« Pfiou… »
« C'est gagné. »
Fran, ayant annulé sa Divinisation de l'Épée, soigna le comte qui était à genoux. Apparemment, bien qu'il fût encore sonné, il avait vu la scène où Fran terrassait les agresseurs. Ou plutôt, c'était précisément parce qu'il avait vu ce spectacle qu'il avait été si surpris qu'il en avait recouvré momentanément la clarté d'esprit.
Dès qu'il fut soigné, il s'approcha de Fran. Toutefois, son visage ne montrait aucune intention de l'interroger, seulement une admiration et un étonnement purs.
« Hé, hé, hé ! Qu'est-ce que c'était que ça… tout à l'heure ? »
« Hm ? »
« Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais j'ai bien compris qu'un truc démentiel s'était produit ! »
Visiblement, grâce à l'état second du comte, l'usage de la Divinisation de l'Épée n'avait pas été découvert.
« C'est bien la princesse du Tonnerre Noir… Il n'y a pas de raison que Sa Majesté le Roi Bête ne l'apprécie pas. Non, plus que ça pour l'instant— »
« Mm ! »
Le comte s'interrompit tandis que Fran me mettait en garde.
« Ils reviennent ! »
Dans le manoir, des présences hostiles subsistaient encore. Le bruit de vitres brisées et les détonations de sorts résonnaient.
« — »
« Comte, reculez. »
« Moi aussi je peux me battre ! Mince, tout le monde va bien ? »
Dix minutes plus tard.
Après avoir repoussé deux vagues d'agresseurs, nous nous dirigions enfin vers les autres zones pour porter secours. À cause des séquelles de la Divinisation de l'Épée, ma puissance de combat avait chuté, mais comme l'adversaire était seul et que nous étions deux, nous avions réussi à l'emporter.
« C'est cette pièce ! »
« Mm. »
L'endroit où tous deux se rendirent était la chambre de Vermelia. Aucune présence de combat n'en émanait, mais celle de Vermelia et des siens non plus.
« Ça va ? ! »
« ! Frédéric. »
La chambre était dans un état lamentable. Les débris du lit et des étagères jonchaient le sol, les murs et le plafond étaient profondément lacérés. Au milieu gisaient deux cadavres d'agresseurs. Et Frédéric, effondré.
De son corps s'écoulait une quantité effroyable de sang, une épée plantée dans le ventre et une autre dans le dos. Ces lames l'empêchant de bouger, il gisait sur le flanc, dans une posture un peu tordue.
« Soins Supérieurs ! »
« Endure un peu. »
Il n'était pas mort, apparemment. La magie de soin fit effet. Fran se précipita vers Frédéric et arracha d'un coup les deux épées de son corps. Ah, ce sont de simples épées. Pas des Pseudo-Épées Fanatiques.
« Gaaaah ! »
Frédéric reprit conscience sous l'effet de la douleur vive de l'extraction, mais s'ils étaient restés plantés, la guérison aurait été difficile. Pardonne-lui. Il est indéniable que Fran a été un peu brutale.
Nous superposâmes encore des sorts de soin et parvînmes à sauver Frédéric. Mais celui-ci, qui devait être affaibli par la perte de sang, se leva de force et se dirigea vers la fenêtre.
« Non, repose-toi. »
« Vermelia a… ! été enlevée ! »
« Quoi ! Qu'est-ce que tu racontes ! »
« Alors que j'étais à ses côtés, je n'ai pas pu la protéger, c'est… inexcusable. »
Un des agresseurs avait assommé Vermelia et s'était enfui par la fenêtre. Je croyais que leur but était la vie du comte Belleries, mais pas du tout ? Ou bien, ayant échoué, ils ont changé d'objectif ? Quoi qu'il en soit, l'enlèvement datait de plus de dix minutes, la poursuite semblait mal engagée.
« Si Urushi revient… Non, Urushi lui-même a peut-être déjà remarqué. Attendons-le. »
« … Mm. »
Fonce tête baissée ne mènerait à rien. Et des ennemis sont encore là.
« … D'abord, éliminer les soldats ennemis dans le manoir. »
« Monseigneur ! Mais… »
« Je ne peux pas sacrifier mes subordonnés pour une seule fille ! »
« Mince ! Si j'avais ma force d'avant… »
Trente minutes après le sauvetage de Frédéric.
Tout en subissant de lourdes pertes parmi les soldats du manoir, nous étions parvenus à anéantir les agresseurs.
Il y en avait vingt-cinq au total. Les pertes du côté du comte, serviteurs compris, dépassaient la quarantaine. Une quinzaine de blessés. Pas un seul indemne. Le fait que le premier sort ait incendié le corps de garde adjacent au manoir avait aussi aggravé le bilan.
Parmi les blessés figurait Colvert. Lui aussi était entre la vie et la mort, mais on avait pu le sauver. Un peu plus tard et il aurait perdu la jambe gauche. Heureusement qu'on a été à temps.
« … Faut que j'entraîne le combat au corps à corps aussi… »
Même si sa technique Demetris était scellée par l'effet de la Pseudo-Épée Fanatique, il a abattu trois hommes tout seul, c'est déjà remarquable. Colvert a l'air frustré. En voyant l'état pitoyable de ses collègues, sa détermination n'a fait que grandir. Il serre les dents, contient sa colère.
« … Qui a bien pu faire un coup pareil… »
« Les soupçons sont trop nombreux… »
Le plus suspect est le marquis Ashtner, mais pas de preuve. J'aimerais bien foncer le taper, mais faire mouvoir des soldats dans la capitale royale exige des preuves solides. Si on assouplissait ça, les rébellions pulluleraient, c'est inévitable.
Frédéric et Colvert en examinèrent plusieurs : comme Hamruss et Gordon, ils avaient reçu d'énormes doses de drogue magique.
Outre l'effet d'exciter l'esprit de qui la boit pour lui voler sa capacité de réflexion, la drogue magique rend aussi plus réceptif à la suggestion magique. Elle est donc très utile pour le lavage de cerveau par la magie.
« Celui-là… »
Colvert, qui vérifiait le cinquième cadavre, inclina soudain la tête. Il fixa le visage de l'agresseur. C'est celui que Fran a terrassé en premier, l'épéiste.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Mlle Fran, tu ne le reconnais pas ? »
« Mm. C'est moi qui l'ai battu. »
« Non, pas ça… Ah ! C'est un aventurier ! »
Un aventurier de rang C, apparemment. Je vois, ils manipulaient des aventuriers de haut rang. D'autres encore, Colvert en reconnut plusieurs. Vu qu'il s'en souvient, tous sont de niveau rang C ou rang B.
Devant les étranges épées plantées dans les agresseurs, Colvert lui-même penche la tête.
« C'est quoi, ces épées… ? Frédéric, tu connais ? »
« Ouais. Fran aussi, non ? »
« Mm. »
« L'épée maudite qui a attaqué l'auberge. Ce garde-main de mauvais goût, impossible de se tromper. »
Frédéric expliqua à Colvert les points communs entre l'épée maudite qui contrôlait Gordon à l'auberge et celles plantées dans les agresseurs cette fois.
« En gros, ces épées maudites ont une volonté propre et les manipulaient ? »
« C'est possible mais… Celle de l'auberge était à moitié détruite, difficile à juger, mais c'était une longue épée. Et elle était normalement tenue en main, bougeait librement. »
« Une épée qui bouge toute seule ? Celle-ci ne montre aucune envie de bouger, par contre ? »
« Ce ne sont pas exactement les mêmes. La puissance qu'on en sent est bien plus faible. »
Tandis que nous discutions ainsi, la présence d'Urushi revenant au manoir se fit sentir. Maintenant, on pourra retracer Vermelia.
« Urushi est de retour. »
« Vraiment ! »
Celui qui lança un cri de joie le premier ne fut pas le comte Belleries, mais Frédéric.