Après le match. En empruntant le passage souterrain pour retourner à la guilde, on fut libérés là-bas.
L'employée à l'accueil nous informa que le prochain match était prévu pour après-demain. On nous dit de nous rassembler dès l'ouverture comme aujourd'hui, et qu'ensuite nous étions libres de nos mouvements.
« Qu'est-ce qu'on fait ? »
(Regarder les matchs.)
« Ouais. Si on y va maintenant, on devrait être à temps pour le match de Colbert. »
(Mmh. Et puis, j'aimerais bien voir les autres matchs aussi.)
Come to think of it, je n'avais jamais eu l'occasion d'observer calmement le combat de quelqu'un d'autre.
L'entraînement, c'était toujours se battre, mais il existe aussi l'apprentissage par l'observation. Pour Fran, voir les combats des autres de côté sera une bonne expérience.
« Alors, on y va ? »
(Mmh.)
Fran s'apprêtait à sortir de la guilde pour se rendre à l'arène, mais l'employée l'interpella.
« Vous allez peut-être assister aux matchs ? »
« Mmh. C'est l'intention. »
« Dans ce cas, vous feriez mieux de vous déguiser. Le public est composé presque entièrement de ceux qui ont vu votre match tout à l'heure. Il y a un risque d'incident. »
Effectivement, le public n'était fait que de gens qui avaient vu le match de Fran jusqu'à tout à l'heure. Il y a de fortes chances qu'on la reconnaisse. Il y a eu des paris, alors elle pourrait se faire accoster par des mauvais perdants, ou draguer par des pervers attirés par les fillettes.
« Alors, je mets un truc par-dessus. »
« Faites ça. »
Bah, avec les compétences de discrétion pour masquer sa présence, ça devrait aller.
Fran s'enveloppa dans son manteau et se dirigea vers la salle. Apparemment, les combattants peuvent entrer par la porte arrière, alors on essaya. En montrant juste la carte d'aventurier, on nous laissa passer avec un salut des plus respectueux.
En arrivant dans les gradins, c'était la foule des grands jours. Évidemment, pas de place pour s'asseoir. Mais en regardant bien, on vit un endroit où les sièges étaient curieusement vides.
« Y'a de la place là-bas. »
« Mmh. »
Fran s'assit sur ce siège. Il n'avait pas l'air cassé ni rien. Pourquoi personne ne s'assoit là ? Je me le demandais, et la raison devint vite claire.
« Hé, qu'est-ce que t'fais assis là ? »
« Mmh ? »
« C'est la place de nos grands frères, alors dégage, gamin ! »
Des types à l'allure patibulaire occupaient les sièges d'à côté et intimidaient les autres spectateurs pour les empêcher de s'approcher.
L'[Analyse] révèle qu'ils sont des voyous de la ville. Pour Fran, qui côtoie quotidiennement des aventuriers à l'air dur et au visage marqué, ce ne sont que des gens ordinaires à l'attitude pourrie, sans la moindre once d'intimidation. C'est ce qu'on appelle réserver des places ? Des emmerdeurs. Bon, du coup, aucun remords à les faire dégager.
« Éclair Paralysant. »
« Gyaa ! »
« Higi ! »
« Ofu ! »
Fran assomma les trois hommes d'un [Éclair Paralysant], les chargea sur ses épaules et les balança dans le couloir.
« Urushi. »
« On. »
Urushi surgit de l'ombre, et le public alentour s'agita, mais Fran s'en moqua et empila les deux voyous restants sur le dos d'Urushi. Urushi attrapa le col du dernier avec sa gueule et le souleva.
« Emmène-les quelque part. »
« Oun. »
Fran reconduisit Urushi du regard, puis s'installa sur le siège libéré. Les gens autour s'empressèrent de s'asseoir à leur tour, mais comme ils voulaient éviter les ennuis, personne ne lui adressa la parole, ce qui nous arrangeait bien.
Le reste de l'observation se passa sans problème, et on put regarder les matchs tranquillement.
Colbert comme Amanda ont tué leur adversaire en un instant, donc on n'a presque pas eu d'informations, ceci dit.
Le match intéressant, c'était plutôt celui d'Elza contre Charlotte. La belle Charlotte qui se battait comme en dansant récolta les acclamations du public, mais visiblement, elle manquait encore de niveau pour affronter Elza.
Après avoir à peu près percé sa danse aux effets d'envoûtement, ce fut une dérouillée à sens unique. Charlotte n'arrivait déjà plus qu'à esquiver la masse qu'Elza faisait tournoyer. À la fin, Elza l'attrapa par le col et la lança hors du ring pour une défaite par sortie.
L'autre truc qu'on a gagné à regarder, c'est des utilisations de compétences qui dépassaient notre imagination.
Un voleur marrant : il boostait l'odorat de son adversaire avec un sort, puis lui balançait un truc genre kusa-ya pour le combattre. Honnêtement, zéro envie de copier, mais l'idée de buff l'ennemi pour le pénaliser, c'était ingénieux.
Et le combat du mage de la Fonte du Fer était super instructif. Il faisait fondre l'arme adverse, ou chauffait le sol à blanc pour limiter la zone de mouvement de l'ennemi, une utilisation bien vicieuse. Mmm, après ça, j'ai bien envie de monter le niveau de la Fonte du Fer.
Quand tous les matchs furent terminés, le soleil commençait à pencher.
« On rentre ? »
« Hmm… »
« Quoi ? Tu veux aller quelque part ? »
« J'ai encore l'épée de Zephmate sur moi. »
Ah, c'est vrai. Je l'ai toujours en stock, le short sword en croc de dragon bleu que Zephmate a lancé. Elle a l'air costaud, et ça doit valoir un bon prix.
« Vaudrait mieux la rendre, non ? »
« Mmh. »
On a fait connaissance avec la Fierté Bleue de la pire des façons, mais contre Zephmate lui-même, je n'ai rien. Au contraire, il me plaît bien. Je la lui rends vite fait et on rentre, y'a pas de souci.
« Urushi, tu peux suivre l'odeur de Zephmate ? »
« On ! »
Apparemment, c'est bon. On marcha une vingtaine de minutes en suivant Urushi.
On était arrivés en bordure de la ville. Peu de maisons par ici, plutôt genre terrain vague. Sur cet espace large, plusieurs tentes étaient dressées.
« C'est ici ? »
« On. »
La Fierté Bleue n'a pas pris d'auberge, ils ont monté leur propre campement. Faire loger tout le monde à l'auberge coûterait un bras, et pour une compagnie mercenaire, planter des tentes, c'est de la routine.
Mais comment appeler Zephmate ? Si les autres membres nous repèrent, ça va être chiant. Je pourrais sortir un clone pour l'appeler ?
Pendant que je réfléchissais, quelqu'un sortit d'une tente.
« Ah, c'est toi ! »
Je me souviens. La gamine de 17-18 ans qui faisait la maligne devant le manoir d'Orel.
« Qui ? »
« Moi, c'est Selene. La vice-commandante de la Fierté Bleue. »
« Mmh. Fran. »
« Je sais. Tu t'es bien foutu de notre gueule ! Tu viens faire quoi encore ! »
« Rendre ça. »
« Ça… c'est pas l'épée de mon frère ! Voleuse ! »
Hostilité à découvert, chiant. Ceci dit, « mon frère » ? Donc elle est la sœur de Zephmate. Si c'est la sœur du chef, normal qu'elle soit cadre.
« D'ailleurs, comment une gamine de la tribu des chats noirs comme toi a pu battre mon frère ! »
« Mmh ? La force. »
« Mensonge ! Les chats noirs sont connus pour être des faibles ! Y'a aucune chance qu'elle gagne contre mon frère ! T'as forcément triché ! »
« Pas triché. »
« Si, c'est sûr ! Sinon mon frère ne perdrait jamais contre une chatte noire ! »
Selene piétina de rage, faisant plus gamine que son âge. Ceci dit, pour la sœur de Zephmate, elle déteste vachement les chats noirs.
« Bon, va. Tu avoues avoir triché pour gagner, tu le signales aux organisateurs, et tu cèdes ta place en quart à mon frère. Comme ça, je te pardonne spécialement ! »
Avec ce ton qui disait « sois reconnaissante », les yeux de Fran se plissèrent net.
« …Je refuse. »
L'humeur de Fran virait au vinaigre. Elle était venue voir Zephmate, pas pour ça.
« Hein ? Tu te fous de moi ? Je te dis que je pardonne spécialement cette tricheuse que t'es, et t'as pas un "merci" ! »
C'est vraiment la sœur de Zephmate ? La personnalité est anormalement différente, quand même.
« … »
« C'est pour ça que les chats noirs sont des idiots ! Connais ta place ! »
« … »
« Qu'est-ce que c'est que cet œil ? Si tu refuses de te retirer, je te laisse pas faire. Tu sais ce qui t'attend ? »
« …Je sais pas. »
Fran est pas mal énervée, mais comme c'est la sœur de Zephmate, elle retient son coup. Respect. Par contre, ça tiendra encore combien de temps, mystère.
« Hmph. Vous les chats noirs, vous pouvez vivre seulement parce que nous, les chats bleus, on vous le permet ! Si tu te retires pas, c'est pas que toi. Tous les autres chats noirs, je les attraperai et j'en ferai des esclaves ! »
Ah, le mot interdit… Elle vient de piétiner la patience de Fran comme rien.
L'intention de tuer de Fran monta comme jamais. Plus que quand Dias m'a raconté l'histoire de Kiara. Bon, tant pis. Cette gamine est irrécupérable, et au pire, ça finira en démantèlement de la Fierté Bleue.
Zephmate va morfler, mais les membres ont l'air d'être des chats bleus typiques, donc mieux vaut les écraser sans laisser de trace maintenant. Si on laisse traîner, ils pourraient penser à se venger, et c'est relou.
« … »
Fran ne dit rien, me tira simplement de son fourreau et m'abattit sur la gamine. Un coup bâclé, chargé d'agacement et de colère, comme pour écraser un insecte qui gêne. Bah, assez pour lui trancher la vie.
Mais ma lame n'atteignit pas la gamine. Une silhouette s'interposa à une vitesse folle, se sacrifiant pour la protéger.
« Gah… »
« Nii-sama ! »
C'était Zephmate. La lame lui avait entaillé la clavicule gauche et atteint le poumon. Il a protégé sa sœur de son corps.
Pourtant, Zephmate n'adressa pas un mot de reproche à Fran. Au contraire, il lança un regard fulminant à sa sœur.
« Toi… qu'est-ce que tu… as dit… ! »
« Nii-sama ! Ça va ! Toi ! Je te pardonne pas, chat noir ou pas, de nos mains… »
« Arrête… »
« Kyaa »
Zephmate stoppa Selene qui s'en prenait à Fran en lui giflant la joue.
Sans même soigner sa blessure, Zephmate s'agenouilla, posa les deux mains et le front au sol, et présentent ses excuses.
« Ma sœur stupide, pardon… voilà… »
« …Désolée. »
Mais ce que Fran répondit, ce fut un refus. Son intent de tuer avait déjà atteint un niveau que ça ne pouvait plus arrêter.
« Il n'y aura pas… de deuxième fois… Je remettrai… la discipline de la compagnie en ordre… les idiots, exclusion… non, réduction en esclavage ! »
L'exclusion lui semblait trop douce, alors il alla jusqu'à dire qu'il ferait de sa propre sœur une esclave. Il a dû comprendre que sinon, Fran ne s'arrêterait pas.
Zephmate a combattu Fran, il sait que sa force est écrasante. Il a compris que s'il ne calmait pas sa colère ici, tout le monde y passerait.
« Nii-sama ? Qu'est-ce que tu dis ? Pourquoi tu t'excuses devant une gamine pareille… ah »
« Tais-toi. »
Zephmate assomma Selene d'un coup de poing. Elle s'effondra, inconsciente.
« Vraiment… désolé… »
Il s'excuse, mais à ce rythme, Zephmate va mourir. Sa force vitale est quasi à sec.
Pendant ce temps, des présences multiples bougèrent depuis le campement.
« Fran, on fait quoi ? Les autres vont arriver. »
« Désolé… »
« ……………… »
« Fais comme tu veux. Si tu y vas, moi aussi je serai sérieux. »
« …Soin Suprême. »
Après une hésitation, Fran soigna la blessure de Zephmate avec un [Soin Suprême]. Elle méprise et déteste les chats bleus, mais elle a trouvé dommage de tuer Zephmate qui a une bonne tête.
« On rentre aujourd'hui. La prochaine fois, si rien n'a changé, ce sera la guerre. »
« C'est trop d'honneur ! »
Zephmate sentit l'émotion refoulée de Fran, et se remit à plat ventre pour la remercier.