Nous avons décidé d'utiliser la magie de foudre pour neutraliser les agresseurs mystérieux, Belmélia et Frédéric.
« Haa ! »
« Goûte à ça ! »
Le Thunder Chain, sort de magie de foudre que nous avons lancé, est une technique qui prive l'adversaire de sa liberté en l'enlaçant avec des chaînes de foudre pour le paralyser. Sa portée n'est pas très large, mais nous comblions ce défaut en le lançant plusieurs fois de manière à encercler l'ennemi.
Pour les sorts de niveau intermédiaire ou inférieur, Fran peut désormais en déclencher deux instantanément, et moi trois. Si je me donne à fond, j'en peux lancer cinq.
« Kuaa ! »
« Mmm ! »
Les sept chaînes de foudre se déchaînèrent comme des serpents contorsionnés, enlaçant assurément Belmélia et les siens. Frappée par les décharges successives, Belmélia s'affala sur place, incapable de bouger.
Mais Frédéric s'accroche. Il tranche les chaînes de foudre qui lui foncent dessus avec son épée enveloppée de puissance magique. Une application de la compétence Libération de puissance magique, sans doute.
« Pas mal. Faudra que je me donne un peu de mal, moi aussi. »
« ! »
« …Kuh ! De la magie sans incantation ! Et en plus, tu peux en enchaîner autant… »
Nous avons lancé dix chaînes de foudre supplémentaires. Il en a tranché sept, ce qui est impressionnant. Mais même Frédéric n'a pas pu tout parer. Le Thunder Chain s'enroula autour de son corps et lui arracha la conscience.
C'est déjà un sort qui privilégie la paralysie à la puissance. Le subir en rafale, ce qui est normalement impossible, a eu raison d'eux. Visiblement, Belmélia et les siens n'avaient pas une grande résistance à la paralysie. C'était joué d'avance.
Aux deux qui gisaient côte à côte, nous assénons le coup de grâce magique. De la magie de terre pour les immobiliser. Le sol se transforma en lianes qui s'enroulèrent autour de leurs jambes et de leurs corps pour les ligoter.
Malgré tout, je ne me relâche pas. Surtout Frédéric, qui possède la magie des ténèbres. La possibilité qu'il s'échappe par Transit d'ombre n'est pas nulle.
« Urushi, prépare-toi à la magie des ténèbres. »
(On.)
Urushi, en tant qu'utilisateur de magie des ténèbres, peut attaquer même une cible cachée dans l'ombre.
« Bon, on les interroge ? »
« Mmh. »
Commençons par Belmélia. Frédéric n'a pas l'air du genre à parler freiwilliment. Je les sépare par télékinésie.
D'ordinaire, elle lui aurait donné quelques coups de pied dans le ventre pour la réveiller, mais là, Fran s'agenouille près de Belmélia et lui tapote légèrement la joue. Bien, bien, elle se retient de faire preuve de brutalité.
On pourrait dire que c'est un peu tard après l'avoir paralysée avec la magie de foudre, mais se battre en légitime défense et user de violence sur une prisonnière, ça fait tout de même mauvaise impression. C'est peut-être une connaissance de Colbert, une noble demoiselle. On ne peut pas se permettre de la maltraiter.
« Uuu… »
« Tu es réveillée ? »
« Kuh… Quoi… »
Au réveil, elle voit une fille de la tribu des chats noirs devant elle, et se retrouve inexplicablement ligotée. Naturellement, elle est confuse.
Mais elle a dû se remémorer la situation de tout à l'heure. Elle fixe Fran et hurle.
« Qu'est-ce que vous avez fait ! »
« C'est nous qui posons les questions. »
« Mes subordonnés vont bien ! »
« Pas de bavardages inutiles, réponds aux questions. »
Fran active la compétence Autorité royale. Elle vise à briser le mental de Belmélia. Submergée par l'oppression de Fran, son corps tressaille violemment. La peur se lit clairement sur son visage.
« Kuh… Qui… »
Mais Belmélia lui répond aussitôt, l'air résolue. Elle a dû imaginer le sort qui l'attend et l'accepter. Elle a encore des parts d'immaturité, mais elle a la fierté d'une guerrière accomplie.
Seulement, l'avenir tragique qu'elle s'imagine ne l'attendra pas.
« Fran. Tu l'as senti ? »
« Mmh. »
Une présence s'approche lentement par derrière. Elle semble sur ses gardes, mais je ne sens ni hostilité ni malveillance.
« Yo. Ça fait un moment. Tu veux bien libérer cette demoiselle ? Fran. »
C'était Colbert. Il est donc bien complice des agresseurs. Enfin, vu le timing, je m'en doutais.
Pour prouver son absence d'hostilité sans doute, il lève légèrement les deux mains et s'approche lentement de Fran. Il n'a pas l'intention d'attaquer d'emblée, apparemment.
« Colbert ! C'est une connaissance ? »
« On ne peut pas dire qu'on ne se connaît pas. »
« Alors, cette fille n'est pas une espionne de la maison du marquis Ashutner ? »
« Fran, une espionne ? Impossible. »
« Pourquoi pouvez-vous l'affirmer ? »
« Cette fille est la Princesse du Tonnerre Noir. Si je dis ça, tu comprends ? »
En entendant les mots de Colbert, Belmélia écarquille les yeux et pousse un cri de surprise.
« V-Vraiment ? La Princesse du Tonnerre Noir, n'est-ce pas l'aventurière qui a causé la mort de Celdio Rezeps ? »
C'est connu à ce point ?
« Désolé, Fran. On m'a signalé qu'on me suivait. On m'a dit de capturer le coupable, mais… je ne m'attendais pas à ce que ce soit toi. »
Colbert et les siens sont équipés d'objets magiques appelés Orbes des Rumeurs du Vent. Ils permettent d'entendre la voix de quelqu'un à distance via le vent. Ce sont des objets à usage unique, semble-t-il, et l'orbe de Colbert est cassé. C'est par ce biais qu'ils ont communiqué.
« Alors, pourquoi suiviez-vous Colbert ! »
« Parce qu'il avait une allure suspecte. Il se faufilait. »
« Ugh… »
Belmélia grimace. Elle admet sans doute que Colbert avait une allure et un comportement suspects. D'ailleurs, Fran ne ment pas. S'il avait eu une tenue normale, elle l'aurait simplement interpellé au lieu de le suivre.
« Ceux-ci, c'est qui ? »
« Ah, comment dire… des subordonnés de mon employeur ? En tout cas, mes collègues actuels. »
Au vu du nom de Belmélia, son employeur serait le comte Beilriz, je suppose ?
« Ceci dit, je ne m'attendais pas à te voir dans la capitale, Fran. J'ai entendu dire par le patron de Gamud que tu étais au pays des hommes-bêtes. Qu'est-ce qui t'amène ici ? La vente aux enchères ? »
« Plein de trucs. »
« Plein de trucs, hein… Toujours est-il que t'as encore gagné en force, Fran. »
« Mmh. »
« Franchement, le moi actuel ne peut pas gagner. »
« Na ! »
C'est Belmélia qui est surprise par la déclaration de défaite de Colbert. Elle ne peut pas croire que Colbert, qui est un fort à ses yeux, reconnaisse sa défaite sans combattre.
« Ces deux-là non plus n'essayaient pas de tuer la demoiselle. Tu veux bien les libérer ? »
« Pourquoi nous avoir attaqués ? Ça a un rapport avec la surveillance de la maison du marquis Ashutner ? »
« Haa. On m'a repéré jusqu'à là… Puisque c'est comme ça, y'a plus qu'à parler. »
Colbert soupire, l'air résigné. Ici, Fran a l'avantage écrasant. Déjà, il y a des otages. Et il sait qu'Urushi est tapi quelque part. Cela joue aussi comme pression. On ne sait jamais quand les otages seront attaqués par Urushi.
Et entre Fran et Colbert, c'est Fran qui gagnerait. Colbert a progressé depuis le tournoi martial, mais nous sommes plusieurs crans au-dessus. Bon, ce ne serait pas une partie de plaisir non plus.
Il a dû choisir de dire la vérité plutôt que de tergiverser. Colbert raconte leur situation.
« J'ai bel et bien surveillé la maison du marquis Ashutner. Le but était d'attirer l'espion au service du marquis. »
En d'autres termes, Colbert agissait suspectement exprès. Ceux qui l'ont suivi, Belmélia et les siens, les ont à leur tour suivis et capturés. Telle était la stratégie. Mais au lieu de l'espion du marquis Ashutner, c'est Fran qui s'est fait prendre dans le filet.
Oui, un accident malheureux à bien des égards. Contentons-nous de ça.
« Du coup, vous êtes ennemis de la maison du marquis Ashutner ? »
« Ah, oui. »
Ce n'est pas un mensonge. Je me demande si Colbert et les siens n'ont pas des infos sur Garus. On décide de leur expliquer un peu notre situation.
« Une connaissance est peut-être prisonnière de la maison du marquis Ashutner. Je cherchais où elle se trouve. »
« Quoi ? C'est pour ça que tu étais dans le coin ? »
« Mmh. Tomber sur Colbert, c'était le hasard. »
« Haa… Juste mon luck… Mais je vois. »
Colbert réfléchit quelques secondes.
« Vous n'avez pas des infos, par hasard ? »
« …Quittons d'abord les lieux. Après un tel vacarme, du monde va arriver. Je veux entendre les détails. »
« Compris. »
La proposition de Colbert est raisonnable, on s'y conforme. Je libère Belmélia et les siens de l'emprisonnement de terre. Belmélia s'occupera de Frédéric.
« Du coup, on va où ? »
« C'est là que ça se complique… Fran. Tu veux bien rencontrer mon employeur ? »