« Hmm ? Maintenant que tu le dis, Georg et les autres emmenaient Tirnalia et une jeune fille, non ? Si c'est bien eux, ils sont là. »
« ! »
Aux mots de Trismégiste, Frédéric dégagea une intención meurtrière. Il en alla de même pour Fran.
Mais pourquoi avoir lâché l'info aussi facilement ? S'il collabore avec le Roi des Dragonniers, non seulement Frédéric mais aussi Izario risquent de devenir nos ennemis.
Il ne me semble pas assez bête pour ne pas saisir ce danger… À moins qu'il ait une telle confiance en sa force qu'il se fiche de se les mettre à dos ?
Tandis que nous nous regardions tous avec méfiance, Frédéric posa la question d'une voix où il réprimait sa fureur.
« Toi, tu es allié au Roi des Dragonniers ? »
Avec le surcroît de pouvoir qui lui vient de sa nature de Dragonnier Maudit, l'esprit de Frédéric est instable en ce moment ; selon la réponse, il bondirait sur-le-champ.
Face à Frédéric qui rayonnait comme une bombe à retardement, Trismégiste ne broncha pas. Il garda son attitude habituelle et répondit sans détours.
« Allié ? Pas du tout. »
« Vraiment ? Même si ce sont des gens mauvais ? »
« En tant que grand pécheur, pourquoi m'en soucierais-je ? D'ailleurs, je me fiche de ce qui se passe dehors. Méchants, gentils, saints, pécheurs, pour moi ce sont tous des étrangers à part entière. Ça ne veut rien dire de plus. »
« Peut-être que vous faites de mauvaises choses dans ce château. »
« L'interdiction d'entrer dans ma forteresse a été décidée unilatéralement par les gens de l'extérieur. Je ne repousse pas qui vient, je ne retiens pas qui part. Vous aussi, faites comme bon vous semble. Quoi que vous fassiez, je ne vous blâmerai pas. Que ce soit un crime ou une bonne action. »
Fran avait posé la question pour que j'utilise le Principe de Détection du Mensonge, mais pas l'ombre d'un mensonge dans les paroles de Trismégiste. Pour cet homme, les autres sont vraiment des êtres indifférents.
Tant que ça ne le dérange pas, peu lui importe ce qui se trame dans ce château. Je vois… on entrevoit juste une once de sa nature monstrueuse.
« Cela dit, voir les forts de ce continent se multiplier me réjouit. C'est pourquoi, Lame Carmin. Toi, tu es à part. »
La raison pour laquelle cet homme, qui jure ne s'intéresser à personne, a daigné accueillir la deuxième équipe, c'était apparemment Izario.
Sa mission imposée : l'éradication du Dévoreur d'Abîme. Il ne porte un certain intérêt qu'aux forts qui peuvent devenir une grande force pour l'accomplir.
« Ensuite… le frère de la prêtresse et cette fille aussi, ont-ils une chance de devenir un atout pour l'éradication ? Efforcez-vous. »
À en juger par la force des aventuriers, il ne daigne s'intéresser qu'à partir du rang A. C'est discutable d'attirer son attention, ceci dit.
Dans notre cas, on a pour but d'entendre parler des Armes Intelligentes, donc le fait qu'il retienne nos visages est un plus.
« Fran. Impossible pour l'instant. Pas ici, pas maintenant. »
« Hmm… J'ai besoin de toi. Quand tu seras calme, je veux t'entendre. »
« Hou ? Ça ne me dérange pas. Pour toi, en tout cas. »
« Hmm ! »
« Au fait, le but de la gamine, c'était lui. Bon, pour l'instant je vais suivre le Roi des Dragonniers ? »
« Je sais. »
Pour l'heure, Belmeria et le Roi des Dragonniers sont la priorité. Fran l'a bien compris.
« Trismégiste, le Roi des Dragonniers et les siens sont encore dans le château ? »
« Ils ont emmené les prêtresses et sont descendus sous terre, à ce qu'il semble. »
« Hé hé… Par "sous-terrain", tu veux dire la Salle du Noyau ? »
« Impossible ! Il les a menés là-bas ? Qu'est-ce que Georg compte faire ! »
J'ai entendu dire que le noyau du Dévoreur d'Abîme se trouve dans les souterrains de ce château. Autrement dit, le Roi des Dragonniers et les siens s'y sont dirigés.
Un adversaire capable de manipuler l'anti-magie qui entre en contact avec le noyau du Dévoreur d'Abîme ? J'ai un très mauvais pressentiment.
« C'est bientôt l'heure de l'extermination. Si vous voulez venir, faites comme bon vous semble. »
« Dans ce cas, je ne me ferai pas prier. »
Mais nous ne pouvions pas y aller tous ensemble sur-le-champ. La Salle du Noyau est apparemment un lieu où jaillit une puissante anti-magie, ce n'est pas un endroit où l'armée entière peut faire irruption.
Trismégiste est contraint par le châtiment divin de continuer à entamer le Dévoreur d'Abîme.
Il abat les anti-magies supérieures qui naissent dans les salles souterraines en frôlant la mort, et attaque sans relâche le noyau du Dévoreur d'Abîme jusqu'à épuisement de sa magie. Répéter cela chaque jour pour l'éternité, tel serait le contenu du châtiment divin.
« Moi, la gamine et Frédéric, on y va. »
« Compris. »
Izario envisage probablement la Libération de l'Épée Divine. Si une grande armée s'engouffre dans les souterrains étroits, il la卷き込む sans faute.
Les aventuriers l'ont compris aussi, ils acquiesçaient avec frustration.
Menés par Trismégiste qui avançait avec une calme assurance, nous pénétrâmes dans le château. Il ne se retourna pas une fois, progressant droit devant lui.
Divers meubles étaient alignés, des tableaux accrochés aux murs. Tous semblaient maintenus dans un état parfait.
Sentant la question de Fran, Izario lui donna une brève explication.
« Ce château est maintenu par la puissance d'un dieu, paraît-il. »
« Un dieu qui fait le ménage ? »
« Hahaha. Depuis le jour où le châtiment divin est tombé, le temps est figé, dit-on. Même détruit, ça se régénère, et les meubles ne peuvent pas franchir la barrière de la colline. »
« Pourquoi ? »
« C'est la volonté d'un dieu, va savoir… Toujours est-il que ce château regorgeait de richesses incroyables. Comme elles ne peuvent pas être emportées, les Dragonniers en ont pas mal bavé. »
C'est donc pour confisquer les trésors non seulement à Trismégiste mais aussi à ses subordonnés Dragonniers qu'on les a rendues intransportables ?
Des trésors qui ne se fanent jamais, qui restent beaux à jamais mais qu'on ne peut pas toucher, et un château magnifique. Ça doit être le symbole du grand péché, une leçon contre la cupidité.
« Par ici. »
Guidés par Trismégiste, nous aboutîmes dans la salle du trône.
Cette pièce, assez vaste pour contenir des centaines de personnes, ne contenait que Fran et les nôtres. Son immensité rendait le vide encore plus glacial.
Trismégiste s'approcha du trône. Non pas pour s'y asseoir, mais pour saisir l'épée posée sur la tablette latérale.
Un falchion d'argent aux courbes élégantes. Une lame magique qui allie robustesse et beauté, recognizable au premier coup d'œil comme une pièce d'exception.
Cette épée, ne serait-ce pas… ?
Trismégiste empoigna le falchion nu et murmura :
« Aujourd'hui encore, c'est l'heure de l'expiation. Allons-y, Fannaberuta. »