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Reincarnated into Two Bodies

Chapitre 84

Reincarnated into Two BodiesReincarnated into Two Bodies
Chapitre 84

Chapitre 84

Chapitre 84/20042%~7 min de lecture1 318 mots

L'attente prit fin lorsque les portes s'ouvrirent en grand. Un homme aux cheveux verts ondulés et aux lunettes entra dans la pièce d'un pas nonchalant, ajustant son col au passage. Au moment où Père posa les yeux sur lui, il bondit pratiquement du canapé.

C'est donc ça, l'oncle Tenard.

Il ressemblait exactement à ce dont je me souvenais : grand, doux, et profondément fatigué. Ces cernes sous ses yeux auraient pu rivaliser avec la poche d'un kangourou.

« Ah, Tenard ! » s'exclama Père, allant droit pour l'une de ses étreintes d'ours caractéristiques. L'oncle Tenard parvint juste à se préparer, tapotant maladroitement le dos de Père en retour.

« R-Ravi de vous revoir, Votre Grâce », dit l'oncle Tenard, son sourire poli semblant un tantinet forcé. Son regard balaya la pièce. « J'espère que le voyage de tout le monde s'est bien passé ? »

« À peine », coupa Mère, son ton aussi glacial que l'hiver dans la capitale. J'aurais juré avoir vu l'oncle Tenard tressaillir. Visiblement, il connaissait la musique.

« Mais », continua Mère, sa voix s'adoucissant en quelque chose d'à peine chaleureux, « ça peut attendre. C'est bon de te voir en forme, Tenard. »

« A-Ah, l'honneur est pour moi, Votre Grâce ! » bafouilla l'oncle Tenard, visiblement soulagé.

« Oh, allons ! » Père passa un bras sur les épaules de l'oncle Tenard. « Assez avec les formalités ! On est de la famille, non ? »

« S'il vous plaît, Votre Grâce. Ce n'est guère approprié », protesta l'oncle Tenard, sans faire grand effort pour écarter Père.

Mère se massa le front et soupira. Je supposai que c'était parce que Père redevenait trop familier, mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Si j'avais eu un frère ou une sœur et que je ne les avais pas vus depuis des lustres, j'aurais probablement réagi de la même façon.

Juste pas avec Fray, par contre.

Elle m'aurait tué à force de gentillesse sous forme de câlin.

Ils se lancèrent dans une conversation de banalités : comment ils allaient, l'état des affaires, même le temps maussade ces derniers temps. Passionnant. Ils semblaient absorbés, cela dit, alors je n'osais pas les interrompre.

« Et Dame Carine », dit soudain l'oncle Tenard, posant son regard sur moi. « Cela fait un moment, non ? Vous avez tellement grandi depuis la dernière fois. »

J'acquiesçai poliment, lui offrant mon meilleur sourire. « Ravi de vous revoir, Oncle Tenard. »

« O-Oncle ? » Ses mains tâtonnèrent sur les branches de ses lunettes. « Mon Dieu, c'est une première… Mais c'est charmant de vous revoir aussi, Dame Carine. Ranette sera ravie que vous soyez là. Malheureusement, elle est occupée pour l'instant. »

Ah, Ranette. Ma cousine. Les quelques fois où j'étais venue au domaine principal, elle m'épiait toujours depuis derrière les portes, sans jamais dire grand-chose. En y repensant, j'aurais probablement dû faire plus d'efforts pour lui parler. Elle était la chose la plus proche d'une sœur que j'avais, après tout.

Puis je me demandai pourquoi j'étais enfant unique. Qu'arriverait-il si quelque chose m'arrivait ? Toute la lignée serait foutue, non ? N'aurait-il pas été plus sensé d'avoir deux ou cinq héritiers potentiels, au cas où ?

Je n'avais pas dit que j'étais malheureuse d'être l'héritière, juste que je trouvais ça un peu bizarre, c'est tout.

« Vous mettez déjà Ranette au travail ? » demanda Mère, relevant un sourcil. « Je comprends la valeur de les former jeunes, mais n'avez-vous pas peur qu'elle gâche quelque chose d'important ? »

L'oncle Tenard rit en se grattant la nuque, gêné. « En fait, elle s'est proposée pour être mon assistante. Pour être honnête, elle est meilleure pour organiser les choses que moi. »

« Impressionnant. » Mère hocha la tête, ses lèvres s'étirant en un sourire rare.

Voir ma cousine recevoir des éloges me rendit un peu jalouse et un peu anxieuse. J'espérais ne pas être comparée à ma cousine dans un avenir proche.

Le reste de la réunion se déroula dans un flou de conversations polies et de tasses de thé qui s'entrechoquaient. J'étais contente d'avoir eu une formation à l'étiquette du thé, donc je réussis à boire mon thé sans trop m'inquiéter. J'aurais vraiment voulu que ce genre de formalités n'existe pas, surtout lors des réunions de famille. Je voulais juste siroter mon thé, bon sang. Pas m'inquiéter pour mes auriculaires.

Tout en continuant d'être une observatrice silencieuse des interactions de mes parents avec l'oncle Tenard, je remarquai quelque chose d'étrange. L'oncle Tenard était formel, comme attendu de quelqu'un face au chef de famille, mais cela commençait à sembler un peu trop formel.

Pour quelqu'un qui était censé être de la famille, l'oncle Tenard agissait davantage comme un serviteur dévoué. Il appelait Père « Votre Grâce », de même que Mère. Il semblait se rabougrir légèrement chaque fois que Mère jetait un coup d'œil dans sa direction, bien que je pensai que c'était juste son instinct de survie qui se manifestait, cela commençait aussi à me paraître suspect.

Pas une fois il ne se détendit. Son dos resta droit comme un I et ce sourire poli resta figé en place, peu importe à quel point Père essayait d'être décontracté.

Je continuai à observer et à siroter mon thé en silence, me disant que je devais trop réfléchir. Mais ensuite, la théière se vida.

« Votre Grâce, dois-je faire préparer plus de thé par les serviteurs ? » demanda l'oncle Tenard, déjà à moitié levé.

Père grogna, le faisant rasseoir d'un geste de la main. « Oh, allons, Tenard ! Assez avec ces conneries de "Votre Grâce". Appelle-moi juste frère, comme avant ! »

« V-Votre Grâce, je ne devrais pas vous appeler ainsi. Après tout », l'oncle Tenard repoussa ses lunettes. « Nous ne sommes pas vraiment frères. »

« Haha ! Arrête de plaisanter », dit Père, riant pour détourner. « Nous sommes pratiquement frères déjà ! »

Qu'est-ce qu'il veut dire par "pratiquement" ?

Je veux dire, j'allais rarement au domaine principal, c'est sûr, donc je n'ai jamais eu beaucoup de temps pour parler avec l'oncle Tenard. Mais tout ce temps, Père m'a appris qu'il était son petit frère, AKA, mon oncle.

« Dame Carine ? » La voix de l'oncle Tenard traversa mes pensées. « Vous avez l'air un peu perturbée. C'est le voyage ? »

Même l'oncle Tenard pouvait voir mon air stupidefait. Ces quatre yeux n'étaient pas pour rien.

J'avais besoin de réponses, et rester vague n'allait probablement pas m'aider. Il n'y avait donc aucun intérêt à être subtil. « Oncle Tenard, qu'est-ce que Père veut dire par "pratiquement frères" ? »

Son regard se porta sur Père, qui s'intéressa soudain beaucoup à sa tasse de thé.

« Vous... ne lui avez pas dit ? » demanda l'oncle Tenard.

Comme Père continuait à éviter son regard, l'oncle Tenard soupira et se tourna vers moi, ajustant de nouveau ses lunettes. « Je ne suis pas le frère de votre père par le sang. Ma famille descend d'une branche cadette, loin de la branche principale. Le serment des Sareid nous a séparés de la lignée directe il y a des générations. »

Attendez, d'accord, donc… on m'a menti toute ma vie ? Pourquoi personne ne m'a parlé de ça ?!

J'ouvris la bouche pour dire autre chose, probablement quelque chose d'intelligent ou de digne, mais tout ce qui en sortit fut : « Est-ce que ça veut dire que je dois arrêter de vous appeler Oncle ? »

« L'oncle » Tenard cligna des yeux, manifestement pas préparé à la question. « Je... suppose que non ? »

Honnêtement, qu'est-ce que j'aurais pu dire d'autre ? Mon cerveau tournait encore en rond, et je ne voulais vraiment pas que le silence gênant s'éternise. C'était le mieux que j'ai trouvé.

Mes yeux super performants ne venaient pas avec un cerveau super performant, d'accord ?

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