« P-pirates ! »
Ce cri résonna, et l'équipage se mit à s'agiter dans la panique. Les enfants, eux, interrompirent leur repas, le visage inquiet.
Merde. Fran avait l'air de s'amuser, pour une fois ! Je ne leur pardonnerai pas !
Le capitaine Rengil vint subito s'entretenir avec les jumeaux.
« Nous avons été repérés par une flotte de pirates. »
« Une flotte ? Combien de navires ? »
« Huit. »
Huit, c'est beaucoup.
« Peut-on leur échapper ? »
« Impossible. Leurs navires sont de petits bâtiments rapides… »
« Alors, il n'y a d'autre choix que de se battre. »
« Les Altesses prendront les canots de sauvetage pour fuir. »
« Ces canots ne peuvent-ils pas embarquer tout le monde ? »
« Ils sont en nombre suffisant, mais il faut des combattants pour retenir les pirates le temps de la fuite. Seules les Altesses, les enfants et quelques serviteurs partiront. »
« Inacceptable. Abandonner mes sujets pour ne sauver que ma peau, je ne le permetrai pas. »
« C'est exact. Si nous fuyons, ce sera tous ensemble. »
Hmm. Belle détermination. Rationnellement, un roi devrait sacrifier ses subordonnés pour assurer sa survie. C'est le devoir royal. Ces deux-là sont trop tendres.
Mais je les aime bien, moi. Il n'y a pas de mal à avoir des rois aussi naïfs.
« Moi aussi, je m'y oppose. »
« Toi aussi, Selido ? Alors tout le monde s'enfuit. »
« Non, je pense qu'il vaudrait mieux se rendre. »
« Imbécile ! Se rendre à des pirates, ça ne marche pas ! »
Devant la proposition inattendue de Selido, Salute poussa un cri.
« Mais croyez-vous pouvoir gagner en vous battant ? »
« C'est pour ça qu'on essaie de vous faire fuir, vous deux ! »
« Croyez-vous qu'un petit canot au milieu de l'océan ait la moindre chance ? Mieux vaut révéler nos identités et nous rendre. Ils n'oseront pas faire un ennemi d'un pays. On paiera une rançon et on sera libérés. Pour ça, il ne faut pas les provoquer inutilement. Une résistance maladroite pourrait les irriter au point de rendre toute négociation impossible. »
Ça se tient, sur le papier… mais j'ai du mal à croire que ça se passera si bien.
« Je m'y oppose ! »
« Connais ta place, Salute. Un simple chevalier n'a pas à fourrer son nez dans cette affaire. »
« Je suis la garde des Altesses ! J'ai pleine autorité en la matière. »
« Hmph. Tu t'enflammes sous prétexte que tu protèges les princes ! »
« Je ne m'enflamme pas ! Protéger leurs vies est ma mission ! J'y consacre toutes mes forces ! »
« Un étranger qui a gagné les faveurs de la reine ! On peut douter de sa sincérité ! »
« Selido ! M'insultes-tu ? »
« Tu préconises un plan suicidaire, le doute est permis ! Ta fuite du royaume de Raidos est-elle seulement vraie ? Tu ne viserais pas plutôt la Divine Épée de notre pays ? »
« Divine Épée ? »
Fran réagit à ces mots et coupa court à la dispute des vieux.
« Ah, oui. Notre pays possède une Divine Épée. »
« Ne dis pas "notre pays", toi ! Tu es un homme de Raidos ! »
« Qu'est-ce que tu dis ! »
Voilà qu'ils repartent. Stérile. Perte de temps, surtout.
« Fran, c'est chiant, réglons ça vite pour qu'on puisse causer de l'Épée Divine tranquilles. »
( D'accord. Faisons ça. )
« Le repas n'est pas fini, en plus. »
( Les sushis, c'est bon. )
« Urushi, tu restes garder les princes ? »
( Ouaf ! )
( Et garde-moi mes sushis, aussi. )
( Ouaf ouaf ! )
« T'as tant aimé que ça ? »
( Oui ! Après le curry, les sushis sont mon deuxième plat préféré. Deuxième place assurée. )
Le curry reste indétrônable, hein.
« Fran ? Où vas-tu ? »
« Hm ? Je vais les couler. »
« Hein ? Attends ! C'est suicidaire ! »
Le prince Fult tenta de l'arrêter, mais Fran glissa hors de sa prise et posa le pied sur le bastingage.
« Bah, j'y vais. »
Et elle sauta.
« Kyaa ! Fran-san ! »
« Fran ! »
Les enfants se précipitèrent au bord, pensant qu'elle avait plongé. Mais ce qu'ils virent du pont, ce n'était pas une chatte noire nageant vers les navires ennemis : c'était Fran, volant dans les airs par une force mystérieuse.
« Waaah ! »
« Incroyable ! »
« Fran vole ! »
Mon Air Ride s'activa, et Fran glissa sur les vagues d'air vers la flotte.
En moins de trente secondes, elle survolait le vaisseau amiral. Un drapeau à tête de mort… des pirates aussi clichés, ça existe vraiment.
En revanche, les navires sont en piteux état. Ils sortent visiblement d'un combat, coques criblées. L'un a même un trou béant dans la flanc.
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »
« Mystère. »
« Mais ils préparent leurs canons, on ne peut pas les laisser faire. »
« On laisse le plus gros, on coule le reste ? »
« Oui, faisons comme ça. »
« D'accord, j'y vais. »
« Ah, attends. On passe par le gros d'abord. »
« Le vaisseau amiral ? »
« Ouais. Faut vérifier que le chef de la flotte est bien à bord. J'ai des questions, avant de tout couler. »
« Compris. »
Fran se dirigea donc vers le navire amiral. Les pirates restaient bouche bée, hébétés.
« C'est parti. »
« Ouais. Mais n'égorge pas le capitaine. »
« Hm. »
Fran sauta de ma lame ; je la suivis et vins me loger dans sa main en plein vol. Elle atterrit sur le pont du vaisseau amiral. L'instant d'après, elle tailladait les pirates alentour à une vitesse folle.
Ce qui suivit fut une boucherie. Quelques-uns avaient de la bouteille, mais face à Fran, rien. Flèches et sorts ricochèrent sur la Barrière Magique, et chaque contre-attaque de Fran fauchait un homme d'un seul coup.
« Q-qu'est-ce que tu es ? »
« Aventurière. »
« C-c'est déraisonnable ! »
« C'est toi qui l'es. »
« Gyaaah ! »
En un clin d'œil, seul le capitaine tenait encore debout.
« Monstre ! »
Mouais, je n'aime pas ça. Pas du tout.
( Maître mécontent ? )
« Regarde sa tenue ! »
« ? »
Un pirate, ça porte un bandeau, une main de fer, un chapeau à tête de mort ! L'idéal, c'est le Capitaine Crochet. Le deuxième choix, Jack Spàrrow. Lui, par contre…
« De la tête aux pieds, c'est un guerrier banal ! »
Exact. Armure ordinaire, heaume ordinaire, zéro charisme pirate ! Certes, il a une cape et une armure de luxe, mais il ne fait pas pirate du tout. Sans l'Analyse, on n'aurait même pas su que c'était le chef.
« Kisamaaa ! Lâche-moi ! Lâche-moi, bordel ! »
Il gueule, mais Fran l'a déjà plaqué au sol. La voir, petite comme elle est, immobiliser ce colosse fait un spectacle surréaliste.
« Interrogeons-le, vite. »
( On commence par quoi ? )
« Savoir s'il est vraiment le boss de la flotte. »
C'est parti pour l'interrogatoire. Fran pose les questions, le Détecteur de Mensonge filtre les réponses.
Résultat : il est bien le chef, sa base ne compte pas d'autres hommes, ils viennent juste d'en partir donc pas de butin à bord.
J'avais d'autres questions, mais les autres navires ont ouvert le feu sur le leur, coupant court à l'interrogatoire. Tirer sur leur propre capitaine capturé, quel culot.
« Ces traîtres ! »
Ah, le grand classique ? « Le chef est mort, à moi le commandement ! » ?
« D'abord, on coule le reste. »
« Hm. Hah. »
« Gya-geh ! »
Fran asséna un coup de tranchant sur la nuque du capitaine. Euh… ce bruit, c'est pas bon signe. Il a les yeux révulsés, de la mousse aux lèvres, il a l'air d'avoir eu l'âme arrachée.
« C'était quoi, ça ? »
« ? Un coup cool. Réussi. »
« Bon… tant qu'il vit. On l'empaquette. »
« Hm. Allez, on y va. »
Fran l'embarqua sous le bras et sauta sur ma lame. Des boulets nous visaient, mais la cible est trop petite, ils n'ont aucune chance.
« Alors, on fait le ménage. »
Fran activa l'Entreposage Dimensionnel au-dessus du deuxième navire. Elle n'y rangea rien — elle en sortit quelque chose. Les débris de l'île flottante qu'on avait stockés l'autre jour.
« Fuhahaha ! Voilà le Buster Roche ! »
( ? )
« Rien, une blague à moi. Oublie. »
« Hm. »
La panique des pirates est visible. Normal : voir un rocher gros comme leur navire apparaître du néant et s'abattre sur eux, ça calme.
Ça débarrasse des cailloux encombrants et ça coule les ennemis d'un coup. Deux oiseaux, une pierre.
J'aurais pu les jeter à la mer, mais j'ai un truc contre le dépotoir sauvage. Personne ne râlerait, mais ça me taraude. Là, au moins, j'ai l'impression d'être utile.
*GOGOOON*
Le rocher percuta le navire. Craquement sourd du bois, grincement métallique de la coque tordue. Avec les cris de l'équipage, le bateau se brisa en deux et coula.
« Bon, le suivant. »
« Ouais ! »
Répétition. Flèches et sorts épars neutralisés par la Barrière Magique, rochers largués un par un.
En cinq minutes, les huit navires avaient disparu. Le vaisseau amiral y passa pareil, et il me reste grosso modo un tiers des débris.
« On rentre ? »
« Hm. »