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Reincarnated into Two Bodies

Chapitre 126

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Chapitre 126

Chapitre 126

Chapitre 126/20063%~12 min de lecture2 201 mots

Les cours allaient commencer. J'entrai la première en tant que Carine, la première élève dans la salle d'entraînement. Père était déjà là, rangeant quelques papiers. J'aperçus le contenu, qui semblait détailler les trois nouveaux élèves, rien de bien intéressant. Ses yeux s'écarquillèrent de plaisir en me voyant.

« Carine ! En avance comme toujours, je suis ravi de te voir. » Il posa ses papiers avec un léger claquement avant de se tourner directement vers moi. « Je suppose que tu es prête pour le cours ? »

« Bien sûr, Père », répondis-je en hochant la tête. « J'ai hâte de réapprendre l'épée avec toi. »

Père acquiesça avec un sourire chaleureux. « Bien, bien. Assieds-toi maintenant. Je termine encore quelques détails pour les nouveaux élèves. »

J'opinai du chef et obtempérai, prenant place près du fond de la salle.

J'arrivai en tant que Feyt au milieu des autres élèves, prenant mon temps exprès pour ne pas avoir à m'asseoir seul avec moi-même.

Alors que les élèves entraient un par un, Père se tenait près de la porte pour les saluer tous d'un hochement de tête et d'un sourire. Je fus rassuré de le voir tel qu'en lui-même, malgré ce qui s'était passé avec Mère. Ou alors, ce n'était qu'une façon de préserver une apparence de normalité dans cette maison.

Mais dès qu'un élève particulier entra, son sourire disparut. Père le dévisagea depuis le seuil tandis qu'il allait s'asseoir sur le tatami, derrière tous les autres élèves, en posant son lourd sac à côté de lui.

Et cet élève était… Raymond ?

Je ne compris pas tout de suite ce qui se passait. Était-il aussi surpris que moi que Raymond décide de revenir au cours ?

Non, Père aurait habituellement été ravi, d'après ce dont je me souvenais.

Je n'eus pas le temps d'y réfléchir davantage. Dès que le dernier élève eut pénétré dans la salle, Père referma la porte et nous fit face.

Puisque les nouveaux élèves faisaient leurs débuts aujourd'hui, cela signifiait que Père organisait la traditionnelle fête de bienvenue, une embuscade surprise. Il semblait décidé à ne pas l'annuler.

En chemin, j'avais aperçu quelques domestiques faisant visiter le manoir aux nouveaux élèves. Je supposais qu'Eliza avait fait de même pour moi à l'époque avec ses chemins tortueux. Cela avait donné à Père et aux élèves qu'il avait choisis pour l'embuscade le temps de se mettre en place.

Parlant d'élèves, Père en avait désigné quatre, relativement nouveaux, pour être les acteurs de la surprise. Trois, je les connaissais à peine, hormis leurs visages, tandis que le quatrième, je le connaissais très, très bien.

Nous nous tînmes tous les quatre à l'avant et l'on nous remit des épées en bois. Je regardai la mienne et eus peine à réprimer un rictus.

Je n'aurais pas cru que ce serait à mon tour d'être humilié devant tout le monde.

J'avais un peu peur de rater lamentablement et de baiser le sol. Je m'y attendais au début, vu ma propre fête de bienvenue. Puis, j'avais été un cas à part… Père et Mère avaient tous deux été surpris que je ressorte indemne de l'embuscade, après tout.

Ce qui voulait dire que ces nouveaux élèves allaient se faire rosser. Un peu cruel, hein ? Bonne nouvelle pour moi, ceci dit. Tant que je ne faisais rien de stupide ou que je n'escaladais aucune porte, je devrais m'en tirer.

Toujours, où'étais-je censé me cacher ? Tous les postes de bon sens étaient déjà pris.

Deux d'entre eux étaient déjà postés près des portes. Un autre se cachait derrière le râtelier à armes, commodément placé. C'était exactement la même configuration que celle qu'on m'avait fait subir, est-ce qu'ils n'ont aucune reconnaissance de base des schémas ?

On aurait cru qu'ils changeraient après ce qui était arrivé à la fournée précédente d'élèves qui avaient tenté exactement la même chose…

Pas étonnant que Raymond ait essayé d'escalader la porte, il n'y avait vraiment nulle part pour les surprendre.

Au final, je décidai de simplement rester en plein vu, mon épée d'entraînement discrètement cachée derrière mon dos, prêt à les accueillir d'un sourire forcé.

Quand ces portes s'ouvrirent, j'aperçus brièvement trois visages avides aux yeux brillants, visiblement excités par cette opportunité d'apprendre des meilleurs des meilleurs… pendant une demi-seconde à peine.

Inutile de dire que les épées en bois anéantirent leurs espoirs et leurs rêves en un instant.

Des gémissements et des grognements emplirent l'air tandis que les nouveaux élèves gisaient étalés sur le sol. Ils étaient encore conscients, car on nous avait ordonné de ne pas frapper de toute notre force. Mais ils étaient clairement sonnés, ne comprenant pas ce qui se passait, les yeux furetant dans tous les sens.

Les trois élèves à mes côtés, chargés de l'embuscade, semblaient satisfaits d'eux-mêmes.

« Hé ! On l'a fait ! »

« C'était étonnamment facile. »

« Je pensais qu'ils riposteraient au moins… »

Ils avaient visiblement les mêmes pensées que moi.

Je poussai un soupir et me rassis, à côté de moi-même bien sûr. Je ne connaissais guère les gamins par ici, après tout. Je ne m'assis pas juste à côté de moi-même non plus, j'avais mis une longueur de bras entre nous deux, juste au cas où.

Les élèves autour de nous chuchotaient à propos de l'embuscade réussie. Mais dès que Père se leva de son bureau, la pièce tomba dans le silence.

Il s'avança vers les nouveaux élèves qui se relevaient, les mains croisées dans le dos. Il avait une expression grave. Là où il aurait d'ordinaire plaisanté ou ri de bon cœur, il se contenta de rester là, les fixant de ses yeux perçants.

Il fit un petit signe de tête et s'adressa aux élèves.

Ils essayaient déjà de le faire.

Mais la voix assurée de Père les fit se redresser en catastrophe, un peu chancelants, mais ils y parvinrent. Père attendit une seconde avant de parler à nouveau.

« C'est votre première vraie leçon de ma part », sa voix était calme, résonnant dans toute la salle silencieuse. « Soyez sur vos gardes, toujours. »

Il fit les cent pas entre eux. « Une attaque peut venir de n'importe où, à n'importe quel moment. Si vous hésitez, si vous baissez la garde, vous vous retrouverez par terre avant longtemps. » Son regard balaya le reste de nous, assis, s'attardant longuement. « Ou pire. »

Père fit demi-tour d'un coup de talon sec, revenant au centre du devant.

Je restais perplexe face à ce brusque changement d'humeur. Où était passée son attitude douce d'avant ? Tout ce que je percevais de lui, c'était… de la suspicion. Mais pourquoi ?

Père prit une craie au tableau et se mit à écrire. Les bruits forts, brusques et râpeux des mots tracés emplirent la pièce. Peu après, écrit en gros caractères sans concession, apparut le mot :

Avec les oreilles de Feyt, j'entendis tout le monde retenir ses grognements d'agacement. On ne pouvait pas leur en vouloir, puisque j'en retenais un — non, deux — moi aussi. Ma prédiction s'était réalisée, et je m'en voulais à moi-même.

Après ce que Mère avait fait quand les élèves s'étaient plaints, j'étais sûr que personne ne voulait provoquer une nouvelle « démonstration pratique ». Je lançais un regard furtif à Raymond en tant que Carine, légèrement curieux de sa réaction.

…Mon Dieu, il me fixait, droit dans les yeux.

Je ramenai la tête vers l'avant, doucement. Je n'avais fait qu'entrevoir son visage une fraction de seconde, après tout, donc cela ne ressemblait pas à un mouvement de tête.

Mais sa rancune à mon égard était évidente. Comment allais-je m'excuser auprès de lui ?

Le cours de fondamentaux commença. Père devait faire double emploi maintenant que Mère n'était pas là pour expliquer ou noter les détails des enseignements. En gros, le cours était plus lent que d'habitude. Heureusement, la voix de Père portait aisément jusqu'au fond pendant qu'il écrivait et montrait les bases.

Les trois nouveaux élèves semblaient suivre avec une certaine détermination, clairement pas affectés par la fête de bienvenue.

Pendant ce temps, les autres élèves semblaient lassés de refaire la même chose encore et encore. Pourtant, ils prenaient la leçon au sérieux… Je ne voulais pas l'admettre, mais la méthode d'enseignement de Mère semblait fonctionner d'une manière ou d'une autre.

Les théories furent expliquées, les échauffements terminés, et les leçons pratiques enfin lancées. Père suivit la méthode de Mère en hurlant des ordres simples sur chaque chose que nous devions faire.

Comme toujours, c'était une tâche facile, mais Père y glissa ça et là quelques pièges qui, honnêtement, sans les oreilles de Feyt, m'auraient fait trébucher, comme la plupart des autres élèves ici, anciens ou nouveaux.

Les exercices en solo furent terminés plus vite que je ne le pensais. Père battit des mains pour signaler la fin de la série et annonça bientôt que la leçon suivante était, comme prévu, la parade.

Les élèves commencèrent à former des paires. Certains s'exerçaient déjà à quelques coups avant que Père ne lance la série.

Père lui-même avait déjà commencé à arpenter la salle, mais bizarrement, son regard semblait s'attarder sur quelqu'un. Cette quelqu'un était sa fille, Carine.

Je soupçai, pensant devoir faire paire avec moi-même à nouveau comme la fois dernière. Mais alors… sans prévenir, Raymond était là, portant son sac.

Il ne s'était pas faufilé vers moi, ce serait pratiquement impossible avec les yeux de Carine et les oreilles de Feyt. Mais le fait qu'il vienne vers moi était si inattendu… il me fallut un moment pour le réaliser.

Il me regarda, Carine, droit dans les yeux. La colère d'avant était toujours là, ainsi que cette impression de vide.

Je restai là sans la moindre idée de ce qu'il cherchait à faire, mais alors, il ferma les yeux et s'inclina.

« Je suis… désolé », dit-il, d'une voix plus basse qu'avant. « Pour la façon dont j'ai agi, dame Carine. »

Il se redressa mais ses yeux ne croisèrent pas les miens. Au lieu de cela, ils restaient collés au sol et il fronça les sourcils. « J'ai été enfantin… J'ai été idiot. Si j'avais été plus mature vis-à-vis de mes propres compétences et de mes propres limites, je ne t'aurais pas regardée avec un tel… dédain. »

Je clignai des yeux une nouvelle fois. Essayait-il de s'excuser auprès de moi ? Si oui, cela ne semblait pas très sincère. Toutefois, ce pouvait être simplement sa façon de tenter de calmer sa rage impuissante dirigée contre moi.

Et parlant d'excuses ? Ne devrait-ce pas être l'inverse ?

Je raclai ma gorge avant de répondre : « Inutile de te rabaisser ainsi, Raymond. Tu as du potentiel. »

Mes mots furent accueillis par… rien. Il ne réagit pas, les yeux toujours rivés au sol. Mais alors, il leva les yeux vers moi avec un sourire forcé.

« Dame Carine, puis-je faire paire avec toi pour la prochaine session ? »

Je fus surpris, mais je n'y réfléchis pas plus que ça. C'était typique de s'excuser en essayant de traîner un peu plus avec quelqu'un. De penser que ce gamin devenait de plus en plus adulte, j'en étais un peu fier.

J'opinai du chef. « Bien sûr, mais où est ton épée ? »

Il laissa échapper un autre sourire. « À ce propos, est-ce que ça te dérangerait que j'utilise la mienne ? »

« Hein ? Ça ne pose pas de problème. »

C'était une chose courante par ici. Comme certains élèves venaient de familles plutôt aisées, ils avaient souvent leurs propres épées en bois, soit gravées de leurs armoiries familiales, soit faites de leur essence de bois préférée.

Raymond plongea la main dans son sac, et en regardant le sac maintenant, je réalisai quelque chose que j'aurais dû réaliser plus tôt.

Tous les autres sacs des élèves, je pouvais un peu voir à travers. Ils étaient faits de tissu basique, après tout, et pour les yeux de Carine, ils semblaient légèrement transparents. Ils transportaient tous le nécessaire. Rechange, certains apportaient du parfum, quelques-uns avaient leurs propres épées en bois.

Mais le sac de Raymond, l'intérieur semblait d'un noir d'encre. Quand il l'ouvrit, il révéla une quantité de vêtements noirs. Étaient-ce ses chemises ? Des rechanges peut-être ? Pourquoi en apporter autant ?

Vu comment c'était structuré, cela semblait fait pour cacher quelque chose. Les mains de Raymond continuaient à fouiller dans la masse de tissu noir.

Puis, il la sortit.

Un éclair d'acier entra dans mon champ de vision. Il reflétait la lumière du soleil comme un miroir et m'aveugla presque par son éclat. Il ne me fallut pas une seconde pour réaliser ce que c'était.

Un couteau. Un vrai, aiguisé, luisant.

Le temps sembla ralentir tandis que je faisais un pas en arrière précipité. Raymond avança, les yeux rivés aux miens. Il porta ses mains en avant, sachant exactement où pointer la lame. Juste sur mon estomac.

Une main jaillit avec un claquement net et assourdissant. Les mains de Raymond tremblèrent sous son étreinte ferme.

Je faillis trébucher en retombant sur mes pieds, regardant celui qui avait stoppé Raymond.

Ses yeux étaient froids. Son emprise, forte. Sa posture, intimidante.

« Qu'allais-tu faire à ma fille… Raymond ? »

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