« Miam miam miam miam ! »
« Miam miam miam miam ! »
« Vous mangez avec un bel appétit ~ »
« Grande sœur Fran, c'est incroyable ! »
« Urushi aussi ! »
Fran et Urushi, invitées au dîner de l'orphelinat, engloutissaient le curry d'Io à une vitesse phénoménale. On en était passé au-delà du simple plaisir, on en arrivait à s'inquiéter pour leurs estomacs.
D'ailleurs, je me demandais s'il n'y avait pas de problème à ce qu'elles mangent une telle quantité des provisions de l'orphelinat, mais Io-san gardait le sourire du début à la fin.
« Ça valait le coup d'en préparer beaucoup. Mangez autant que vous voulez. »
« Oui ! Je reprends. »
« Ouaf ouaf ! »
« Combien je vous sers ? »
« Une grande portion. »
« Ouaf. »
Bon, je leur filerai de quoi couvrir les frais de nourriture plus tard. Même si la gestion va mieux qu'avant, il y a des limites.
Au final, Fran et Urushi ont avalé cinq bols extra-larges de curry chacune, récoltant au passage un mélange de respect et de ressentiment sournois de la part des gamins. Apparemment, le curry qui restait devait servir pour le petit-déjeuner de demain, mais elles ont tout bouffé.
En plus, certains gosses pariaient sur le nombre de bols que Fran allait descendre. Ceux qui s'étaient retrouvés avec un plat en moins au menu du lendemain matin la dévisageaient avec des yeux remplis de rancœur.
« Merci pour le festin. »
« Ouaf. »
« C'est nous qui vous remercions ~. Ça me fait plaisir de voir que vous avez apprécié. »
« Mm. C'était bon. »
Fran avait l'air satisfaite à en faire pâlir de jalousie. Le curry d'Io-san devait être sacrément bon. Elle se caressait le ventre bien rond avec une mine réjouie.
Pourtant, les épices et les ingrédients utilisés étaient des plus banals, rien qui sorte de l'ordinaire. La raison pour laquelle elle avait réussi à tirer une saveur qui comblait Fran tenait purement au talent d'Io-san. Je n'avais pas tout vu de la préparation, et là, impossible de reproduire. Dommage.
Une fois le repas fini, les enfants se sont dispersés vers leurs chambres ou la salle de jeux, ne laissant plus que notre groupe dans le réfectoire. Fran s'est levée en se tapotant légèrement le ventre.
« Bon, on rentre. »
« Ah ? Je vais faire du thé, restez donc un peu plus. »
« Du thé fait par Io ? »
« Oui. Il y a aussi des gâteaux ? Ce sont de simples biscuits, mais... »
« Je veux bien. »
Fran n'allait pas rater l'occasion de boire le thé d'Io-san et de manger ses biscuits faits maison.
Elle s'est rassise sur sa chaise d'un mouvement fluide. À côté d'elle, Urushi était assis sagement, l'air de rien.
« Il y en a pour Urushi-chan aussi. »
« Ouaf ! »
Les biscuits étaient simples, faits seulement de farine, de sucre et d'œufs, mais ils avaient l'air délicieux. Il suffisait de voir les visages de Fran et Urushi. Le thé aussi, disait-on, était fait avec des feuilles bon marché, du genre qu'on trouve tout en bas du panier au marché, mais il avait un goût exceptionnel. Fran et Urushi plissaient les yeux, une expression de béatitude peinte sur le visage.
Io-san les regardait avec un sourire depuis un moment, mais quand elle a vu Fran finir sa tasse et souffler, son visage est devenu soudain sérieux. Elle s'est inclinée profondément devant Fran.
« Merci beaucoup. »
« Mm ? »
« Aujourd'hui, comme Fran-san venait, j'ai mis les petits plats dans les grands... Mais ce genre de repas, joyeux, où les sourires de tout le monde débordent, c'est le quotidien de cet orphelinat. »
Fran écoutait en silence.
« Avant, on manquait de tout pour les repas de tous les jours, et moi comme les enfants, on portait une angoisse quelque part au fond du cœur. Ce n'est pas qu'on ne souriait pas, mais je pense qu'on riait peu de bon cœur. »
On ne savait pas quand l'orphelinat allait fermer. Dans ces conditions, impossible de garder l'insouciance. Les gamins ne sont pas bêtes. La nourriture rationnée, le bâtiment en ruine qui ne se réparait jamais, les prêteurs qui montraient le bout du nez de temps en temps. En voyant ça, ils comprenaient bien la situation.
Et puis, les adultes qui se faisaient du souci pour ne pas inquiéter les enfants qu'ils devaient protéger, finissaient par se faire du mal eux-mêmes. En voyant ça, l'anxiété des enfants ne faisait qu'empirer, un cercle vicieux.
« Merci d'avoir rendu leurs sourires aux enfants. »
« C'est Amanda qui a sauvé l'orphelinat. »
« C'est vrai, c'est Amanda-sama qui nous a tirés d'affaire. Mais c'est Fran-san qui en a été le déclencheur. Alors, du fond du cœur, nous vous remercions. »
Sur ces mots, Io-san s'inclina encore plus bas.
Une heure plus tard.
Après ces remerciements soudains d'Io-san, il y a eu un petit flottement, disons qu'on était toutes les deux un peu gênées, l'ambiance était bizarre... Mais comme on partait déjà sur de bonnes bases, ça s'est dissipé vite fait et on a pu discuter tranquillement.
« Bon, cette fois, on y va vraiment. »
« Excusez-moi de vous avoir retenues. »
« C'est rien. »
Io-san nous a raccompagnées jusqu'à l'entrée. Ah, faut que je file le fric pour le repas. Mais quand Fran a sorti l'argent, Io a refusé net de le prendre.
Le curry d'aujourd'hui, c'était un cadeau de remerciement, alors elle ne pouvait pas l'accepter.
( Maître, on fait quoi ? )
'Hmm. Si c'est un cadeau de remerciement, lui donner quelque chose en retour ne serait-il pas impoli ?' Au bout du compte, on a remercié Io-san et on a quitté l'orphelinat comme ça. Même si on lui avait fourré de l'argent ou des vivres de force, si ça ne lui faisait pas plaisir, ça aurait été pire.
Sur le chemin du retour vers l'auberge. Fran était de très bonne humeur. Elle fredonnait même, ce qui est rare.
« Le curry, il était si bon que ça ? »
« Mm ! »
'Il faut que je me perfectionne encore plus, moi aussi !'
« Et puis... »
« Et puis ? »
« Tout le monde avait l'air de s'amuser. Les enfants, et Io aussi. »
« C'est vrai. »
« Mm. C'était bien. »
Fran a dit ça en plissant les yeux pour sourire. La silhouette de ces orphelins qui vivaient courageusement malgré la perte de leurs parents n'était pas une affaire étrangère pour Fran. Elle y superposait sa propre personne, et semblait se réjouir sincèrement de son bonheur actuel.
« C'est vrai. Tant mieux. »
« Mm »