« As-tu une idée sur l'identité du cerveau ? » demanda Geff.
Fran acquiesça.
« Oui. Cela pourrait être lié à la clinique. »
« … Sérieux ? »
Pas seulement Geff, mais Wongon aussi afficha une expression de surprise. Apparemment, même pour ces hors-la-loi, l'idée qu'une clinique puisse commettre des méfaits ne leur avait jamais traversé l'esprit.
« Numerae a été réduite au silence juste après avoir dit "la clinique...". Il est possible que la clinique soit impliquée d'une manière ou d'une autre. Bon, puisqu'on n'a pas pu entendre la suite, ce n'est qu'un suspect parmi d'autres. »
« Louche, mais pas certain, c'est ça ? Tch. »
Geff marmonna cela et claqua la langue avec frustration. Il devait ressentir une forte irritation envers le cerveau.
Meara, sentant cela, les mit en garde pour qu'ils ne s'emballent pas.
« C'est bien ça. Vous deux, n'allez pas faire n'importe quoi sur un coup de tête, d'accord ? C'est exactement ce que l'adversaire attend. »
« On sait. Toi aussi, tiens bien tes "promeneurs" en laisse, hein ? »
« Hein ?! Comment oses-tu parler comme ça à la demoiselle ! »
« Ferme-la ! Arrête d'aboyer comme un chien ! Espèce de... ! »
Ah, ils recommencent à se disputer. On dit que qui se dispute s'aime, mais dans leur cas, je pense que c'est plutôt de l'aversion entre semblables.
Puisque leurs personnalités ressemblent à celles de l'ennemi, cela les énerve et renforce d'autant plus leur dégoût mutuel.
Face à ces deux-là, Fran fit à nouveau ressentir son autorité royale.
« Assez de disputes. Je l'ai déjà dit. »
« S-su-sui... pardon... »
« Désolé... J'ai pas fait exprès. »
« La prochaine fois, je vous endors de force. »
« Oui... »
« O-ouais... »
Menacée ainsi par Fran, Wongon et Geff se turent avec une surprenante docilité. Les hors-la-loi qui faisaient du bruit autour en firent de même.
Qu'il s'agisse de crainte, de peur, de respect ou d'adoration, les nuances différaient, mais tous semblaient avoir reconnu Fran comme une supérieure absolue.
Les hors-la-loi de cette ville sont peut-être plus faciles à gérer qu'on ne le pense. Ils ont leurs côtés pénibles, comme l'attachement à la face ou le sang chaud, mais dès qu'on leur montre la force, ils l'acceptent franchement.
« Si on reste là, on va finir par se battre encore avec ce type. On y va ? Si vous avez des infos, vous me prévenez. Pareil pour vous, si vous avez du neuf sur Gazol, comptez sur moi. »
« Oui. Compris. »
« Hé, toutou ! Trêve temporaire ! Préviens bien les autres, toi ! »
« C'est ma réplique ! Toi, gère bien tes lézards ! »
« Hmpf ! »
« Tch ! »
Ils se tournèrent le dos sans en dire plus, et je leur accordai ce point. Ils ne peuvent plus avoir une conversation normale, maintenant.
« Nous aussi, on retourne à l'Association des Hommes-Bêtes. Fran, tu utilises la Guilde des Aventuriers ? »
« Oui. »
« Alors, si quelque chose se passe, on laissera un message à la Guilde. Si vous avez besoin de nous, venez à l'Association, on aura fait passer le mot. »
« Entendu. »
Quand Fran acquiesça, Meara afficha une expression légèrement inquiète.
« Fran, ne fais pas l'imbécile, d'accord ? »
« Oui. Ça va. »
« Tant mieux... L'extermination des marchands d'esclaves clandestins est aussi notre travail. Appelle-nous quand tu veux, d'accord ? »
Meara garda son air inquiet jusqu'au bout. Elle devait comprendre quels sentiments Fran, en tant que Noire-Chatte, nourrissait envers les marchands d'esclaves clandestins.
Sur la place où les Hommes-Bêtes et les Hommes-Dragons étaient partis, nous discutâmes de la suite.
« Bon, notre meilleure piste vient de crever... »
(On va à la clinique.)
« De toute façon, c'était le programme à la base. Faisons ça. Mais aujourd'hui, on se contente d'observer, hein ? »
(Oui. Je sais.)
Faute d'autre piste, nous décidâmes d'aller en reconnaissance à la clinique. Disons que pour l'instant, on se fera passer pour des patients tout en jetant un coup d'œil rapide.
En chemin, je décidai aussi de scruter la présence de pierres de barrière magiques. Lors de la dispute avec Gazol, Fran avait ressenti plusieurs fois une étrange sensation.
Il se peut que d'autres agents que Numerae soient infiltrés.
Et, comme prévu, nous en trouvâmes un.
(Shishou. J'en ai trouvé un.)
« Où ? »
(Sur le toit de ce bâtiment-là.)
« Bien, allons voir. »
Comme prévu, je ne peux rien sentir moi-même. Ça doit être masqué par une pierre de barrière magique. Mais une fois qu'elle a appris à les repérer, Fran peut les trouver sans même utiliser son Éveil.
En montant sur le toit, nous découvrîmes effectivement une pierre de barrière magique installée. Mais il n'y avait personne.
Quand je la rangea dans mon inventaire, une sorte de boîte se trouvait en son centre. Son nom : "Barrière de Surveillance à Longue Portée". Apparemment, c'est l'équivalent d'une caméra de surveillance.
Ce n'étaient pas des humains, mais des outils magiques qui collectaient les informations dans la ville. Numerae a dû se faire exploser parce qu'elle était surveillée par ce biais.
« Belle trouvaille. En plus, cette fois, y avait personne. »
Tout à l'heure, elle avait repéré Numerae en sentant une sorte d'ondes électromagnétiques qu'elle émettait. Mais là, il n'y avait qu'un outil magique posé.
(Hmm. Comparé aux alentours, c'est différent ? Ce qui n'est pas bizarre, c'est ça qui est bizarre.)
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
(Hm. Un truc comme...)
L'explication sensorielle de Fran est hermétique, mais je finis par comprendre. En gros, il y a une subtile différence dans tout le secteur, et l'endroit où cette différence disparaît précisément à cause de la pierre de barrière, c'est là que se cache le truc louche.
C'est une méthode de détection qui n'est possible que parce que Fran peut percevoir les présences et la magie sur une large zone sans même utiliser de compétence.
« Cependant, ça va rendre la clinique plus difficile à aborder. »
(Pourquoi ?)
« Parce qu'il y a de fortes chances que l'ennemi sache qu'on a découvert et récupéré la barrière de surveillance. »
Dans ce cas, se rendre à la clinique revient à s'introduire dans le repaire de l'ennemi. Y aller sans défense pour une consultation fait un peu peur.
Cela dit, c'est encore mieux que de se faire surveiller unilatéralement sans rien savoir.
(Alors, on va l'observer de l'extérieur.)
« Oui, on n'a pas trop le choix. Urushi, préviens-nous si tu sens l'odeur de Gazol. »
(Ouaf !)
En dernier recours, je devrais aussi envisager une infiltration en solo. J'espère juste qu'on pourra glaner quelques infos.