La matinée de l'enchère aux pierres magiques touchait à sa fin.
C'était la zone des bonnes affaires, où l'on trouvait les articles apportés le jour même ou ceux dont l'expertise avait échoué.
« Voici le prochain lot ! Une pierre magique mystérieuse qui, même après expertise, affiche "inconnu" pour toutes ses caractéristiques ! L'aventurier qui la met en vente l'a confisquée dans un repaire de bandits, il n'a donc absolument aucune information sur la bête magique qui la possédait ! »
On apporta une pierre magique de petite taille. Sa forme était cependant passablement régulière, et on dirait qu'on l'avait mise en vente en espérant sa valeur comme gemme plutôt que comme pierre magique.
« On commence à 10 000 ! »
Des enchères tombèrent çà et là, mais l'engouement restait modéré. Le fait de ne pas connaître le nom du propriétaire devait freiner les ardeurs. Pour ma part, j'étais bien décidé à l'emporter. Je demandai à Fran d'enchérir pour moi.
La surenchère dura trois minutes. Nous remportâmes la pierre magique mystérieuse pour 120 000.
(Emportée.)
« Ouais. Merci. Comme ça, j'ai mis la main sur la pierre magique d'un Gobelin Maléfique Général. »
C'est exact : cette pierre mystérieuse provenait d'une espèce supérieure de gobelin, un Gobelin Maléfique. Qui plus est, un Général. L'aura maléfique plus intense des espèces "Maléfiques" fait que l'expertise affiche "inconnu". Personne n'avait dû pouvoir l'identifier.
Mais moi, grâce à la compétence Œil Céleste, je peux en lire au moins le nom. La pierre d'un "maléfique" ne sert pas à soigner l'âme mystérieuse qui est en moi, alors tant pis, mais un Général pourrait bien posséder des compétences intéressantes.
Ensuite, Kodart remporta les pierres magiques les unes après les autres. Sur les huit qu'il visait dès le départ, il en obtint sept. Le seul échec fut la pierre d'un Ketsee, une espèce féerique.
Menace de rang C, effectifs réduits, et une couleur et une forme de premier ordre : le prix s'envola à plus de dix fois la cote. Des compétences spéciales étaient sans doute à la clé, mais là, c'était hors de portée.
L'essentiel, la pierre magique de démon, nous l'avions eue, et je suis reconnaissant à Kodart. En une seule journée, nous avons dilapidé plus de 10 millions de golds. Mais l'argent, ça sert à être dépensé.
Nous nous séparâmes de Kodart devant la salle des ventes et reprîmes le chemin de l'auberge.
« Hé hé ! On rentre direct à l'auberge pour absorber, d'accord ! Hein ? »
« Mmh. »
« Yattaaa ! »
Ah, ça met en joie. Rien que les pierres autres que celle du maléfique sont au minimum Menace D. Nous en avons trois de rang C. Et la pierre de démon est de rang Comte, donc même Menace B que le démon qu'Alessa a abattu.
Une occasion d'absorber autant de pierres de cette qualité à la fois, ça ne court pas les rues. J'ai hâte de les absorber !
« Massaki ! Massaki ! »
(Le Maître a l'air de s'amuser.)
Pendant qu'on badinait ainsi, je perçus quelqu'un qui accourait derrière nous. Je faillis me mettre en garde, mais je baissai instantanément ma vigilance. L'autre était manifestement un civil.
Il ne masquait même pas sa présence ; au contraire, ses pas résonnaient normalement. Moins qu'un aventurier de bas étage. Un civil pur et dur.
« Attendez, s'il vous plaît ! »
C'était un homme d'un certain âge. Vêtu d'amples vêtements bien taillés, il avait l'allure d'un homme de plume. Sa bedaine rebondissait à chaque foulée.
« Avez-v… avez-vous un moment ? »
« Mmh ? »
« C'est bien à vous que je m'adresse ! J'ai une excellente information à vous donner ! Je vous assure que vous n'y perdrez rien ! Ne pourriez-vous m'accorder un peu de votre temps ? »
(Le Maître ?)
« Bon, juste un peu alors. »
J'ai envie de rentrer au plus vite, moi !
« Mmh. Juste un peu. »
« Oh ! Alors, par ici. Allez, montez, montez. »
Il avait même prévu une voiture. Bien préparé. Mais il me prend pour un idiot ? Sans même se présenter, il veut qu'on monte dans sa voiture ? S'il trouve quelqu'un d'assez bête pour y entrer, je veux bien le rencontrer.
Non, il doit prendre Fran pour une gamine facile à manipuler. Donc il n'a pas enquêté sur son identité. Quelle peut bien être son intention ? "Excellente information", "pas de perte" : ça sent l'arnaque à plein nez.
Je l'examinai : pas l'air d'un méchant, mais… noble tout de même. Baron, pour être précis.
« Votre nom ? »
« Hein ? Ah, pardon. Je m'appelle Beckert. »
Un noble qui s'abaisse sans même donner son nom de famille. Rien que du louche.
« De quoi voulez-vous parler ? »
« Euh, ça risque d'être long… »
« Ici, ça va. »
On ne suit pas un type louche.
« Cependant… »
« Alors, je n'écoute pas. On rentre. »
« Ah ! Att… attendez ! Vous le regretterez ! »
« …Vous me menacez ? »
« N, non ! Ce n'est pas du tout ça ! Un, un instant, s'il vous plaît ! Hé ! Sortez ! »
Fran fit demi-tour, et l'homme, paniqué, appela vers l'intérieur de la voiture. Deux costauds en descendirent. Je l'avais senti à leur présence : ils comptaient clairement menacer Fran, voire l'agresser, une fois à l'intérieur.
Mais comme elle avait refusé catégoriquement de monter, ils sortirent en urgence pour l'intimider.
Les deux hommes se plantèrent de part et d'autre de Fran, posant en gardiens de temple. Ils firent ostensiblement claquer l'épée à leur hanche et tirèrent des gueules de méchants. Ils ont l'habitude de ce genre de mise en scène.
Leur niveau réel est minable. Des muscles de parade et des armes qui ne sont que de la déco. Leur compétence "Comédie" doit être plus haute que leur escrime, c'est dire. Les simples soldats du comté de Beil리즈, hier soir, auraient pu les mater tous seuls.
« Donc, c'était quoi, votre histoire ? »
« E, euh… c'est… »
Devant le calme total de Fran, c'est Beckert qui parut surpris. Mais il se ressaisit, baissa la voix et se mit à expliquer pourquoi il l'avait abordée.
« En fait… mon maître désire l'épée que vous portez sur le dos. »
« Maître ? Qui ? »
« Je ne peux pas le dire… Mais si vous acceptez de céder votre épée, je vous verserai 50 millions de golds. Belle affaire, non ? »