Le combat entre Colbert et Sybilla commence.
Colbert use de son jeu de jambes, donnant l'impression de se contenter d'observer. Pourtant, on sent vibrer son intention de guetter la faille pour tout finir d'un coup.
Pourtant, il ne se jette pas aveuglément à l'attaque, et sa force réside justement dans sa capacité à attendre.
Face à lui, Sybilla bouge à peine, prenant un malin plaisir à suivre des yeux les mouvements de Colbert. Un début de combat tout à fait prévisible pour une folle de la lame.
Fran avait eu le même comportement face à Mordred. Et elle s'était fait retourner cette aisance. Inversement, si l'adversaire est une battante née, cela veut dire qu'on peut, nous aussi, exploiter sa propre ouverture.
Colbert maintient une distance constante tout en décrivant un lent cercle au centre de l'arène.
« Hé, un pugiliste ? »
« J'ai l'habitude de croiser le fer avec des épéistes. Ne crois pas que le corps à corps me fera baisser la garde. »
« Ah bon ? Ça promet d'être amusant, alors ! »
Tous deux échangent ces propos avec le sourire, mais l'intervalle qui les sépare se resserre peu à peu.
« Crasse-toi là ! »
« Très peu pour moi ! »
Avant même que Colbert ne bouge, Sybilla déclenche son offensive.
Le coup qu'elle abat de haut en haut creuse un petit cratère au centre de l'arène. Le signal de départ de cette lutte acharnée.
Colbert n'a gagné que deux niveaux depuis la dernière fois, mais ses compétences ont considérablement augmenté. Il a sans doute consacré son temps non pas aux combats, mais à l'entraînement personnel pour compenser la perte du style Demetris.
Sybilla, comme Biscotte, résiste à l'Analyse. Si Colbert détruisait l'artefact d'entrave à l'Analyse, je pourrais la voir.
Tandis que je rumine ces pensées, un échange de coups légers s'engage sous mes yeux. Schéma de base : Sybilla attaque, Colbert esquive en cherchant le contre.
La défense de Colbert, qui tantôt évite, tantôt repousse du revers de la main les tranchants assez rapides de Sybilla, est nettement plus affûtée qu'avant.
L'offensive de Sybilla laisse une impression de brutalité. Elle y mêle des feintes, mais son style reste globalement rectiligne, axé sur le coup unique. Contre des bêtes magiques, c'est la bonne méthode ; face à un humain, elle se lit trop facilement.
« Uooooooh ! »
« Kwo ! Quelle force stupide ! »
« Ahahaha ! J'ai confiance en ma force, moi ! »
« En plus, t'es increvable ! »
« De ton côté aussi, tu as l'air sûr de toi ! »
Normalement, un bourrin comme Sybilla devrait être la proie idéale de Colbert. Effectivement, chaque fois que Sybilla se fait repousser l'épée et perd l'équilibre, les coups de Colbert portent.
Un manuel vivant de « la souplesse domine la dureté ».
Mais l'endurance de Sybilla est stupéfiante.
Le crochet d'une technique martiale de Colbert rentre proprement dans l'abdomen, et pas un gémissement. Pareil pour le direct au visage tout à l'heure.
Un jab vif lui écrase le nez, et elle continue d'avancer pour abattre son épée.
Les coups de Colbert ont de quoi pulvériser un gobelin. Les dégâts existent. Mais sa régénération et sa propulsion les surpassent. Elle possède presque certainement « Négation de la douleur ». Peut-être aussi « Résistance aux chocs » ou « Endurance ».
Je n'imaginais pas Sybilla comme une telle power fighter.
Colbert, d'abord surpris par ce style sauvage, reprend vite le dessus.
Si ça ne passe pas, je frappe jusqu'à ce que ça passe. Et comme elle encaisse sans se protéger, il suffit de placer de grosses techniques sur les points vitaux.
Colbert passe un cran au-dessus et enchaîne les coups au ventre de Sybilla. Le classique travail au corps pour lui couper les jambes, puis matraquage quand l'attaque faiblit. Telle doit être son idée.
Pourtant, la solidité de Sybilla dépasse les prévisions de Colbert. Nous, spectateurs, n'en croyons pas nos yeux.
Elle a encaissé une dizaine de directs au corps sans que son mouvement ne marque la moindre ombre. Toujours ce rictus bestial, elle continue d'exercer sa pression sur Colbert.
Qui plus est, les déplacements de Colbert commencent à s'alourdir. Fatigue ? Non, ce n'est pas ça.
« Ha ! J'ai vu ce mouvement ! »
« Kwo ! Ça frôle ! »
« Tiens, prends ça ! »
« Menteur ! »
Les attaques de Sybilla gagnent en acuité, comme si elle anticipait les déplacements de Colbert.
Elle place son épée dans des angles impossibles à parer, devine la direction de l'esquive pour tourner autour, et commence même à dévier le contre de Colbert pour renvoyer son propre contre.
Apparemment, Sybilla s'habitue aux mouvements de Colbert en plein combat. Une intuition et une adaptabilité terrifiantes.
Et enfin, la lame de Sybilla effleure le corps de Colbert. Rien que ça suffit à faire voler son équilibre en éclats. La puissance de destruction pure est bel et bien monstrueuse.
« Ugooo ! »
« Ahaha ! C'est bon ça ! »
« J'te laisse pas faire ! »
« Même dans cet état, tu contre-attaques… Pas mal, gamin ! »
Colbert repousse l'assaut suivant d'un coup de pied et parvient à prendre de la distance. La blessure au bras gauche semble avoir été jugulée en contractant les muscles ; le sang a déjà cessé de couler.
Mais il est certain que ce bras gauche est désormais difficile à utiliser. En face, Sybilla a encore l'air en pleine forme.
« Sybilla, c'est ouf. »
« Ouais, cette résistance… Ce n'est pas seulement des stats élevées. »
(Une compétence ?)
« Je pense… »
Ce n'est pas une barrière. Pas de signe de mouvement de puissance magique. Si c'était « Négation des attaques physiques », la zone touchée ne rougirait pas comme ça.
Colbert l'a sans doute remarqué lui aussi.
« … Je ne sais pas quel est le truc, mais annulation des dégâts en dessous d'un certain seuil… non, réduction ? Quoi qu'il en soit, je pige : balancer des attaques faibles, combien même il y en a, ça ne sert à rien. »
« Ho ? Tu observes bien, dis donc. Et alors, tu fais quoi ? »
« Je rentre un coup assez lourd pour que la réduction n'ait plus d'importance ! »
« Ahahaha ! Bonne réponse ! »
Oï, Sybilla vient de valider ? C'est pas du bluff, elle a vraiment une compétence de réduction de dégâts.
Face au rire tonitruant de Sybilla, Colbert se met à marcher lentement. Pas de garde, juste une marche ordinaire. Pas même de technique de déplacement.
Pourtant, à l'intérieur de son corps, une puissance magique phénoménale s'élabore. La magie se concentre une première fois dans le tanden, puis circule dans tout le corps avant de se reconcentrer, un cycle qui se répète jusqu'à imprégner l'ensemble de son être d'une magie colossale.
Une quinzaine de secondes plus tard. La distance les sépare d'une cinquantaine de mètres. Pourtant, Colbert continue sa marche lente.
« Shiiiiyaaa ! »
Vers ce Colbert, Sybilla fonce le visage illuminé d'une excitation féroce.
Et l'instant d'après. Un bruit de choc assourdissant, et la silhouette de Sybilla a disparu.
Là où elle se tenait, Colbert, qui marchait lentement voilà une seconde, est figé dans la posture d'un direct tendu.
« T'as vu ? »
(Ouais ! Il a expulsé de la magie par les plantes des pieds et le dos pour accélérer d'un coup.)
Il a utilisé « Libération de puissance magique » pour une sur-accélération instantanée. La vitesse pure est légèrement inférieure à celle de Fran, mais l'accélération brutale donne une impression de vitesse supérieure. Pour la plupart des spectateurs, ça a dû ressembler à une téléportation.
De plus, quasi aucune amorce d'attaque. Impossible à détecter. Du statique au dynamique. En n'utilisant presque pas sa force musculaire pour l'accélération, il a pris de court même Sybilla et Fran. Aucune présence offensive.
Le plus fort, c'est qu'aucune intentibilité meurtrière n'a filtré. Impossible sans un contrôle mental total.
Sybilla est projetée horizontalement à une vitesse folle. Tout le monde croit à une sortie de ring. C'est à cet instant précis que…
« Uraaaaaaah ! »
Sybilla rugit comme une bête. Son corps s'immobilise net en plein vol. Pas un saut aérien. Pas de libération de puissance magique non plus. L'élan a été tué net. Qui plus est, elle flotte sur place sans un bruit. Pour tout dire, ça ressemblait furieusement à ma Télékinésie.
« Buguh… ! Daaaaaa ! »
Elle a dû prendre un coup aux organes. Sybilla crache une masse de sang. Le poumon touché ? Sa respiration est sérieusement laborieuse.
Pourtant, Sybilla ne s'arrête pas. Elle projette violemment sa main gauche vers l'avant. La distance entre eux dépasse les vingt mètres, pourtant…
« Gugo ! »
Cette fois, c'est Colbert qui est soufflé. « Ressemblant à de la télékinésie » ? C'est de la télékinésie, pure et simple. Sybilla est une utilisatrice de télékinésie d'un niveau redoutable.
Et vers Colbert projeté en l'air, Sybilla s'envole. Pas un catapultage télékinésique, elle fait léviter tout son corps par télékinésie.
Bon, le corps humain supporterait mal un catapultage télékinésique. Mais vu la quantité de magie injectée, sa vitesse reste amplement suffisante.
« uraaaaaaaa ! Écrase-toiii ! »
« Chiiii ! »
Colbert utilise la libération de puissance magique pour se repositionner en l'air et évite de justesse le tranchant de Sybilla, mais ses mouvements manquent de netteté.
Le coup d'avant a dû faire hurler tout son corps. Ne pouvant pas prendre assez de distance, il se fait attraper le bras droit par Sybilla.
« T'es à moooiii ! »
Un coup de tête bestial s'abat sur Colbert, accompagné d'un sourire démoniaque. Un simple coup de tête.
Le crâne de Sybilla s'abat sur celui de Colbert.
Un « gokyaa » strident résonne, et Colbert chute. Sans même pouvoir réceptionner, il s'écrase sur le plateau.
« Haa haa… gofuh… C'était… un bon combat… »
Encore le sang aux lèvres, Sybilla sourit de plaisir.
« C'est la décision ! Incroyable, le coup de grâce est un coup de tête ! Un bruit effroyable a retenti ! La tête du candidat Colbert va-t-elle bien ?! Mage de soin ! Vite, courez ! »
Les mages accourent illico. Mais Colbert, lui, va-t-il bien ?
« … Je vais voir Colbert. »
« Ouais, fais ça. »