« Merci, Fermus. »
« De rien. J'ai moi-même connu une expérience similaire. »
« Tu t'es fait avoir par la guilde des magiciens ? »
« Disons plutôt que j'ai attiré l'attention et que j'en ai fait les frais, ce qui m'a valu bien des désagréments. »
Fermus, dans sa jeunesse, avait lui aussi remporté un tournoi d'arts martiaux et s'était retrouvé, de la même façon, dans le viseur de toutes sortes de gens.
Guildes des magiciens, guildes de mercenaires, nobles, grands marchands, organisations secrètes. Fermus avait reçu des propositions de toutes ces factions, certains essayant même de le forcer à obéir.
« Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à toi. »
« Comment t'en es-tu sorti ? »
« J'ai tout bonnement fui. J'ai pris soin de ne donner aucun engagement et j'ai erré de par le monde. »
D'un certain côté, c'est la meilleure méthode, non ? Sans laisser de traces, on ne risque pas d'être rattrapé.
« Enfin, tout s'est réglé grâce à Dias. »
« Dias ? »
« Oui. Comme nous sommes du même âge, nous sommes liés d'amitié depuis longtemps. À l'époque, il était déjà maître de guilde, alors il m'a rendu bien des services. Il m'a pris comme bras droit, ce qui a découragé les tentatives de recrutement de toutes ces factions. »
Devenir le bras droit du maître de guilde, ça calme les ardeurs. Un petit noble de province n'oserait plus forcer la main. En tout cas, c'est plus simple que de gérer ça tout seul.
« Dans ton cas, Fran, tu attires encore plus l'attention que moi, et je pense que des gens bien plus encombrants vont s'approcher. Les organisations criminelles qui ne visent que l'argent, on peut les écraser, mais la noblesse… ça peut dégénérer en incident diplomatique, alors c'est vraiment la plaie. »
Sa voix est chargée d'un vécu certain. Un ton vraiment profond, presque nostalgique.
« Tu parles d'expérience ? »
« Ah ah ah. Exactement. J'ai eu un petit différent avec un noble d'un autre pays. Je me suis retrouvé recherché par nom par ce royaume. »
« Juste pour avoir refusé de servir ? »
« Disons que l'autre avait un comportement un peu arrogant, une attitude insupportable. À force de nous disputer, le seigneur et sa suite, une cinquantaine de personnes au total… »
« Tu les as tués ? »
« Mais non, je les ai juste envoyés à l'hôpital. Seulement, ce type avait le sang royal dans les veines. »
Là, le pays adverse a de quoi être furieux. Pour sauver la face, ils ne peuvent pas laisser ça passer.
« Comment t'en es-tu sorti ? »
« J'ai attrapé tous les assassins qu'ils m'ont envoyés et je suis allé négocier directement avec leur roi. Bon, c'était une visite de nuit, ceci dit. »
C'est pas du chantage, ça ? Même costaud, est-ce qu'on peut vraiment se permettre ce genre de truc ?
« Disons que c'était possible parce que l'adversaire était le roi d'un tout petit pays faible. Le plus fort du royaume était encore plus faible que moi. Contre un pays de la classe de Kranzel, j'aurais eu aucun choix : fuir. »
« Je vois. »
« Donc, si tu as des ennuis, n'agis pas sur un coup de tête et fais appel à quelqu'un. La guilde, ou Amanda, ça ira bien. Vous êtes proches, non ? »
« Ouais. Mais Amanda ? »
« Tiens, tu ne sais pas ? Parmi les anciens orphelins qu'elle a élevés, beaucoup sont devenus des aventuriers de premier plan. On dit que si elle s'y mettait sérieusement, elle pourrait réunir une force capable de raser un petit pays. »
Le réseau d'Amanda est bien plus dingue qu'on l'imaginait !
« Amanda, c'est impressionnant. »
« Même sans compter la force militaire, son seul carnet d'adresses est une arme massive. On raconte que rien que son regard suffit à empêcher le royaume de Raidos de lever la main sur Kranzel. »
Elle a ouvert des orphelinats partout pendant des décennies. On ignore quelle éducation elle leur donne, mais il est naturel que les gamins qui l'admirent visent la carrière d'aventurier. Et s'ils ont ne serait-ce qu'un bout de son entraînement, les bases sont solides. Pas étonnant qu'un paquet d'entre eux réussissent.
« Enfin, toi, tu as l'appui du pays des hommes-bêtes, tu devrais t'en sortir. »
« L'appui du pays des hommes-bêtes ? »
« Ah ? Tu n'es pas à leur service ? »
« Non. »
« Vous regardiez la finale ensemble, alors j'ai cru que tu appartenais au pays des hommes-bêtes. Mais bon. Le Roi-Bête t'a pris en affection, hein. »
« Vraiment ? »
« Oui. Il a sans doute voulu te montrer à ses côtés pour intimider les autres pays. Et d'après la réaction de mes connaissances hommes-bêtes, ta cote de popularité chez eux est très élevée. Afficher de bons termes avec toi, ça joue aussi comme appel du pied envers les hommes-bêtes. Dans le fond, ils espèrent sans doute t'absorber dans leur pays. »
C'est plausible. Si on lui doit une faveur ici, Fran finira peut-être par recontacter le Roi-Bête, et rejoindre le pays des hommes-bêtes ne serait pas un scénario absurde. Tout est calculé pour augmenter les chances qu'elle vienne au final.
C'est pas le genre du Roi-Bête de réfléchir à ce point, alors c'est peut-être sur les conseils de Rois ou de Rosh.
En regardant la finale, je m'en suis rendu compte : pour l'instant, c'est du donnant-donnant. S'ils veulent nous utiliser, on se laissera faire.
« Bon, j'ai trop bavardé. Je vais y aller. »
« Merci. »
« Si vous repassez par Barbola, passez donc à ma boutique. Je suis en train de développer de nouvelles recettes à base de curry. »
« J'attends ça. »
« Oui, tenez-vous prêt. »
Fermus fit une élégante révérence et s'en alla.
« J'aimerais bien ne plus avoir affaire à des types comme la guilde des magiciens, à l'avenir. »
« Ouais. »
Est-ce que cette conversation a posé un drapeau ? Au même endroit où nous nous étions fait accoster par Glark et sa bande, on vient de nous interpeller à nouveau.
« Hé, la jeune fille, un instant. »
« Quoi ? »
« Oui, toi. »
Un homme vêtu comme un épéiste s'avance en tête d'un petit groupe. À leur vue, les aventuriers alentour se mettent à murmurer.
« Hey, c'est Seldio. »
« Qu'est-ce qu'il fout là ? »
« Tch, sa tronque me donne toujours la nausée. »
« C'est vraiment une journée de merde. »
Une équipe de quatre aventuriers s'approche. L'ambiance se tend d'un coup. Ils ont l'air détestés.
De loin, ils ont l'allure soignée, presque chevaleresque.
Nom : Seldio Repseps Âge : 30 ans Race : Humain Classe : Chevalier Magique État : Normal Statut Niveau : 40/99 PV : 409 PM : 398 Force : 207 Endurance : 199 Agilité : 167 Intelligence : 201 Magie : 190 Dextérité : 167
Compétences Intimidation : Nv3, Raccourci d'incantation : Nv3, Monte : Nv7, Résistance à la peur : Nv4, Techniques d'épée : Nv7, Art de l'épée : NvMax, Art du saint épéiste : Nv2, Vol : Nv6, Commandement : Nv2, Magie de purification : Nv2, Résistance aux altérations mentales : Nv5, Résistance mentale : Nv5, Épée élémentaire : Nv6, Détection magique : Nv3, Œil d'expert : Nv8, Charme féminin, Attraction féminine, Tueur d'orques, Manipulation de l'énergie, Annulation de malédiction
Compétence unique Domination d'arme
Titres Tueur d'orques, Tueur de femmes, Vicomte, Spoliateur, Usager de drogues magiques, Aventurier rang A
Équipement Épée du cheval céleste, Épée basilic, Armure complète sur mesure en argent saint-lumière, Manteau du cerf à six cornes roi, Anneau dimensionnel, Pendentif de vie
Costaud, normalement. Tout le groupe dépasse le niveau 30, les stats sont hautes. Épéiste, bouclier, mage, voleur : l'équilibre est bon. Mais le chef, Seldio… mérite-t-il vraiment le rang A ? Face à Amanda, il est largement plus faible. Même comparé aux rang B comme Jean ou Colbert, il fait pâle figure. Les capacités sont équilibrées, c'est sûr, mais…
Ce Seldio nous adresse la parole d'une voix dégoulinante de m'as-tu-vu.
« Toi. »
Beurk. Rien qu'à l'entendre, ma cote de popularité plonge ! Je comprends du premier coup pourquoi les aventuriers le détestent. Il est ultra suffisant !
En plus, il a les compétences Charme féminin et Attraction féminine, et le titre Tueur de femmes ! Un beau gosse qui plaît aux filles, ça ne peut être qu'un salaud. Il a aussi le titre de Vicomte, donc c'est un noble. Impossible de l'apprécier. Honnêtement, je préférerais qu'il n'adresse même pas la parole à Fran.
« Fran. C'est un noble, et ça sent pas bon. Fais semblant de pas l'avoir entendu et tirons-nous. »
(Compris.)
On contourne le célèbre aventurier rang A en faisant mine de rien, avec l'intention de filer discrètement… mais.
« Attends un peu. »
Le suffisant nous barre la route et nous parle avec arrogance. Mince, de près, c'est un beau gosse à tomber ! Je le déteste encore plus.
« Tu es la Princesse Foudre Noire Fran, non ? »
Il sait très bien qui elle est.
« Aventurière rang C Fran. »
« Inutile de te présenter, mais je vais le faire quand même. Aventurier rang A et vicomte, Seldio Repseps. »
« ? Je connais pas. »
« Hein ? Tu es sérieux ? »
« Ouais. »
« Tu manques d'instruction. »
Ah ouais, « tu me connais pas = t'es inculte ». Il a une confiance en lui démesurée. Je le déteste.
D'ailleurs, qu'est-ce qu'il veut ? S'il a pris la peine d'interpeller Fran nommément, c'est qu'il a un but. Recrutement dans son équipe ? Ou une requête en tant que vicomte ? Dans les deux cas, ça sent pas bon.
« Un truc à me dire ? »
« Donne-moi cette épée magique. »