Le lendemain des retrouvailles avec Arslass.
Fran se dirigeait vers une taverne située dans une ruelle arrière.
Aujourd'hui encore, elle rassemblait des informations auprès de misérables voyous dans les ruelles, et c'est là qu'elle avait entendu une histoire intéressante.
Il paraît qu'il existe une taverne où se rassemblent les habitants du coin — en l'occurrence, des hors-la-loi.
On y raconte qu'un indic s'y trouve, qui vendrait des informations sur n'importe qui moyennant finances. Ce n'est cependant qu'une rumeur, et les voyous eux-mêmes ne semblaient pas avoir la certitude de son existence.
Mais cela valait le coup d'aller vérifier.
'Enfin, on va pouvoir obtenir des informations.'
« Ce n'est pas encore sûr, hein ? Il n'y a qu'une possibilité. »
'Hm !'
Même si je mettais les points sur les i, Fran était pleine d'entrain.
Apparemment, l'absence totale de résultats depuis hier la rendait anxieuse. Hier soir encore, elle avait logé dans une auberge miteuse de la guilde des aventuriers et avait exprès laissé la porte de sa chambre entrouverte pour montrer une ouverture.
Je m'y suis opposé, tu sais ? Mais Fran a insisté pour le faire quand même.
Même en allant si loin, aucun sbire de marchand d'esclaves ne s'est infiltré, et grâce à la brise légère qui entrait par la porte ouverte, Fran a apparemment pu dormir comme un loir.
Ce n'était encore que le deuxième jour, mais pour Fran, on avait l'impression que deux jours entiers s'étaient déjà écoulés. En pensant aux esclaves capturés, elle devait être prise d'impatience. Tant qu'elle ne fait rien d'imprudent...
« Par ici ? Urshi, tu sais ? »
« Ouaf ! »
Urshi, de la taille d'un petit chien, sortit de l'ombre et guida Fran en se fiant à son flair.
Il n'était encore que le début de soirée, mais dans cette ville, c'était pareil que la nuit. Fran, guidée par Urshi, courait dans des ruelles d'une obscurité totale où rien n'était visible sans vision nocturne.
Après quelques dizaines de secondes à progresser dans ce labyrinthe de ruelles, Urshi s'arrêta.
« C'est là. »
« Ouaf ! »
Au bout de l'obscurité, on voyait une vieille porte battante qui se découpait dans la lumière. Sans doute, c'était là la taverne dont on parlait.
« On y va. »
« Ouaf ! »
Fran s'élança vers la taverne, mais je me hâtai de l'arrêter.
« Ah, attends un peu ! Mieux vaut que j'y entre avec un corps divisé ! »
C'était la méthode qu'on avait utilisée quand on avait contacté la guilde des voleurs.
Un gamin qui fait des recherches dans une taverne, on ne sait pas s'il sera pris au sérieux. Ou plutôt, il finira par se faire envoyer promener.
Pour obtenir des infos, je pense qu'utiliser ma création de corps divisé serait plus sûr...
« C'est bon. »
« Fran ! »
Pressée par l'impatience, elle n'avait pas le temps pour des détours. Fran fonça dans la taverne sans écouter mon arrêt.
Fran poussa violemment la porte battante et pénétra dans la taverne. La porte, repoussée par son ressort, grinçait aigrement gikon-gikon.
Une atmosphère étouffante et le vacarme lui tombèrent dessus.
À l'intérieur, des hommes à la mine patibulaire beuvaient en faisant un vacarme terrible.
Taverne pour hors-la-loi ou pas, ça ne change pas grand-chose d'une taverne d'aventuriers. Enfin, aux yeux du monde, les aventuriers sont aussi classés dans la catégorie hors-la-loi.
Quand Fran fit quelques pas à l'intérieur, les ivrognes finirent par remarquer sa présence. Ils lui jetèrent des regards impolis, à cette gamine déplacée accompagnée d'un chiot.
« Fran. Même si on t'embête un peu, ne les mets pas K.O., d'accord ? »
'Je sais.'
« D'abord, on va questionner le patron. »
« Ouais. »
Fran s'approcha du comptoir près de l'entrée et héla le patron qui s'y trouvait. Un nain à la tronche terriblement marquée d'innombrables cicatrices.
« Du jus ou du lait ? »
« ... S'il s'agit de jus de raisin pour couper l'alcool, j'en ai. »
« Ça ira. »
« Ouais. »
Il avait l'air de la fixer avec hostilité, mais il ne fit pas mine de la chasser. Avait-il perçu sa force, ou bien n'importe qui était client tant qu'il payait ?
Bref, le jus de raisin fut servi illico devant Fran, assise au comptoir. Elle en but une gorgée et grimacia.
Il n'aurait pas dû y avoir de réaction au poison, ceci dit...
« C'est dégueu. »
« C'est fait pour couper l'alcool, ça ? C'est juste de l'astringence et de l'acidité. Y a pas de raison que ce soit bon. »
« Mm... »
Après avoir reposé délicatement le gobelet en bois contenant le jus de raisin sur le comptoir, Fran aborda le sujet principal.
« J'ai entendu dire qu'il y a un indic ici. »
« ... Une lettre de recommandation ? »
« Pas. »
« Alors je sais pas. »
Il fallait donc une lettre de recommandation, comme prévu. Le maître de guilde Preal avait aussi dit qu'il n'y avait personne qui vendrait des infos à un étranger.
« Si c'est de l'argent, je peux payer. »
« C'est pour ça que je sais pas. »
Tandis qu'ils répétaient cet échange, des hommes s'approchèrent depuis une table voisine.
C'étaient des types à l'allure de guerriers, arborant des grins vulgaires.
« T'as pas une tête connue, mais t'es aventurière ? »
« Buhyahya ! Un gamin comme ça, aventurier ? No way ! »
« C'est ça ! »
D'après l'Appraisal, ils ont des compétences d'Extorsion et de Vol, donc ce sont des malfrats. Mais pas de compétences d'Enlèvement, donc ce ne sont pas des marchands d'esclaves.
D'ailleurs, la plupart des mecs ici doivent avoir ce genre de compétences, donc l'Appraisal seul ne permettra pas de savoir qui est marchand d'esclaves clandestin.
« Hehehe. J'ai entendu dire que t'as du fric ? Alors régale-nous. »
Comme prévu, c'est du racket. Le patron ne bouge pas le petit doigt pour aider Fran. Âge, race, peu importe : chacun pour soi, apparemment.
Fran, toujours assise au comptoir, esquissa un sourire carnassier. Seuls moi, Urshi, et le patron qui tressaillit violemment purent voir ce sourire féroce.