« Gyaaaa ! »
Il grimace de douleur. Après tout, la moitié de ses doigts sont carbonisés et s'effritent, et son bras est percé de trous par les épines qui ont poussé de mon manche.
Mais ma colère ne retombe pas. Le péché d'avoir proféré la pire des absurdités en disant qu'il ferait de Fran sa concubine ne peut pas être expié par si peu !
Si Fran n'avait eu que la force qu'elle possédait quand nous venions de nous rencontrer, il y a vraiment une possibilité qu'elle ait été enlevée de force.
En voyant mentalement la scène où ce connard de taré soumettait Fran de force, j'ai gémi. Comme prévu, les nuisibles doivent être exterminés après avoir payé pour leurs crimes. C'est la seule façon.
J'ai activé davantage encore ma Métamorphose.
« Higiyaaaaaaa — ! »
Mes épines, qui ont poussé de mon manche, se tortillent comme des êtres vivants. Elles percent le bras de Celdio, le transpercent de part en part, puis s'enfoncent à nouveau dans la chair de son bras. D'innombrables épines remontent le long de son bras en répétant ce manège.
« Agagagagagagaga — »
Celdio se tord de douleur, tout son corps convulsant. Ses serviteurs tentent désespérément de le soigner, mais c'est totalement inutile.
Cela dit, ces serviteurs n'essaient pas de me toucher, ce qui est franchement suspect. J'aurais cru qu'ils tenteraient de m'arracher à lui, mais non. Ils doivent avoir peur de finir comme Celdio. Quels serviteurs peu loyaux.
En voyant Celdio éparpiller larmes, morve et toutes sortes de fluides corporels, ma rancœur s'est un peu apaisée.
J'en ai assez d'être tenu par cet homme. Je veux en finir bientôt.
J'aurais bien voulu savoir quel genre de châtiment le dieu inflige, mais il ne fait que chercher à s'enfuir, sans la moindre intention de m'équiper.
'Que faire. Et si je le lançais avec ma Catapulte Psychique, pchiun ?'
« Et si tu m'équipais ? »
J'ai essayé de le provoquer par télépathie. S'il en venait à l'idée de m'équiper, tant mieux, et s'il trouvait ça suspect, il ne pourrait croire qu'à une hallucination auditive.
S'il ne m'équipait toujours pas, je le tuerais de ma propre lame.
« Guzo, guzoo…… — »
« Et si tu m'équipais ? »
« Haa haa, a-aaah, m'équip… équiper… ! Oui, c'est ça…… »
'Bien, c'est ça. Continue, équipe-moi.'
« Aaaaaaaaaaaaaaaaah — ! »
Et Celdio a poussé un hurlement terrifiant qui glaçait le sang de quiconque l'entendait. Ce n'était plus les cris de douleur d'avant, mais un cri véritablement hideux qui frappait droit à l'esprit de ceux qui l'entendaient.
Celdio tournait les yeux vers le ciel en hurlant à en perdre la voix. Face à une situation si anormale, ni ses serviteurs, ni les aventuriers alentour ne pouvaient bouger.
Combien de temps s'est-il écoulé ? Quelques secondes, peut-être ?
« Pa-pardon ! Pardon ———— gobuaa ! »
Après avoir crié cela, Celdio a craché une grande quantité de sang par les yeux, les oreilles et la bouche, puis s'est effondré face contre terre sur place.
Doum.
« …… »
Un silence assourdissant s'abattit sur les lieux.
« Hm. Pas les qualifications. »
Seule Fran pouvait bouger. Elle s'approcha de Celdio à petits pas, frotta vigoureusement mon manche plusieurs fois, puis me ramassa.
À l'instant même, une rumeur qui ressemblait à des cris s'éleva de toutes parts. Bon, même si c'était un aventurier de rang A aux capacités discutables et détesté, il était mort si facilement, c'est compréhensible.
Cela dit, le châtiment du dieu est sacrément violent. Je pensais qu'il allait foudroyer Celdio, mais non. Maintenant que j'y pense, il avait dit que si on le touchait sans le savoir, la foudre frapperait, mais que si on l'équipait en le sachant, on payerait de sa vie. Vu l'état de Celdio, le dieu lui a-t-il trafiqué le cerveau ?
« V-v-v-vous ! V-v-vous avez osé tuer le jeune maître ! »
« J'ai prévenu. C'est lui qui a ignoré l'avertissement et s'est fait exploser tout seul. »
« N-n'arrêtez pas de vous fiche de nous ! Alors il fallait l'arrêter plus fermement ! »
L'homme qui s'approchait de Fran en la menaçant portait un bouclier dans le dos et avait allure de chevalier. Non, c'est vraiment un chevalier. Un vassal de la famille de Celdio, sans doute ?
« Brûlé, empoisonné, mort. Ce type était un escroc, un voleur et un malfrat. »
« C-cette parole ! Je la considère comme une insulte à la maison du marquis ! »
« Je n'ai dit que la vérité. »
« Vous ! »
Le chevalier mit la main sur son épée. Il est motivé ? Mais l'épée du chevalier ne fut pas dégainée.
« Hé, arrêtez. Vu comme ça, c'est clairement lui qui avait tort. Et si vous cherchez encore des noises à la gamine, c'est moi qui serai votre adversaire. »
« Q-qu'est-ce… Vous, Colbert ! Ce type a mis la main sur Celdio-sama, aventurier de rang A et vicomte qui plus est ! C'est une rébellion contre le pays et la guilde ! »
« Moi, je n'ai vu qu'un voleur sans honte qui tentait de racketter l'épée d'une gamine, et qui est mort de sa belle mort. »
« Q-quoi… »
« Bon sang, venir jusqu'à Urmutt pour faire des saloperies pareilles. C'est vous qui les avez poussés, hein ? »
« Gu… F-faites pas tout un cinéma ! Ce-cette gamine a bel et bien tué le jeune maître ! »
« Il a été tué par la malédiction de l'épée. La gamine a bien prévenu. C'est Celdio qui a ignoré. Autonomie, non ? Y a des témoins par centaines, non ? »
Les aventuriers alentour dévisageaient les trois restants. Ils semblèrent impressionnés, mais les trois ne pouvaient pas reculer non plus. Ça a tourné au duel de regards.
L'atmosphère lourde émanant des deux camps enveloppa les lieux.
« C'est bruyant. Qu'est-ce qui se passe ? »
Au milieu de cet air, c'est Dias, sorti de la guilde, qui a élevé la voix. Avec tout ce vacarme, il a dû l'entendre.
Le chevalier s'empresse de porter plainte auprès de Dias.
« Ma-maître de guilde ! Ces gens ont tué le jeune maître ! Punissez-les ! Arrêtez-les vite, et exécutez-les ! Hé, dépêchez-vous ! »
« Oh oh ? Un aventurier de rang B qui parle bien haut, hein ? Vous me donnez des ordres ? »
« Qu… ! Qu'est-ce que vous foutez ! C'est un meurtre du candidat à la succession de la maison du marquis Ashtner ! Vous, la guilde, vous obéissez docilement ! »
D'habitude, il ménage la guilde, mais en réalité, les nobles sont au-dessus. S'ils ordonnent, la guilde doit obéire. C'est ce qu'il pense. Mais Dias ricane au nez de cette affirmation.
« Je n'ai pas vu toute la scène, mais j'ai eu le rapport. Je sais qui a tort. Vous feriez mieux d'arrêter de débiter vos sottises égoïstes. On ne vous a pas appris que le mensonge est le début du vol ? »
« Qu… ! M-ma parole serait un mensonge ? »
« Ouais. Mais c'est vrai que je n'ai pas vu de mes yeux. Il faut que j'enquête un peu, non ? »
Quand Dias dit ça, les serviteurs de Celdio se mettent à brailler avec entrain. Ils pensent encore pouvoir rattraper le coup ? Ils déversent n'importe quoi, hurlant que Fran a trompé Celdio pour le tuer.
Je fais confiance à Dias, mais… il ne va pas quand même pas arrêter Fran par égard pour la maison du marquis ? En tant qu'homme d'organisation, il peut être forcé à ce genre de sale jugement. Je me suis mis en alerte, attendant les prochains mots de Dias.
« Bon, alors, on va faire un interrogatoire pour savoir qui ment. Forrund, Colbert. Vous pouvez les maîtriser et les emmener au cachot ? »
« Ouais. »
« Compte sur moi. »
Ouh, sans que je m'en rende compte, Forrund se tenait derrière les serviteurs. Les serviteurs le regardaient avec des yeux écarquillés de terreur. Ils ont dû morfler sévère par le passé.
« Confisquez tout leur équipement, menottes et bâillons aussi, n'oubliez pas. Ce sont d'éventuels témoins clés du meurtre d'un vicomte. Traitez-les sévèrement. »
« A-arrêtez ! Foutez le camp ! »
« D-dites donc, attrapez cette gamine aussi, pareil ! »
« Exact ! »
« Elle, je l'interroge avant vous. Je l'emmène à mon bureau comme ça. Pas d'inquiétude, je la mettrai bien sous bonne garde. »
En disant ça, Dias enlace le bras de Fran. Fran ne résiste pas et marmonne sur son ton habituel.
« Aaah, j'suis arrêtée… »
« Voilà, arrêtée. »
Les serviteurs se remettent à brailler en voyant cette mise en scène, mais Dias n'en tient pas compte.
« I-imbéciles ! Pourquoi nous fait-on… »
« Imbéciles ? Je viens de vous dire la raison. Pour ne pas laisser fuir d'importants témoins. »
« Des roturiers qui ont gagné un peu de pouvoir et qui se la pètent… Vous allez voir ! Je vous le ferai regretter ! »
« C-c'est ça ! Croyez pas que vous en tirerez à bon compte en bravez la maison du marquis ! »
« M-maintenant, je vais vous le faire regretter ! »
Les trois hurlants sont emmenés par Forrund et les siens.
« "Je vais vous le faire regretter", hein ? Hmph. Vous croyez sortir vivants du cachot ? »
Oups, j'ai entendu la mutterie de Dias le Noir. Mais Dias, se tournant vers nous, affiche son sourire habituel et tire le bras de Fran.
« Bon, alors, vous voulez bien me raconter ça simplement ? »
« Compris. »
« T'inquiète pas, hein ? Y a assez de témoins. Hein, les gars ? »
Dias s'adresse aux aventuriers alentour, et tous élèvent la voix d'une seule voix.
« Ouais, on a bien vu ! »
« Ça fait du bien ! »
« On témoignera que c'est eux qui avaient tort ! »
C'est une acclamation comme quand on se battait dans l'arène.
« Hahaha, sacrée popularité. Pas étonnant pour la Princesse de la Foudre Noire. Tout le monde est fou de cette jeune aventurière de talent, belle et forte. Si je prenais leur parti ici, je me ferais virer de mon poste de maître de guilde. »