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Reincarnated into Two Bodies

Chapitre 73

Reincarnated into Two BodiesReincarnated into Two Bodies
Chapitre 73

Chapitre 73

Chapitre 73/20037%~6 min de lecture1 091 mots

Assis sur le tatami, l'esprit encore en train de digérer ce qui venait de m'arriver, je me retrouvais à côté de moi-même. J'échangeai des regards avec mes deux moi, comme si moi-même je m'interrogeais.

De l'autre côté de la salle, les autres élèves observaient avec des expressions allant de l'envie à l'hostilité pure. La plupart marmonnaient dans leur coin, et j'avais la malchance de les entendre distinctement.

« Il doit tricher. »

« Je le tuerais si j'en avais l'occasion. »

« Un roturier... Vraiment insupportable. »

Je me cachai le visage dans les mains, poussant un long soupir. Père... Pourquoi as-tu dû mettre Feyt avec Carine ? Je croyais que je pourrais me lier d'amitié avec les autres, mais j'étais devenu l'ennemi public numéro un à la place.

Père se tenait au centre de la salle d'entraînement. Il battit des mains, ce qui détourna les regards assassins des élèves de moi. J'eus l'impression de pouvoir respirer à nouveau.

Toute l'attention braquée sur lui, la salle plongée dans un silence de mort, Mère marcha derrière lui et lui tendit un sabre d'entraînement avant de reprendre sa place près du tableau noir.

« Merci, Reina », dit Père en hochant légèrement la tête. Son excitation retomba enfin. « Maintenant alors. »

Il frappa le sol du tatami de la pointe de son sabre d'entraînement, produisant un claquement sec qui fit sursauter même ceux qui étaient attentifs.

« Les jeux d'aujourd'hui s'arrêtent ici. Commençons l'entraînement. » Père tourna la tête sur le côté. « Instructrice, si vous voulez bien ? »

Sans prononcer un mot, Mère saisit un morceau de craie et commença à écrire sur le tableau. Elle traça les lettres avec la finesse et l'élégance attendues d'une dame noble, et une fois terminée, un seul mot était mis en évidence sur le tableau.

J'entendis les élèves grogner et marmonner entre eux.

« C'est la cinquième fois ce mois-ci ! »

« Quand est-ce qu'on aura droit à un vrai entraînement ? »

« C'est sûr que c'est la faute de ce roturier. »

Attendez une minute. En quoi c'était ma faute ?!

« Silence ! » La voix tonitruante de Père fit taire la salle. L'atmosphère bascula presque instantanément. « Est-ce que j'entends des plaintes ? Vous croyez tous que vous êtes trop bons pour notre enseignement maintenant ? »

Je me raidis instinctivement dans mes deux corps. Le revirement de Père était comme un interrupteur, c'était aussi un bon moyen de savoir que la leçon commençait pour de bon. Au fond de moi, je m'y attendais. J'étais sa fille après tout.

Mère avança, sa voix tendue comme d'habitude. « Quiconque se plaint de cette leçon n'est pas digne de tenir une épée, sans parler de la manier. » Elle leva son propre sabre d'entraînement et le pointa vers les élèves. « Les bases sont l'ossature de votre talent. Sans elles, vous n'êtes pas des chevaliers, juste des enfants qui jouent avec des bâtons. »

Un élève leva la main, un cadet. Les autres autour de lui le regardèrent comme pour dire « Qu'est-ce que tu fais, idiot ?! »

Mère releva le menton et le toisa du regard. « Raymond, qu'as-tu à dire ? »

Raymond, celui qui avait essayé de m'agresser pour finir par baiser le tatami. Il avait un petit pansement sur le nez, et je fus légèrement soulagé de voir qu'il n'était pas trop blessé. Cela dit, j'avais le pressentiment qu'il marchait vers sa perte.

Il se redressa vivement, le visage tourné vers l'avant. « Instructeurs, si je peux me permettre. Je crois que nous avons appris les bases plus que suffisamment. N'est-il pas temps de nous concentrer davantage sur les techniques ? En tant que cadet, je n'ai encore appris aucune technique ! »

Sur le visage froid de Mère apparut un petit sourire en coin. « Appris plus que suffisamment, dis-tu ? » Elle verrouilla son regard sur moi, Carine. « Carine chérie, avance donc. »

J'étouffai l'envie de soupirer en me levant. « Oui, Mère. »

Je m'avançai en laissant mon autre moi derrière moi et reçus le sabre d'entraînement de Mère.

Mère se tourna vers Raymond, toujours debout. « Raymond. Viens ici. »

Raymond s'avança prestement et se posta face à moi, le visage nerveux mais déterminé, comme s'il était sûr de faire bonne impression sur tout le monde.

Mère lui tendit une épée sortie du râtelier, une vraie lame d'acier.

« Heu... Instructrice ? » demanda Raymond, tenant l'épée nerveusement. « Pourquoi est-ce que je... »

« Tiens cette épée correctement », ordonna Mère. « Si tu parviens à attaquer Carine ne serait-ce qu'une fois, j'écrirai une lettre de recommandation sur-le-champ. »

Raymond écarquilla les yeux. « V-Vraiment ?! Je le fais ! » Sa poigne sur l'épée se crispa tandis qu'il me dévisageait.

Tu n'en fais pas un peu trop ?!

La lettre de recommandation, c'était la raison principale pour laquelle beaucoup voulaient entrer à l'école du style d'épée des Sareid. Vu les exploits de Père et Mère comme épéistes, obtenir une lettre de recommandation d'eux équivalait à un laissez-passer gratuit pour la haute société des chevaliers.

Peu d'élèves l'obtenaient jamais, mes parents en donnant rarement. Seuls les meilleurs des meilleurs l'avaient jamais eue. C'est pourquoi Raymond sauta sur l'occasion et braqua sa lame sur moi, attendant le signal.

Je ne m'attendais pas à me retrouver face à une vraie épée pendant l'entraînement. Si ce truc me touchait, est-ce que je finirais de nouveau alité comme la fois dernière ?

Mère, qu'est-ce qui t'a pris ?!

« Carine, prends la garde. » Mère se tourna vers Raymond. « Toi aussi. »

Nous acquiesçâmes tous les deux en prenant la garde de base. Mais alors, je remarquai quelque chose.

Raymond... il n'est pas branlant ? Non, branlant n'était pas le bon mot. C'était comme si je pouvais le voir tomber de multiples façons rien qu'à partir de cette garde. Sa poigne était ferme mais tremblante, ses épaules trop basses, et ses pieds écartés comme s'il s'apprêtait à recevoir un taureau, pas à faire un duel.

Sa garde était techniquement correcte, mais les petites erreurs s'additionnent, et Raymond en était la représentation physique. D'où je me tenais, je voyais toutes les possibilités, presque toutes se terminaient par lui qui baisait le tatami, encore.

C'était un désastre qui n'attendait que d'arriver !

C'est alors que je compris ce que Mère voulait que je fasse.

Avec un sourire en coin, Mère recula et leva la main. « Commencez ! » La voix de Mère résonna.

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