« Les exploits de Grande Sœur Fran ne s'arrêtent pas là ! »
Katreia, comme si un drôle d'interrupteur s'était enclenché, ouvra à nouveau la bouche en direction de Sibylla.
« Elle fait aussi des merveilles dans la capitale royale ! Figurez-vous qu'elle a démasqué, avec ses compagnons, le complot du royaume de Reidos, ce pays maléfique et pervers ! »
« M-ma... maléfique et pervers ? »
« Oui, exactement ! C'est une nation envahisseuse, la pire de la pire, qui nuit constamment à notre pays par des manigances lâches ! »
« L-la pire de la pire... »
Pour une raison quelconque, le visage de Sibylla se crispa.
« Savez-vous ? Le royaume de Reidos a construit une installation expérimentale sur une île flottante et y a répété d'inhumaines expériences sur des êtres humains ? Mais le châtiment divin a dû s'abattre sur ce royaume. Cette île flottante s'est transformée en donjon on ne sait quand ! Et c'est encore Grande Sœur Fran qui a conquis ce donjon d'île flottante, avec l'aventurier Jan, libérant ainsi les tristes esprits vengeurs ! »
« Jan ? "Tous tués" ? »
« Vous le saviez. Oui ! C'est une personne incroyable qui a battu à plate couture le royaume de Reidos, froid et impitoyable, à maintes reprises ! »
« Cette fois, c'est "froid et impitoyable"... »
Katreia doit vraiment détester le royaume de Reidos. Elle en dit du mal à outrance. N'importe quel sujet du royaume de Kranzel éprouverait plus ou moins le même sentiment, mais elle va peut-être un peu trop loin.
Est-ce qu'Aurel et sa famille l'ont élevée ainsi ?
« Combien d'êtres humains ont basculé dans le malheur à cause de ce pays... »
« C-c'est... comme ça, hein... »
« Oui ! Mon oncle aussi a perdu la vie, emporté par un incident provoqué par un complot du royaume de Reidos. C'était un oncle que j'aimais beaucoup, qui jouait souvent avec moi quand j'étais petite... Je ne peux pas lui pardonner. »
« ...C'est donc ça. »
« C'est vraiment un pays terrible. »
Le royaume de Reidos était impliqué dans la raison de la mort d'un membre de sa famille. Si c'est le cas, je comprends qu'elle en veuille.
Entendant les médisances sur le royaume de Reidos, Sibylla laissa échapper un rire sec et subtil. Pourquoi a-t-elle l'air si mélancolique ?
Celui qui réagit encore plus fortement que Sibylla fut Biscotto, qui avait écouté en silence jusqu'alors.
« L-le royaume de Reidos n'est pas un tel pays ! C'est un pays merveilleux ! »
Le visage écarlate, il hurla cela.
« ...Pourquoi défendez-vous un tel pays ? »
La question de Katreia était tout à fait naturelle pour un sujet de Kranzel. C'est pourquoi elle était directe, sans arrière-pensée.
Fixé par ce regard pur, Biscotto ne put pas crier davantage et resta bouche bée.
« Hein ? C-c'est... »
« Biscotto, tais-toi. Non, nous, on a déjà rencontré des gens du royaume de Reidos dans le cadre de notre travail. À en juger par la discussion, c'étaient pas de mauvaises personnes, c'est tout. »
« ...Je ne pense pas que les informations sur ce pays circulent autant. Quel genre de travail vous amène à rencontrer des gens de Reidos ? »
« C-c'est... heu, le secret professionnel, tu vois. Et puis, mademoiselle, tu as mis tout le royaume de Reidos dans le même sac, mais il y a des gens bien et des gens mauvais, tu sais ? »
« C'est toi qui ne vois les aventuriers que comme un bloc unique "aventuriers", et tu oses dire ça ? Parmi les aventuriers, il y a aussi des gens qui commettent des crimes, mais il y a aussi des gens incroyables comme Grande Sœur ! »
« ...C-c'est vrai... »
J'avais déjà ressenti ce doute quand j'ai rencontré Diane, mais quelle est leur véritable identité ?
Ce ne sont pas des aventuriers. Ni par leurs capacités, ni par leurs connaissances, c'est certain.
Des mercenaires ? Ils en veulent aux aventuriers, ça c'est pareil. Cette piste est possible. Mais ça n'explique pas pourquoi ils ignorent tout des aventuriers.
Sibylla et Diane donnaient l'impression non pas de ne pas connaître les aventuriers, mais de ne les avoir presque jamais vus.
Ils essaient peut-être de le cacher, mais ils en ignorent trop pour que ce soit dissimulable. On dirait même qu'ils manquent de bon sens.
Mais de tels humains existent-ils ? Si c'était un enfant, je comprendrais. Mais Sibylla, qui possède une certaine force, n'aurait jamais côtoyé d'aventuriers ? Impossible.
À moins qu'ils ne soient nés et aient grandi dans un pays où il n'y a absolument aucun aventurier, ça ne s'explique pas.
Alors, quel genre de pays ? Un pays sans aucun aventurier, qui plus est qui les méprise ou les prend pour ennemis.
On ne peut penser qu'au grand pays du nord, le royaume de Reidos.
Si c'est le cas, l'attitude de Biscotto s'explique aussi.
Pourquoi des gens de Reidos se trouvent dans un tel endroit... C'est normal que des agents ou des espions soient infiltrés entre pays ennemis, et il doit y avoir des gens de Kranzel infiltrés à Reidos aussi.
Honnêtement, je ne vois pas Sibylla et Biscotto comme des espions. Par leurs capacités, ils sont du genre chevaliers ou soldats, et ne semblent pas faits pour l'infiltration ou le sabotage.
Avec une telle présence qui les fait ressortir, et leur manque de discrétion, ils ne peuvent pas être des espions. On croirait plutôt à un voyage incognito d'une jeune fille rebelle issue du royaume de Reidos, ce serait bien plus crédible.
Bon, que faire ?
Si je les presse de questions maintenant, j'ai l'impression de pouvoir découvrir leur identité. Mais eux sont en pleine infiltration dans un pays ennemi.
S'ils pensent que leur couverture est grillée, ils viendront sûrement nous faire taire. Les affronter tous les deux tout en protégeant Katreia me semble passablement difficile.
De plus, même si je m'en tire bien ici, Katreia pourrait être ciblée par la suite. Le mieux est de faire semblant de ne rien remarquer et de les laisser partir pour l'instant.
« ...Heu, Grande Sœur. Continuer plus loin, c'est dangereux ! »
« C-c'est vrai. Faisons-nous la malle. »
Par heureux hasard, eux aussi sont prêts à battre en retraite. Ils chuchotent entre eux. Si je leur donne une poussée, ils partiront.
« ...Katreia, on y va. »
« Hein ? C'est bon ? »
« Plus loin, c'est une perte de temps. »
« Si Grande Sœur le dit... »
J'ordonne à Fran de leur céder le passage. Ni une ni deux, le duo s'enfuit loin de Fran et des siens.
« D-désolé d'avoir dérangé ! »
« Vraiment. »
« Eh bien, adieu ! »
« Urushi. Suis-les. »
(On !)
« Mis à part ces deux-là, ils ont peut-être d'autres compagnons doués pour la détection. Sois prudent. »
Je ne crois pas qu'ils aient pu voyager jusqu'ici sans que leur identité ne soit découverte, rien qu'à eux deux. Ils ont forcément des camarades.
« Je compte sur toi. »
(Off !)
Il ne me reste plus qu'à faire mon rapport à Dias. Bon, c'est un peu gênant, mais je suis pas du genre à mélanger vie privée et travail... enfin si, c'est exactement mon genre.
S'il n'écoute pas, je ferai appel à Aurel et Elsa.