livres sur les maths, la politique, l'économie, n'importe quoi !

Mais non. Chaque single d'entre eux traitait de l'amour. Le sort s'acharnait.

Mes yeux se portèrent sur Ranette, qui était maintenant perchée sur le bord de sa chaise, son visage à peine visible par-dessus le livre qu'elle tenait. Elle me fixait avec une anticipation à peine dissimulée. Je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais pas lui briser le cœur avec la vérité.

Ce n'était pas que je déteste les romans d'amour. C'est juste que les romans de fiction en général n'étaient définitivement pas faits pour moi. Mes yeux peuvent absorber des tonnes d'informations en un clin d'œil, mais c'est tout, ils ne font qu'« absorber » l'information. Cela signifiait que pour n'importe quel roman de fiction que je lisais, je n'avais même pas le temps d'imaginer les scènes dans ma tête ! Au moment où j'essayais, j'avais déjà tourné trois pages plus loin.

Lutter contre mon instinct de dévorer ces livres était déjà assez dur, mais là, j'étais coincé avec des histoires que je ne pouvais même pas apprécier correctement !

D'après son apparence, et d'après ce qu'avait dit Tenard, je pensais que Ranette serait du genre studieuse et érudite. Je ne dis pas qu'elle ne peut pas avoir ses passe-temps, mais ça ? C'était de l'overdose.

« Euh... » La voix douce de Ranette traversa mes pensées en tourbillon.

« E-e-est-ce que... tu les aimes ? »

Je jetai un coup d'œil à la pile, puis à son visage. Mon instinct hurlait de lui dire la vérité, d'avouer que je ne supportais plus cette torture. Mais ces yeux rouge sombre pleins d'espoir. La façon dont elle tripotait le bord de son livre comme un mignon hamster...

Quel genre de monstre serais-je pour détruire ça ?

Alors, contre tous les instincts de mon esprit et de mon corps, je décidai de sourire. « Ils sont tous merveilleux ! J'ai hâte de lire la suite ! »

La tête de Ranette s'inclina légèrement. « Vraiment ? »

Elle baissa son livre, me regardant plus franchement maintenant. Puis, d'un lent clignement, ses yeux se fixèrent dans les miens.

Un instant, je crus que la conversation était finie. Mais elle ajouta : « Tu n'es pas obligé de te forcer, tu sais. »

Ranette ajusta ses lunettes, détournant le regard comme si elle n'avait pas juste fait tomber un bloc sur ma tête. « C-c'est bon, dame Carine. Ch-ch-chacun a ses g-g-goûts... »

Il existe un Talent pour ça ?!

Oh non. Oh non, non, non.

Qu'est-ce que je fais ?! Qu'est-ce que je dis ? Y a-t-il un moyen de bluffer face à un Talent comme ça ?!

Mais avant que je ne puisse paniquer davantage, Ranette offrit un timide sourire compréhensif. « C-c'est bon, dame Carine. T-t-tout le monde a ses p-p-préférences... »

Le soulagement m'inonda, faissant presque affaisser mes épaules. Elle n'était pas offensée ! Je remerciai les seigneurs du ciel pour cette bénédiction. Mais juste au moment où je croyais m'en tirer indemne, elle assena le coup de grâce.

« D-du coup, » continua-t-elle, son ton soudain plus brillant et ses lunettes scintillant davantage, « on v-va juste continuer à lire ! J-je suis sûre qu'on... va trouver un livre que tu aimeras dans mes recommandations... »

Je la fixai, stupéfait, pendant qu'elle se remettait à farfouiller dans la pile de romans. « I-il y a beaucoup de genres dans le roman d'amour seul. Peut-être que tu aimeras... celui-là, le déprimant ? » Elle retira un livre de la pile avec la précision d'un maître du Jenga.

« R-Ranette, » bredouillai-je, la voix légèrement cassée, « j-je crois que j'ai déjà pas mal de livres — »

« N-n-ne t'inquiète pas ! » m'interrompit-elle. « On va trouver celui qui te convient, d-d-dame Carine. J'en suis sûre. »

Cet enthousiasme. Cette réticence à écouter. Tout cela me semblait familier. Puis ça me frappa...

Tel oncle, telle nièce.

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