« L'armée ne peut pas être mobilisée immédiatement… »
Marmano annonça cela à Fran d'une voix emplie d'amertume.
« Pourquoi ? »
« Il y a trois jours, un conflit a éclaté à la frontière sud-ouest avec le royaume de Bashar. »
C'est vrai ? C'était la première fois que j'en entendais parler. Mais grâce à cela, je compris le sens des paroles de Marmano.
« Depuis Gringot également, plus de la moitié des soldats ont été envoyés en renfort. »
« Il n'y en a pas zéro, alors ? »
« Avec les soldats qui restent actuellement à Gringot, il est tout bonnement impossible d'engager une bataille rangée contre plus de dix mille bêtes magiques… »
Marmano s'inclina profondément, le front touchant presque le sol.
« Je vous présente mes plus sincuses excuses ! Cependant, les habitants des villages et des villes des environs viendront se réfugier vers Gringot. C'est le seul endroit doté de remparts capables de tenir tête à l'armée des bêtes magiques. À ce moment-là, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir de soldats pour assurer la défense ! »
Puisqu'il n'y a pas assez de soldats pour une bataille en rase campagne, il ne reste que la stratégie du siège. Et même pour se retrancher dans la ville, un certain nombre de soldats est indispensable.
« Y a-t-il quelqu'un capable d'utiliser la magie de terre dans cette ville ? Si on pouvait élever un grand mur, on gagnerait du temps. »
« Il n'y a qu'un seul mage de terre dans notre pays capable de retenir une armée. Mais cet homme est une figure centrale dans la guerre contre le royaume de Bashar. Il est impossible de le faire venir ici. »
« Je vois. »
« Nous enverrons immédiatement des demandes de renforts vers les autres fiefs ! Ainsi qu'à l'armée rassemblée au sud ! »
« Combien de temps avant leur arrivée ? »
« … Même au plus vite, il faudra plusieurs jours… D'ici là, nous ne pouvons pas sortir. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des soldats maintenant. »
S'ils n'ont que l'effectif minimum, je comprends qu'ils ne veuillent pas le gaspiller inutilement. Que j'accepte ou non cette logique est une autre question.
En fin de compte, ils sacrifient les villages du nord pour sauver les autres. En tant que seigneur, c'est une décision parfaitement rationnelle. On ne peut pas les blâmer.
Fran sembla l'avoir compris, car elle se leva sur place.
« Compris. »
« C'est… c'est bien… Ah, où allez-vous ? »
« Je n'ai plus rien à faire ici. Je vais à la guilde des aventuriers. »
« Ne… ne restez-vous pas ? »
Marmano voudrait évidemment que Fran reste dans cette ville. La simple présence d'une combattante de rang A rassure les citoyens et booste le moral des soldats. En cas de défense effective, elle apporterait une contribution massive.
Si on raisonne purement en chiffres, abandonner les quelques habitants des villages du nord pour sauver les dizaines de milliers de personnes retranchées dans la ville minimise les dégâts.
Mais Fran n'allait pas l'accepter. Elle se tourna vers Marmano et lui dit calmement :
« Impossible. Je n'abandonne jamais mes compatriotes. »
Ce n'était pas une ironie à l'égard du seigneur. Cela signifiait simplement qu'elle ne voulait pas abandonner ses semblables, les chats noirs.
Cependant, Marmano ne l'entendit pas ainsi. Il grimaça de frustration et resta planté là, immobile.
Je crus l'avoir mis en colère, mais ce n'était pas ça. Apparemment, lui aussi aurait voulu s'élancer immédiatement pour sauver les gens. Mais précisément parce qu'il est un excellent seigneur, il ne peut pas faire ce choix.
« Je vous en supplie… s'il vous plaît, prenez soin des villages du nord… »
Marmano, repliant son imposante carrure, s'inclina profondément devant Fran.
« Compris. »
« Je vous en prie… »
Fran quitta le manoir de Marmano sur ces mots et fonça droit sur la guilde des aventuriers de Gringot. Comme on s'y attend d'une ville centrale de la région, elle est de belle taille.
« Y a-t-il quelqu'un ? »
« Ah, princesse Foudre Noire. Que puis-je pour vous ? »
« J'ai une affaire urgente avec le maître de guilde. Faites-moi le voir tout de suite. »
« … Compris. »
Ici encore, le surnom de Princesse Foudre Noire fit son effet. La réceptionniste nposa aucune question et agit immédiatement. Moins de trois minutes plus tard, elle revenait pour guider Fran jusqu'au maître de guilde.
Le maître de guilde de Gringot est un vieux mage à la barbe d'un blanc pur. Il a évolué et possède une force considérable.
« Princesse Foudre Noire, que se passe-t-il ? »
« Une armée de bêtes magiques approche du nord. »
« Hein ? Qu'est-ce que vous racontez ? »
Face au maître de guilde surpris, Fran expliqua tout. Il fut d'abord choqué, mais se ressaisit vite.
« Une armée de plus de dix mille ? »
« Je veux la coopération des aventuriers. »
« C'est entendu. Je vais convoquer les aventuriers immédiatement. Cependant… »
Il grogna, réfléchissant à la marche à suivre.
« Y a-t-il un problème ? »
« Beaucoup sont partis vers la frontière sud. Actuellement, le nombre d'aventuriers à Gringot a diminué de moitié. »
« Les aventuriers ne participent pas aux guerres, non ? »
Lors de mon inscription, j'avais lu rapidement le règlement de la guilde : les aventuriers n'ont pas l'obligation de répondre à la conscription en temps de guerre.
Beaucoup de gens libres, non affiliés à un pays, trouvent stupide de s'impliquer dans les querelles entre nations. Si on instaurait une règle les forçant à répondre à la conscription, les aventuriers quitteraient la guilde.
Le principe de non-participation à la guerre est officiellement convenu entre les pays et la guilde. En échange, on peut dire qu'ils s'occupent de l'extermination des bêtes magiques et des bandits.
Mais il y a très longtemps, le royaume de Raidos a ignoré ce règlement et a tenté de contraindre les aventuriers à la conscription. En menaçant de punir ceux qui refusaient. En représailles, les aventuriers ont quitté le royaume de Raidos, qui a fini par perdre la guerre. Finalement, la guilde d'aventuriers elle-même a disparu là-bas, et à l'heure actuelle, il n'y a presque plus d'aventuriers à Raidos.
Depuis cet événement, aucun pays n'a plus tenté d'utiliser les aventuriers pour la guerre. Bien sûr, certains signent des contrats individuels, ou participent volontairement parce qu'ils sont originaires du pays, mais c'est une infime minorité. Amanda et Jean sont de ce genre.
Mais recruter de force via la guilde est devenu un tabou.
« Ce n'est pas une demande du pays, ils y sont allés de leur plein gré. C'est un pays pour les hommes-bêtes. Le désir de le protéger ne concerne pas seulement les soldats et les chevaliers. »
Le pays des hommes-bêtes est spécial pour eux. L'actuel roi est lui-même un aventurier, et les relations entre la guilde et le pays sont bonnes. Il est donc naturel que les aventuriers hommes-bêtes originaires d'ici souhaitent participer volontairement à la guerre.
« Même en appelant les aventuriers des villes et villages environnants, nous ne pourrons peut-être pas réunir assez de monde pour agir comme une armée. »
« Même ainsi, je veux le maximum de forces possibles. »
« Je le sais bien. Mais il se peut qu'on ne puisse rassembler que le strict minimum pour la défense de cette ville. Sachez-le. »
« … D'accord. Compris. »
« Vous repartez déjà ? »
Le maître de guilde interpella Fran qui se levait. Son visage disait qu'il voulait la retenir, mais il n'ajouta rien. Il sait qu'il y a un village de chats noirs au nord, et que Fran est une chatte noire.
« Au revoir. »
« Bonne chance… »