Ah, quel beau temps.
Mer bleu, nuages blancs, horizon sans fin. Brise marine collante, ultraviolets qui agressent la peau. C'est ça, la mer !
On est en ce moment à bord d'un navire de luxe. Sa taille est moyenne, mais l'intérieur surpasse celui d'un paquebot de croisière. Les cabines sont du niveau d'un hôtel haut de gamme. Normal pour un bateau affrété par la famille royale.
Fran profite du pont pour faire une sieste au soleil. Bercée par la brise, elle est affalée sur une chaise en bois. Un jus est posé à côté d'elle, ambiance vacances totale.
Et la garde du navire, alors ? Elle est assurée, évidemment. Par Urshi. Regarde, il vient juste de revenir après avoir abattu un monstre marin qui s'approchait.
Grâce au Bond Aérien et à la Magie des Ténèbres, il est à peine mouillé. Seule sa figure a pris l'eau quand il a hissé sa proie en la tenant en gueule.
Non, Fran bosse aussi, hein ? Quand Urshi s'occupe des monstres d'un côté, si on se fait attaquer de l'autre, elle les pulvérise à la magie.
« On on ! »
« Bienvenue, Urshi. »
« Je garde la viande de côté. Je te préparerai un truc plus tard. »
« On ! »
« Les pierres magiques s'accumulent pas mal, aussi. »
Urshi en a eu sept, Fran quatre. En une demi-journée de navigation, on en a déjà abattu autant.
Le capitaine et son équipage nous ont remerciés en disant que c'était un miracle que le navire soit intact après autant de rencontres.
Au début, le chambellan Serid nous toisait d'un air sévère, nous lançant des piques pour qu'on travaille au lieu de glander. Mais après avoir vu le nombre de monstres qu'on a descendu, il a fermé sa gueule.
Vraiment relou, ce type. Même pendant les repas, il chipote sur les bonnes manières. Comme il m'a saoulé, je lui ai fait une démonstration parfaite d'étiquette de cour, et il est resté coi, vexé. Il a l'air en froid avec Salut, et comme on est proches de lui, il nous a pris en grippe.
(Maître, goûter.)
« Oui oui, tu veux quoi ? »
(Hm, des cookies.)
Je lui sors les cookies achetés en gros à Alessa. Je n'ai pas encore pu en faire beaucoup moi-même, donc c'est du commerce. Pâtisserie de fournisseur officiel de la noblesse, donc c'est bon, mais moi je préfère les gâteaux de la Terre. Un jour, je lui produirai des gâteaux et des flans en quantité industrielle.
« Mi miam. »
« Koun koun. »
« Tiens, Urshi, c'est pour toi. »
« On ! »
Les monstres qui arrivent sont que de la petite fry. Fran et Urshi sont détendus. On a vraiment eu un bon contrat.
Tandis qu'on traîne, la princesse Satia s'approche. Ses cheveux blonds flottent dans la brise marine, reflétant le soleil. Cheveux courts noirs et yeux noirs pour Fran, long blonde et yeux bleus pour Satia : un visage d'occidentale. Côté à côté, elles font soleil et lune. Elle a un visage mignon maintenant, mais elle sera une beauté plus tard.
« Fran-san, tout le monde va pêcher. Vous venez ? »
« Ouais. J'y vais. »
À l'arrière du pont, le prince Furt et trois gosses s'amusent avec des cannes à pêche. Deux garçons, une fille. Parmi les enfants sauvés par Fran, ceux qui vivaient comme vagabonds et n'avaient nulle part où retourner.
Les princes ont décidé de les emmener comme apprentis serviteurs, vu le lien qui les unit. Comme ce n'est pas encore un contrat formel, ils ont dit aux enfants de les traiter comme des amis du même âge pendant le voyage.
C'est pour ça, sans doute. Les gamins ne s'impressionnent pas de la différence de rang et sont devenus potes avec les jumeaux en un rien de temps. À première vue, on dirait de vrais amis. Le chambellan Serid râle avec dégoût, mais on l'ignore, tout simplement.
« Fran aussi, tu pêches ? »
« Ouais. Mon truc. »
« Hou, c'est vrai ? »
« Alors, concours pour tout le monde ! »
« On mangera tout le poisson pêché ensemble ! »
La canne qu'on m'a filée a un moulinet, j'ai été surpris. Apparemment, c'est du très haut de gamme qui permet d'enrouler le fil par magie.
Les gamins, sans en connaître la valeur, jettent tous leurs lignes à la mer. Tout le monde a vite des touches. Qui a le plus gros, qui a le plus rare, c'est la fête. La princesse, qui ne pêche pas, regarde tout le monde en souriant.
Beaucoup de poissons genre sardines ou maquereaux. Pour l'instant, Fran est la seule sans touche. Le prince et les gamins la chambrent.
« T'étais pas si douée que ça ? »
« Fran est la seule à rien pêcher ! »
« Moi j'en ai déjà trois ! »
« On te donnera du notre, alors ! »
« Fufun. J'ignore les petits. Je vise le gros. Je vous ferai faire la grimace. »
« Ahaha ! Ça s'annonce amusant ! »
Moi, je pense qu'il suffit de pêcher normalement. Mais Fran a juré qu'elle viserait un gros gibier.
Comme appât, elle utilise des Rock Worms qu'on avait en stock. Monstres faibles, mais à part leur pierre magique, ils ne servent à rien, alors ils pourrissaient dans l'inventaire. Puent, sont durs, immangeables, et leur peau devient friable en séchant. Au mieux, ça fait de l'engrais de qualité.
Fran les a tronçonnés en morceaux d'un mètre, fichés sur un hameçon géant. Il faut un requin, un monstre ou une baleine pour avaler ça. Qu'est-ce qu'elle compte sortir ? Bon, elle a dit que ça lui allait, alors tant qu'elle s'amuse...
Au bout d'une heure de pêche, les gamins ont chacun une dizaine de poissons, mais Fran est toujours à zéro.
Au début, ils rigolaient en la taquinant, mais leurs visages deviennent inquiets. Ils prient sûrement pour qu'elle ait une touche.
Fran profite de l'ambiance bon enfant, donc elle n'est pas de mauvaise humeur, mais son mutisme et son absence d'expression font qu'on croit qu'elle boude.
Mais enfin, le moment arrive.
« Hm ! »
« Oh ! Ça tire ! »
« Incroyable, comme elle plie ! »
« C'est du gros ! »
Tout le monde se réjouit comme si c'était leur prise.
Mais putain, comme la canne plie ! Pourtant, on m'a filé la plus costaud. Un marlin, peut-être ?
« Mumu. »
« Courage ! »
« Enroule, enroule ! »
« Hm ! »
Fran enroule de toutes ses forces, mais le fil part à fond. C'est ça, la scène de « pêche au monde » qu'on voit à la télé.
« Nnn ! »
« Ganba ! »
« Lâche pas ! »
Si je file un coup de main, c'est plié. J'affaiblis la bête depuis l'eau, ou je l'endors, et c'est réglé. Mais ce serait pas élégant. Et même si je le fais, c'est Fran qui doit le faire elle-même.
Trente minutes plus tard, le poisson résiste toujours, impossible à sortir. Fran commence à fatiguer.
Ça vire vraiment au traînage. Fran, exaspérée par cette prise qui ne vient pas, finit par utiliser ses skills.
Épée Élémentaire · Tonnerre : elle balance un éclair dans la canne. Puis Manipulation des Flots et Magie de l'Eau pour attirer la bête vers le bateau. Force Hercule et Magie de Support pour booster sa force, sprint final.
Dix minutes plus tard, une ombre géante apparaît sous l'eau. Non, c'est trop grand, non ? Plus de deux fois Urshi. Dix mètres facile, non ?
Espèce : Thon Brise-Coque : Poisson Magique : Monstre Nv29
PV : 556 PM : 139 Force : 207 Endurance : 139 Agilité : 108 Intelligences : 56 Magie : 77 Dextérité : 69
Skills
Durcissement : Nv6, Manipulation des Flots : Nv6, Magie de l'Eau : Nv5, Natation : Nv5, Odorat Amélioré, Durcissement de Carapace
Description : La tête est recouverte d'un éperon dur comme du mithril. Son nom vient de sa charge ultra-rapide qui pulvérise les navires avec cet éperon. Stats de rang E, mais dangerosité D en mer. Sa chair est délicieuse, produit de luxe. Position pierre magique : tête.
« Fran ! C'est un monstre ! Et costaud, en plus ! »
« Ouais ! »
Fran l'expulse de l'eau avec la Magie du Vent et sa force. Son corps massif s'envole.
« Waaah ! »
« Kyaa ! »
« Gyaa ! »
Le monstre géant tombe vers le pont. Pas seulement les gamins, les marins hurlent aussi. Mouais, la panique.
« Si tu le laisses tomber, le navire est fichu ? »
« Ouais. »
Fran m'empoigne, fait un mouvement de lancer. Et, guidée par sa Perception Magique vers la pierre magique, elle me balance de toutes ses forces.
« Ha ! »
« Gyiyaaa ! »
Accéléré par la magie du vent, je transperce la pierre magique pile au centre. Si dur soit-il, devant moi c'est peine perdue, héhé.
Fran réceptionne le monstre achevé avec la magie du vent et le pose doucement sur le pont. Douze mètres facile. La queue dépasse du pont. Du beau gibier.
« Concours gagné, c'est moi. »
« Euh... enfin... »
« C'est pas le moment pour ça... »
« Hein ? »
Au milieu de la panique générale, Fran commence à découper le monstre. Bon, elle lui coupe la tête et le détaille en trois gros morceaux, mais quand même.
« Fran ? Tu fais quoi ? »
(On a dit qu'on mangerait le poisson pêché ensemble.)
« Ah, c'est vrai... »
Cela dit, voir ce corps énorme découpé aussi vite, les talents de boucher de Fran sont hors normes. Les marins autour ont les yeux ronds.
C'est censé être un produit de luxe, alors quand la panique retombera, on en servira à tout le monde. Quand ça retombera, parce que c'est pas gagné. Mais putain, c'est gros. Rien que le toro, ça doit faire des centaines de portions.
Finalement, l'agitation ne s'est calmée qu'après que Fran a rangé la tête et les os, et qu'un moment s'est écoulé.
« Je savais Fran forte, mais à ce point... »
« Gahaha ! Puisque tu m'as battu, c'est le minimum ! »
« Vraiment plus forte que Salut... Incroyable. »
« Dé-li-cieux ! »
« C-c'est du Thon Brise-Coque ? »
« Je fais des réserves pour la vie ! »
Une fois qu'on a servi du thon aux marins libres, le pont est en fête. Panique tout à l'heure, agora c'est la fiesta. Du coup, tout le monde a bouffé de l'ultra-luxe, c'est normal.
« Hé, merci pour le festin ! »
Incroyable, même le capitaine vient remercier.
« Je suis Rengil. Puis-je connaître votre nom ? »
« Fran. »
« Vous êtes aventurière ? »
« Ouais. Rang D. »
Fran montre sa carte de guilde, et un « oooh » parcourt l'assistance. Être rang D à cet âge, ça surprend.
« Impressionnant. Enfin, vous avez chassé un Thon Brise-Coque, c'est logique. Plutôt, vous pourriez viser plus haut... Non, je suis reconnaissant de cette rencontre. »
Le capitaine Rengil sort quelque chose de sa poche et le tend à Fran.
« C'est quoi ? »
« C'est une pièce à l'effigie de la marque de ma compagnie, la Marchanderie Lucille. Le siège est à Barbora. Montrez-la, et on vous facilitera les choses. »
« C'est pas rien ! La Marchanderie Lucille, c'est l'une des deux plus grosses boîtes du royaume de Kranzel. Se faire remarquer par un cadre, c'est du lourd. »
Les mots du prince font réaliser que la pièce a de la valeur. Le soutien d'une grande compagnie, c'est pratique. Mais avoir l'œil sur Fran, ce Rengil a du flair.
« C'est bon ? »
« Oui. Si on peut tisser des liens avec une aventurière prometteuse, c'est donné. »
Nouveau « oooh » des marins. Ils couvrent Fran d'éloges.
« Se faire apprécier par le capitaine ! »
« Rang D à cet âge, normal. »
« Elle a plié le Thon Brise-Coque comme rien ! »
« En plus elle est mignonne. »
« T'es lolicon ou quoi ! »
« N-non, c'est pas ça ! »
« Quand vous arriverez à Barbora, passez nous voir. »
« Ouais. »
Le capitaine salue à nouveau et part. Les marins viennent tour à tour remercier Fran. Les gamins la regardent avec admiration.
« Fran, t'es trop forte ! »
« Fufun. Normal. »
« Moi aussi je veux être fort comme toi ! »
« Fais ton possible. »
« Hé, montre-nous la pièce ! »
Vraiment potes, maintenant ! Si ce temps pouvait durer toujours...
Mais mon vœu est piétiné sans pitié par le cri d'un guetteur.
« P-pirates ! »